L'action des associations rurales en matière de services de proximité
Les services de proximité répondent aux besoins des populations.
Ils représentent en outre une des rares sources de création nette
d'emplois. Certains d'entre eux sont assurés dans un cadre associatif.
Dans d'autres cas, des associations favorisent leur émergence.
Le fait de s'intéresser aux services est assez naturel pour le secteur
associatif. En effet, toute association ne constitue-t-elle pas
en elle-même un service dès lors qu'elle vise à développer des activités
répondant à certains besoins, à certaines attentes, à certains souhaits
? De plus, ces activités ne concernent pas forcément que les membres
de l'association mais peuvent par exemple déboucher sur des manifestations
culturelles, sur des prestations à caractère social ou sur des actions
pédagogiques ouvertes à des publics extérieurs. Ces activités sont,
selon les cas, organisées seulement par des bénévoles ou avec l'aide
de salariés.
Une production très collective
Le présent dossier s'appuie sur les résultats d'un programme
de travail initié et animé par le Comité d'étude et de liaison
des associations à vocation agricole et rurale (CELAVAR -
voir coordonnées plus bas). En 1996 et 1997, des représentants
de sept associations de ses réseaux adhérant se sont plusieurs
fois retrouvés afin de réfléchir ensemble à la contribution
des associations au développement des services en milieu rural.
Leurs échanges se sont notamment appuyés sur l'étude collective
des initiatives locales dont ils assurent l'animation. Ainsi,
sept journées de travail ont été successivement organisées
dans l'Allier, en Mayenne, à Ganges (Hérault), dans les Vosges,
à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire), en Ségala Limargue (Lot)
et à Jussey (Haute-Saône). Trois observateurs mandatés par
le CELAVAR accompagnaient en outre ces enquêtes de terrain.
A chaque fois, une présentation introductive était réalisée
par certains acteurs locaux (responsables associatifs, élus,
représentants de l'administration...), puis des entretiens
ou des visites permettaient de recueillir les avis d'autres
partenaires ou d'usagers et, enfin, l'initiative était passée
au crible d'une grille d'analyse élaborée collectivement au
début de la démarche (voir encadré).
Ces visites ont fait chacune l'objet d'un compte rendu écrit.
Elles ont ensuite débouché sur des réflexions d'ordre méthodologique
qui ont notamment été élaborées au cours de trois journées
ouvertes à des partenaires extérieurs du CELAVAR.
Acteurs associatifs locaux impliqués dans l'ensemble
de la démarche (des dizaines de personnes ont par ailleurs été
interviewées) : Jean Auteroche et Valérie Mayeux (IFAD Ganges,
réseau Peuple et Culture), Claudine Contet et Stéphane Gaultier
(AFoDIP, réseau AFIP), ), Roger Galas (Centre social de Doué-la-Fontaine,
FCSF), Bernard Labonne et Brigitte Tomas (FDFR Allier, FNFR),
Jean-Yves Landas (Association Ségala-Limargue, Fédération des
centres sociaux et socio-culturels de France - FCSF), Sylvie
Mathieu (Culture et Promotion), René Prum (IFAD MR, réseau AFIP).
Participants aux travaux de synthèse : Richard Sabaté
(ministère de l'Agriculture - DGEFP), Sophie Vuccino (ministère
de l'Agriculture - DERF), Brigitte Fargevieille (Datar), Jean
Vernhet (Union nationale des associations d'aide à domicile
en milieu rural), Frédéric Rochet (Centre national d'information
et de documentation des femmes et des familles).
Suivi au titre du CELAVAR : Alain Chanard (AFIP), Jean
Le Monnier (Peuple et Culture), Pascal Vin.
Le dossier " Services de proximité - Guide méthodologique à
l'usage des associations " peut être obtenu auprès du CELAVAR
(13-15, rue des Petites-Ecuries 75010 Paris - tél. 01.48.24.09.41
- fax 01.42.46.02.92) ou des réseaux qui y adhèrent. |
Les associations, facteur de vitalité des territoires ruraux
L'intérêt du cadre associatif est qu'il permet de faire réfléchir
et travailler ensemble des personnes dont les caractéristiques sociales,
les compétences professionnelles, les âges et les opinions sont
fréquemment des plus variés. Il en résulte que les associations
sont par nature très ouvertes à leur environnement. Elles constituent
ainsi un des lieux privilégiés d'expression des demandes non satisfaites
ou mal satisfaites et de surgissement d'idées originales concernant
l'organisation des services existants ou le lancement d'activités
nouvelles.
Cette fonction est particulièrement précieuse dans deux types de
territoires ruraux. Ceux qui souffrent d'un déclin démographique
souffrent également d'un recul de l'offre de services, tant publics
que privés. Mais, quand un refus de la fatalité parvient à s'esquisser,
les associations figurent alors souvent en première ligne pour impulser
et organiser une mobilisation locale, pour lancer un débat collectif,
puis pour aider à transformer une situation de résistance en initiatives
constructives.
D'autres territoires ruraux enregistrent au contraire l'arrivée
de populations plus ou moins diversifiées : familles dont au moins
un des adultes continue à travailler en ville, retraités, chômeurs
persuadés que la vie est plus douce dans les villages... Dans ces
territoires, les besoins en services deviennent en conséquence de
plus en plus nombreux et de plus en plus variés. Le problème est
que ces besoins nouveaux tardent parfois à être identifiés et pris
en compte. Ceux qui sont suffisamment mobiles se tournent alors
vers la ville pour scolariser et distraire leurs enfants, pour occuper
leurs propres loisirs, pour effectuer tous leurs achats... Moins
autonomes, d'autres ont fréquemment du mal à faire entendre, voire
simplement à formuler leur insatisfaction. Là encore, les associations
peuvent contribuer au repérage des besoins, à l'émergence de nouveaux
services, à l'invention collective de solutions originales. Il existe
également un troisième type de territoires ruraux : ceux où l'offre
de services parvient, grosso modo, à s'ajuster à l'évolution des
besoins. Ceux qui s'y intéressent ne manquent généralement pas de
souligner une caractéristique qui leur est commune : la vie associative
y est intense.
Contribuer, et non pas se substituer...
Le document élaboré par le CELAVAR traite de l'action des
associations en faveur du développement des services en milieu
rural. Il ne faudrait cependant pas en conclure que les militants
associatifs pensent avoir plus de légitimité que les élus,
les représentants de l'Etat ou des entrepreneurs privés pour
intervenir en ce domaine : les conseils présentés dans ce
document ne visent qu'à aider les associations rurales à agir
plus efficacement dans un domaine que beaucoup d'entre elles
connaissent encore mal.
Ainsi, par exemple, le fait d'inciter les associations à penser
leur action dans le cadre d'une réflexion globale sur le devenir
du territoire local ne doit pas être perçu comme une remise
en cause de la vocation des élus à développer ce type d'analyse.
De manière générale, les " légitimités " respectives des élus,
des fonctionnaires, des agents économiques et des militants
associatifs ne devraient pas être exclusives les unes des
autres.
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Associations et services
Après cette très grossière typologie des territoires ruraux, il
convient maintenant de distinguer deux grands types de positionnement
associatifs pour ce qui concerne l'émergence d'un nouveau service.
Dans certains cas, l'association souhaite se charger de l'organisation
de ce dernier. Dans d'autres, elle choisit au contraire de ne pas
le faire, estimant que cette tâche incombe à l'Etat, à une collectivité
locale, à une autre association ou à un entrepreneur privé.
Le premier positionnement est celui d'une multitude d'associations
locales qui gèrent une grande variété de services. Ainsi, après
avoir joué un rôle souvent pionnier, le mouvement associatif reste
puissamment présent dans les secteurs du socio-sanitaire, de la
culture, de l'environnement, des loisirs ou encore du périscolaire.
En revanche, certaines interventions associatives ne visent qu'à
créer des conditions plus favorables pour qu'un service soit maintenu
ou créé.
Ces deux positionnements correspondent à des logiques différentes,
toutes deux parfaitement respectables. De plus, une association
peut être amenée à passer de l'une à l'autre. Par exemple, alors
qu'elle ne le souhaitait pas au départ, elle se retrouve dans l'obligation
d'assumer durablement l'organisation du nouveau service. Ou bien,
au contraire, certaines contraintes (ou le choix d'une autre priorité)
la conduise à confier à d'autres la responsabilité d'un service
qu'elle avait mis en route.
Il apparaît ainsi qu'une association locale qui souhaite contribuer
au développement d'un service est susceptible d'agir à des niveaux
extrêmement divers. Dans certains cas, elle sera la plus efficace
en concentrant ses efforts sur l'enrichissement du débat local ou
sur l'accompagnement technique d'un projet lié à un thème qu'elle
connaît bien. Dans d'autres cas, elle pourra utiliser ses compétences
pour organiser un travail d'enquête, pour animer une réflexion collective,
pour aider au montage de dossiers administratifs... Dans d'autres
cas encore, il lui faudra initier la démarche et faire vivre durablement
une nouvelle activité.
Analyser une initiative associative dans le domaine des
services
Le groupe de travail mis en place par le CELAVAR s'est appuyé
sur la grille suivante pour analyser les sept démarches qu'il
a plus particulièrement étudiées.
1. Quel est le cœur du projet ou de la démarche ?
- En faisant référence aux objectifs généraux de l'association...
- En faisant référence aux besoins (exprimés ou non) de
son public habituel...
- En faisant référence à la situation du territoire...
2. Où en est le territoire par rapport au service visé
par le porteur de projet ?
- Ce service est-il assuré ?
- Si oui, comment et par qui ? En mobilisant quels moyens
et quelles compétences ? A quels coûts ?
- Quelles relations le porteur de projet entretient-il
avec ceux qui interviennent déjà dans le domaine considéré
?
3. Le porteur de projet a-t-il réalisé une étude de marché
?
- Si oui, comment les données collectées sont-elles prises
en compte ?
4. Quelle place la population occupe-t-elle dans le développement
du projet ? (circulation de l'information, consultation
sur l'opportunité du projet ou les modalités de la démarche,
appel au bénévolat, incitation à utiliser le service mis en
place...)
5. Comment le niveau territorial de l'initiative a-t-il
été déterminé ?
- Evolue-t-il ? Si oui, en fonction de quoi ?
- Quel rayon d'action ? Quel public visé ?
- Ce territoire correspond-il à un découpage existant ?
Comment se situe-t-il par rapport aux territoires des collectivités
et de l'Etat ? Et par rapport aux territoires d'autres types
d'acteurs (MSA, EGF-GDF, La Poste...) ?
6. Qui, au sein de l'association, porte le développement
du projet ?
- Des structures ou des personnes extérieures ont-elles
incité l'association à prendre ce type d'initiative ?
- Si oui, quel rôle jouent-elles maintenant ?
7. Le projet bénéficie-t-il (ou souffre-t-il) d'influences
extérieures ?
8. Quels moyens (techniques, humains, financiers, méthodologiques...)
le projet met-il en œuvre ?
9. Quels partenariats le projet met-il en œuvre ?
- Description des différents types de partenaires (élus,
administrations, autres associations, acteurs économiques...).
Quels sont les intérêts (officiels et, éventuellement, officieux)
de chacun de ces partenaires ?
- Quel rôle joue chacun de ces partenaires dans la démarche
? A quelle(s) étape(s) du projet intervient-il ? Quel est
son niveau d'investissement ?
- Comment ces partenaires sont-ils associés à la gestion
du projet (discussions bilatérales, décisions collectives
en présence de l'ensemble des partenaires...) ?
10. Quelles sont les perspectives économiques du service
?
- Quels modes de rémunération pour les prestations ?
- Quelle part d'autofinancement ?
- Eventuellement, quel mode de contractualisation (avec
des collectivités locales, avec des organismes sociaux,
avec des entreprises...) ?
- Quelles subventions sont sollicitées ?
11. Des relations avec des réseaux (régionaux, nationaux...)
agissant dans le même domaine de service ont-elles été mises
en place ?
12. Dans le cas où elle en est directement porteuse,
l'association a-t-elle vocation à conserver l'animation du
service ? En fonction de quels critères, avec quels moyens
envisage-t-elle de " passer la main " ?
13. Comment ce projet s'articule-t-il aux autres domaines
d'activité de l'association (formation, animation...)
? S'agit-il d'une évolution ou d'une reformulation de démarches
plus anciennes ?
14. Comment les bénévoles et les administrateurs sont-ils
impliqués dans le fonctionnement du service ?
15. Le fait d'être porté par une association distingue-t-il
ce service de ceux qui, dans le même domaine, sont proposés
par des entreprises privées à but lucratif ?
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Les sept initiatives étudiées
* En faisant fonctionner des activités telles qu'une bibliothèque
ou un ciné-club, la Fédération départementale des Foyers ruraux
de l'Allier a permis aux populations des zones éloignées des villes
de se retrouver dans certains locaux de petits villages. Elle s'est
ensuite appuyée sur ces " lieux de vie " pour créer cinq Points
Accueil service (PAS) qui diffusent des informations à caractère
administratif ou relatives à l'emploi, à l'action sociale, à la
formation... Ces PAS favorisent par ailleurs une meilleure adéquation
entre l'offre et la demande de services de proximité. Ils offrent
également des services annexes (photocopies, télécommunications).
* En Mayenne, l'AFoDIP (centre correspondant de l'AFIP pour les
Pays-de-Loire) appuie la constitution d'un réseau de familles d'accueil.
Cette activité bénéficie à des personnes trop dépendantes pour vivre
seules et qui ne souhaitent pas vivre en permanence dans un établissement
spécialisé. Le fonctionnement en réseau des familles d'accueil doit
améliorer à la fois les conditions d'exercice de cette activité
et la qualité des prestations.
* A partir d'un stage d'insertion qu'il animait au profit d'une
douzaine de chômeurs et de Rmistes, l'Espace IFAD Ganges (Hérault
- réseau Peuple et Culture) a mis en place un Infos-Bus qui constitue
pour des petites communes isolées un centre de ressources itinérants.
Les informations délivrées concernent les administrations, les entreprises
publiques, les organismes sociaux... Une aide peut être apportée
pour la constitution d'un dossier ou en cas de litige. Des services
de base (offres d'emploi, vente de timbres, réservations...) sont
également proposés.
* Le CEAS des Vosges (réseau Culture et Promotion) a appuyé l'émergence
de nouvelles filières professionnelles dans les domaines de l'aide
à domicile et des services de proximité. Il a dans ce but créée
l'association SEFAM-GEMAD (Service emplois familiaux) afin de faciliter
l'emploi de personnes qualifiées par des particuliers ne souhaitant
pas assumer eux-mêmes un rôle d'employeur direct.
* Le Centre social de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) propose
une location ou une location-vente de vélomoteurs à des personnes
en difficulté d'insertion. Alors que la disposition d'un véhicule
conditionne bien souvent l'accès à un emploi et à une vie sociale
épanouissante, cette initiative soutenue par une grande variété
de partenaires constitue un maillon important d'une stratégie plus
globale de lutte contre l'exclusion.
* Dans le Lot, l'Association Ségala Limargue (affiliée à la Fédération
nationale des centres sociaux et socioculturels de France) contribue
à la création d'emplois " à temps et à coût partagé ". Chacune de
ces réalisations permet à plusieurs employeurs, qui peuvent avoir
des statuts divers (communes, particuliers, coopératives), de se
partager les services d'un même salarié. Ces créations d'emplois
participent à la lutte contre le déclin démographique qui menace
cette zone.
* En Haute-Saône, l'IFAD MR (centre correspondant de l'AFIP pour
la Bourgogne et la Franche-Comté) a appuyé un projet de création
par des femmes de structures de garde et d'animation de la petite
enfance appropriées à un milieu rural peu dense. Ce projet s'est
malheureusement heurté à diverses réticences locales.
L'enjeu des services de proximité en milieu rural
Au moins trois raisons militent en faveur du développement
des services de proximité en milieu rural.
* Il n'est plus guère possible de distinguer les attentes et
aspirations des ruraux de celles des urbains. Ainsi, les territoires
ruraux ne se situent pas à l'écart d'une tendance générale à
la tertiarisation des activités et à " l'achat de temps " (par
exemple, les plats préparés sont de plus en plus souvent préférés
aux légumes à éplucher). De plus, qu'ils soient " de souche
" ou " néo-ruraux ", ceux qui vivent à la campagne n'ont aucune
raison d'être moins exigeants que d'autres sur la qualité de
l'enseignement, des activités périscolaires, des prestations
médico-sociales, des manifestations culturelles, des transports,
des télécommunications...
* Par ailleurs, les nouveaux résidents qu'accueillent nombre
de territoires ruraux sont souvent très demandeurs de services
de proximité. En effet, ces nouveaux arrivants comptent des
proportions importantes de retraités et de jeunes parents continuant
à travailler en ville. Cependant, les foyers à la fois aisés
et demandeurs de prestations ne sont pas seuls à migrer vers
la campagne : moins bien lotis financièrement et ayant plus
particulièrement besoin de certains types de services (dans
les domaines de l'emploi, de la formation des adultes, de l'aide
sociale, de l'aide à la mobilité...), des chômeurs, des RMistes
ou des mères isolées se trouvent plus ou moins " exclus de la
ville " ou bien estiment avoir plus de chances de s'en sortir
en milieu rural.
* Enfin, outre cette fonction d'accueil permanent, le milieu
rural ne cesse de voir croître sa fonction d'accueil temporaire.
Cette réalité est bien connue dans sa dimension touristique,
mais elle est également importante dans un registre socio-sanitaire.
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Quelques éléments de réflexion
1. La question de la concurrence
Une association locale peut souhaiter agir dans le domaine des
services parce que ce qui existe ne satisfait pas la population,
parce que certains besoins ne sont pas pris en compte ou parce qu'elle
estime avoir une idée intéressante à développer. Dans tous les cas
de figure, il lui faut rapidement se demander si son éventuelle
initiative ne risque pas d'être perçue comme créant une nouvelle
situation de concurrence.
Un tel examen a toutes les chances de déboucher sur le constat que
l'initiative envisagée risque effectivement d'être plus ou moins
mal perçue par certains. Mais les conclusions à tirer d'un tel constat
ne coulent pas forcément de source.
- En Haute-Saône, le groupe de femmes qui voulait prendre une
initiative dans le domaine de la garde des enfants s'est longtemps
vu opposer que cela concurrencerait les assistantes maternelles
en place. Au bout de deux ans, une réunion a été organisée sur
ce thème avec ces dernières. Alors que certains annonçaient que
personne ne viendrait, douze sur quinze y ont participé. Elles
ont déclaré ne pas pouvoir répondre à toutes les demandes. Elles
ont par ailleurs demandé une structure collective afin de pouvoir
travailler ensemble en certains domaines (concertation, formation,
activités collectives)...
- A Doué-la-Fontaine, les cyclomoteurs que propose le centre
social sont loués ou achetés par des personnes qui n'ont de toute
façon pas les moyens d'en acquérir auprès des garagistes locaux.
C'est en outre l'un de ces derniers qui, à des tarifs privilégiés,
approvisionne le centre social en véhicules neufs ou en excellentes
occasions et qui assure, en en faisant toujours une priorité,
les travaux d'entretien et de réparation
2. Gérer la proximité par la proximité
Dans ce travail d'évaluation, les associations ne doivent pas
se montrer complaisantes avec elles-mêmes, mais elles ne doivent
pas non plus sous-estimer l'intérêt de certaines de leurs caractéristiques.
Nombre d'associations bénéficient d'une connaissance fine du territoire.
La fréquente diversité de leurs adhérents, de leurs activités ou
de leurs partenaires leur permet de bien appréhender le contexte
local et d'identifier des manques et des opportunités.
Ainsi, elles peuvent notamment contribuer à l'identification des
besoins non satisfaits de telle ou telle catégorie de la population
(personnes âgées, personnes handicapées, personnes en difficulté
d'insertion, parents de jeunes enfants...). Ces besoins doivent
toutefois faire l'objet d'une analyse critique. La manière dont
ils sont formulés rend-elle vraiment compte de ce qu'ils sont vraiment
? Faut-il les prendre au pied de la lettre ?
Par ailleurs, les associations locales jouent souvent un important
rôle d'accompagnement lorsqu'un nouveau service se met en place.
Il peut s'agir d'aider le prestataire à se positionner correctement
vis-à-vis de la demande et des attentes locales, mais il peut s'agir
aussi d'" éduquer " la clientèle potentielle pour qu'elle n'exige
pas de trouver au village la même chose qu'à Paris ou pour qu'elle
s'implique et qu'elle enrichisse l'offre de service.
- Chaque Point accueil service que la FDFR de l'Allier met
en place est animé par une équipe de bénévoles. Les prestations
assurées sont en conséquence modulées en fonction du contexte
local. Il n'est par exemple pas question de proposer un service
qui pourrait concurrencer un prestataire déjà existant. Mais,
à Echassières, le PAS vend des revues et des magazines car le
dépôt de presse ne souhaite pas le faire. Mieux : c'est le PAS
qui vend les quotidiens pendant les jours de congé du dépositaire
afin d'éviter que les clients ne soient incités à se fournir dans
une autre commune. Par ailleurs, l'équipe qui anime un PAS explique
à la population que ce dernier ne peut pas être ouvert tous les
jours car celle qui en assure la permanence doit également effectuer
des tâches à l'extérieur (information, contacts, prospection...).
Les " usagers " sont en conséquence invités à accepter de bonne
grâce ces nécessaires contraintes. La FDFR souligne que si elle
ne disposait pas d'un grand nombre de relais d'opinion bien ancrés
localement, elle ne serait pas en mesure de " chambouler les choses
" comme elle le fait avec ses Points accueil service.
3. Viabilité et pérennité
La réflexion sur un service n'est évidemment pas la même selon
qu'il est marchand ou non marchand et qu'il relève du secteur public
ou du secteur privé. Ces distinctions conditionnent l'accès à certains
types de financements, l'application de telle ou telle règle, l'intégration
ou non dans tel statut...
Toutefois, un point restera commun : quelle que soit l'entité que
l'on souhaite maintenir ou créer, il faut assurer sa pérennité.
S'il s'agit d'un service non marchand, celle-ci dépend d'une décision
de type politique : dans un contexte où l'Etat et les collectivités
locales cherchent de plus en plus à faire des économies, le service
sera maintenu si son utilité est considérée comme suffisante. Il
faut donc en particulier qu'il soit bien utilisé par la population
concernée. Dans le cas d'un service marchand, la pérennité d'un
service dépend très directement de sa rentabilité économique, ou
plus exactement financière. La fréquentation ne constitue alors
qu'un des critères qui entrent en ligne de compte.
Ceci posé, il devient de plus en plus difficile de séparer rigoureusement
ces catégories. Ainsi, bien des activités industrielles ou agricoles,
réputées privées, bénéficient ponctuellement ou très régulièrement
de subventions publiques plus ou moins importantes. A l'inverse,
l'utilisateur de certains services censés être non marchands a parfois
l'impression de devoir un peu trop souvent mettre la main à la poche.
En évitant donc d'être trop naïf, la recherche de la viabilité (économique
et/ou politique) d'un service donné peut conduire à combiner deux
sources : la contribution des usagers-clients (sous forme monétaire,
par le biais du bénévolat ou de la mise à disposition d'un local,
d'un équipement...) et celle des pouvoirs publics (dans le cadre
d'une convention ou d'un contrat spécifiant clairement les obligations
de chacune des parties).
- Dans le Ségala-Limargue, la démarche d'" emploi à coût et temps
partagés " a permis de créer huit emplois. Le secteur de la coopération
agricole a pour cela servi de point d'appui : les salariés embauchés
y travaillent à mi-temps et ils consacrent leur autre mi-temps
à des agriculteurs. Ceux-ci ont, il est vrai, déjà une certaine
habitude des groupements d'employeurs, mais d'autres postes vont
bientôt être créés avec un artisan du bois et avec des communes.
Ce croisement du secteur privé, du secteur coopératif et de la
fonction publique territoriale pose bien entendu de difficiles
problèmes statutaires. Leur résolution représente un enjeu majeur,
à la fois pour l'amélioration de la qualité de la vie locale et
pour la création d'emplois.
4. Une approche globale
A la différence d'une entreprise à caractère lucratif, les associations
ne privilégient pas au départ une réflexion de type économique :
pour elles, la question des services de proximité est d'abord posée
en termes d'amélioration de la qualité de vie.
- A Doué-la-Fontaine, la location et la location-vente de
cyclomoteurs ont été mises en place afin de répondre aux difficultés
de déplacement que rencontraient certains habitants du canton
lorsqu'ils devaient se rendre à une permanence administrative,
à un travail ou à un stage. Mais, ayant constaté que ces véhicules
servaient aussi à aller ramasser du bois mort ou à aller faire
des courses dans un supermarché, les initiateurs de cette action
ont rapidement été amenés à s'interroger. Pourquoi limiteraient-ils
l'usage des cyclomoteurs aux seuls déplacements ayant une dimension
d'insertion professionnelle ? N'est-il pas aussi important de
favoriser l'insertion sociale des personnes concernées ? En conséquence,
au nom de quoi faudrait-il condamner la fréquentation d'une ville
proche ou des sorties en boîte de nuit ? Ces réflexions sur l'importance
que revêt actuellement la question de la mobilité ont enrichit
la pratique des travailleurs sociaux intervenant sur le secteur
de Doué-la-Fontaine.
Les initiatives qui peuvent découler d'une telle approche visent d'abord
un développement des activités locales, puis, éventuellement, une
ou des créations d'emplois. Le tout peut en conséquence renforcer
l'attractivité du territoire concerné.
On le voit, dans ce processus, la viabilité économique est une condition
nécessaire, mais elle est loin d'être suffisante.
Par ailleurs, le déroulement de ce type de démarche conduit souvent
les associations à solliciter, puis à faire travailler ensemble des
acteurs très divers (Etat, entrepreneurs privés, collectivités locales,
autres associations, groupes de citoyens...). Plus particulièrement,
les associations peuvent aider à articuler une démarche collective
et une ou des prises d'initiatives individuelles.
Enfin, les associations agissent rarement à une simple échelle communale
: la plupart d'entre elles travaillent depuis longtemps à une échelle
intercommunale.
5. Un fonctionnement favorable à l'innovation
Les associations ne diffusent pas des modèles mais travaillent
" sur mesures ".
Elles sont notamment amenées à travailler avec des porteurs de projet
que les structures d'appui " classiques " ont du mal à accompagner,
en particulier des personnes n'ayant pas une " culture du travail
indépendant " et des femmes.
Or il faut souligner que ces dernières jouent un rôle prépondérant
en matière d'identification des besoins non satisfaits et de construction
de réponses adaptées.
Par ailleurs, les associations sont souvent capables d'inventer
des formes innovantes (par exemple en procédant à des " assemblages
" d'activités, de structures, etc., pour permettre de créer de nouveaux
emplois).
6. Des contributions qui peuvent être variées
La diversité de ses activités permet au secteur associatif de
disposer d'une large palette de compétences qui peuvent éventuellement
servir à la mise en œuvre de nouveaux services. En particulier,
le mouvement associatif est souvent à même d'enrichir non seulement
l'approche technique d'une telle mise en œuvre, mais également la
nécessaire préparation des aspects relationnels du service envisagé
ainsi que le travail sur le savoir-être des futurs prestataires.
7. Le statut des nouveaux emplois
La création d'un nouveau service pose le problème du statut de
ceux qui l'occuperont. La mise en place des emplois-jeunes vient
de passablement modifier les données du problème mais, si la palette
des réponses envisageables s'est ouverte, les questions n'en demeurent
pas moins identiques.
- Quelles compétences les prestataires sont-ils censés mettre
en œuvre ? Est-il possible d'élaborer des référentiels de postes
en évitant de standardiser des tâches qui relèvent nécessairement
d'une relation interpersonnelle ?
- Sachant que les financements ont tendance à ne privilégier
que l'innovation, comment pérenniser les services et les emplois
? (en introduisant une échéance à cinq ans, les emplois-jeunes
innovent heureusement)
- Comment organiser les nouvelles filières de services ?
- Comment composer avec le fréquent manque de souplesse des conventions
et des dispositifs, sans pour autant léser les prestataires embauchés
?
Il est à noter que, pour aborder ces différentes questions, le
secteur associatif bénéficie d'un atout (qu'il peut mettre à disposition
d'autres acteurs locaux, notamment les élus) : son fonctionnement
en réseaux (locaux, régionaux, nationaux...). Il dispose par ce
biais d'intéressantes possibilités en matière de circulation et
d'analyse des informations, d'élaboration de solutions adaptées,
de mise en forme juridique ou administrative, de réflexion critique...
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L'inquiétude des maires
En 1996, Mairie-conseils (CDC) a exploité les réponses de
1 050 maires de petites communes qui avaient répondu à un
questionnaire portant sur le thème des services. 56% d'entre
eux jugeaient que, dans leur commune, ces services étaient
" juste suffisants ", 26% les estimaient " plutôt insuffisants
" et 3% " tout à fait insuffisants ". De manière générale,
il ressortait qu'une commune est d'autant moins satisfaite
des services en milieu rural qu'elle possède peu d'habitants.
Les services que les maires redoutent le plus de voir disparaître
localement sont, par ordre décroissant, la poste (21% des
maires ayant répondu), un commerce (11%), une gare ferroviaire
(11%), une école primaire (9%), un hôpital (7%) et un bar
(3%).
Par ailleurs, les services qui, d'ores et déjà, font le
plus défaut aux habitants de la commune sont un commerce (28%),
des moyens de transports collectifs (19%), des dispositifs
de soins aux personnes âgées (10%), une crèche ou une garderie
(7%), des équipements sportifs (5%), une pharmacie (5%) et
un foyer pour les jeunes (4%).
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DIX REMARQUES METHODOLOGIQUES
Les dix remarques suivantes sont formulées à propos de la création
de services de proximité, mais nombre d'entre elles pourraient bien
évidemment inspirer des démarches d'accompagnement bénéficiant à
d'autres types de projets.
Ces remarques peuvent par ailleurs concerner tout autant des associations
qui mettent elles-mêmes en œuvre une activité de services en direction
de la population que des associations dont l'action relève plutôt
d'un travail d'animation locale sur le thème des services, de l'analyse
des besoins, du conseil ou encore de l'évaluation.
1. La nécessité d'un diagnostic préalable
La réalisation d'un diagnostic local vise plusieurs objectifs
:
- identifier aussi précisément que possible les besoins non satisfaits
et les attentes nouvelles des populations ;
- identifier et évaluer l'offre existante (sur le territoire
concerné, mais aussi à sa périphérie) dans le domaine du ou des
services au sujet desquels il est envisagé d'agir ;
- évaluer la faisabilité d'une initiative et, le cas échéant,
rassembler les éléments nécessaires à l'élaboration d'un projet
opérationnel ;
- commencer à faire savoir (aux élus, à des partenaires potentiels,
à la population...) que l'on compte prendre une initiative ;
- de manière générale, préparer un bon ancrage du projet dans
l'environnement local.
- Dans l'Allier, la mise en place par la FDFR de Points
accueil services (PAS) découle d'une importante enquête participative
réalisée avec un groupe de femmes sur les besoins existant
en matière de services.
- Dans le Ségala-Limargue, une trentaine de " décideurs
" et cent vingt acteurs locaux (dont 43 élus) ont été interrogés,
notamment sur la position du secteur (dans le département,
la région, la nation et l'Union européenne) et sur leurs ambitions
pour le territoire, sur les problèmes qu'ils identifiaient,
sur les leviers qui leur semblaient pouvoir être utilisés...
- En Haute-Saône, un groupe de femmes a réalisé une enquête
approfondie sur les besoins et sur ce qui pourrait être imaginé
en matière de prise en charge des enfants sur le secteur de
Jussey. Le questionnaire qui a été établi portait sur différents
points : la garde et l'animation, mais aussi les repas de
midi, les activités périscolaires... Ce questionnaire a été
diffusé aux familles par le biais des enseignants, ce qui
a permis de les impliquer dans la démarche, mais présentait
l'inconvénient de ne pas permettre de toucher les parents
dont aucun enfant n'était scolarisé. Des sondages complémentaires
ont en conséquence été réalisés. Les soixante réponses collectées
ont ensuite été cartographiées, puis analysées commune par
commune. Les principaux besoins identifiés concernaient la
garde des enfants de 0 à 3 ans, la garde et l'animation des
enfants de 3 à 6 ans et l'animation des adolescents.
- L'action conduite par le CEAS des Vosges découle d'une
analyse de la filière des services à domicile. Cette analyse
s'est notamment basée sur le devenir professionnel de personnes
ayant suivi une formation en ce domaine. Cela a fait apparaître
la nécessité de beaucoup mieux structurer l'emploi en ce domaine.
- L'action animée par l'AFoDIP en Mayenne s'est appuyée
sur une enquête participative réalisée par des femmes exerçant
ou souhaitant exercer une activité d'accueil à caractère social
ou thérapeutique. Cette enquête visait surtout à mieux identifier
les besoins et les souhaits des structures susceptibles d'effectuer
des placements. Par ailleurs, cette action locale a bénéficié
d'une enquête similaire réalisée par l'AFIP à un niveau national.
Les perspectives de développement de ce type d'accueil ont
ainsi pu être évaluées à une plus large échelle.
2. Partir de l'existant
Certaines " créations " ne représentent en fait que de simples
substitutions : l'émergence d'un nouveau prestataire se traduit
alors par le déclin, voire la faillite, d'une entreprise précédemment
installée. Ce phénomène peut certes trouver une justification, surtout
lorsque l'offre nouvelle s'avère significativement mieux adaptée
à la demande locale. Mais tel n'est pas toujours le cas. En particulier,
quand elles sont réalisées grâce à un statut qui procure d'appréciables
avantages fiscaux, grâce à certaines aides spécifiques ou avec l'appui
d'un appareil professionnel important, certaines " diversifications
" agricoles sont fortement critiquées pour les graves menaces qu'elles
font peser sur des petites entreprises ou des artisans ruraux.
Par ailleurs, en matière de services, les procédures incitatives
et les dispositifs d'aide mis en place par l'Union européenne, l'Etat
ou les Régions privilégient souvent les créations et l'innovation.
Or de nombreux territoires ont avant tout besoin de conserver certains
services menacés, que ceux-ci soient publics ou privés. Il est toutefois
possible de résoudre cette contradiction en cherchant à être plus
inventif que défensif. Cette attitude doit notamment conduire à
dépasser la traditionnelle opposition d'une proximité qui serait
synonyme de médiocrité et d'une centralité qui serait gage d'excellence.
Ce dépassement suppose de clairement définir ce que l'on se propose
de faire, dans un souci de qualité, à une échelle locale et ce qui
relèvera d'un autre territoire ou d'une autre échelle territoriale.
De manière générale, les populations sont de plus en plus informées
de l'offre de services existant dans d'autres zones rurales et,
bien sûr, en ville. De fait, chaque territoire est désormais amené
à se poser la question de son attractivité. Cela ne signifie nullement
qu'il doive s'épuiser à vouloir singer la ville : il lui faut au
contraire affirmer ses atouts spécifiques, mais tout en trouvant
les moyens de répondre (classiquement ou par des moyens plus ou
moins originaux) aux besoins et aux attentes des populations (résidentes
ou provisoires) et des entreprises (notamment petites) qu'il compte
retenir ou attirer. Parmi les pistes qui s'offrent à lui : la mise
en place de structures multi-services, la mise en réseaux de prestataires
offrant des services plus ou moins complémentaires, l'itinérance,
les téléservices...
- Dans le Ségala-Limargue, trois communes emploient ensemble
et depuis une dizaine d'années un " ouvrier qualifié multifonctions
" (convention collective : agent territorial d'entretien). Ces
trois toutes petites communes ont constitué un SIVU afin de pouvoir
faire entretenir leurs chemins et leur petit patrimoine. Les besoins
sont multiples (développement de chemins de randonnée thématiques,
restauration des murets, entretien d'une église classée, préparation
de la fête communale, changement des ampoules, pose de prises
de courant...) mais ils n'étaient pas suffisants pour que chaque
commune puisse procéder toute seule à une embauche à plein temps.
Par ailleurs, un temps partiel n'aurait pas permis de trouver
quelqu'un de qualifié et susceptible de rester longtemps. La solution
retenue ne coûte à chaque commune que 70 000 F par an, plus la
mise à disposition d'une voiture de service et d'un tracteur.
Elle a permis d'améliorer considérablement la qualité de la vie,
le charme et l'attractivité des trois villages. Ceci s'est traduit
par une augmentation des recettes fiscales du fait de l'arrivée
de nouveaux résidents secondaires et d'un artisan séduit par un
des villages. Ce sont les maires qui ont été les promoteurs de
cette initiative, contre un certain scepticisme de la population.
La personne embauchée travaillait ailleurs, mais a été ravie de
trouver de l'emploi sur place. Ses compétences professionnelles
contribuent beaucoup au succès de l'opération.
3. Construire un partenariat
La recherche de partenaires ne se justifie pas seulement par la
nécessité de trouver des appuis, des alliés, des contributeurs :
elle doit aussi viser à enrichir la réflexion sur le type de services
à développer ou à mettre en place. Plus large est la palette des
regards rassemblés, plus le projet a de chances d'être bien conçu
et bien positionné.
Par ailleurs, il ne faut jamais oublier qu'en matière de services,
le partenaire privilégié, c'est l'habitant.
- Equipé dans le cadre d'une action d'insertion, l'Infos-Bus
de l'Espace IFAD-Ganges correspond également à une démarche de
type développement local et sa pérennisation a conduit à le raisonner
désormais comme un projet économique. Chaque étape de la démarche
s'est ainsi traduite par des partenariats très divers, dont certains
n'ont été que ponctuels (par exemple la fourniture gracieuse de
certains matériaux par des entreprises locales), mais dont d'autres
se sont avérés durables (contactés au début pour évaluer les besoins
de leurs populations, les élus des villages contribuent maintenant
au bon déroulement des tournées de l'Infos-Bus.
4. Mettre en place un comité de pilotage
La construction du partenariat ne se confond pas avec la mise
en place d'un comité de pilotage. Il est en effet demandé à ceux
qui participent à ce dernier de réfléchir globalement au projet
(et non pas seulement à partir de tel ou tel point de vue). Il n'est
donc pas gênant (il peut même être souhaitable) qu'une partie des
membres d'un comité de pilotage ne soient pas impliqués dans la
mise en œuvre concrète du projet. Il faut surtout que les habitants
y soient significativement représentés.
Le comité de pilotage doit aussitôt que possible préciser ses objectifs,
mais aussi ses règles de fonctionnement. Il doit par exemple définir
la périodicité de ses réunions, ses modalités de travail, le financement
de ses activités... Il n'est pas nécessairement souhaitable que
son animation soit assurée par les principaux promoteurs du projet.
Chaque réunion doit donner lieu à l'établissement d'un compte rendu
écrit et public.
De manière générale, le Comité de pilotage ne doit pas être conçu
comme une obligation plus ou moins inutile, mais comme un lieu privilégié
de dialogue entre les différentes parties prenantes de la démarche.
Il doit en particulier assurer la transparence de la démarche. Il
doit enfin être un lieu d'engagement à long terme, en faveur de
la pérennisation du service envisagé.
5. Inscrire le projet dans la durée
Plusieurs types d'acteurs ont en général tendance à faire pression
pour que le projet soit très rapidement mis en œuvre. En particulier,
les élus et les éventuels financeurs souhaitent que des résultats
tangibles puissent être présentés aussitôt que possible. Pour d'autres
raisons, les porteurs directs du projet de service souhaitent être
vite à pied d'œuvre. Ainsi, les logiques de temps des uns et des
autres peuvent être fort différentes.
De manière générale, toute précipitation doit être évitée. Outre
que la conception et la préparation du projet nécessitent du temps,
il est souhaitable de développer un travail d'information pour que,
dès son lancement concret, le nouveau service soit soutenu par le
maximum de personnes.
L'inscription du projet dans le long terme doit en particulier aider
à gérer d'éventuelles périodes de " latence ". En effet, dans ce
type de démarche, des moments de découragement (ou le délais d'attente
d'une réponse) viennent parfois freiner, voire suspendre, la dynamique
collective. Si des étapes n'ont pas été préalablement définies,
chaque interruption risque d'être mal appréhendée. Pourtant, ces
" blancs " sont souvent très utiles à la maturation des choses.
6. Se confronter à d'autres expériences
Là encore, les réseaux associatifs, d'élus ou encore de soutien
au développement des services de proximité peuvent être solliciter
pour enrichir la réflexion locale. L'apport d'autres expériences
peut passer par la lecture de documents écrits, la consultation
de sites Internet ou le visionnement de documents audio-visuels.
Il est bien entendu préférable de faire venir des témoins ou, encore
mieux, d'organiser des visites sur les lieux mêmes des expériences
jugées les plus intéressantes (soit par leur caractère innovateur,
soit par la similitude des contextes). Il est à noter que ces accueils
ou ces visites ne permettent pas seulement de rencontrer des personnes
extérieures : ces expériences collectives sont généralement propices
à l'établissement de nouveaux liens entre acteurs d'un même territoire.
7. S'assurer de la viabilité de la démarche
L'objectif ne doit pas être de donner un coup d'épée dans l'eau
mais plutôt de contribuer au renforcement des atouts du territoire
concerné. Le problème n'est donc pas seulement de trouver des subventions
ou des appuis pour un seul exercice budgétaire : il faut envisager
comment le service pourrait être financé au cours des années suivantes.
Vis-à-vis des publics (ou des clients) potentiels comme vis-à-vis
des personnes embauchées pour assurer le nouveau service, les calculs
limités au court terme ne sont pas acceptables. De plus, un éventuel
échec risque de rendre ensuite très difficile toute nouvelle initiative.
L'équilibre financier du projet passe par des ventes de prestations
(à des particuliers, à des entreprises, à des collectivités locales),
mais il peut aussi être conforté par des subventions (publiques
ou privées) si le service rendu répond à un intérêt général.
Par ailleurs, le projet peut bénéficier d'un apport d'une autre
nature : le bénévolat. Celui-ci peut par exemple assurer, plus ou
moins formellement, des fonction d'encadrement, d'assistance technique
(pour des questions juridiques, la comptabilité-gestion, le suivi
informatique...), de prospection commerciale...
- Apparues il y a un demi-siècle, le réseau des associations
d'Aide à domicile en milieu rural (ADMR) fait travailler ensemble
100 000 bénévoles et 38 000 salariés. Ainsi que le notait le document
préparatoire au colloque "Les services au coeur du développement
rural" organisé à Nîmes en novembre 1996, " L'ancrage local
des premiers permet un bon repérage des besoins et un pilotage
"fin" de l'offre de services. La professionnalisation des seconds
garantit la qualité des prestations. Au final, la "gestion de
la proximité par la proximité" permet de conjuguer bénévolat et
création d'emplois. "
8. Soigner la lisibilité du projet
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à rendre le projet difficilement
compréhensible pour l'extérieur, voire chez certains de ses promoteurs
: son caractère innovant, la multiplicité des partenaires et la
complexité de leurs relations, le croisement de plusieurs services
ou de plusieurs activités...
Une explication claire de ce qui est visé doit en conséquence être
fournie à l'ensemble de ceux qui peuvent être intéressés ou concernés
par le projet : les partenaires ou les financeurs potentiels, les
élus, les éventuels concurrents, les organismes fiscaux ou sociaux,
la presse locale et, de manière générale, la population susceptible
de recourir au service projeté.
9. Programmer des phases d'évaluation
L'évaluation ne constitue pas le point final d'une démarche mais
représente une condition nécessaire à la conduite d'un projet. Il
importe donc de faire régulièrement le point sur l'état d'avancement
des actions envisagées, sur la validité des hypothèses de départ,
sur l'impact de ce qui a été entrepris, sur le degré de mobilisation
des promoteurs du projet...
Plutôt que d'organiser une séance d'évaluation après qu'une crise
ait éclatée, mieux vaut fixer préalablement des périodes et des
modalités d'évaluation : au pire, ce dispositif servira à constater
que tout va pour le mieux...
10. Rester ouvert à d'autres pistes
Une évaluation sérieuse et régulière peut en particulier permettre
de mieux cerner les aspirations des populations concernées. Ces
aspirations peuvent par exemple évoluer du fait de l'émergence d'une
nouvelle offre : puisque cela a pu naître, il devient possible d'envisager
que d'autres attentes trouvent une réponse. Dans d'autres cas, les
premiers tâtonnements amènent à ajuster ou à compléter la demande.
Le respect du projet de départ conduit alors à l'adapter.
La constitution d'un observatoire local peut ainsi permettre d'exercer
une fonction de veille sur les évolutions socio-économiques à l'échelle
locale.
- Mais en Mayenne, le développement de l'accueil familial
répond à des besoins et à des attentes qui ne concernent pas spécifiquement
le territoire où est organisée cette activité. Le travail d'identification
et d'analyse de ces besoins et de ces attentes n'est donc pas
conduit seulement auprès de structures socio-sanitaires locales,
mais surtout en direction de structures plus éloignées susceptibles
d'être intéressées par un accueil familial de qualité.
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