Créateurs, "experts bénévoles", financeurs,
institutions, ... : un pôle d'économie solidaire comme lieu de
rencontre.
Le concept de pôle d’économie solidaire a
été défini par le Réseau pour une économie alternative et
solidaire (Réas). Il se fonde sur un droit à l’initiative économique
pour tous et cherche à valoriser les ressources des personnes et
leur projet grâce à une coopération entre les individus. Il
s’attache à répondre aux nouvelles demandes sociales par une
offre durable et de qualité, notamment par des activités utiles
socialement.
Quatre piliers
En pratique, sur un territoire, le pôle d’économie
solidaire repose sur quatre piliers : des apporteurs de projet
réunis en « club », un réseau d’experts bénévoles,
un réseau de financement solidaire et, enfin, un réseau
d’institutions, de banques, d’entreprises et d’associations.
Le pôle démarre avec dix à quinze porteurs
de projet motivés pour donner du sens à leur activité au-delà du
seul profit, apporter une réponse de qualité à une demande
sociale, respecter l’environnement. Une dizaine de personnes
forment le réseau d’experts bénévoles destiné à accompagner
les personnes qui portent les projets. Ces « experts »
peuvent d’ailleurs avoir créé précédemment leur activité. Les
compétences réunies dans ce réseau doivent être variées. En ce
qui concerne le réseau de financement solidaire, l’accent est mis
sur la volonté des contributeurs de s’engager aussi dans une démarche
de coopération avec les apporteurs de projets. Le réseau des
institutions et des acteurs collectifs est nécessairement hétérogène.
Est recherchée en son sein la participation des services de l’État,
des collectivités locales, des chambres consulaires, de banques,
d’entreprises, d’associations.
Repérage des besoins
Avant la mise en
place du pôle, une phase de mobilisation des acteurs et de repérage
est nécessaire. Un travail d’information et de sensibilisation
est fait avec la population, les acteurs locaux. Le diagnostic de la
situation locale met l’accent sur les ressources disponibles et
les projets qui se dessinent. Pour assurer l’émergence et la sélection
des premiers projets, les initiateurs « font travailler le territoire » à travers les lieux
existants, auprès des chômeurs, des étudiants en fin de cursus,
des groupes et des associations… Ils partent aussi des besoins et
demandes sociales que les acteurs collectifs, y compris les
collectivités locales, auraient pu identifier.
Un accompagnement basé sur l’échange
de savoirs
Le porteur de projet a comme motivation de créer
son propre emploi. Le contrat qui lui est proposé, c’est de
participer à une dynamique favorisant un développement solidaire
de son projet et, en retour, d’y puiser un appui humain, économique,
juridique et technique pour le mener à bien. C’est la fonction
des réseaux locaux d’experts bénévoles, de financement
solidaire ou encore du réseau de partenaires et d’institutions.
Le rôle d’animation du pôle consiste en particulier à activer
la mutualisation et à permettre l’échange des savoirs.
L’accompagnement du porteur de projet est à la fois individuel et
collectif. Chaque créateur, ou groupe de créateurs s’il s’agit
d’un projet collectif, est en relation avec deux accompagnants
volontaires qui reçoivent à ce titre une formation via
le pôle d’économie solidaire. D’autre part, des temps
collectifs permettent de répondre aux besoins communs de formation
et d’information.
Le pôle
« Active » de Châlon-sur-Saône: mutualisation et
autonomie
|
En
1997, des élus des communes péri-urbaines de Châlon-sur-Saône
prennent l’initiative d’une réflexion sur les difficultés
des habitants qui veulent créer une activité. Ils se
mettent en relation avec le Réas et aboutissent à la mise
en place, début 1998, d’un Pôle d’économie solidaire :
« Active ».
Le
Sivom* Accord prend une place déterminante dans la
structure, ce qui lui confère un statut de service public.
L’objectif est de parvenir après deux années à une
autonomie du pôle. Fin 1999, le pôle s’oriente vers un
statut associatif, le Sivom prenant alors un statut de
partenaire.
Le
pôle s’est doté d’une charte et d’une « règle
du jeu » qui mettent en avant « la
confidentialité des entretiens », la
mutualisation et l’autonomie (« l’accompagnement implique de donner les moyens au porteur
d’être son propre expert et de l’amener à
s’approprier son projet »).
Active
s’adresse aux personnes en phase de création, mais aussi
à celles dont l’activité est déjà lancée. Le pôle a
soutenu en majorité la création de services, mais aussi
des entreprises artisanales, par exemple dans la
restauration. Des activités associatives ont été
soutenues dans le domaine culturel et l’environnement. Par
exemple, une association pour le tri et le recyclage des déchets.
Contre l’avis de la chambre de métiers, une jeune femme
de vingt ans a aussi pu mettre sur pied son entreprise de
toilettage canin à domicile en mettant l’accent sur la
diversité de sa fonction : elle contribue à la vie
sociale de personnes âgées souvent isolées. Initiée par
une travailleuse handicapée, une entreprise de formation
est en cours de création.
Le
réseau de bénévoles réunit des compétences en
comptabilité, en écoute, dans la définition du projet
personnel, sur des questions juridiques, etc.
Trois
des quinze bénévoles ont été auparavant des créateurs
accompagnés par Active. Comme les porteurs de projet, les bénévoles
sont autant des hommes que des femmes. Leurs origines sont
diverses. Exceptée une retraitée, ce sont des actifs :
une enseignante, un formateur en entreprise, un animateur
d’espace jeune… «Sans
prétendre tout savoir», ils apportent leurs compétences.
« Nous nous
formons en même temps » expliquent-ils.
*
Sivom : syndicat intercommunal à vocation multiple
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Extrait
de "Territoires et création d'activités" Mai 2000
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