L'A.V.E.N.I.R. du Nord/Pas de Calais
Au début des années 90, des militants du
CEDAPAS* et de la Confédération Paysanne du Nord/Pas de Calais constatent
que parmi les nouveaux installés, nombreux sont ceux qui ont créé leur projet
sans être aidés d'aucune manière.
Première action entreprise : une étude. Réalisée par le CEDAPAS elle prouve
que si les 26 fermes étudiées ne sont pas transmissibles à un jeune avec
le système de la DJA, une grande partie d'entre elles sont néanmoins viables
si la reprise est financée via le système de Dotation de Carrière. C'est
une aide en capital équivalente au montant de la DJA + bonification de prêt.
Mais qui est soit rendue en fin de carrière, soit déduite de la reprise.
La Région Nord/Pas de Calais approuve, et inscrit la mesure dans le Contrat
de Plan Etat-Région, à hauteur de 3 millions sur 5 ans.
En même temps un petit groupe se crée, autour des mêmes organisations paysannes,
pour aller plus loin dans l'aide à l'installation. L'ADIE (l'Association
pour le Droit à l'Initiative Économique) de la Drôme est invitée à décrire
comment elle octroie des prêts à des personnes refusées par les banques,
et, surtout dans la Drôme, pour des projets agri-ruraux hors normes.
C'est le déclic, qui conduira à la création d'AVENIR fin 95 : l'Association
pour la Valorisation Économique des Nouvelles Initiatives Rurales dans le
Nord/Pas de Calais.Son but ? Accompagner les porteurs de projets qui n'ont
pas droit aux aides DJA ou prêt JA. AVENIR les aide à formuler leurs projets,
les oriente vers les organismes ou les professionnels ad hoc. Et s'ils sont
en adéquation avec la Charte, un prêt d'honneur sans intérêt, de 30.000F
à 80.000F, sur 8 ans, peut leur être accordé : 30.000F prêtés par AVENIR
sur des fonds de la Région, et 50.000F (avec 3 ans de différé et 5 annuités
de 10.000 F) en provenance des Conseils Généraux.
De 1996 à 99, 54 personnes ont bénéficié d'un prêt d'honneur d'AVENIR (fonds
du Conseil Régional) et fonds du Conseil Général du Pas de Calais. Soit
3.545.000F de prêts accordés, 66.000F par projet, et 18 projets par an en
moyenne.
Questions à Matthieu Lancry, permanent à AVENIR.
Concrètement, comment obtient-on un prêt via AVENIR ?
ML : les 2/3 des gens nous sont adressés par l'ADASEA ou le Point
Info, le reste vient du réseau Agriculture Paysanne. On commence par les
orienter vers des agriculteurs, des associations ou des lieux de formation
pour les faire avancer dans leur projet.
Une fois qu'il est formalisé et qu'ils ont le lieu, on organise une Journée
d'information. Là, on en réunit un petit groupe et on les met devant un
tapis de jeu, où chacun doit construire sa "maison", c'est-à-dire son
projet, sous les yeux des autres. Les fondations représentent les motivations,
les valeurs…, les murs les données concrètes de l'activité : sa nature,
la surface… Le toit c'est ce qui les conforte dans leur projet (être bien
formé, avoir travaillé avant…) tandis que la cheminée c'est au contraire
"là où ça fuit" (ne disposer que du RMI, être nul en gestion…). La porte
c'est ce à quoi ils sont ouverts, milieu associatif ou local, et la fenêtre
représente les relations qu'ils ont tissées pour monter leur projet.
A 8 personnes, ça fonctionne très bien, surtout si les projets et les
créateurs sont très différents. Pour nous l'objectif est de mieux connaître
les gens et leurs motivations, et de partager cette connaissance avec
les administrateurs présents. Après cette journée on établit un dossier
de synthèse sur le projet, avec ses points positifs et négatifs, le montage
financier et le revenu disponible prévu sur 3 ou 4 ans d'exercice. On
le présente au Comité d'engagement d'AVENIR, qui est constitué de 7 des
14 membres du C.A., et qui statue sur l'octroi ou non du prêt d'honneur.
Comment gérez-vous les fonds ?
ML : les choses diffèrent selon qu'ils viennent de la Région
ou du Département. La Région nous a confié l'enveloppe et n'intervient
pas dans les attributions. Pour le Conseil Général par contre, AVENIR
n'est qu'un opérateur : une fois que le Comité d'engagement l'a validé,
le dossier est présenté au Conseil Général. La procédure est donc plus
longue, et la décision finale ne nous appartient pas (en fait, nous n'avons
eu pour l'instant qu'un dossier refusé : celui sur lequel l'avis d'AVENIR
était partagé).C'est une logique plus clientéliste, avec un souci fort
d'apparaître dans le dispositif.
Quel est le suivi des projets ?
ML : il y a d'abord un suivi individuel : 3 rencontres la première
année, 2 la seconde, un bilan au terme de 3 ans. Puis il y a, obligatoires,
des journées d'échanges, sur une ferme, et des formations courtes.
Quelles sont vos rela-tions avec les institutions ou la profession ?
ML : avec les politiques, bonnes ! On a démarré grâce à la Région (sous
la présidence de Marie-Christine Blandin), le Conseil Général du Pas-de-Calais
a suivi tout de suite, celui du Nord a démarré cette année. Dans les 3
cas la majorité est à gauche, ça aide… Au niveau des organisations professionnelles
agricoles, évidemment, c'est différent. La profession a voulu faire barrage
au départ, parce que nous ouvrions une brèche dans le discours du CDJA,
que nous remettions en cause le système d'installation et que nous venions
de la Confédération Paysanne…
Aujourd'hui ils ne peuvent plus dire que l'on fait n'importe quoi, mais
ce n'est pas plus facile pour autant. Avec la pression foncière, les gens
ne se font pas de cadeaux. On a eu le cas d'un agriculteur en difficulté,
dont un ami voulait racheter les terres pour les lui louer, lui apportant
ainsi de l'argent frais pour se renflouer. Sauf que la SAFER a préempté,
et a cédé ses terres à des agriculteurs en place et… "bien placés"…
Comment se fait-il que vous ne financiez que des projets agricoles
- à l'exception d'un boulanger bio ?
ML : D'autres partenaires (la Chambre des Métiers, les Boutiques
de gestion, Espace Initiatives) apportent le même service à des porteurs
de projet plus "ruraux" et non agricoles.
De plus, ici, la "multifonctionnalité de l'agriculture" n'est pas encore
rentrée dans les moeurs. Le rural n'est jamais "profond", on a des villes
ou des bourgs-centre sur tout le territoire, on n'a pas eu besoin d'être
pluriactif pour s'en sortir. Le système d'installation est avant tout
une logique de reprise de l'existant sans changement d'orientation. On
commence à voir néanmoins quelques projets de diversification (charcuterie,
fromages), ou - même ! - des installations progressives.
Au départ on n'a pas osé prendre de risques dans les projets à soutenir,
aujourd'hui on peut se le permettre. Nos bénéficiaires sont pour moitié
des petits projets de reprise familiale (30 à 50.000 l. de quota, 20 ha)
et pour moitié des créations d'exploitation, ce qui est exceptionnel.
Quel bilan tire t-on à AVENIR des 5 ans passés ?
ML : un bilan humain d'abord : aujourd'hui on est 4 salariés,
c'est bien plus confortable pour porter la responsabilité de croire ou
non en un projet...
Pour l'avenir, le C.A. s'est fixé 2 axes de travail : la formation et
le foncier. Côté formation, l'idée est d'intervenir en amont. Par des
stages d'émergence de projet d'abord, afin de faire tomber le taux d'abandon
après la première visite (50%) et d'inscrire plus notre action dans le
territoire. Par une formation du type BPREA ensuite, avec pour modules
obligatoires le développement durable et la formalisation de l'Étude Prévisionnelle
d'Installation, parce qu'on sait qu'il y a ici beaucoup de fils d'agriculteurs
qui s'installent sans aucune formation et sans avoir jamais quitté la
famille.
Côté foncier, on est vraiment bloqué. On a de quoi financer 40 projets
par an, mais on n'en fait qu'une petite moitié : on manque de projets,
du fait du manque de terres. On a créé un groupe de travail, avec 2 objectifs
: réfléchir à un GFA (Groupement Foncier Agricole) et à une SCI (Société
Civile Immobilière) au niveau régional, en mixant argent public et appel
à l'épargne de proximité. Une façon, pour nous, de vraiment réunir les
deux "familles" qui sont à l'origine d'AVENIR : le monde paysan et celui
du développement solidaire.
* voir encart
Propos recueillis par Anne Parlange.
in Alternatives Rurales n° 76, 10/2000. Préfaucon 38710 Mens.
"On a voulu montrer que notre démarche est une démarche solidaire. Non
seulement vis-à-vis des porteurs de projet, mais aussi vis-à-vis de l'ensemble
de la collectivité. On utilise de l'argent public, mais sous forme de
prêts : on le rend, pour qu'il serve ensuite à d'autres."
Les 54 bénéficiaires :
- 60% étaient demandeurs d'emploi et/ou au RMI
- 39% ne sont pas du milieu agricole
- 50% ont créé leur exploitation
- 20% sont des femmes
Un réseau pour promouvoir l'agriculture paysanne en Nord/Pas de Calais
7 associations se sont mises en réseau pour soutenir, l'agriculture
paysanne :
- Accueil Paysan (qui démarre : 5 adhérents dans le Nord).
- ADEARN : Association pour le Développement de l'Emploi Agricole
et Rural dans le Nord. Formation, animation du réseau.
- ARAD : Association Régionale des Agriculteurs en Difficulté.
- CEDAPAS : Centre d'Étude pour le Développement d'une Agriculture
Plus Autonome et Solidaire.
- Énergie paysanne : énergies renouvelables, fabrication de carburant
à la ferme (huile de colza brute).
- Produits fermiers : comme son nom l'indique…
- AVENIR
Toutes sont dans les mêmes locaux, à l'exception d'ARAD. Qui dit réseau,
dit coordination, et délégation : par exemple le matériel et l'embauche
des emplois-jeunes sont gérés par l'ADEARN, l'étude des CTE confiée
au CEPADA, etc…
Le réseau hors ARAD dispose de 13 permanents pour un équivalent de 12,5
temps plein. Nombre de salariés travaillent à cheval sur 2 associations.
AVENIR : 4 salariés, soit 2,5 temps plein.
Quant à ARAD, elle compte… 17 salariés, soit 14,5 temps pleins ! Comme quoi,
l'agriculture en difficulté, dans le Nord, ça doit exister…
L'agriculture du Nord/Pas-de-Calais
31.000 exploitations en 1988, 18.000 aujourd'hui… Mais la chute se ralentit
: on installe 1 jeune pour 3 départs en retraite contre 1 pour 5 il y a
5 ans. Pour l'essentiel il s'agit de reprises d'exploitation, dont 40% sans
l'aide de la DJA (par exemple, dans le Pas-de-Calais, il y a eu 127 DJA
+ 35 aides régionales (hors DJA) en 1998 et 96 DJA + 39 aides régionales
en 1999).
La course à l'agrandissement et la pression foncière sont importantes, notamment
au sud de la région (le sud de l'Artois avec la betterave, l'endive ou la
pomme de terre est une région où l'ha vaut jusqu'à 35.000F). Au nord et
à l'est les terres sont plus froides, et consacrées à l'élevage laitier.
La vente directe existe surtout aux abords des grandes villes (Lille, St
Omer…) qui ont une ceinture maraîchère.
Dans le cadre du Contrat de Plan, la Région a créé un Plan Régional d'Installation
essentiellement consacré à… l'agriculture. L'enveloppe : 50 millions de
F prévus, dont 3 millions pour les Dotations de Carrière ou prêts d'honneur.
Enfin, la région Nord/Pas de Calais compte 4 millions d'habitants pour 12.525
km2, soit 316 hab./km2.
Les 54 projets soutenus :
- S.A.U. moyenne par actif : 17 ha.
- Nombre d'emplois créés : 61
- Orientation "classique" : maraîchage (10), bovins (20), grandes cultures
(7), autres élevages (4).
- Projets "innovants" : chevaux, accueil, escargots, champignons, chiens,
entretien d'espaces verts, pain bio, pédicure pour bovins.
La Charte de l'A.V.E.N.I.R.
"Nous avons la conviction que seule la réalisation de nombreux projets
ruraux réduira le déséquilibre entre la ville et la campagne et permettra
un aménagement harmonieux de notre région.
Nous nous engageons donc à soutenir tout projet rural qui s'inscrit dans
une démarche :
- plus autonome,
- plus solidaire,
- plus respectueuse de l'environnement,
- qui tienne compte des réalités locales,
- créatrice d'emplois, développant les relations entre le monde urbain
et le monde rural".
A.V.E.N.I.R.
Maison des Paysans,
71 bis, av. Roger Salengro,
62223 St Laurent Blangy.
Tél. : 03 21 24 31 52.
e mail : avenir59.62@wanadoo.fr
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