Le rapport 1999 (format word)
Le rapport 1999 (format acrobat mais sans graphiques)
Sommaire analytique (format word)
Présentation |
Les thématiques transversales |
Les droits économiques et sociaux |
Droits de la personne et libertés |
Le droit à une famile et à une protection de remplacement |
Le droit de l'enfant à la protection vis-à-vis des institutions dont la famille |
Droit à l'éducation, aux loisirs et aux activités culturelles |
Les engagements internationaux résultant de la Convention |
Quelques rendez-vous pour l'an 2000 en guise de conclusion |
Présentation du Rapport
01 - Qu'est-ce que D.E.I.-France ?
Défense des Enfants International - France est la branche
française de l'organisation non gouvernementale née en 1979 avec
pour objectif de contribuer à l'écriture du projet de Convention
Internationale sur les Droits de l'Enfant (C.I.D.E.).
Sans D.E.I., le texte initialement avancé par la Pologne ne serait pas
ce qu'il est devenu. Sous la férule de Nigel Cantwell, alors son
responsable des études, D.E.I - Genève pilota ainsi le groupe des
O.N.G. mobilisées sur le projet avec pour souci d'alimenter en
propositions rédactionnelles le travail du groupe de 43 Etats en charge
d'arrêter les termes de la Convention.
Ce mode d'élaboration du traité était déjà
original en associant les Etats et la société civile.
Il revient désormais aux O.N.G. de faire pression à tous les
niveaux pour que ce texte ne devienne pas
un chiffon de papier
adopté par
le machin,
pour reprendre la célèbre formule du Général de
GAULLE, parlant à l'O.N.U.
Aussi, depuis l'adoption de la Convention le 20 novembre 1989 par
l'Assemblée générale de l'O.N.U. et son entrée en
application le 6 septembre 1990, D.E.I. se donne pour contrainte de veiller
à son application.
Elle dispose d'une cinquantaine de sections nationales dont la section
française constituée le 20 novembre 1998 pour combler un vide qui
choquait beaucoup à l'étranger.
D.E.I.-France compte une centaine d'adhérents, personnes physiques et
morales : juristes, travailleurs sociaux, enseignants, communes, C.A.F., etc.
avec cette caractéristique de n'être
inféodée à aucune culture de groupe
particulière, à aucune logique institutionnelle. Nous avons pour
souci l'application de
toutes
les dispositions de la Convention quand souvent tel mouvement privilégie
l'un ou l'autre pan du traité international.
Personne ne contestera, aujourd'hui, l'importance de la C.I.D.E., seul document
sur les droits de l'homme, de portée internationale ayant force
contraignante, ratifié par la quasi-totalité de la
Communauté mondiale.
Lors de nos travaux constitutifs nous nous sommes donné pour objectif
premier d'exercer une vigilance critique sur la manière dont la France
applique cette convention internationale en France et à
l'étranger.
Ce rapport est la première expression forte de D.E.I.-France, pour
répondre à l'ambition qu'elle s'est assignée.
Il a été rédigé sur la base des observations et des
notes rédigées par les chefs de file qui ont eu
l'année durant, secteur par secteur, le rôle d'animer chacun dans
leur domaine cette vigilance.
A notre connaissance, il est le premier travail de ce type qu'une organisation
française ambitionne d'élaborer.
Nous formons le projet de poursuivre sur cette lancée chaque
année. Ce faisant, si les pouvoirs publics respectent leurs propres
contraintes, l'opinion disposera d'une approche en relief du respect de la
C.I.D.E. par notre pays.
02 - Le sens de ce premier rapport de D.E.I.-France : forces et limites
D.E.I.-France d'une manière générale, et
spécialement dans ce premier rapport, ne peut pas prétendre
à l'exhaustivité absolue. L'exercice est d'autant plus difficile
que la C.I.D.E. trace par son côté global et général
un vrai projet de société. Elle postule un statut de l'enfance
d'une grande complexité et aux multiples facettes.
En s'appuyant, dans toute la mesure du possible, sur les sources officielles et
sur les travaux des associations et O.N.G., le rapport de D.E.I.-France
s'attachera fondamentalement aux faits et évolutions survenues dans
l'année 1999.
Par ailleurs, on a choisi de privilégier les aspects qui peuvent
apparaître les plus importants du sort fait aux enfants de France. Un
sort globalement enviable, mais qui supporte aussi la critique au regard de ce
à quoi l'on peut aspirer dans un pays aussi riche que la
quatrième puissance mondiale et dans un Etat qui se targue d'être
la patrie des droits de l'homme et une démocratie.
Nous ferons l'impasse sur tel thème si nous avons le sentiment que dans
l'année et dans ce domaine, il ne s'est pas produit de faits de nature
à infléchir le cours des choses.
Ce travail de D.E.I.-France sur l'application de la Convention en France est
donc une gageure. Le risque doit être pris, pour qu'à terme, nous
disposions à travers cette démarche d'un instrument de mesure
performant.
Bien évidemment, nous aurons le souci d'une critique constructive. Il
n'est pas question de peindre en noir la vie des enfants de ce pays. Nous
n'hésiterons pas à saluer les avancées pour être
plus à l'aise pour relever les défaillances, les lacunes, les
retards pris, les contradictions.
Pourtant à y regarder de prés, beaucoup est encore fait
régulièrement dans ce pays pour améliorer le sort des
enfants. On peut même avoir le sentiment que les rapports officiels
succédant aux rapports, comme les renvois en commissions,
succédant aux renvois en commission donnant le sentiment de ne trancher
aucun problème. Cette année 1999 ne déroge pas.
Les avancées sont réelles au quotidien. Nous en donnerons donc
acte, mais c'est le lot de l'exercice auquel nous nous livrons que d'insister
sur les manques.
D.E.I.-France se doit d'être réaliste, mais exigeant.
03 - Les principales caractéristiques de l'année 1999
Privilégier les lignes forces d'une année est un exercice
subjectif. Nous revendiquons cette subjectivité du fait de notre
engagement et de notre sensibilité sur la cause des enfants.
031 - La préoccupation enfance s'estompe derrière la
préoccupation famille
L'année 1999 a été marquée par un débat de
société centré sur la famille et le couple dans toutes ses
composantes, l'enfant apparaissant comme une incidente, mais n'étant pas
traité en tant que sujet. On sent aussi le souci de ne pas heurter la
sensibilité des adultes.
Le débat sur le P.A.C.S. fut éclairant. En effet, il fallut de
l'énergie pour éviter de se laisser entraîner dans la
revendication d'un droit à l'enfant et pour s'interroger sur le projet
de vie formé pour l'enfant que des adultes entendent adopter. Il n'a pas
été aisé de soutenir que le P.A.C.S. se voulait un contrat
entre adultes pour prendre en compte une communauté de vie, mais ne
pouvait pas être la reconnaissance d'une nouvelle forme de famille qui
appellerait inéluctablement à la reconnaissance d'un droit
à enfant, droit d'ailleurs n'ayant jamais été
affirmé pour quiconque. Le Conseil Constitutionnel dans sa
décision du 9 novembre 1999 rejetant le recours déposé par
des parlementaires hostiles au texte adopté par le Parlement confirme
cette analyse en estimant que la loi votée ne modifie en rien le code
civil pour ce qui touche à la filiation, à l'autorité
parentale et aux droits des enfants mineurs.
Il semble bien que la sensibilité aux droits des enfants s'estompe et
que s'esquisse une attaque frontale contre les militants des droits
des enfants rendus responsables de tous les problèmes posés
par une certaine jeunesse en difficulté. Plus préoccupant devant
ce que l'on appelle une crise de l'autorité, ce serait à cause
d'eux que les parents ne seraient plus crédibles, que l'uniforme aurait
perdu de son lustre et de sa splendeur, que l'enseignant ne serait plus
respectable !
Cette approche a l'avantage d'autoriser à faire l'économie de la
légitimation de l'autorité et démontre que souvent l'on
confond autorité et violence.
Par ailleurs, on entend à nouveau haut et fort le discours
désormais classique selon lequel droit rime avec devoir
axiome globalement fondé, mais inexact s'agissant des droits de l'homme
fondamentaux : le droit d'être respecté dans son corps ou d'avoir
de quoi manger n'est gagé par aucun devoir ! Pas plus le droit
d'être entendu, le droit d'être défendu en justice ou de
disposer de recours contre les décisions judiciaires ne sont
subordonnés à aucune réciprocité.
Une chose est certaine : l'impact de la Convention internationale sur les
droits de l'enfant semble s'estomper, même si sur de nombreux aspects son
message a été intégré par tout le champ social
comme dans le domaine de l'enfance maltraitée.
032 - La violence est plus que jamais assimilée aux jeunes, au risque
de tomber dans un racisme anti-jeunes
Quatre remarques s'imposent ici fermement :
1 - Toute violence n'est pas illégitime ; certaines violences sont
même naturelles. Pour autant, un pays qui se veut Etat de droit est plus
qu'un autre sensible aux violences en tous genres.
2 - La violence n'est pas que le fait des enfants et des jeunes.
3 - Les enfants sont le plus souvent les victimes des enfants et des jeunes.
4 - Il ne serait pas inutile de s'interroger en profondeur sur les causes de la
violence que l'on reproche aux jeunes.
L'injustice sert souvent de fond à la violence quand la révolte
ne trouve pas de quoi se canaliser dans les formes démocratiques
d'expression et de revendication. D'où l'importance de favoriser les
formes d'expression des enfants et des jeunes.
033 - L'enchevêtrement des responsabilités sur l'enfance appelle
inéluctablement une clarification sur qui fait quoi sur les enfants
La nécessité est de plus en plus ressentie de rechercher une
cohérence pour mieux défendre les enfants. Le dispositif de
protection de l'enfance est devenu très complexe, associant de multiples
responsabilités, privées - familiales et associatives - et
publiques, nationales, locales voire européennes, professionnelles et
bénévoles. Son opacité déroute et on s'interroge
d'autant plus sur son efficacité que son coût apparaît
difficilement supportable.
Cette question que peut apparaître théorique recèle en
vérité de nombreuses conséquences concrètes.
Dire que les responsabilités sur l'enfant sont multiples ne signifie pas
qu'elles se situent toutes sur le même plan. Au contraire, on
réalise aujourd'hui que les responsabilités parentales sont
premières. Il ne s'agit pas de se substituer, de faire à la place
des parents, de prendre en charge enfants et parents, mais de soutenir les
parents dans l'exercice de leur fonction. On voit ainsi éclore les
maisons des parents, les groupes de soutien aux familles, etc. et surtout on
ressent le besoin de clarifier juridiquement qui des adultes (parents
biologiques, beaux-parents, grands-parents, tiers, etc.) a compétence
sur la vie de l'enfant.
Il faut encore clarifier qui fait quoi au sein de la puissance publique (Etat,
collectivitÉs locales : régions, départements, communes,
sinon instances européennes), tellement il est vrai aujourd'hui que tout
ne relève plus du seul Etat.
D.E.I.-France suivra avec attention le travail engagé entre l'Etat et
les représentants des conseils généraux afin
d'améliorer l'articulation entre les services de l'aide sociale à
l'enfance et ceux de la protection judiciaire de la jeunesse en regrettant que
le ministère de l'Education nationale n'ait pas été
associé au plan national au programme de travail compte tenu de
l'importance que le maillon école tient localement dans la gestion des
situations d'enfants en danger et dans les réponses à la
délinquance des jeunes.
`
Dans un autre registre, il faut trouver le moyen d'articuler les
compétences des parents, des professionnels et du réseau
associatif.
Pris sous un autre angle on réalise que l'enfant est à la fois un
sujet privé et un être public. La responsabilitÉ parentale
est première, mais la puissance publique au nom de l'ordre public doit
se préoccuper des conditions de vie faites à l'enfant. Par
exemple, les parents peuvent guider l'enfant dans son éducation et sa
socialisation, mais la scolarisation est obligatoire comme le sont certaines
vaccinations, c'est-à-dire que l'autorité parentale est
limitée, quand elle n'est pas surveillée s'agissant de la
protection contre certaines formes de violence. Si on veut un exemple topique,
les mutilations sexuelles qui répondent aux convictions religieuses des
parents mais qui ne se justifient pas pour des raisons de santé sont
condamnées.
De ce point de vue, on relèvera que le droit français rejoint la
règle internationale posée par la Convention des Nations Unies.
Ainsi, on retiendra que l'Etat est légitime à intervenir dans
toutes les familles vivant en France pour prévenir ou répondre
à l'excision. Dans un autre domaine, celui de l'éducation, on
voit bien que les compétences privées - la famille, le
réseau associatif - et publiques, se complètent.
En d'autres termes, il devient indispensable aujourd'hui de clarifier les
responsabilités sur l'enfant sachant que de plus en plus souvent -
jusqu'où et comment peut-on compléter cette compétence
sans nier l'enfant ? - l'enfant lui-même peut être décideur
pour ce qui le concerne ou concerne son environnement.
La Convention a d'ailleurs eu comme originalité d'affirmer ce droit de
participer de l'enfant. Cette dimension n'avait rien d'original pour notre
droit, mais il faut admettre que certaines avancées introduites dans la
Convention restent à traduire dans les faits.
On verra - par exemple à travers le débat sur l'audition de
l'enfant en justice ou sur le droit d'association - que des résistances
demeurent.
AVERTISSEMENT :
Au sens de la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, l'enfant
est l'individu âgé de moins de 18 ans.
Trop souvent dans le débat social, on a en tête le très
jeune enfant et on néglige l'adolescent ou le presque majeur. Dans
toutes les analyses qui suivront, nous prendrons pour référence
la définition de la C.I.D.E. même si l'enfance est
constituée de plusieurs phases et qu'il faut bien avoir le souci de ne
pas confondre le bébé, le jeune enfant ou l'adolescent.