Trois chiffres: 80% des ballons de foot cousus à la main, vendus dans le monde, pour un marché de 1 milliard de dollars, sont produits au Pakistan, dans le district de Sialkot, avec la main-d'éuvre de 7.000 enfants. Derrière ce scandale, les noms des entreprises multinationales, les Nike, Adidas et cie, dont la responsabilité était dissimulée par le système des sous-traitants. Jusqu'à ce que l'affaire éclate, en 1996 (1).
La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) interpelle la Fédération internationale de football (FIFA). Le 3 septembre, la FIFA s'engage face aux syndicats, de ne plus autoriser l'usage de son logo sur les ballons quand les conditions de fabrication violent des principes fondamentaux du droit du travail: interdiction de l'exploitation d'enfants, liberté syndicale. Le 14 février dernier, accord entre le BIT, la Fédération mondiale de l'industrie d'articles de sport, le Soccer Industry Council of America et les fournisseurs locaux pakistanais. Les patrons s'engagent à développer un programme destiné à éliminer le travail d'enfants de moins de quatorze ans dans la région de Sialkot. Pour cela, ils procéderaient "à l'enregistrement officiel des sous-traitants, des ateliers et des travailleurs (en vérifiant leur âge)", indique le BIT.
Les fabricants coopéreraient avec le BIT "pour garantir que les enfants soustraits au travail aient une aide à la réadaptation, une instruction et une aide en nature". Ils seraient remplacés par des adultes. Un système de surveillance interne aux entreprises et un organisme indépendant vérifieraient l'application. Et supervisée par un comité réunissant le BIT, l'UNICEF et une organisation non gouvernementale britannique, Save the Children. Enfin, les parties prenantes financeraient le programme, d'un coût de un milliard de dollars.
Tim Noonan, de la CISL chargé de l'éducation, est lucide: "Nous suivrons l'opération de près. Mais les syndicats sont peu présents dans la région de Sialkot. Or, nous avons constaté que là où il y a des syndicats indépendants, il y a moins de travail d'enfants. L'industrie des articles de sport pose partout des problèmes de violations des droits fondamentaux (Chine, Vietnam, Indonésie, Amérique centrale, Maroc, etc.). Elle prend plus au sérieux la question, mais elle adopte le plus souvent une approche publicitaire. Nous faisons pression sur les multinationales pour qu'elles n'entravent plus l'activité syndicale. Le problème, c'est que ces entreprises peuvent déplacer leur production. Les délocalisations ne sont plus seulement européennes, elles se sont déplacées à l'intérieur même des pays en voie de développement."
"Sans régulation sociale du commerce international, note Tim Noonan, cette compétition vers le bas restera. L'Organisation mondiale du commerce (ex-GATT) doit travailler avec le BIT pour assurer que les droits fondamentaux sont respectés. La dette extérieure des pays pauvres, qui n'ont pas les moyens de développer l'infrastructure sociale, l'éducation est aussi très importante. Aussi, la communauté internationale doit-elle agir pour changer la politique des institutions de Bretton Woods, FMI, Banque mondiale." Sans dédouaner la responsabilité des gouvernements des pays concernés qui attirent les investisseurs en créant des zones franches, sans législation sociale, ou consacrent plus d'argent au budget militaire qu'à celui de l'éducation.
Yves Housson dans L' Humanité Dimanche n°376, du 29 mai 1997
Mise à jour du lundi 9 juin 1997
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