Le rapport 1999 (format word)
Le rapport 1999 (format acrobat mais sans graphiques)
Sommaire analytique (format word)
Présentation |
Les thématiques transversales |
Les droits économiques et sociaux |
Droits de la personne et libertés |
Le droit à une famile et à une protection de remplacement |
Le droit de l'enfant à la protection vis-à-vis des institutions dont la famille |
Droit à l'éducation, aux loisirs et aux activités culturelles |
Les engagements internationaux résultant de la Convention |
Quelques rendez-vous pour l'an 2000 en guise de conclusion |
Chapitre introductif :
Les THEMATIQUES TRANSVERSALES
Quelques grandes caractéristiques transversales éclairent
l'approche des différents champs dans lesquels se jouent le respect des
droits des enfants.
01 Les suites du rapport
parlementaire sur les droits de l'enfant : pompes et enterrement ?
En mai 1998, la commission d'enquête parlementaire présidée
en personne par le président de l'Assemblée nationale, Laurent
Fabius, déposait son rapport. Ce document en deux tomes était
rendu public .. Fruit de plusieurs mois de travail et de fort nombreuses
auditions, il suscitait un réel intérêt notamment de la
part des associations et des professionnels.
Principale déception de l'année : le rapport Fabius et ses 17
propositions ne semble pas avoir eu de suites, ou si discrètes qu'on
peut légitimement être déçu à la hauteur des
espoirs soulevés par cette démarche passionnante.
Pourtant, les préconisations ne manquaient pas. Saluées comme
équilibrées et intéressantes, elles
bénéficiaient d'un consensus politique au sein de la commission.
Elles appelaient des réponses sur des questions aussi importantes que le
souci d'harmoniser les positions sur l'applicabilité directe de la
C.I.D.E. des deux juridictions suprêmes que sont la Cour de Cassation et
le Conseil d'Etat. Une loi interprétative était promise. On
l'attend encore.
Plus préoccupant encore : les difficultés pour concrétiser
le projet de Médiateur de l'enfance.
L'Assemblée nationale vote le 19 novembre 1998 - pure coïncidence
le 19 est la veille comme chacun le sait du 20 ! - la loi sur le
Médiateur chargé de l'enfance, puis on s'est endormi et on n'a
pas vraiment combattu les résistances du Sénat et du
Médiateur de la République. On a aussi pu mesurer combien les
administrations inquiètes , à tort, à l'idée de se
voir interpeller sur leurs dysfonctionnements par ce Médiateur de
l'enfance restaient réservées à l'idée de relayer
les députés. En tout état de cause, le vote par
l'Assemblée nationale du 19 novembre 1998, finissait par
apparaître démagogique.
L'examen de la proposition de loi devait être programmé au
printemps 1999, à en croire un courrier du 10 mai 1999 de M. le ministre
des Relations avec le Parlement à M. Birsinger, député et
administrateur de D.E.I. - France. Rien ne vint. Apparemment
les extrêmes réserves de la commission des lois du
Sénat
pour reprendre la précaution oratoire du ministre à l'encontre
d'un Médiateur en charge de l'enfance n'ont pas été
dépassées. Un an après le vote de l'Assemblée qui
fit croire à certains que la décision était acquise, la
déception en est donc vive.
Le sondage S.O.F.R.E.S. rendu public les 7/8 novembre 1999 sur les droits de
l'enfant révèle un chiffre intéressant : 91% des adultes
sondés se disent favorables à un Médiateur susceptible de
suggérer des modifications législatives en faveur des droits des
plus jeunes.
Le président de l'Assemblée nationale suggérait dans ce
même Monde du 7/8 novembre, que pour dépasser le blocage du
Sénat et du Médiateur de la République, l'on parle
désormais d'un Défenseur des enfants plutôt que d'un
Médiateur. Il va jusqu'à reprendre l'idée - non retenue
dans le texte voté en première lecture par les
députés - que les enfants puissent directement saisir ce
Défenseur sans passer par un député. Nous ne pouvions
qu'approuver, mais surtout souhaiter que l'on ne reste pas au milieu du
gué.
Apparemment les efforts publics et plus discrets développés par
Laurent Fabius ont dû être payants ou alors les sénateurs,
titillés par leurs petits ou arrière petits-enfants, auront
finalement pensé qu'ils seraient en peine de leur expliquer à
l'occasion du 20 novembre, journée des droits de l'enfant pourquoi ils
s'opposaient à l'Assemblée et à l'opinion sur
l'institution d'un défenseur des enfants !.
Le 9 novembre 1999, le Sénat est enfin arrivé !
Ce n'est pourtant pas la piste d'un Défenseur des enfants
suggérée par le président de l'Assemblée nationale
qui est retenue par le Sénat. Il y aura bien un Médiateur, mais
il ne sera pas autonome du Médiateur de la République. Il sera
placé auprès de celui-ci et nommé par le Conseil des
ministres après avis du Médiateur. On voit donc que sa marge
d'autonomie sera singulièrement réduite quand en plus il est
nommé pour un mandat de 6 ans non renouvelable.
Dans le même temps, le Sénat a approuvé la loi sur les
incompatibilités des fonctions de Médiateur avec d'autres
présentes ou à venir. Cette partie-là du dispositif est
donc définitivement acquise.
Il va de soi qu'on ne peut que se réjouir de voir cette étape
essentielle enfin franchie grâce au vote du Sénat.
L'Assemblée nationale va reprendre la main pour, espérons-le,
concrétiser et sans doute revenir à une institution autonome; en
tous cas, le dossier est enfin débloqué.
Vive le 20 novembre ! Reste maintenant à savoir s'il faudra attendre le
20 novembre 2000 pour jouer la troisième manche à
l'Assemblée nationale.
D.E.I.-France interroge : le gouvernement français entend-il enfin
relayer concrètement la proposition de loi visant à créer
un Médiateur de l'enfance ou un Défenseur des enfants
conformément aux attentes européennes?
Des médiateurs scolaires
Le ministère de l'Education nationale a su anticiper en se dotant fin
1998 d'un réseau de
médiateurs scolaires
installés dans chaque rectorat pour les élèves, les
parents et les enseignants. Le premier bilan qui a pu être dressé
est relativement intéressant, même si on constate que peu de
jeunes ont le réflexe de saisir ces médiateurs, ce sont
plutôt les enseignants et les parents qui y ont fait appel.
Sur cette première année de fonctionnement, les médiateurs
scolaires ont été saisis 900 fois. M. Jacky Simon,
médiateur national reconnaît que la cible est relativement
ratée : "
Malgré nos efforts pour nous faire connaître, le système de
médiation ne sort pas des initiés culturels. Un certain nombre
d'enseignants savent que nous existons et nous utilisent, beaucoup plus
facilement que les personnels administratifs , ouvriers et de services, ou que
les parents d'élèves. (...) Et évidemment, ce ne sont pas
les familles les moins informées et celles qui sont le plus en
difficultés qui viennent vers nous.
(in Le Monde 31 août 1999).
Un nouvel effort de communication doit être engagé auprès
des parents d'élèves via leurs associations, ainsi que vers les
élèves.
Déception à la suite du rapport parlementaire
Le Médiateur pour les enfants bloqué quasiment un an durant,
l'absence de proposition de loi sur la portée de la C.I.D.E., les autres
propositions encalminées, on a effectivement de quoi être
déçu des suites données au rapport Fabius.
Si l'on veut positiver, on dira que le rapport du groupe de travail
présidé par Mme le Pr. Dekeuwer-Defossez sur le droit de la
famille prolonge et confirme globalement la réflexion de la Commission
Fabius dans ce domaine. La ministre de la justice qui avait passé
commande, y trouve globalement son compte au regard des réformes qu'elle
avait esquissé en 1998. On peut donc espérer des
concrétisations sur les thèmes abordés. On s'y attachera
dans les chapitre III et IV du présent rapport.
D.E.I. - France souhaiterait être rapidement contredit par un bilan plus
positif des suites du rapport parlementaire.
D. E. I. - France interroge : quel bilan la commission parlementaire fait-elle
du suivi de son rapport ?
02 La portée de la
C.I.D.E. reste strictement cantonnée par la Cour de Cassation qui
bloque les évolutions jurisprudentielles
Là encore, rien n'a été entrepris pour faire revenir la
Cour de Cassation sur son refus d'admettre l'applicabilité directe de la
Convention sur les droits de l'enfant quand la commission Fabius en faisait un
de ses objectifs prioritaires.
Pour la Cour de Cassation, en effet, la Convention des Nations Unies
n'engagerait que les Etats et ne créerait pas de droits directs pour les
enfants. Conclusion : si l'Etat ne prend pas les textes d'application ou ne
mène pas les politiques qui s'imposent il devra en rendre compte, mais
aucun droit ne pourra être allégué par l'enfant ou son
représentant devant les juridictions. Notamment, il ne serait pas
possible d'invoquer une disposition de la C.I.D.E. pour s'en prévaloir
devant une juridiction. La Cour de Cassation porte donc un jugement global, qui
plus est très restrictif, sur la portée juridique de cette
Convention et partant sur Convention elle-même.
Cette position n'est pas celle du Conseil d'Etat pour qui il faut examiner la
Convention de New York, disposition par disposition, pour apprécier
celles qui peuvent être invoquées directement. Il lui est ainsi
arrivé de refuser l'applicabilité directe de certaines
dispositions, mais aussi de l'accepter pour d'autres.
On doit souligner cette résistance de la plus haute instance
administrative.
Une nouvelle fois, il est démontré que le juge des
libertés qu'est censé être le juge judiciaire sous
l'autorité de la Cour de Cassation, est bien plus timoré que le
juge administratif.
Contrairement à ce qui avait été annoncé, la Cour
de Cassation n'a pas eu l'occasion d'envoyer des messages pour
rasséréner ceux qui ont été choqués de sa
position. On a déjà dit supra que les parlementaires n'ont pas
pris l'initiative d'une loi interprétative annoncée
consensuellement dans le rapport Fabius.
Le
statu quo
dans lequel nous sommes installés est donc préjudiciable car il
a freiné, mais heureusement pas brisé une dynamique qui
apparaissait très créative. Des juges de base font toujours de la
résistance. Peut-être trop, ont certainement pensé quelques
hauts magistrats judiciaires.
On doit donc s'inquiéter de voir persister cette opposition
stérilisante entre les deux grandes juridictions sur une question de
principe aussi fondamentale alors que les politiques - tels Michel Rocard,
Premier Ministre - qui négocièrent, signèrent et
ratifièrent la Convention, entendaient bien que celle-ci créa des
droits directs aux enfants.
En attendant un rapprochement de nos deux hautes juridictions et pour y inciter
D.E.I.-France ne peut qu'inciter l'ensemble des acteurs judiciaires à se
mobiliser autour de l'applicabilité de la Convention de New York.
D.E.I.-France recommande donc aux défenseurs des enfants d'invoquer et
de solliciter clairement l'application et le respect de la C.I.D.E. pour
obliger à une prise de décision à chaque niveau de la
chaîne judiciaire.
On constate malheureusement que ce moyen est trop rarement soulevé.
certainement parce que la C.I.D.E. reste méconnue de beaucoup quand
d'autres ont parfois une approche révérencieuse de la Cour de
cassation. A ceux-là D.E.I.-France recommande la lecture des
commentaires de juristes étrangers francophones qui ont une
véritable approche internationaliste de cette convention.
03 - La France ne respecte pas ses engagements nationaux et internationaux : on
attend le rapport annuel au Parlement sur l'application de la Convention et le
deuxième rapport de la France au Comité des experts
Les gouvernements qui se sont succédés ne respectent pas les
termes de la loi du 27 janvier 1993 qui prévoit dans son article 76 que
le gouvernement présente chaque année au Parlement, avant
le 20 novembre, un rapport sur la mise en oeuvre de la Convention relative au
droits de l'enfant et son action en faveur de la situation des enfants dans le
monde.
On doit être choqué de cette carence gouvernementale et de
l'absence de suite dans les idées des parlementaires qui ont voté
ce texte : pourquoi n'exigent-ils pas que la loi soit respectée ?
Le rapport quinquennal de la France au Comité des Experts a
lui-même subi un retard inadmissible de la part d'un Etat qui dispose
d'une administration présentée à l'étranger comme
un modèle.
Il aurait déjà du être remis en 1998.
Ces retards traduisent bien l'absence de réelle pression
régulière sur la puissance publique pour veiller à
l'application de la Convention. Les élus sont en cause, mais aussi la
faiblesse du réseau associatif.
D.E.I.-France souhaite pouvoir rapidement disposer, dans le respect de la
Convention et des Recommandations du Comité des experts de 1994 sur le
premier rapport français, d'une évaluation de l'effort
économique consenti par la Nation en faveur des enfants.
On verra infra Chapitre VI la part du P.I.B. consacrée au budget de
l'UNICEF. Nous voulons connaître l'effort consenti par notre pays
à ses enfants.
Sans vouloir ramener tout à cet indice, il éclairerait
notablement les appréciations subjectives avancées par les uns et
les autres.
04 L'absence de candidature
française à l'élection des experts
On regrettera que la France ait une nouvelle fois laissé passer en
janvier dernier, l'occasion d'avoir un candidat français au
Comité des experts en charge de veiller à l'application de la
Convention.
C'est la deuxième fois consécutive que la France fait l'impasse.
Ne doit-on pas y voir la marque d'un certain désintérêt des
responsables français ?
Un amendement à la Convention est en discussion pour porter de 10
à 18 le nombre de ces experts qui jouent un rôle essentiel pour
surveiller l'application de la Convention de par le monde, mais encore
développer une force de conviction au service de la Convention.
D.E.I.-France demande que la France profite de cet élargissement du
Comité pour soutenir une candidature française
05 - La suppression du Centre International de l'Enfance et de la Famille
après l'Institut de l'Enfance et de la Famille constitue une faute
préjudiciable à la connaissance des réalités de
l'enfance et au suivi de la CIDE
Par une approche à courte vue qui amène
régulièrement à faire des économies sur le terrain
de la recherche, les pouvoirs publics (ministère de la
solidarité, affaires étrangères et coopération) ont
tout fait pour en finir en 1999 avec l'héritier du Centre International
de l'Enfance et de l'Institut de l'Enfance et de la Famille (I.D.E.F.). La
liquidation de la fondation du Centre International de l'Enfance et de Famille
(C.I.D.E.F.) est intervenue dans des conditions particulièrement
difficiles pour les personnels mais, qui plus est, avec pour
conséquences:
- de priver les responsables politiques et administratifs, les professionnels
et les militants, les journalistes, d'un lieu de ressource et de rencontre sur
les droits de l'enfant ;
- de faire disparaître une tête de réseau international sur
le sujet.
Sans doute avait-on des critiques à faire au C.I.D.E.F; sans doute ne
répondait -il pas aux attentes des pouvoirs publics, mais le sabordage
d'un instrument de travail n'a jamais été une réponse.
Comment espère-t-on désormais disposer de données,
d'études, d'expertise fiables et opérationnelles sur les
thèmes enfance et famille. Il est dommage que n'ait pas
été étudiée sérieusement la
préconisation de doter l'Europe d'un organisme (francophone) ayant pour
vocation de mener ce type de travaux. Le Château de Longchamp offrait
alors une bonne base d'accueil.
La documentation C.I.D.E.F.-I.D.E.F. n'a été sauvée in
extremis que par l'imagination de certains des salariés pour être
installée à Angers, et encore n'y sera-t-elle plus mise à
jour.
On peut parler ici de gabegie de l'argent public et d'incapacité par les
pouvoirs publics de se doter d'instruments techniques de travail, quand dans le
même temps, ils revendiquent des données quantitatives et des
études qualitatives pour fonder leurs politiques.
Toutes les pistes proposant de maintenir le fonds documentaire du C.I.D.E.F.
dans un réseau vivant, public ou privé, ont échoué
par manque d'intérêt des administrations centrales et des
ministres concernés.
D.E.I.-France interroge : les pouvoirs publics ont-ils l'intention de doter
notre pays - les décideurs, les administratifs, les militants
associatifs, les chercheurs, les médias, d'un lieu de ressources et
d'échange sur les droits de l'enfant et mandaté pour faire la
promotion de la C.I.D.E. conformément à l'article 41 du
traité ?
06 - L'information et l'animation sur la Convention par les pouvoirs publics
semble paralysée
L'article 42 fait peser sur les Etats-membres une obligation d'entreprendre une
promotion de la C.I.D.E. Ils doivent faire connaître les principes et les
dispositions du traité.
Il ne nous semble pas que ce travail soit considéré comme
prioritaire par les pouvoirs publics français. Des efforts ont certes
été développés dans les années 1989-1993,
mais depuis, ils se sont singulièrement estompés. Le texte de la
C.I.D.E. est difficilement accessible au grand public sous forme de plaquette ;
on manque de documents pédagogiques réactualisés comme le
livret La Convention en 89 questions édité et
réédité par l'I.D.E.F.
Le sondage SOFRES. sur les droits de l'enfant précité rendu
public le 8 novembre 1999 est intéressant de ce point de vue : 60% des
adultes sondés admettent ne pas connaître l'existence de la
Convention de New York. Cet effort est donc à renouveler à
l'initiative des pouvoirs publics d'Etat.
Il semble certes que le Comité Français d'Education à la
Santé (C.F.E.S.) ait été chargé de republier le
texte de la C.I.D.E à la demande, mais la question, plus que jamais,
est plutôt celle d'en expliquer le sens et la portée des
dispositions de la Convention et plus généralement de la
démarche suivie au plan international et national à travers ce
traité.
Cette défaillance sur le fait de parler et d'expliquer les lois de la
République est assez générale. On ne songe à y
remédier que si l'on est confronté à des passages à
l'acte asociaux préoccupants. Il s'agit alors d'apprendre la loi en
rappelant leurs obligations aux enfants et aux jeunes. Il est trop tard et on
donne alors de la loi une image uniquement répressive, alors même
qu'une loi consacre d'abord des libertés.
Il est donc temps de développer l'accès aux droits dans l'esprit
de la loi du 18 décembre 1998.
Le premier des droits est bien de connaître ses droits et de pouvoir les
faire respecter s'il le faut en justice.
Or, force est ici de constater:
1 - que la loi est bien une des rares matières que n'enseigne pas
l'Education Nationale ou si peu jusqu'ici. Les parents, les travailleurs
sociaux, les enseignants sont souvent eux-mêmes dans l'ignorance formelle
de la loi et en ont une référence empirique. Il ne faut donc pas
s'étonner que les plus jeunes ignorent les règles du jeu
sociales, à la fois dans leur contenu et dans leur sens. Dans ces
conditions, l'hymne au rappel à la loi souvent
entonné en direction des jeunes est mal fondé au sens
littéral du terme.
2 - que l'exercice de leurs droits par les enfants passe par les parents et
les tuteurs légaux. On sait que ceux-là peuvent être
timorés
sinon volontairement non actifs
. C'est ainsi que l'on voit fréquemment des mères de famille se
satisfaire de ce que leur enfant n'ait pas de père légal. On peut
même se demander si leur intérêt ne l'emporte pas sur celui
de leur enfant : Je ne veux ni du père, ni de sa pension! ,
sanctionnant doublement l'enfant ! Ou encore: C'est inutile de porter
plainte !.
Certes, petit à petit, se dessine une capacité juridique de
l'enfant où le législateur ou la jurisprudence reconnaissent une
certaine compétence d'entreprendre aux enfants mineurs d'âge. On
voit par ailleurs des efforts du législateur d'organiser la
défense des droits de l'enfant en multipliant les hypothèses
où un administrateur ad hoc pourra se substituer aux parents
défaillants.
On doit beaucoup attendre des efforts à venir en application de la loi
du 18 décembre 1998 par les conseils d'accès au droit qui vont
s'installer, petit à petit, dans les départements sous la
présidence du président du tribunal de grande instance, avec des
financements publics croisés et la mobilisation de tous les intervenants
juridiques locaux.
On doit aussi suivre de près le développement de l'institution de
l'administrateur ad hoc qui, grâce au décret enfin intervenu en
1999, sera rémunéré.
Il est plaisant de noter que ce sont les événements dans les
lycées en 1998, un an après le Plan d'action
immédiat pour l'avenir des lycées qui promettait à
chaque lycéen une charte de ses droits et libertés,
qui a débouché sur l'engagement du ministère de
l'Education Nationale de faire la promotion des droits et obligations des
élèves dans le secondaire. Notamment, M. Alègre s'est
engagé à informer (enfin) les élèves sur le
décret du 18 février 1991 et ses quatre circulaires
d'application, négligées jusque-là par l'institution.
Un Mémento de la vie lycéenne est paru enfin en
octobre 1999. Tiré à 350 000 exemplaires, il doit être
distribué au minimum à raison de 2 par classe. On peut
raisonnablement penser que d'ici la fin de l'année chaque
élève l'aura lu ! On n'insistera pas sur le ridicule du
dispositif adopté.
Il faut attendre ce qu'il adviendra des programmes d'éducation à
la citoyenneté censée démarrer cette année. Pour
Êtres efficaces, ils impliquent une formation spécifique des
enseignants, paradoxalement peu préparés à cet
enseignement. Il suppose aussi une pratique démocratique au sein des
établissements scolaires à la hauteur de l'enseignement
diffusé dans les classes !
L'enjeu est essentiel. On reste loin du compte.
07 - Le 20 novembre transformé
Le 20 novembre est devenu
Journée des droits de l'enfant,
et non pas de une Journée des enfants, du fait de la loi adoptée
en 1996.
Avant le vote de cette loi, le 20 novembre était, à
l'initiative du réseau associatif, le prétexte pour faire le
point entre les pouvoirs publics et les associations sur l'application de la
C.I.D.E. : que s'est-il passé dans l'année à venir au
regard de ce qui était projeté?, quels sont les points
noirs ? quelles perspectives dégager pour l'année à
venir ?
Il semble bien que cet esprit - certes difficile à incarner tellement la
démarche était originale - tend à s'estomper. On
commémore ; on réfléchit. Echange-t-on ? Admet-on
l'interpellation de la société civile ?
Cela exige certes une volonté partagée ; cela suppose aussi que
des moyens soient dégagés.
On a vu plus haut avec l'histoire parlementaire du Médiateur pour les
Enfants que le 20 novembre jouait déjà un rôle de mauvaise
conscience. Les politiques qui s'engagent pour le 20 novembre doivent veiller
à ne pas être ridicules le 20 novembre suivant ! C'est
déjà cela.
Pouvoirs publics et associations doivent disposer de données fiables,
aussi bien quantitatives qu'analytiques, car des chiffres non travaillés
n'ont guère de sens. On verra tout le long de ce rapport combien les
lacunes pour évaluer les besoins et les politiques suivies sont
réelles.
Il faut encore dégager des moyens pour mener cette démarche. Il
est de fait que si les associations sont nombreuses sur ce terrain et de plus
en plus nombreuses elles ne sont généralement pas
outillées faute de moyens matériels et humains. Elles peuvent
difficilement faire appel à la puissance publique pour les financer si
elles ambitionnent de les interpeller dans une saine dialectique
démocratique.
A défaut de pouvoir s'appuyer sur un organisme public
délibérément inscrit dans une démarche scientifique
comme le furent l'I.D.E.F., puis le C.I.D.E.F., et soucieux de relayer cette
démarche de dialogue, secteur public-associations, D.E.I.-France appelle
les pouvoirs publics à doter les associations d'une fondation
dédiée à la promotion des droits des enfants sur laquelle
elles pourraient asseoir leur travail.