PLAN
01. Les principales caractéristiques de l'année 2001 7
012 La réforme du droit de la famille annoncée depuis 1997 est
seulement en passe de se concrétiser, qui plus est dans une telle dispersion
qu'elle perd en visibilité et en affichage 12
013 Le regard sur le handicap pourrait se modifier heureusement ; reste à
en tirer toutes les conséquences 14
014 Un nouveau rapport institutions aux familles semblese redessiner : une
révolution est en cours. On se réjouira 17
015 L'accueil ménagé aux enfants isolés est particulièrement
choquant : nous l'analysons comme un mal-traitement préoccupant pour
l'avenir 18
02 Les tendances lourdes 2001 s'agissant de l'attitude des pouvoirs publics
à l'égard des droits des enfants 20
021 Au plan international : 20
021.2 La ratification les deux protocoles additionnels à la CIDE est
en bonne voie 21
022 Au plan interne 21
022.1 De l'intérêt d'un ministère de la famille et de
l'enfance 21
022.2 Le Défenseur des enfants un cadre légitime, des relais
opportuns, des interrogations aussi 22
03. Trois préoccupations majeures persistent 24
031 La méconnaissance du droit de l'enfance par les adultes et par
les enfants 24
031.1 Renforcer l'accès au droit : connaître et exercer ses droits
24
031.2 Droits et devoirs des enfants : une approche perverse 24
032 Le 20 novembre transformé et réduit 25
033 La portée de la CIDE reste toujours contestée avec une Cour
de Cassation qui s'est illustrée en mai 2001 sous un angle imprévu
26
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01. Les principales caractéristiques de l'année 2001
Privilégier les lignes forces d'une année est un exercice éminemment
subjectif. Nous revendiquons cette subjectivité du fait de notre engagement,
de notre sensibilité sur la cause des enfants et de notre souci d'aborder
l'ensemble du champ.
- Globalement
Sans se cantonner dans un discours noir qui escamoterait des avancées
non négligeables intervenues en cours d'année, force est de
constater que les grandes tendances dégagées dans notre rapport
2000 n'ont - malheureusement - pas été fondamentalement inversées
en 2001.
On se contentera ici de renvoyer chacun à la lecture du rapport sur
2000 " Des espoirs, toujours des espoirs ".
On regrettera déjà que la portée de la CIDE soit toujours
strictement cantonnée par la Cour de Cassation. On peut même
affirmer pour s'en indigner avec bien d'autres observateurs que la Cour à
même fondamentalement violé la CIDE dans son arrêt de du
2 mai 2001 .
On regrettera que le 20 novembre soit réduit à la partie congrue
par les pouvoirs publics qui appellent par ailleurs à ce que cette
journée soit au plan mondial consacrée aux droits des enfants.
On regrettera le peu d'efforts fait pour mieux faire connaître aux enfants,
mais aussi aux adultes les droits des enfants.
Nous avancions tout au long de notre rapport des préconisations prioritaires.
Là encore, nous renverrons le lecteur à leur examen. Nous avons
eu la satisfaction de voir nombre d'entre elles prises en compte. Mais si
nos analyses ont souvent été partagées et relayées
notamment par Mme la Défenseure des Enfants, on reste loin du compte.
C'est le lot de l'exercice auquel nous nous livrons que d'être constamment
insatisfaits.
A ce stade on ne saurait faire l'impasse sur le fait que la " reprise " économique qui nous était annoncée, pour réelle si l'on s'en tient au chiffre objectif de la croissance (+2%) n'a pas atteint ce qui était escompté. On avait le sentiment que ses bénéfices commençaient à être ressenti par les familles les plus défavorisées et dans les quartiers où il est dur de vivre. Il faut aujourd'hui voir ce que sera l'impact des événements internationaux qui affectent l'ensemble de l'économie mondiale par-delà les politiques volontaristes de chaque gouvernement et des acteurs sociaux économiques.
La grande pauvreté est un lot bien partagé des pays dits développés. La France (conf. Le Bilan Innocenti sur des sources OCDE ) se situe en 9° position des nations industrialisées pour la pauvreté relative des enfants c'est-à-dire dont " les ressources matérielles, culturelles et sociales sont limités au point de les exclure du niveau de vie acceptable dans les Etats membres où ils vivent ".
Il n'est pas inintéressant de restituer ici le discours officiel de la France à travers son expression publique qu'a été le rapport présenté à l'UNICEF en octobre 2000 pour expliquer, sinon justifier, que la reconnaissance concrète des droits des enfants souffre des limites dans notre pays. Si l'on prend pour la définition du seuil de pauvreté le revenu inférieur à la moitié du niveau de vie médian (soit 3500ff), on peut considérer qu'un ménage sur dix est pauvre en France, ce qui implique qu'environ 1,5 million de personnes de moins de 20 ans sont touchées ". Et de poursuivre " Par ailleurs, on considère que 80 000 jeunes sont en situation d'errance et de rupture vis-à-vis de la société et s'exposent à différents risques (marginalisation, délinquance, toxicomanie, prostitution, souffrances psychiques). Le développement des processus pose le problème des inégalités des enfants face à leur accès au droit le plus élémentaire, le droit à un niveau de vie décent ". On rappellera que ce discours n'est pas celui de DEI-France, mais celui du ministère des affaires étrangères au nom de la France ! .
Une autre source à destination internationale est ici éclairante : le rapport élaboré sous la présidence de Mme M.Th. Hermange, député européen, destiné à alimenter la contribution française au Sommet de New York sur les enfants.
On y apprend que la France se situe en 8° position de pays industrialisés pour la grande pauvreté. Après la Suède, la Norvège, la Finlande, la Belgique, le Luxembourg, le Danemark, la Tchéquie (sic), les Pays-Bas. Elle ne se situe pas dans ce qui est appelé les groupe dits des " 5% ", les Etats qui ont contenu la pauvreté des enfants autour de 5% (Danemark, Finlande, Suède, Norvège).
On y lit notamment (page 52) :
" C'est ainsi qu'aujourd'hui notre territoire compte 1 885 000 enfants
de moins de 18 ans vivant en situation de pauvreté, dont 37% vivent
dans des familles nombreuses et 19% dans des monoparentales, lesquelles ont
doublé sur notre territoire en 25 ans, passant de 775 000 en 1975 à
1 463 000 en 1999. "
Il est tout aussi intéressant de relever que ce rapport on ne peut
plus officiel qui se veut la voix de la France relève " la difficulté
à se procurer des sources statistiques lorsqu'il s'agit de trouver
des données sur la situation des enfants pauvres. C'est ainsi que si
le récent numéro Etudes et Résultats publié par
le ministère des affaires sociales est consacré aux allocataires
des minima sociaux en 1998-1999, celui-ci ne consacre pas un paragraphe au
cas des enfants en situation de pauvreté. Quant aux départements
et aux centres communaux d'action sociale, il est très difficile de
distinguer parmi leurs dépenses ce qui relève du soutien aux
familles en difficulté même si on sait globalement que parmi
les 28 milliards consacrés à l'aide social, 7.9 milliards sont
utilisés au titre du secours financier aux familles, aux travailleurs
familiaux et aux actions éducatives en milieu ouvert. Ainsi, au sein
de cette dernière somme, la distinction entre l'une et l'autre intervention
n'est pas toujours effectuée. Source ODAS 1999 "
- Cinq tendances majeures peuvent être relevées pour 2001
Sur le fond, cinq grandes tendances nous semblent avoir caractérisé
l'année 2001 ; elles ne sont pas nécessairement négatives.
011 D'abord et fondamentalement, sur fond de campagne électorale, la
France affiche qu'elle serait en danger du fait d'une partie de sa jeunesse.
C'est une erreur majeure de faire des " jeunes " les boucs-émissaires
de cette société. Il y a plus grave encore un fossé se
creuse entre une certaine jeunesse et la République.
Dés 1999, dans notre premier rapport nous nous inquiétions de
voir " les jeunes " fustigés comme étant à
l'origine des difficultés que notre société rencontre
en focalisant sur la délinquance juvénile et la place des "
jeunes " dans les violences urbaines.
Force est de constater que cette tendance ne s'est pas estompée, mais
bien au contraire s'est exacerbée. Le langage guerrier est de mise.
C'est tout juste si on ne nous propose pas d'envoyer les chars dans les banlieues.
Il ne s'agit nullement pour DEI-France de nier la réalité de
la délinquance des jeunes, mais de garder la mesure et surtout de nous
interroger sur les stratégies qui nous sont proposées.
Déjà il n'est pas inutile de réintroduire un peu de sérénité
dans le débat. Il est même carrément temps de le faire
quand les français jusqu'à peu plein de bon sens, mais aujourd'hui
semble-t-il oublieux de l'histoire sont prêts à retomber dans
les vieilles recettes. Un sondage BVA ne les donnent-ils pas à 69 %
pour le retour des maisons de correction ? 63% ne pensent-ils pas qu'il faut
désormais traiter les enfants délinquants comme des majeurs
?
Il nous faut aussi lutter contre la désinformation. Qui peut ignorer
que ne sont pas les enfants de 13 ans qui causent les troubles à l'ordre
public au point de nous inquiéter à longueur de journaux télévisés
? Qui a tué les policiers au Plessis-Trévise ? Qui a tiré
sur des policiers à Strasbourg ? Plus récemment quand on dénonce
les guets-apens perpétrés dans les cités par des "
jeunes " l'encontre de policiers ou de pompiers que dire de viticulteurs
qui dans l'Hérault tendent un piège à une voiture de
gendarmerie en barrant la route, en expulsent les gendarmes avant de retourner
le véhicule ! Les " justes luttes des travailleurs" ne sauraient
justifier ces pratiques de bandits de grands chemins de la part d'adultes
certainement par ailleurs " bons pères de famille " comme
l'on dit communément.
La même désinformation affirme que nos textes ne permettent pas de réprimer les jeunes délinquants quand en 2000, 7400 condamnations à des peines de prison fermes - pour ne prendre que cette entrée, mais il est bien d'autres formes de condamnations - ont été prononcées quand les tribunaux ont eu à connaître de quelques 65 000 nouvelles situations. Pourquoi certains hommes politiques mentent-ils ?
Il nous faut encore nous interroger sur les solutions qui nous sont proposées.
Certains proposent de revenir à des méthodes purement et uniquement
répressives telles que l'incarcération. On peut l'entendre.
C'est leur droit, mais ainsi protègeront-ils mieux la société
? On peut en douter.
Comme le rappelle - souvent esseulé - le sociologue et historien Laurent
Mucchielli, " De la gifle au meurtre, on appelle tout violence aujourd'hui
! Ce n'est pas rigoureux. En réalité les jeunes d'aujourd'hui
ne sont pas davantage meurtriers qu'il y a vingt ans. Il est probable qu'ils
ne sont pas non plus davantage des violeurs (..) Et puis notre société
est amnésique. Elle a oublié que les viols collectifs (ces fameuses
tournantes) ne sont absolument pas nouveaux. En réalité, la
" violence " qui a effectivement beaucoup augmenté c'est
ce que la statistique policière appelle les " coups et blessures
volontaires ". (
) Il s'agit surtout de bagarres entre jeunes hommes
dans et autour des quartiers difficiles. Autrement dit, les jeunes pauvres
se battent entre eux. Souvent un simple groupe de jeunes qui discute en bas
d'une cage d'escalier fait peur aux autres habitants. En réalité,
les auteurs et les victimes de ces violences sont les jeunes eux-mêmes.
Ce dont souffrent les autres habitants ce sont les incivilités (le
bruit, les dégradations, les provocations verbales, etc. ) et non la
violence. Et c'est d'ailleurs la même chose à l'école
(
) L'angoisse quotidienne de certains enseignants ce n'est pas l'agression
physique, ce sont toutes ces formes d'irrespect que l'on appelle " incivilités
".
Et de manière générale je dirais que c'est peut être
ceci qui est le phénomène le plus significatif dans l'évolution
de l'attitude de la jeunesse depuis une quinzaine d'années : la dégradation
du respect des institutions et de l'autorité. Du reste ce qui augmente
le plus avec les coups et blessures, ce sont les destructions et dégradations
ainsi que les outrages et violences envers les policiers. Ce sont des violences
matérielles et symboliques (rarement physiques) qui sont largement
tournées vers les institutions. Elles traduisent la révolte
de jeunes des quartiers pauvres se considèrent eux-mêmes comme
les victimes d'une société qui cultive les injustices sociales
et le racisme. Derrière tout cela il y a avant tout le phénomène
de ghettoïsation qui se développe en France depuis les années
70 avec la crise industrielle et la disparition progressive du monde ouvrier
traditionnel ".
On sait combien le sentiment d'insécurité est un phénomène
à la fois objectif ( il existe ) et irrationnel (il n'est pas commandé
par la seule réalité de la délinquance ou de la violence.
Bref la délinquance n'explique pas à elle seule le sentiment
d'insécurité comme l'on montré les travaux de Jean Paul
Grémy publié par l'IHESI.
Notre pays n'a rien à gagner à développer un racisme
anti-jeunes qui d'ailleurs à y regarder de près en camoufle
un autre : le racisme tout court. La place prise par le Front National dans
le débat public s'est estompée, mais les thèmes et le
populisme que ce mouvement a fait resurgir sont bien là. Qui plus est,
alors que notre société n'ose pas ou s'avère incapable
d'aborder les difficultés que rencontrent certaines familles africaines
à s'insérer en France dans le respect des règles du jeu
de nos institutions.
On voit l'excès dans lequel nous tombons quand tel commissaire divisionnaire
des R.G. en vient à dire que " Les gamins des cités ont
réalisé une vielle utopie gauchiste sans même s'en rendre
compte, c'est le tremblez bourgeois ".
En vérité, on se demande pourquoi le bourgeois tremblerait :
à y regarder de près, ces jeunes sont d'une sagesse et d'un
calme réel quand on songe aux conditions de vie qui leur sont faites.
C'est à peine si on compte une " émeute " banlieusarde
tous les 10 ans !
La Défenseure des Enfants ne dit rien d'autre dans son rapport annuel
2001 quand elle affirme haut et fort que la jeunesse n'est pas un danger pour
un pays, mais une richesse.
Plus grave encore: un fossé se creuse entre une certaine jeunesse défavorisée,
généralement d'origine africaine et la République dès
lors que la justice n'est plus vécue comme justice, la police étant
considérée comme une ennemie. La justice est de parti pris et
de fait certaines affaires où les décisions rendues ont été
particulièrement iniques accréditent cette thèse. Il
n'en faut pas beaucoup pour généraliser. Et après tout
l'exemple vient de haut et d'ailleurs.
Les conséquences de telles attitudes sont évidentes : non seulement les flambées sont possibles à tout instant mais encore on se fait sa police et sa justice au grand plaisir des mafieux qui ont pour seul objectif que d'avoir la paix sur leur territoire. La loi et ses acteurs (la citoyenneté, la police, la justice) sont donc confrontée à un grand challenge : retrouver du crédit aux yeux de la jeunesse. La chose n'est pas aisée quand trop de choses donnent à penser qu'il y a deux poids et deux mesures. Comment appeler au respect de la loi quand les enfants constatent par eux-mêmes que leurs parents paient des charges d'ascenseur pour des ascenseurs qui ne fonctionnent jamais ? Cela ne justifie pas de violer soi-même la loi, mais contraint les adultes à expliquer ces sorts différents. Il faut encore que la loi et les institutions soient mieux connues dans leurs règles et dans leur sens. Encore faut-il qu'elles soient réellement vécues comme bénéfiques par ceux qu'on appelle à les respecter.
On mesure l'ampleur du chantier ouvert. D'autant plus que nombre de ces jeunes n'ont pas été élevés à la mamelle des institutions de la République à la française. Mme Lebranchu, ministre de la justice a eu raison en de demander aux procureurs de la République de communiquer en direction des élus et de la population sur les réponses judiciaires apportées à la délinquance, mais il aurait été utile de s'interroger sur les communication à mettre en place en direction des jeunes pour leur expliquer que la justice peut aussi être juste.
Que l'on nenéglige pas ces remarques ; elles annoncent nombre des difficultés
à venir.
012 La réforme du droit de la famille annoncée depuis 1997 est
seulement en passe de se concrétiser, qui plus est dans une telle dispersion
qu'elle perd en visibilité et en affichage
Indéniablement comme nous le pressentions, la mise en place d'un ministère
de la famille et de l'enfance a contribué à désengluer
la mise à jour du droit de la famille annoncée par le gouvernement
Jospin dès son arrivée aux responsabilités, mais qui
était restée au stade des commissions et des rapports sous le
ministère Guigou. On s'en réjouit. C'est bien à l'actif
de Mme S. Royal qui faut mettre l'accélération perceptible dans
cette année 2001. Et après tout c'est justice et normal sur
le plan politique : il ne revient pas au ministère de la justice de
faire les textes législatifs concernant l'enfance et la famille mais
au ministère concerné.
Reste que l'on a quelques difficultés à retrouver le train de
la réforme.
Certains textes ont été poussés par le ministère
de la famille et de l'enfance comme celui sur l'accès aux origines
; d'autres ont été " délégués "
à des parlementaires qui ont usé de la niche qui leur est désormais
réservée. Cette nouvelle manière de légiférer
a pu surprendre plus d'un commentateur juridique. En vérité
- on l'a dit - les parlementaires plus sensibles aux besoins de nos contemporains
car plus en contact avec eux ont décidé de prendre le mors aux
dents et comme dans le même temps la nouvelle ministre y trouvait son
compte, " l'initiative parlementaire " a été valorisée.
Des difficultés ont résulté de cette manière de
pratiquer. Il y a pu déjà y avoir de la précipitation
dans la mise au point et l'examen ce qui n'est pas une bonne manière
de faire techniquement la loi. Ensuite, tous les wagons ne sont pas encore
rentrésà la gare d'arrivée. Nombre de ces textes sont
encore dans le circuit parlementaire. Au passage, ils subissent des distorsions
ou des rajouts plus ou moins incongrus. Certains textes jouent même
le rôle de voiture-balai en agrégeant tout ce qui traîne
dans le débat d'actualité. Ainsi le projet sur l'autorité
parentale portant reforme du code civil s'est-il enrichi des dispositions
sur les enfants étrangers isolés (art. 35 quater de l'ordonnance
du 1er novembre 1945 sur le séjour des étrangers) puis de l'incrimination
pénale des clients des prostitués mineurs et de plusieurs dispositions
visant à lutter contre la pédo-pornographie. Il est grand temps
que ce texte arrive à sa gare de destination !
Enfin, une chose est aujourd'hui évidente : personne ne sait où
en est de ces mises à jour qui arrivent en ordre dispersé. Leur
sens est nullement mis en évidence alors même que l'on se trouve
dans un domaine hautement normatif. Quelle famille se dessine pour demain
en plein ou en creux ? Nombre de réponses à des questions pendantes
comme la revendication d'adoption par des couples non mariés voire
homosexuels en découlent.
Sachant que de ces discours découlent certes une adaptation législative, mais la cristallisation d'une pensée collective et très concrètement la vision de la famille moderne qui se dessine pour les quelques temps à venir>.
Une extraordinaire occasion aura été ratée de tenir un discours sur la famille et les responsabilités parentales tant en direction des adultes que vers les enfants eux-mêmes.
On observera également que la campagne de communication gouvernementale
sur le contenu de l'autorité parentale inscrite CSI de juin 1998 n'a
toujours pas été esquissée.
Faut-il ajouter combien ces deux sujets - les réponses à la
délinquance des jeunes et les termes de la nouvelle responsabilité
parentale- sont intimement liés. On a redécouvert ces dernières
années combien l'intervention auprès des jeunes délinquants
ne pouvait pas faire l'impasse sur l'univers et les responsabilités
parentales ; a fortiori l'aide précoce à la parentalité
en difficulté pourrait prévenir nombre de souffrances et de
passage à l'acte. C'est encore une des raisons pour lesquelles nous
regrettons que la réforme du droit de la famille tarde tant et soit
aussi peu lisible quand il eut fallu - Mme Royal s'y est efforcée parfois
- lier positivement les deux dossiers.
013 Le regard sur le handicap pourrait se modifier heureusement ; reste à en tirer toutes les conséquences
La jurisprudence dite Perruche de la Cour de Cassation du 13 juillet 2001 et
les arrêts de la même cour qui ont suivi ont fait couler et font
couler encore beaucoup d'encre.
On a fait dire à la Cour de Cassation des choses que certainement elle
n'a pas entendu développer comme celle consistant à vouloir
rendre les médecins responsables des naissances handicapées
quand il s'agissait d'abord de répondre aux victimes d'une erreur de
diagnostic les empêchant d'user de leur droit à interrompre la
grossesse. On lui a prêté aussi le souci de pallier les carences
de notre dispositif d'intervention en faveur de l'enfance handicapée
en voulant substituer un système d'assurance civile au dispositif de
protection sociale. Plus grave encore on lui a fait dire que l'enfant handicapé
n'aurait plus le droit de vivre. On a parlé un peu rapidement d'un
prétendu " droit de ne pas naître " qui ouvrirait droit
à indemnisation.
En réalité, la question était initialement celle de la
faute médicale lourde : l'erreur de diagnostic évidente avait
empêché telle femme de décider d'interrompre sa grossesse
comme elle avait annoncé qu'elle le ferait si le besoin s'en faisait
sentir. Aujourd'hui on avance que la médecine ne peut pas se voir imposer
une obligation de résultat quand il s'agissait somme toute de relever
une faute grave lourde de conséquences ici comme dans l'autres domaines
de la vie.
Certains ont craint que le débat politique qui s'en suivi soit l'occasion
de remettre en cause la législation sur l'IVG.
Il ne s'agit nullement d'ouvrir le droit à l'enfant de demander à
être indemnisé de ses conditions de naissances : qu'il naisse
aujourd'hui porteur d'un handicap ou demain de parents asociaux ou alcooliques,
comme l'on craint certains ! D'où la proposition de loi relative à
" la solidarité nationale et l'indemnisation des handicaps congénitaux
" du député-médecin J.F. Mattei dont l'un des deux
articles affirmait : "Nul n'est recevable à demander une indemnisation
du fait de sa naissance ". Ce projet rejoignait une autre proposition
de loi déposée trois mois plus tôt par Ms Sarre et Chévènement
(MDC). A quoi a répondu un amendement RPR de Mme Cathala repris à
son compte par le gouvernement qui voulait que " la personne née
avec un handicap du fait d'une faute médicale puisse obtenir une réparation
de son préjudice ".
D'évidence en faisant tonner ses troupes le souci du groupe de pression
Médecine à l'Assemblée était bien de s'opposer
à ces nouveaux développements de la responsabilité civile
des médecins-échographistes et à l'augmentation des primes
d'assurance annoncée.
On aura rarement vu une telle mobilisation après une décision de justice.
Le législateur a voulu rapidement couper court au débat alors
même que la question est d'une extrême complexité. Heureusement
que le Gouvernement a su se donner le temps nécessaire - en promettant
que la proposition de loi serait inscrit à l'ordre du jour prioritaire
en janvier 2002 - quand dans le même temps il n'a toujours pas actualisé
les lois sur la bioéthique.
Mauvaise entame de débat, mais peut être au final d'un mal pourrait
sortir un bien qui s'exprimait difficilement jusque-là : le regard
sur le handicap - et sur l'enfant handicapé - peut s'en trouver modifié.
Claude Evin ex-ministre de la santé a bien résumé l'enjeu
: " Si ces arrêts permettent à la solidarité nationale
de mieux répondre à la situation des enfants handicapés,
ils n'auront pas été inutiles " . A quoi Mme Bachelot (RPR)
a ajouté au risque de friser l'excès : " Ayons le courage
de reconnaître que le dispositif médico-social de notre pays
a terriblement vieilli et qu'il n'est plus en mesure de remplir ses tâches
".
Il y a donc bien plusieurs questions posées : celle de la responsabilité
civile (la faute ou les fautes entre le handicap et l'absence de diagnostic,
le lien de causalité avec le handicap, qui a le droit de demander à
être indemniser : les parents et/ou l'enfant handicapé), mais
également celle de la réponse sociale au handicap ( le moins
que l'on puisse dire est bien que la marge de progression est importante).
- Le droit de la responsabilité civile sera précisé
Le gouvernement avait donc pris l'initiative d'une loi afin de contrer la jurisprudence
Perruche et en limitée les déclinaisons possibles. Le côté
abrupt de la proposition de la loi du député Mattei appelait
à une approche plus sereine.
La position gouvernementale annoncée le 4 janvier 2002 résulte
d'un compromis entre les quatre ministères - santé, famille,
justice, solidarité - : l'enfant ne pourra pas demander des dommages
et intérêts du fait de l'erreur de diagnostic médical
ayant privé sa mère de la possibilité d'avorter, mais
bien sûr il pourra demander - via ses parents ou directement plus tard
- une indemnisation du fait de la faute médicale qui aurait généré
ou aggravé le handicap. Les parents pourront obtenir pour eux l'indemnisation
de la faute commise les ayant empêchés d'exercer leur droit à
l'IVG ; enfin dans le cas de l'arrêt Perruche, où l'erreur de
diagnostic a empêché l'IVG, les parents pourront demander une
indemnité pour l'enfant " sans préjudice des aides prévues
au titre de la solidarité nationale ". En se calant ainsi sur
la jurisprudence Quarrez (1997) du Conseil d'Etat, l'indemnité tiendra
compte des prestations déjà versées par la sécurité
sociale, elle ne s'éteindra pas à la mort des parents. Les médecins
sont rassurés : toute action récursoire de la sécurité
sociale contre eux est interdite.
Sous couvert d'une analyse plus fine ce compromis semble acceptable pour tous. Le débat parlementaire a permis d'en avoir la preuve puisque ce texte a été adopté en première lecture par l'Assemblée à l'unanimité moins une voix le jeudi 10 janvier 2002.
Le texte voté calme déjà le jeu à tous points de
vue. Il ne prive pas l'enfant né handicapé d'une indemnisation
en cas de faute commise par le médecin même si le handicap résulte
fondamentalement d'une autre source. Il limite l'indemnisation reçue
par l'enfant puisque le juge doit tenir compte des aides publiques qui lui
sont apportées. Au final, ce texte ne déroge en rien aux grands
principes de la responsabilité civile et aux décisions de la
Cour de Cassation : mais par la présentation des choses et les bornes
reposées les parlementaires et le gouvernement ont eu un légitime
souci d'apaisement tout en permettant aux personnes handicapées d'être
légitiment indemnisées quand elles ont été victimes
d'une faute. Après tout tel était bien l'enjeu essentiel
- L'effort en direction du handicap
On ne peut que se réjouir des efforts développés par
la puissance publique d'Etat pour, par-delà l'effort financier et humain
déjà affecté aux handicaps, carrément regarder
autrement les personnes porteuses de handicap. A ce propos, on a déjà
apprécié qu'à l'occasion d'une récriture gouvernementale
en mars 2001 la compétence ministérielle sur les personnes handicapées
ait été jointe à celle de l'enfance et de la famille
; on se félicitera de la circulaire conjointe avec l'Education nationale
du 11 juillet 2001 ; on relèvera avec satisfaction la première
rencontre depuis 1975 des DDASS et des Inspecteurs d'Académie.
Par-delà les mesures techniques et les budgets nécessaires,
ce souci d'une " action sur les mentalités " est essentiel.
Visant l'intégration scolaire des enfants porteurs de handicaps, nous
avons apprécié l'interpellation forte de Mme Royal qui a su
publiquement s'interroger sur le fait que certains établissements scolaires
ne connaissent pas le handicap des enfants : " Les établissements
scolaires qui n'accueillent aucun enfant handicapé doivent se dire
qu'il y a un problème ! " . Historiquement peu de paroles politiques
en situation de responsabilité ont ainsi interpellé les institutions.
Reste à leur donner les moyens d'agir autrement face au handicap.
En pratique cette volonté politique nous la retrouvons dans la mesure consistant à ce que l'administration avance elle-même la preuve qu'un enfant il ne puisse pas être inscrit dans une école normale. Cette inversion de la charge de la preuve peut avoir des effets essentiels.
M. Jacky Simon, le Médiateur Education Nationale dans son rapport annuel
présenté en mai 2001 ne disait rien d'autre quand il constatait
que " l'administration manque parfois de savoir-faire pour préparer
l'accueil et la scolarisation d'un enfant handicapé ". Il suggérait
notamment de mettre en place des petites cellules transversales chargées
d'animer et de coordonner en les articulant les actions des services concernés
par l'accueil de enfants handicapés.
On doit attendre du positif de ce changement de regard, et déjà
pour crédibiliser cette démarche que les moyens nécessaires
soient mobilisés. Avec d'autres nous dénoncions l'an dernier
le fait que près de 20 000 enfants handicapés ne soient pas
scolarisés. Le ministère après avoir regimbé reconnaissait
lui-même qu'ils seraient entre " 6 à 10 000 ". Reste
que faute d'avoir entrepris depuis des années les efforts statistiques
qui s'imposaient - certainement pour ne pas à avoir à en tirer
les conséquences ! - les responsables publics et les associations sont
toujours dans l'incapacité de chiffrer les besoins. Ce n'est pas une
manière de gérer la chose publique. On nous promet aujourd'hui
que pour la rentrée 2002 les CDES seront en état de faire cette
évaluation département par département. Acceptons en
l'augure !
Mme Royal et M. Lang se réjouissaient en novembre 2001 du succès
du programme Handiscol' qui a permis que désormais un enfant sur deux
porteur de handicap soit accueilli dans une école normale.
Il faut que le discours politique reste fort pour dépasser les résistances
administratives et culturelles qui existent encore, notamment pour permettre
aux enfants handicapés de trouver leur place à l'école
comme les autres enfants chaque fois que cela est possible. Bien évidemment
il est des cas où cela serait contre-indiqué pour l'enfant lui-même
mais, trop souvent, cela pourrait se faire avec peu de moyens supplémentaires.
Les enseignants et les parents eux-mêmes des autres enfants renâclent
au nom de l'intérêt commun. Non seulement il faut combattre les
démarches ségrégatives inutiles, mais par ailleurs, c'est
bien dès l'école que le rejet du handicap sera combattu dans
les esprits.
La ministre est consciente de l'espoir suscité par son discours volontariste
et nouveau . Elle se dit prête à assumer les éventuelles
frustrations. C'est qu'il risque d'y en avoir si les moyens financiers et
en personne nécessaires ne sont pas dégagés. Or ce sera
difficile. Souvenons nous qu'au moment de la reprise économique annoncée
en juillet 2000 nous évaluions à 2 Milliards de francs l'effort
financier à dégager pour scolariser tous les enfants qui ne
l'étaient pas. On n'a pas pu le faire. Depuis plusieurs milliards ont
été dégagés pour la police, la gendarmerie, etc.
Bref, pour d'autres priorités.
Enfin, et ce n'est pas le moindre problème, il est temps de s'interroger sur les mutations profondes en cours dans le champ de l'intégration scolaire et des effets qui va en résulter comme dans tout système. Nous nous orientons vers un système où les enfants porteurs de handicap non invalidants seraient intégrés dans l'école normale ce qui supposera quand même des efforts spécifiques de soutien et d'accompagnement pour réduire la difficulté du handicap pour suivre une scolarité normale. Des moyens s'imposent qu'il faudra dégager. Deuxièmement il faut s'interroger sur le devenir réservé de ce fait à de nombreux établissements spécialisés.
014 Un nouveau rapport institutions aux familles semblese redessiner : une révolution est en cours. On se réjouira
Le rapport Naves-Cathala avait tracé la voie en 2000. Les travaux menés d'un côté sous la présidence de Jean Pierre Deschamps, président du tribunal pour enfants de Marseille et de l'autre de Claude Roméo, directeur de l'enfance et de la famille au département de la Seine Saint-Denis et président de l'ANDASS doivent contribuer demain à réintroduire du droit dans les rapports entre les familles et les institutions et donc limiter le sentiment d'arbitraire. Les germes de cette évolution avaient été posées dans la loi du 6 juin 1984. Il n'aura pas fallu moins d'une décennie et demie pour franchir une nouvelle étape.
Les plus anciens se souviendront qu'en 1979 le Groupe Rapport composé
de travailleurs sociaux proposait, maladroitement certes, la communication
aux familles des rapports adressés aux juges .
Indéniablement des transformations fondamentales sont ainsi en germe.
La réécriture des lois de 1975 sur les institutions médico-sociales
et les personnes handicapées vont aussi dans le sens d'une meilleure
prise en compte des droits de la personne. Le rapport Deschamps sur le contradictoire
dans la procédure d'assistance éducative ; le travail coordonné
par Claude Roméo et à une autre échelle la nouvelle loi
médico-sociale promulguée le 2 janvier 2002 sont pleins de potentialités
et vont contribuer à changer le rapport des institutions aux familles.
Reste à concrétiser. C'est une véritable révolution
culturelle qui se profile. A tout le moins un débat s'ouvre qui va
conduire à abandonner certaines attitudes institutionnelles à
défaut de leur retrouver du sens.
On aura bien sûr des regrets concernant le rapport Roméo dont
on aurait souhaité qu'il puisse être encore plus ambitieux en
exigeant qu'il y ait vis-vis des familles un pilote dans l'avion de la protection
de l'enfance. On regrettera encore que la Chancellerie semble faire l'impasse
sur les moyens matériels et humains nécessaires pour mettre
en oeuvre le rapport Deschamps malgré la recommandation finale du document.
D'ores et déjà, il paraît assuré que ces travaux-
et la loi médico-social promulguée le 2 janvier 2002 - influenceront
singulièrement les pratiques professionnelles et le cours de la vie
des institutions de protection de l'enfance. Auront-ils pour effets de faire
baisser encore le taux d'accueil physique dans ces institutions -car tel est
l'objectif visé afin d'éviter les ruptures familiales - il est
difficile de l'affirmer. En revanche, on peut être certain qu'ils contribueront
à modifier les relations usagers-professionnels et à faciliter
l'exercice des responsabilités parentales.
015 L'accueil ménagé aux enfants isolés est particulièrement
choquant : nous l'analysons comme un mal-traitement préoccupant pour
l'avenir
Indéniablement la pression s'est accentuée ces dernières
années à nos frontières même si la France ne vit
pas (encre) ce que déjà d'autres vivent comme l'Italie.
Nos gouvernants ont le souci de ne pas faire appel d'air en ménageant
des conditions d'accueil trop favorables comme si ces conditions d'accueil
étaient à l'origine du départ des enfants de leur pays
!
On peut simplement observer que ce que nous faisons n'est pas toujours digne
de notre pays et des leçons que nous entendons donner sur d'autres
terrains. Sans polémiquer sur une question hautement sensible et délicate,
sans refuser une approche humanitaire, constatons simplement qu'en droit notre
pays n'est pas toujours - c'est le moins qu'on puisse dire - respectueux de
ses engagements.
Constatons que le phénomène des " enfants des rues "
est désormais une réalité dans notre pays au travers
de ces enfants venus du Sud (en l'espèce notamment le Maroc) en plus
de ceux venus de la Roumanie). Observons aussi que la prostitution des très
jeunes filles et de jeunes garçons est une évidence criante
dans les grandes métropoles françaises. Le rapport de la mission
parlementaire présidée par Christine Lazerges fait froid dans
le dos en mettant en évidence combien les mafias tirent les ficelles
et engrangent les bénéfices d'un nouvel esclavagisme.
Depuis deux ans - en complément d'autres organismes spécialisés
- DEI-France a eu le souci d'interpeller les pouvoirs publics et les journalistes
sur le sort réservé aux enfants venus d'ailleurs. Aujourd'hui,
la médiatisation se fait autour des risques de prostitution, mais on
esquive les raisons qui font que ces enfant partent vers nos contrées.
Une chose est certaine : notre pays soucieux de ne pas devenir le maillon faible
de l'Europe n'hésite pas à tordre le cou à ses beaux
principes.
Nous n'avons pas à être fiers des réponses apportées.
Indéniablement il ne doit pas être question de laisser entrer
tous ceux qui se présentent aux frontières.
Bien évidemment il ne s'agit pas de substituer une gestion humanitaire
à une gestion politique défaillante. Et les responsabilités
ne sont pas qu'occidentales !
Reste qu'on ne peut pas se revendiquer la patrie des droits de l'Homme et
avoir certains comportements scandaleux comme des conditions d'accueil dégradantes
- comme le fait de ne pas recevoir la demande d'asile que certains s'apprêtent
à déposer en les contenant dans la zone internationale - avec
le seul souci de faire repartir au plus tôt les intéressés
de là où ils viennent.
Les conditions dans lesquelles ce dossier est traité doivent nous préoccuper
car elles anticipent sur ce que la France et l'Europe vivront dans les années
à venir. Comment répondrons nous à la pression qui pèsera
plus que jamais sur nos pays ? Comment articulerons nous les réponses
dans les différents pays ? Mme Royal nous avait annoncé en novembre
2000 à l'occasion de la réunion des ministres européens
sous présidence française que le sujet serait prolongé
en 2001 et nous avait donné rendez-vous en novembre 2001. Nous n'avons
rien vu venir.
Du projet de loi sur l'administrateur ad hoc voté par raccroc dans
le texte sur l'autorité parentale à la création de la
structure d'accueil d'urgence de Taverny qu'on s'apprête à ouvrir
dans le flou et l'improvisation pour afficher une réponse, on a le
sentiment que la question n'est pas abordée comme il le faudrait.
Le projet d'installer un tribunal au pied des passerelles de Roissy ne peut
pas être accepté par les français sensibles aux droits
de l'Homme. Si un refoulement s'impose, il exige quelques précautions.
Encore plus s'agissant d'enfants. Les étrangers qui arrivent pour trouver
refuge en France ne sont pas des délinquants.
A travers le premier ministre, on nous laisse désormais à entendre
que c'est un véritable statut de l'enfant étranger isolé
qui sera adopté par le Parlement avec le souci de lutter contre la
prostitution et toutes les formes d'exploitation des enfants. A voir. Par
exemple, l'idée apparemment séduisante d'un administrateur ad
hoc dont serait doté chaque enfant dès qu'il aura été
repéré à son arrivée comme étranger et
isolé ne vaudra que pour la phase de mise en rétention administrative
c'est-à-dire, on ne manquera pas de le relever, pour faciliter son
retour légal vers son pays ! Les associations qui sont en première
ligne depuis des années n'ont pas manqué de faire ce raisonnement.
Nous partageons leurs craintes tout en affirmant que la lucidité veut
de dire que toute personne qui se présente comme mineure à nos
frontières n'a pas un droit supérieur à pénétrer
en France.
Bref, on a l'impression d'une réponse étriquée sur un
sujet certes très difficile quand il faudrait prendre la question à
bras le corps notamment à travers une mission interministérielle
elle-même articulée avec l'Union Européenne.
02 Les tendances lourdes 2001 s'agissant de l'attitude
des pouvoirs publics à l'égard des droits des enfants
021 Au plan international :
021.1 Un rendez-vous manqué, le deuxième Sommet mondial de l'enfance
reporté à 2002
Nous n'attendions pas grand chose du Deuxième Sommet mondial pour l'enfance.
La déception de le voir reporté est donc limitée. Peut-être
aurait-il permis aux U.S.A. d'annoncer qu'ils allaient enfin ratifier la C.I.D.E.
! On pouvait toujours rêver.
Les événements tragiques de septembre 2001 ont conduit tout
logiquement à renvoyer à mai 2002 cet événement
programmé pour faire le bilan de la décennie et le point sur
l'exécution du Plan mondial adopté en 1990. Le bilan international
de ce Plan d'action pour la décennie est sévère. Il ne
pouvait pas l'être moins.
Reste que la dynamique en branle au plan international dans les mois qui précédaient
cette session exceptionnelle était préoccupante du fait de l'attitude
des USA qui entendaient déconnecter les suites à donner au bilan
sur le Plan mondial de la dynamique de la CIDE. L'Europe résistait
à cette tentation, mais nombre d'Etats étaient prêts à
y succomber. On ne sait pas ce qu'elle aurait fait le 17 novembre 2001 à
New York sous présidence belge. Que fera-t-elle en 2002 sous la présidence
espagnole ? Les gendarmes du monde qui ne peuvent pas ratifier un texte majeur
sur les droits de l'homme feront-ils leur loi ? Foin de l'anti-américanisme
primaire, mais l'attitude des USA est quand même choquante.
Sous l'impulsion de Mme Marie Thérèse Hermange, député
européen, représentant spécial du président de
la République à la session de l'O.N.U., un travail riche et
intéressant mobilisant nombre de professionnels et de militants avait
été préparé pour faire progresser encore la prise
en compte des droits de l'enfant. Fort d'une centaine de propositions dans
lesquelles on peut se retrouver aisément il reste totalement d'actualité.
Il pourrait être utilement mis en débat avant mai 2002 et au
passage les pouvoirs publics français pourraient peut-être diffuser
le rapport français remis en catimini en octobre 2000.
DEI-France souhaite que le report de la session spéciale de l'Assemblée
générale de l'ONU sur l'enfance donne l'occasion aux pouvoirs
publics d'engager un débat en France sur le statut fait aux enfants
à partir du rapport préparé pour New York.
021.2 La ratification dles deux protocoles additionnels à la CIDE est en bonne voie
Le conseil des ministres du 12 septembre 2001 a donné son aval au dépôt des projets de loi visant à ratifier les deux projets de protocoles additionnels facultatifs à la CIDE adoptés le 25 mai par l'Assemblée générale de l'ONU
On sait que ces textes à la rédaction desquels la France s'est largement associée visent :
- L'un l'implication des pays dans les conflits armés : il a déjà
été signé par 75 pays mais seulement ratifié par
trois Etats
- L'autre la vente, la prostitution des enfants et la pornographie mettant
en scène des enfants : 69 Etats l'ont signé
Le Sénat a adopté ces projets de loi. De ce point de vue la France n'a pas loupé le coche. En outre elle s'est efforcée, avec le souci de tenir un discours crédible, de décliner certaines dispositions avant la conférence de Yokohama de décembre 2001. Dont acte !
022 Au plan interne
Incontestablement la montée en puissance du ministère de la
famille et de l'enfance est un point positif de l'année. On a déjà
dit s'agissant de la mise à jour du droit de la famille que le ministère
avait littéralement dopé le dossier mais le retard pris était
bien lourd. On n'est pas assuré que tout sera bouclé avant la
fin de la législature. C'est dommage.
022.1 De l'intérêt d'un ministère de la famille et de l'enfance
Force est de reconnaître que la ministre a tenu les deux pôles
de son champ ministériel : à la Conférence annuelle de
la famille instituée par la loi du 25 juillet 1994, répond un
bilan gouvernemental explicite sur les droits de l'enfant. Il a été
dressé le 12 septembre 2001 à la veille de ce qui devait être
un départ vers la session spéciale de l'ONU consacrée
aux enfants . La France marquera de ce point de vue un bon point devant le
Comité des experts de l'ONU. Elle en marquerait un deuxième,
voire décrocherait un bonus, si elle était capable, comme le
demande ce même comité, de chiffrer la part du P.I.B. consacrée
à l'enfance.
De très nombreuses initiatives ont été prise sur le terrain
très direct des droits de l'enfant. On en a vu essentiellement les
déclinaisons dans le champ de la protection de l'enfance, à
travers notamment les instructions interministérielles du 10 janvier
2001 et les Etats généraux de la protection de l'enfance, mais
aussi d'autres initiatives comme la mission donnée à M. Claude
Roméo sur les rapports parents-institutions. Mais il est de fait que
la ministre a eu le souci de jouer en même temps du levier " politique
familiale " pour promouvoir cette protection. Et après tout, la
première ligne de protection de l'enfant n'est-elle pas la famille
? L'approche à partir de la " bientraitance " était
bien vue.
On retiendra un point essentiel du discours ministériel : celui consistant à donner de la cohérence et du sens au débat sur l'autorité parentale. De nombreux enfants manquent d'une présence parentale s'incarnant dans une autorité responsable, protégeant l'enfant ; de là découlent certaines difficultés rencontrées par ces enfants, notamment la délinquance. A travers la loi, mais aussi le dispositif professionnalisé et le réseau associatif, il faut venir en aide aux familles pour qu'elles exercent mieux leur mission de protection de l'enfance.
C'est le discours de la CIDE ; c'est aussi le discours que les professionnels
et les militants de l'enfance tiennent depuis de longues années quand
on les a accusés d'opposer les droits des enfants aux droits des adultes.
Ce discours ministériel n'a pu être tenu que parce que les deux
champs enfance et famille étaient sous la même autorité
politique.
DEI-France forme donc le souhait qu'au lendemain des présidentielles
de 2002 on ne casse pas cette dynamique par une nouvelle écriture gouvernementale.
On relèvera également le souci que le ministère a eu
de ne pas opposer les parents et les professionnels. Le pari n'était
pas aisé à tenir et la ministre a frôlé la correctionnelle
en relayant une discours suranné sur l'assistance publique au risque
de froisser les professionnels de l'aide sociale à l'enfance. Le rétablissement
s'est finalement bien fait autour de la mission Roméo et des Etats
généraux de l'enfance.
DEI-France souhaite que dans l'écriture gouvernementale qui suivra les
élections présidentielles et législatives ne soit pas
cassée la dynamique insufflée depuis 2000 par un ministère
de la famille et de l'enfance
DEI-France attend du gouvernement français qu'il réponde au
Comité des Experts de l'ONU en chiffrant l'effort budgétaire
consenti parle pays pour la politique de l'enfance.
022.2 Le Défenseur des enfants un cadre légitime, des relais
opportuns, des interrogations aussi
Nous inquiétant l'an dernier sur les pouvoirs reconnus à ce
Défenseur des enfants par la loi du 6 mars 2000 nous sommes d'autant
plus libres pour dire aujourd'hui que l'institution a plutôt réussi
son démarrage et prend sa place dans le champ politique français.
A l'expérience prudents, nous ajoutions : " Maintenant nous savons
d'expérience que, comme Pinocchio échappa à Zepetto,
son menuisier de père, toute institution ne vit pas exactement comme
l'auraient souhaité ses géniteurs. Il peut en être ainsi
avec le Défenseur et nous pourrions avoir de bonnes surprises. Dans
ses premiers objectifs, la Défenseure des enfants a cherché
à répondre aux inquiétudes exprimées. Elle a su
s'investir sur le dossier enfants étrangers isolés allant jusqu'à
tenir une conférence de presse avec les associations sans attendre
sur un sujet qui met en cause les administrations le traitement du sujet par
le Médiateur de la République. Nous aurions mauvaise grâce
à être démesurément critique dans la mesure où
elle a repris l'analyse générale que nous faisions sur ce sujet
et les propositions que nous avancions (conf. infra page 52). Première
pour bien marquer un territoire et affirmer une légitimité ou
feu de paille ? L'avenir le dira. ".
Un an plus tard, d'évidence l'institution a su se doter des murs
humains et matériels pour fonctionner. Elle a une équipe conséquence
de collaborateurs. Elle a un budget et des locaux opérationnels. Dont
acte !
Elle s'est surtout dotée d'une méthodologie d'intervention qui
passe par une réponse rapide aux problèmes de principe qui peuvent
se rencontrer sur le terrain. Elle n'hésite pas à se déplacer
immédiatement. On pense notamment à la zone d'attente de Roissy.
Elle répond aux sollicitations associatives et plus souvent individuelles
qui lui sont faites.
Son rapport annuel remis le 20 novembre 2001 (" Une voie pour des droits ") trace des perspectives intéressantes. Nous avons eu le plaisir de relever que nos analyses se rejoignaient fréquemment ou convergaient.
Petit à petit le service de la Défenseure des Enfants se voit
reconnaître une légitimité et est associé à
nombre de travaux officiels. Une meilleure prise en compte des droits des
enfants doit en résulter à terme. On s'en réjouira. On
relèvera que peu d'enfants la sollicitent actuellement (13%). Ils ont
quand même été 900 en 2001. Le plus souvent les interlocuteurs
du Défenseur sont des adultes dont on peut craindre qu'ils ne se servent
du prétexte enfant pour faire valoir ce qu'ils estiment être
leurs droits.
On note aussi que c'est autour des rapports parents-enfants (droit de visite,
29% des cas), sur les rapports famille-justice (placement, 13% des cas), sur
le droit à la parole en justice que se cristallise la majorité
des sollicitations et d'abord devant le juge aux affaires familiales
Elle avance des propositions et d'une manière générale
est sollicitée chaque fois qu'une politique publique peut infléchir
sur le statut des enfants. D'évidence, si ce critère peut être
probant - comme nous l'avons observer, l'institution dérange une certaine
administration qui aurait souhaité pouvoir administrer en paix. C'est
un compliment global pour la Défenseure et son action. Pour autant
sur certains on peut aussi - on doit s'autoriser - à être critique
sur les approches retenues. On le verra au cours de ce rapport, notamment
sur la pédopsychiatrie (Chapitre 1).
- Une circulaire Justice du 20 novembre 2001 précise ses relations avec
l'autorité judiciaire
Ce texte rappelle les règles du jeu (missions notamment pour signaler
des cas de maltraitance au Défenseur, non-intervention de la Défenseure
dans les procédures en cours, le secret de l'instruction lui est opposable
; mais en revanche pouvoir d'injonction lorsqu'une décision de justice
devenue définitive n'est pas exécutée). La circulaire
rappelle que, lorsque la réclamation met en cause une administration
ou un service public, le principe est celui de la compétence du médiateur
de la République. Reste à savoir pourquoi il était utile
de rappeler ces règles clairement énoncées dans la loi
? La Défenseure est peut-être vécue comme dérangeante
.
Toujours est-il que la cause des enfants n'est donc pas perdante de cette démarche
publique qui relaie la pression associative ou tout simplement pallie ses
carences ponctuelles.
03. Trois préoccupations majeures persistent
031 La méconnaissance du droit de l'enfance par les adultes et par
les enfants
031.1 Renforcer l'accès au droit : connaître et exercer ses droits
Il est donc temps de développer sur l'ensemble du territoire national en direction des jeunes l'accès au droit dans l'esprit de la loi du 18 décembre 1998 : connaissance des droits et mise en uvre des droits.
Les Conseils départementaux d'accès au droit (CDAD) peuvent y contribuer. Certains financent des téléphones verts spécialisés sur le droit des enfants, des permanences d'avocats ou encore délivrent dans les établissements scolaires des " bons pour une consultation d'avocat ". Cet effort peut être largement amplifié. C'est déjà une question de moyens financiers quand aujourd'hui, par-delà le discours tenu, ils sont comptés et attribués dans des conditions démobilisatrices. Il faut encore agréger toutes les compétences disponibles par-delà les barreaux. Le travail d'accueil et de conseil doit être de qualité, le conseil judiciaire relève des seuls avocats ; en revanche l'accueil/orientation peut mobiliser des juristes non-avocats. Des résistances existent à cette démarche. Il faut encore s'appuyer sur les établissements scolaires et l'Education Nationale, les Clubs de prévention, les centres sociaux, etc..
Des programmes d'éducation à la citoyenneté ont démarré
en 1999-2000 dans l'Education nationale. Pour êtres efficaces, ils impliquent
une formation spécifique des enseignants, paradoxale.
Apparemment la démarche du ministère de la jeunesse et des sports
visant à informer les jeunes sur leurs droits à travers le journal
trimestriel inséré notamment dans Libération et son site
internet n'aura duré qu'un temps à un coût élevé
quand il fallait au contraire s'inscrire dans le temps. La puissance publique
est donc décevante.
031.2 Droits et devoirs des enfants : une approche perverse
On réentend de plus en plus fort le discours que les enfants doivent
d'abord respecter leurs devoirs à l'égard des adultes. On leur
a trop parlé de leurs droits ; c'est pour cela qu'ils en oublient leurs
devoirs, etc. ". Ce discours revient fort dans le débat social.
Il n'est pas question de dire que certains enfants et certains jeunes ne cherchent
pas à user sinon à abuser du fait que leur statut de minorité
leur conférerait des droits. Les adultes ne se privent pas de ces abus
de position quand ils le peuvent. Regardons le comportement des " braves
gens " montés à bord d'une voiture et en position de conduite
!
On affirme un peu vite que droit rime avec devoir. Le souci est évident
de dénier leurs droits à ceux qui ne respecteraient pas leurs
devoirs. Concrètement on exige aujourd'hui sans fard que les enfants
commencent à respecter leurs devoirs en vénérant leurs
parents, leurs professeurs, et les adultes en général avant
qu'on parle de leurs droits. On entend ressasser cette antienne s'agissant
de l'insécurité dont on rend responsable les seuls enfants,
parfois sans éviter l'écueil de la démagogie quand on
vise les moins de 13 ans pour justifier des arrêtés couvre-feu
les concernant !
Reste que ce raisonnement est doublement erroné.
D'abord parce que, cyniquement, les devoirs seront d'autant mieux intégrés
et respectés que les individus et les groupes auront le sentiment d'être
reconnus comme personnes physiques ou morales. L'histoire de l'humanité
démontre la justesse de cette règle.
Deuxièmement parce qu'il est des droits - les droits de l'Homme - qui
ne sont gagés par aucun devoir. Le droit d'être entendu par celui
qui décide de votre sort, le droit d'être assisté, le
droit de contester la décision, tout simplement, le droit de ne pas
être persécuté du fait de sa personne ou de ses opinions,
le droit d'être respecté, etc., tous ces droits et bien d'autres
ne sont gagés par aucun devoir. La jeune femme qui croise un homme
qui ne la viole pas devrait-elle le remercier ?
Il est temps d'oser dire haut et fort que la dialectique droits et devoirs
que certains veulent nous imposer comme raisonnement vise seulement à
justifier la répression pure et dure et au final à dénier
que l'enfant puisse même avoir le moindre droit. C'est l'esprit même
de la CIDE, donc du droit français applicable à tous que de
dénoncer ce raisonnement. Etre respecté dans sa personne par
son prochain est un droit de l'homme fondamental. Point à la ligne.
Ces discours visent à contester toute reconnaissance réelle
des droits de l'homme. Ils doivent être combattus avec énergie
dans l'esprit de la Convention, y compris et encore plus quand ils sont tenus
par des politiques.
032 Le 20 novembre transformé et réduit
Le "20 novembre" est devenu "Journée des droits de l'enfant
"du fait de la loi adoptée en 1996. Et désormais "
Journée européenne des droits de l'enfant ".
Malheureusement d'année en année depuis 1990 cette journée
symbole qui devait être un temps fort de réflexion sur les avancées
acquises dans le domaine des droits de l'enfant et surtout s'interroger sur
les avancées pouvant être dégagées par consensus
dans les temps à venir a été vidé de sa substance.
Au plan national il nous semble que cette dynamique est cassée.
Au plan local, à l'échelle de municipalités sinon de
départements et d'associations, l'ambition demeure et souvent tenue
de créer des évènements qui entretiennent la réflexion.
Saluons ici ce que fait depuis des années le Conseil Général
de la Seine Saint-Denis. La publication à l'occasion du 20 novembre
2001 à 40 000 exemplaire d'un très beau livre sur les droits
de l'enfant destiné à être remis aux parents est une démarche
qui est intéressante, parmi d'autres de ce département.
Nos préconisations 2000 restent malheureusement d'une entière
actualité (Voir rapport 2000 page
)
D.E.I- France
1° appelle toujours les pouvoirs publics à doter les associations
d'une fondation dédiée à la promotion des droits des
enfants qui disposerait d'un centre documentaire de dimension mondiale et
valoriserait les travaux publics et privés de recherche sur laquelle
elles pourraient asseoir leur travail
2° appelle à retrouver un 20 novembre temps de dialogue privilégié
entre les pouvoirs publics et les associations sur les grands enjeux pour
les droits des enfants.
3° rallie la proposition de faire du 20 novembre une journée mondiale
des droits de l'enfant
033 La portée de la CIDE reste toujours contestée avec une Cour
de Cassation qui s'est illustrée en mai 2001 sous un angle imprévu
Nous ne pouvons pas terminer ce tour d'horizon des instances publiques pour
promouvoir la CIDE sans revenir sur l'attitude proprement sidérante
de la Cour de Cassation concernant la CIDE.
Nous n'avons toujours pas eu l'Assemblée plénière qui
pourrait permettre de clarifier la jurisprudence des différentes chambres
de la cour et permettre une harmonisation de l'approche avec le Conseil d'état.
Pire la Cour de Cassation qui hier ignorait de prendre en compte la CIDE en
est venue à la violer délibérément en mai 2001
avec sa décision consistant à dire que la représentation
des enfants n'était pas nécessaire devant le juge en charge
de décider ou non du maintien en rétention administrative (notamment
sur la base de l'art. 35 quater de l'ordonnance de novembre 1945). Pourtant
le code de procédure civile dit bien que tout enfant doit être
assisté ou représenté. En d'autres termes, même
si elle s'en défend, la haute juridiction viole l'article 2 de la CIDE
en faisant une discrimination entre enfants étrangers et enfants français.
On regrettera que la Cour ait cru bon de prendre une telle distance avec la voie qui lui était éclairée par les remarquables conclusions de son avocat général Roland Kessous.
On nous a expliqué depuis que cette décision prise à une majorité faible visait à faire légiférer le Parlement. L'argument, s'il correspondait à la réalité, serait indigne de la Cour de Cassation.
La Cour de cassation devrait regarder du côté de Strasbourg où la Cour Européenne des droits de l'homme dans les affaires T. et V. contre Royaume-Uni du 16 décembre 1999 relève que la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant a force obligatoire en droit international pour les États contractants, dont tous les États membres du Conseil de l'Europe.
Dans la mesure où le Conseil d'Etat et la Cour de Cassation ont des
approches aussi peu réductibles, DEI-France constate une nouvelle fois
qu'il est indispensable que les suites soient données au rapport Fabius
de 1998 sur les droits des enfants qui prévoyait une loi interprétative
sur les dispositions de la CIDE directement applicables.