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Comment des structures associatives accompagnent  la création de nouvelles activités.

Les réseaux associatifs ruraux ont aidé des centaines de micro-projets économiques à voir le jour, puis à se développer. Chacune de ces initiatives constitue une aventure originale. La plupart d'entre elles se démarquent assez nettement des formes classiques de création d'une entreprise. L'analyse suivante s'appuie sur les enseignements tirés de divers dispositifs de formation conduits par des associations : Réseau AFIP (Programme d'Initiative communautaire Emploi- NOW), FNCIVAM ( AAP: agriculteur Animateur de Projet), Union Peuple et Culture : ASFODEL (formation exploitant rural, CREFAD, Espace IFAD).

Dans le Puy-de-Dôme, contrainte de se trouver une source de revenus suite à un divorce, Françoise valorise ses compétences dans le domaine du cheval en créant un centre équestre qui combine une structure associative et une exploitation agricole. Dans le même département, Brigitte se lance dans une activité de maraîchage bio qu'elle prolonge par une commercialisation directe et à laquelle elle ajoute un accueil de personnes en difficulté. Valérie opte elle aussi pour le maraîchage mais, dans le calme du Livradois-Forez, son activité principale est l'animation d'un lieu d'accueil et de créations culturelles. Basée dans un hameau ardéchois, l'association Locomotive crée deux emplois en mettant sur pied un vidéo-club et une ludothèque itinérante. Dans un village de 350 habitants de l'Hérault, un groupe de familles monte, contre l'avis du maire, une halte-garderie associative qui emploie désormais une animatrice. Un peu plus loin, une autre association salarie deux personnes à mi-temps pour accueillir des enfants difficiles et leur faire découvrir des activités créatrices, notamment la poterie...
La longue liste des projets soutenus par les réseaux associatifs tient d'un inventaire à la Prévert. Pourtant, certains traits communs finissent par apparaître dans un grand nombre de cas.

Des projets et des entrepreneurs atypiques

La création de nouvelles activités économiques est essentiellement le fait de fils de travailleurs indépendants ou d'investisseurs souhaitant placer des capitaux. Dans les deux cas, le terme de " création " est loin d'être toujours justifié : il s'agit bien souvent d'une transmission-reprise ou du rachat d'une entreprise déjà existante. En conséquence, les dispositifs d'appui à la création restent pour la plupart adaptés à des " entrepreneurs " qui ont depuis leur tendre enfance baigné dans une culture du travail indépendant, qui bénéficient fréquemment d'un certain capital et qui vont travailler dans un secteur déjà bien balisé. Habituellement, l'application de quelques critères de gestion très rodés (clientèle potentielle, niveau d'investissement...) suffit à positionner correctement le projet.

Vous avez dit nouveauté ?

Nouveaux emplois, nouvelles activités, nouveaux métiers... Ces expressions doivent être examinées d'un œil critique. L'accueil à la ferme ou la vente directe peuvent-ils être vraiment considérés comme des activités nouvelles ? L'entretien des berges ou l'aide à domicile relèvent-ils de métiers nouveaux ? Le plus souvent, la nouveauté réside dans le fait qu'une activité donnée tend à acquérir une importance nouvelle (il s'agit parfois d'une revalorisation, comme par exemple dans le cas de la vente directe) ou qu'elle passe d'un registre informel et non monétaire à un exercice pleinement professionnel. L'innovation peut en outre porter sur les formes d'organisation de l'activité considérée.

Les choses sont sensiblement différentes avec les porteurs de projets qui s'adressent aux réseaux associatifs. Tout d'abord, leur projet n'est pas uniquement professionnel : l'activité qu'ils souhaitent développer doit avant tout leur permettre de vivre dans un milieu qu'ils ont choisi et, si possible, en harmonie avec les valeurs qui sont les leurs. Bien entendu, cette exigence déjà extravagante s'accompagne le plus souvent d'un manque de capitaux, d'un manque de local, d'un manque de foncier, d'un manque de clientèle potentielle... Pour couronner le tout, leur idée d'activité n'est généralement répertoriée dans aucun manuel à l'usage des accompagnateurs de porteurs de projet !
Ce dernier point mérite toutefois d'être nuancé. Maintenant que les plâtres ont été essuyés, certains organismes ne ricanent plus en entendant parler d'agrobiologie, d'accueil pédagogique ou de vente directe de fromages fermiers : ils disposent désormais des ratios et des conseils-types qui leur permettent de bien cadrer les projets des investisseurs qui les consultent...
Autre caractéristique importante : leur projet suppose fréquemment de combiner ensemble des activités qui relèvent de fiscalités et de régimes sociaux différents, qui sont suivies par des organismes dont la particularité est de rarement manqué une occasion de se faire la guerre entre eux et qui dont les sources de financement sont incompatibles. La simple compréhension de ces projets de pluriactivité nécessite parfois des compétences approfondies dans trois ou quatre disciplines plus ou moins pointues...
Mais, pour être honnête, ceux qui s'adressent aux réseaux associatifs présentent également d'autres caractéristiques. Nombre d'entre eux bénéficient d'un bon niveau de formation ou d'une riche expérience de vie. Dans une majorité de cas, ils ne sont pas originaires du territoire où ils souhaitent créer leur activité (beaucoup arrivent de la ville), ou bien sont longuement allés voir ailleurs avant d'y revenir.

Pour l'essentiel des créatrices

Cette situation trouve une partie de son explication dans le fait que certains des dispositifs utilisés par les réseaux associatifs sont réservés à des publics féminins. Mais tel n'est pas toujours le cas. Force est alors de chercher d'autres causes.
L'analyse des publics livre une première clé. Il en ressort en effet une bonne proportion de conjointes d'exploitant. Certaines se sont trouvées dans l'obligation de dégager une nouvelle source de revenus, d'autres ont voulu se créer leur propre activité, d'autres encore ont identifié une opportunité qu'il aurait été idiot de ne pas exploiter... Dans tous les cas, l'exploitation du conjoint, florissante ou non, est susceptible d'offrir quelques points de départ : un produit à transformer ou à vendre directement au consommateur ; un local à aménager pour une activité d'accueil ; une implantation locale permettant de bénéficier d'utiles soutiens ou d'un embryon de clientèle...
Plus généralement, il faut se souvenir que l'essentiel des activités émergentes relèvent du secteur tertiaire. Or le tertiaire inclut presque toujours une importante dimension relationnelle. Et il se trouve qu'en ce domaine, les femmes sont habituellement considérées comme disposant de meilleures aptitudes que celles des hommes. Elles valorisent souvent des compétences et des savoir faire acquis dans la sphère privée. Ce sont très majoritairement elles qui ont la charge de la gestion du quotidien et, plus particulièrement, et des personnes âgées et de l'éducation des enfants. Cette position leur permet d'une part de mieux identifier les besoins en services qui ne sont pas correctement satisfaits et, d'autre part, d'être mieux à même d'imaginer des solutions pour répondre à ces besoins.

Le délicat croisement insertion-création

Les actions qu'ils animent conduisent parfois les réseaux associatifs à travailler avec des publics en insertion dans une perspective de création de nouvelles activités. Il en a résulté quelques succès, mais également beaucoup de déceptions. En effet, quand une personne est à la fois dépourvue d'une bonne qualification, d'un bon niveau de formation initiale, d'une solide assise personnelle et familiale et de tout capital, il est généralement illusoire (ou inadmissible...) de (lui faire) croire qu'elle pourra bientôt créer sa propre activité.

Une dimension collective

Les porteurs de projet étant atypiques, les réseaux associatifs ont logiquement été conduits à travailler avec eux de manière originale. Alors que l'entrepreneur est presque universellement présenté comme un décideur solitaire, l'approche associative privilégie au contraire le collectif. Ainsi, les idées et les problèmes de chacun sont discutées par tout le groupe, des synergies surgissent parfois, il arrive que des chantiers d'entraide soient organisés... Il convient d'ailleurs de noter que cette dimension collective est déjà présente dans bien des initiatives. Elle est par exemple constitutive du programme Agriculteur animateur de projet (AAP) : tout stagiaire y est en quelque sorte le représentant d'une démarche locale. De nombreuses autres situations font apparaître que le porteur de projet cherche à répondre à un besoin ou à une aspiration qu'expriment un groupe de ses copains, une association de parents d'enfants en bas âge, des clubs de personnes du troisième âge, des collectivités locales... Dès l'origine, sa démarche est ainsi accompagnée par ceux qui seront ses futurs clients... ou ses futurs employeurs !
Cette question du choix d'un statut appelle bien évidemment un commentaire. Très souvent, les porteurs de projet dont il est question font en ce domaine preuve d'un très grand pragmatisme et d'une assez bonne créativité. La manière dont ils utilisent les enveloppes juridiques existantes a fait se dresser les cheveux sur la tête de plus d'un expert des chambres consulaires. Mais, au bout du compte, la SARL, le statut d'exploitant agricole ou encore le groupement d'intérêt économique (GIE) y ont gagné de nouvelles et utiles dimensions. Et, sans eux, les réseaux de vente collective et les groupements d'employeurs ne seraient vraisemblablement pas ce qu'ils sont aujourd'hui.
Dans le cadre d'une approche traditionnelle, tout ceci n'est guère sérieux : tout porteur de projet a bien évidemment vocation à se retrouver chef d'entreprise. Et pourtant ! Bien des démarches évoquées débouchent sur la constitution d'une association ou d'une structure adéquate qui va ensuite employer l'initiateur de départ.

La prise en compte du territoire

Une autre caractéristique commune à un grand nombre de ces projets est qu'ils sont ancrés dans le territoire local. Cela signifie d'une part qu'ils cherchent à répondre à un besoin non couvert ou à mieux exploiter une ressource locale (les deux ne sont évidemment pas incompatibles). D'autre part, la plupart de ces projets cherchent à bénéficier de soutiens locaux.
Les réseaux associatifs veulent de leur côté soutenir cette double dimension. Ils incitent en ce sens à la réalisation de diagnostics de territoire dont l'objectif est de faire en sorte que les besoins et les ressources du territoire soient sources d'enrichissement des projets, voire conduisent à élaborer des projets d'activités mieux adaptés au contexte local. De même, des comités de pilotage des actions de formation ou d'accompagnement sont mis en place afin, notamment, de favoriser un soutient actif du tissu socio-économique local en faveur des initiatives entreprises. Dans un registre similaire, certaines personnes sont invitées à suivre plus particulièrement le parcours de tel ou tel porteur de projet.
Cette volonté de prise en compte du territoire oblige en retour à tenter d'éviter des initiatives intempestives. Il est ainsi arrivé que le projet d'implantation d'un " camion-pizza " dans un site jusque là préservé soit réorienté vers une activité de restauration plus traditionnelle. Cette question est néanmoins délicate. Un projet de " dépannages multi-services " pourra par exemple être accusé de menacer l'activité existante d'un artisan local. Mais certains clients feront valoir que cet artisan est implanté trop loin et qu'il n'est pas suffisamment disponible. D'autres remarqueront que, dans une zone peu densément peuplée, le territoire d'intervention d'un artisan est nécessairement vaste et qu'ignorer cette règle peut conduire tout le monde à la faillite. Il n'est pas toujours simple de distinguer ce qui relève d'une crainte fréquente du changement et ce qui exprime un bon sens non partisan.
Par ailleurs, l'ancrage dans un territoire ne doit pas conduire à s'y enfermer. Ainsi, par exemple, de nombreux projets misent sur l'établissement de relations ville-campagne pour construire un circuit de vente directe ou une activité d'accueil.

Laisser du temps au temps

Enfin, la durée constitue une dimension essentielle des démarches de création qui ont été évoquées. Les porteurs de projet ont en effet besoin de temps pour tâtonner, pour affiner leur positionnement, pour rebondir après un premier insuccès, pour faire leurs preuves...
Tout ceci conduit à mettre en place des parcours évolutifs, basés par exemple sur une installation progressive ou incluant des périodes de stage ou d'apprentissage, un temps de salariat, puis le passage à un statut de travailleur indépendant.
Ceux qui observent ces démarches sont en conséquence invités à ne pas les juger trop vite : leurs effets peuvent se faire attendre longtemps et leur vitesse de croisière est rarement atteinte avant de longues années. Pour patienter, ces observateurs peuvent se souvenir que, parallèlement, certaines réussites flamboyantes n'auront duré que deux ou trois saisons !

 

Des améliorations souhaitables

Le développement de nouvelles activités adaptées à la réalité des territoires ruraux suppose tout d'abord que les structures qui leur viennent en aide soient effectivement en mesure de le faire. Les moyens qui leur sont pour cela nécessaires doivent notamment prendre en compte l'important travail qui doit être assuré en amont (pour un projet simplement mis en forme, une multitude d'autres auront été décortiqués), puis les spécificités d'une action conduite dans un milieu peu dense et, enfin, l'intérêt d'un suivi à long terme.
Les porteurs de projet doivent en outre avoir davantage accès à des systèmes de financement répondant mieux à leurs attentes. Cette question est, il est vrai, difficile car les créateurs atypiques se méfient souvent de l'emprunt (y compris quand celui-ci leur est proposé par une structure " de l'économie solidaire ") et que, d'autre part, les subventions obligent souvent à " tordre " les projets pour les faire correspondre à des cadres préétablis. De leur côté, les associations ont plutôt une " culture de la subvention ", ce qui fait qu'elles n'orientent pas souvent les porteurs de projets vers les modes habituels de financement, lesquels sont basés sur l'emprunt. A contrario, il faut souligner que les projets des entrepreneurs atypiques ne mobilisent pour ainsi dire jamais des sommes importantes alors que leurs initiatives contribuent souvent au mieux-être ou à l'enrichissement du tissu local.
Enfin, il serait souhaitable que les cadres juridiques, fiscaux et sociaux s'adaptent plus rapidement aux formes d'activités émergentes. Trop souvent définis à partir de situations traditionnelles et en fonction de réalités urbaines, ces cadres étouffent parfois irrémédiablement des initiatives pourtant bénéfiques pour le milieu rural. En particulier, les obligations de mise aux normes ne semblent pas toujours justifiées pour ce qui concerne les productions fermières et la notion de danger demanderait parfois à être réévaluée dans les situations d'accueil. Malheureusement, les possibilités de négociation sont restreintes.

 

Qu'est-ce qui motive les porteurs de projet ?

Une source de revenus
Dans certains cas, ce n'est pas une motivation première. Par exemple, certains accueils à la ferme correspondent d'abord à un besoin d'ouverture. De plus, le niveau de revenu souhaité est parfois inférieur aux normes en vigueur.
Ceci posé, dans la plupart des cas, la création d'une activité est en particulier motivée par la recherche d'un certain revenu. Il importe alors que le projet soit développé de manière à atteindre cet objectif, ce qui peut conduire à ce que les rêves du porteur de projet en soient bousculés.

Un choix de vie
Nombre de porteurs de projet cherchent à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Pour beaucoup d'entre eux, la création d'une activité doit en particulier leur permettre de continuer à vivre (ou de s'installer) à la campagne.

Une plus grande autonomie
Plus particulièrement, cette activité doit leur permettre de " sortir du salariat " ou de l'entreprise familiale (des parents, du mari...).

La recherche de sens
L'activité envisagée correspond bien souvent à la volonté de mettre en œuvre certaines valeurs. Symétriquement, certaines pistes sont rejetées pour les mêmes raisons.

L'ouverture sur l'extérieur
Il s'agit souvent d'une ouverture qui doit à la fois bénéficier au porteur de projet et au territoire concerné.

La contribution à un développement territorial
Dans l'esprit du point précédent, nombre de nouvelles activités correspondent aussi à la volonté de participer au développement de son territoire. Ceci conduit à rechercher des synergies et à éviter les situations de concurrence.

 

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