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Comment créer et développer des emplois dans le secteur de l'environnement ?


En préservant la bio-diversité et en promouvant le respect des équilibres entre l'homme et la nature, les emplois du secteur de l'environnement sont par essence d'utilité sociale. Leur structuration et leur qualité permettront de mettre en oeuvre les principes du développement durable (cf Agenda 21) décidés à la conférence de Rio en 1992.

Le programme gouvernemental de nouvelles activités et de développement des emplois pour les jeunes peut être une chance pour développer à grande échelle une politique ambitieuse et répondant aux besoins.

ETAT DES LIEUX

20 ans d'expériences

Voilà près de vingt ans que les dispositifs de traitement social du chômage ont poussé des acteurs imaginatifs et entreprenant à développer des emplois d'amélioration et d'entretien de la nature. On pensera par exemple à l'entretien des rivières effectué sur une grande partie du territoire de cette façon par des associations ou des collectivités locales.

Malgré les désengagements de l'Etat des contrats verts (début 1997), initiés par les ministères de l'environnement et du travail à partir de 1994, mais poursuivis par certains conseils régionaux, cette initiative a contribué à faire émerger des besoins et a fait naître ou renforcé à travers toute la France des opérateurs de qualité. Cependant, cette politique s'est appuyée sur des emplois précaires d'insertion (environ 70 % des emplois créés l'ont été sous forme de contrat-emploi-solidarité) et des projets dont la réflexion préalable n'a pas toujours permis de garantir la qualité environnementale et la durabilité des emplois.

A cet égard, il faut saluer l'effort de nombreuses collectivités locales qui ont développé depuis vingt ans des politiques ambitieuses en terme d'environnement et d'emplois (communes, syndicats intercommunaux de rivières, parcs naturels régionaux...) et de certaines politiques de l'Etat (Conservatoire du littoral...).

Quels emplois pour quel environnement ?

L'environnement génère des besoins nouveaux, source d'activités et d'emplois. Le Ministère de l'environnement considère de façon large comme "emploi environnement" toute activité qui concourt à protéger l'avenir de la planète. Cependant seule une partie de ces emplois correspond à des métiers (ou professions) environnement, c'est-à-dire demandant un savoir-faire, orienté vers une finalité professionnelle avec un objectif environnement.

Les réflexions en cours actuellement au sein de divers organismes (IFEN, ADEME, ARENE, APEC, AFIE,...) à ce sujet, permettent de regrouper les professions ou métiers liés à l'environnement en quatre catégories :

Au regard de notre questionnement, ce sont les deux premières catégories qu'il nous intéresse de développer, non que les autres ne soient importantes au regard du développement durable, mais relèvent moins d'un gisement d'emplois nouveaux que de l'adaptation de métiers existants.

LES CONDITIONS DE LA CREATION DURABLE D'EMPLOIS DANS L'ENVIRONNEMENT

Développer des centres de ressources et de compétences

La qualité des projets et des actions nécessite un travail important de montage de projet et de vérification de leur qualité environnementale qui n'est souvent pas réalisé. Il pourrait se faire par la création de postes au sein de centres de ressources et de compétences (centre de ressources régional avec des relais locaux, des développeurs à l'échelle départementale).

Ce travail est indissociable de l'évolution vers plus de participation de la société civile à l'élaboration des projets. Le bon déroulement du débat public conduira la population locale elle-même à garantir l'utilité publique du projet.

* Le regroupement de compétences indépendantes

Le centre de ressources et de compétences devra regrouper des savoir-faires en ingénierie et en conseil à partir des structures professionnelles publiques ou privées existantes localement. Il animera notamment la concertation entre les acteurs. Le centre nécessitera de trouver ou de créer des structures porteuses indépendantes disposant de moyens suffisants à l'exemple des CAUE, maisons de la nature, Initiatives 77...

* L'animation d'un réseau de développeurs locaux

Le centre de ressources et de compétences animera un réseau de développeurs locaux qui ont pour vocation de détecter et d'aider au montage et au suivi de projets porteurs d'emploi dans l'environnement. Le réseau aide à l'émergence et au montage de projets et peut apporter aux acteurs locaux les compétences nécessaires.

* Un guichet unique environnement

La création d'une mission de l'environnement par département rassemblerait tous les contacts et références des acteurs impliqués dans la démarche environnementale (conseil général, DDA, DDE, DEE, chambre d'agriculture, chambres consulaires, associations,...), permettant une meilleure coordination et une meilleure lisibilité des structures de l'environnement pour tous les acteurs (habitants, entreprises, associations, communes...). Cette mission pourra s'appuyer sur les conseils départementaux de l'environnement prévus par la loi relative au renforcement de la protection de l'environnement du 2 février 1995.

* Le financement

Le financement de ce dispositif, et notamment les développeurs locaux, pourrait être assis sur un prélèvement à la source des aides publiques accordées aux projets d'environnement.

Développer la formation

Le niveau de formation et de qualification en environnement est bon pour les formations à partir de Bac + 2. Il est par contre quasi inexistant pour les ouvriers et agents d'exécution et peu développé pour l'encadrement intermédiaire. Cette situation pose des problèmes importants dans la mesure où se développe un management environnemental de qualité, pendant que les personnels d'éxécution, sans culture aucune de l'environnement, continuent leurs pratiques anciennes subissant l'incompréhension de leurs propres supérieurs et les reproches de la population.

Nous proposons donc de développer en prenant appui sur des expériences réussies des filières de formation pour les techniciens : chefs de chantiers et chefs d'équipe (CFPPA de Brie-Comte-Robert, I3E en Normandie...), éco-gardes, gardes de réserve naturelle,... et pour les ouvriers : éco-cantonniers, agent de l'environnement en milieu urbain (développé par l'IDEMU), ambassadeurs du tri, agents de déchetterie, messagers de l'énergie, agents d'ambiance...

Le développement de la formation continue des décideurs locaux et notamment des élus, de même que l'éducation à l'environnement des enfants sont une condition de la reconnaissance de ces nouveaux emplois.

Redéployer les crédits pour créer des emplois dans l'environnement

Ces emplois utiles écologiquement peuvent être financés en réorientant certains budgets et en redéployant l'argent des investissements lourds, peu créateurs d'emplois et souvent dommageables pour l'environnement.

* Réorienter les politiques d'investissements lourds en faveur de l'emploi

Des secteurs sont en effet budgétivores en termes d'investissements et la qualité environnementale fait souvent défaut. Prenons trois exemples : l'incinération des déchets, l'assainissement, le maintien de berges. On pourrait également parler du budget routier au regard de celui des transports collectifs.

* Chaque citoyen peut aussi créer de l'emploi par les économies d'eau et d'énergie

Une relance de la politique de maîtrise des énergies et de ressources doit être faite en augmentant les moyens de l'Ademe. La création d'emplois de messagers de l'énergie comme l'a montré l'expérience menée dans des logements HLM par la Cscv et l'Inestene montre que le coût de l'emploi est payé par les économies engendrées. De telles expériences doivent être largement développées dans les collectivités locales et les entreprises.

PRENDRE DES DECISIONS ET DES ORIENTATIONS NATIONALES POUR PERMETTRE D'AGIR LOCALEMENT

A partir de ces quelques exemples, on voit l'importance des décisions à prendre qui, sans augmentation significative des prélèvements, permettraient de s'engager résolument dans une démarche de développement et de création d'emplois durables. Une telle démarche nécessite l'évolution des structures de décisions pour y associer fortement la société civile (habitants, associations, élus locaux), un changement important de la part des collectivités territoriales et de l'Etat afin de développer des crédits de fonctionnement au profit de l'environnement à l'image de ce qui se fait dans les domaines culturel, éducatif et social.

Ce texte est issu d'un premier état des lieux effectué lors du colloque organisé dans le cadre des journées de l'environnement en juin 1997 par l'Institut de l'écologie en milieu urbain au Conseil régional d'Ile-de-France et d'une réflexion menée par Agnès BAULE, directrice de Beca-environnement, Farouk BELKEDDAR, directeur de Starter, Jérôme BOISARD, développeur de projets locaux Conseil régional d'Ile-de-France (Initiatives 77), Michel BOURGAIN, président de Halage et vice-président de l'IDEMU, Yann FRADIN, directeur d'Espaces et président de l'IDEMU, Jacques MARECHAL, délégué régional adjoint de l'ADEME Ile-de-France et secrétaire de l'IDEMU.


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Horizon Local 1997
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