Les conditions de la viabilité des très petites entreprises rurales
(TPE)
Le CREFAD vient de terminer une étude, réalisée pour le compte
de la DATAR Massif Central, sur la viabilité des petites entreprises
artisanales, agricoles ou de services installées en milieu rural.
Son but : informer sur la réalité de ce type d'activités nouvelles
en milieu rural, mais surtout pouvoir recommander des mesures et
des stratégies d'accompagnement propres à faciliter ces installations.
Création
d'entreprise : de nouveaux arrivants
La création d'entreprise en milieu rural est principalement le
fait de nouveaux arrivants : la moitié des créateurs ne sont pas
originaires du département, les deux tiers viennent d'une zone urbaine.
Ainsi malgré le discours pessimiste sur la désertification rurale,
le territoire est attractif et recèle des ressources et des atouts,
vecteurs de son développement.
Un tiers des ménages ont un problème d'emploi : créer une entreprise
leur parait une solution. Souvent, ils changent de secteur d'activité
: on note une forte mobilité vers l'agriculture, qui apparaît comme
créatrice d'emploi si l'on se situe hors transmission des capitaux
et des outils de production existants.
Progressivité
dans la création
Dans un tiers des cas, l'activité est exercée avant la constitution
du cadre légal, durant un temps plus ou moins long (de quelques
mois à plusieurs années). On voit bien le vide juridique face à
la progressivité. D'où des solutions de fortune : emploi à temps
partiel, travail au noir, jonglage entre petits boulots, formation,
chômage, ... Il faudrait que le cadre institutionnel reconnaisse
cette période de maturation des projets et de croissance progressive
du chiffre d'affaire, en mobilisant et réorientant les crédits publics.
Les investissements sont très variables en fonction de l'activité
et de la stratégie adoptée. Parmi ceux qui ont investi de gros capitaux
au départ (jusqu'à 900 000 F) en faisant appel à l'emprunt bancaire,
2 ont des difficultés à rembourser les annuités et payer les charges
sociales. Les garanties demandées ont montré leur inefficience à
présager de la viabilité.
Ceux qui ont investi progressivement n'ont pas connu les mêmes difficultés
même si le total des investissements a été aussi important.
Mais la nature de l'activité et les normes ne permettent pas toujours
des investissements progressifs : c'est le cas quand on crée aujourd'hui
de grosses structures (gîte, hôtellerie) du fait de la traduction,
au niveau départemental, de la nouvelle réglementation européenne
en matière d'hygiène alimentaire. Ne pourrait-on mettre en place
localement des dispositifs qui permettent ces investissements sans
obliger l'entreprise à se surendetter ?
L'aide publique : réservée aux gros investissements dans l'agriculture
et le tourisme.
L'examen montre que l'épargne des ménages contribue largement au
financement. Seule la moitié des entreprises rencontrées bénéficient
d'un emprunt bancaire. La part d'auto construction et d'autofinancement
est importante mais difficile à chiffrer. L'aide publique à la création
d'entreprise diffère selon le secteur d'activité et la situation
du porteur de projet lors de la création de l'entreprise. Le secteur
agricole reste le mieux loti avec la DJA. L'aide publique destinée
à favoriser l'accueil touristique s'accorde mal avec autoconstruction
et la progressivité puisqu'elle est délivrée sur la base de devis,
de calendrier des travaux et de présentation de factures.
Il y a dans d'autres régions des aides à la création d'activités
plus souples et plus ouvertes. Elles sont inclues dans le Contrat
de Plan État/Région (Rhône-Alpes) ou territoriales (certains programmes
Leader : Parc Naturel Régional Livradois-Forez), ou encore liées
à des financements de formation-développement (Midi-Pyrénées). Elles
traduisent un décloisonnement et une approche plus territoriale
que sectorielle. Il faut aussi répondre aux vrais besoins : en phase
de création les gens ont besoin de trésorerie, de couverture sociale
parfois, mais les réponses sont en terme d'investissement.
Ainsi, l'analyse de la viabilité de ces entreprises de petite dimension
montre que la progressivité dans l'investissement, l'auto construction
et l'autofinancement se révèlent être des conditions de réussite.
Elles révèlent la notion de temps qui est nécessaire à l'apprentissage
d'un nouveau métier, à la maturation du projet et à la possibilité
de le tester grandeur nature.
La
viabilité économique est dépendante de facteurs relevant aussi du
champ social.
Les projets sont majoritairement mis en oeuvre par des couples
dont les membres sont impliqués de façon diverse. Cela amène à souligner
l'importance de la cohérence entre projet professionnel et projet
de vie. L'adéquation entre le type d'implication du conjoint dans
l'entreprise et sa reconnaissance par un statut social adéquat est
une condition de viabilité de cette entreprise.
Par ailleurs et indépendamment de la forme juridique qu'elle prend,
l'insertion dans des réseaux locaux favorise la réussite, et l'émergence
de lien social. L'exercice de métiers combinés, au sein de l'entreprise
ou à l'extérieur par les différents membres du ménage donne une
marge de manoeuvre. Il traduit une capacité à s'adapter, autre condition
de réussite de l'entreprise.
Les
associations : des partenaires indispensables
dans le soutien à la création d'activité
Dans le soutien à la création d'activité en milieu rural, le milieu
associatif apparaît peu en tant que partenaire. Le créateur rencontre
divers intervenants. Ils sont institutionnels et techniques (Chambres
de Commerce, des Métiers et de l'Agriculture), associatifs et relationnels
(école, animation, sport, culture, etc......), sociaux (services
sociaux et centre communal ou intercommunal d'action sociale), formateurs
(centres ou associations de formation) ou territoriaux (élus locaux,
SIVOM et communautés de communes).
Mais les intervenants du social, de la formation ou de la relation
humaine ne sont pas considérés comme essentiels dans le processus
de la création d'activité, ni par le créateur lui-même ni par les
institutions apportant un soutien technique. Seul est considéré
l'angle techniciste. De même, le rôle de la structure intercommunale
est méconnu. Or des exemples de nos enquêtes montrent qu'il peut
être important.
Actuellement, ces différentes structures interviennent sans véritable
cohérence, en ordre dispersé et en privilégiant les aspects techniques,
et les moyens mobilisés restent souvent en deçà de l'efficacité
escomptée. Une concertation entre les différents intervenants (techniques,
sociaux et associatifs) et une cohérence dans l'intervention permettrait
de démultiplier l'efficacité de celle-ci.
Nos associations d'éducation populaire ont des savoirs et une
expérience dans l'accompagnement de personnes et de projets. Elles
peuvent se situer à l'interface entre collectivités locales et porteurs
de projets d'une part, entre porteurs de projets et personnes ressources
d'autre part, grâce à un fonctionnement et une position inter-réseaux.
A la fois liées aux problématiques du territoire et extérieures
aux enjeux locaux elles peuvent être médiateur, et être
un lieu d'accueil et d'écoute, souple, pour les personnes
en phase de projet.
Mettre
en relation les ressources d'un territoire et les besoins des créateurs
Mais comment accompagner efficacement la création d'activité sur
un territoire sans repérer et sans inventorier l'ensemble des ressources
dont dispose ce territoire (logements locatifs, terrains, locaux
professionnels vides, associations, retraités qualifiés, savoir-faire
et compétence dans différents domaines, us et coutumes, école, moyens
de transports, loisirs, etc....)?
De même comment peut-on vouloir satisfaire les besoins des créateurs
si ceux-ci ne sont pas clairement identifiés et repérés ?
N'y a-t-il pas lieu d'imaginer, dans une démarche associative,
la constitution de réseau de personnes ressources capables d'apporter
des éléments de réponses aux problèmes des nouveaux arrivants en
terme de logement, de locaux professionnels d'acquisition de relation
ou de savoirs-faire ? N'y a-t-il pas dans un territoire des résidents
qui ont connaissance d'informations utiles sur la manière de procéder
et à qui s'adresser ?
Souvent les banques sont réticentes à financer des projets nouveaux,
peu importants, portés de plus par des inconnus. Le créateur d'activité
a besoin, aussi, d'être écouté car les démarches sont longues, fastidieuses,
souvent décourageantes. Les associations accompagnatrices ne peuvent-elles
pas être un interlocuteur tout comme l'agent de développement de
la structure intercommunale ?
Il faut donc à ces derniers obtenir des cautions, des garanties,
des recommandations que peuvent apporter les intervenants accompagnateurs.
Cette intervention auprès des organisme bancaires ne serait-elle
pas plus efficace si elle provient d'une structure du territoire
?
Les réalisations de petite dimension mises en oeuvre par différents
acteurs économiques donnent un cachet particulier au territoire.
Il devient attractif, avec des productions de qualité bien valorisées.
Ne faut-il pas concevoir des outils de communication à petite échelle
pour valoriser les atouts du territoire ?
Créer les conditions de vie et la qualité de vie des personnes
qui s'installent.
Très souvent citée comme l'une des motivations à l'installation
en milieu rural, la qualité de vie est à la fois une finalité pour
les porteurs de projet une condition pour la viabilité de leur entreprise.
Il s'y mêle des notions plus floues qui touchent à l'environnement
naturel, humain, social ou culturel.
La thématique du lien social, de l'offre d'activités culturelles
de proximité est une des pistes à travailler pour, dans le champ
du culturel, favoriser celui de l'économique par la création d'entreprises
nouvelles. Dans ces domaines, les associations peuvent devenir des
partenaires privilégiés
Les personnes intéressées par le texte complet des résultats de
l'étude peuvent le demander en appelant le CREFAD au 04 73 31 50
45.
in Alternatives Rurales n° 75, 07/2000. Préfaucon 38710 Mens.
Les
circonstances de la création d'activité,
4 motivations de départ bien distinctes :
"Je suis sans statut et sans travail, je crée mon emploi"
(31 personnes)
"J'ai une activité ou un revenu que je complète pour une activité
nouvelle"
(10 personnes)
"Je cesse une activité que je recrée dans un environnement choisi"
(6 personnes)
"J'arrête mon travail salarié pour créer mon activité dans un environnement
choisi"
(17 personnes)
Qui
sont les créateurs ?
- 71% des créateurs sont en couple ; les célibataires qui créent
sont plutôt des hommes ; plus d'un tiers des créateurs sont des
femmes. Majoritairement, ils ont entre 30 et 40 ans.
- 29% sont artisans
- 8% ont une profession liée au commerce orienté vers le tourisme
- 35% sont agriculteurs
- 17% ont une activité de service
- 6% ont un projet en cours de construction (agricole, lié à l'accueil,
culturel)
Leur entreprise existe depuis moins de 2 ans : 29% ; 2 à 5 ans :
34% ; 5 à 8 ans : 17% ; plus de 8 ans : 22%.
Ce sont majoritairement des entreprises individuelles.
Leur conjoint : travaille dans l'entreprise avec un statut (9/45),
sans statut (12/45) ; a une activité extérieure et intervient dans
l'entreprise (6/45) ou pas (14/45) ; n'a pas de statut et ne travaille
pas dans l'entreprise (2/45).
Auparavant ils étaient dans : l'agriculture : 7% ; l'artisanat :
7% ; le commerce : 8% ; l'industrie : 17% ; les services : 40% ;
inconnu : 21%.
Ils sont insérés dans des réseaux locaux : informels : 56% ; familiaux
: 36% ; associatifs : 47% ; professionnels (groupement, syndicats)
: 22%.
in Alternatives Rurales n° 75, 07/2000. Préfaucon 38710 Mens.
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