Le Tonnerrois se donne une
stratégie
L’action se déroule
dans le Tonnerrois (dans l’Yonne), avec ses 25 000 habitants, ses
78 communes et sa ville-centre. Jusqu’à 1993, le territoire
s’en remet à la mono-industrie et à son « effet d’entraînement »
pour assurer la survie économique. Les zones d’activité
fleurissent. C’est alors que le principal groupe industriel
supprime 180 emplois. Les élus décident de prospecter à travers
le monde pour attirer des entreprises. Japon, États-Unis… Les résultats
sont maigres.
Les élus décident
de mobiliser les ressources locales et leur propre population. Ils
dressent un état des lieux, constatent des faiblesses dans les filières
locales et des besoins. Ils se dotent d’une stratégie qui prévoit
notamment de renforcer l’attractivité de la ville-centre (6 000
habitants) et de donner un rôle de relais aux sept ou huit bourgs
de 1 000 habitants. Enfin, ils n’oublient pas la soixantaine de
petites communes (moins de 200 habitants) qui doivent jouer un rôle
de proximité. Ces petites communes auront à s’organiser en
« quartiers ruraux » groupant quatre ou cinq de ces
petites communes pour répondre aux besoins de proximité
(boulangerie, épicerie, services pour les enfants…). Sur la base
de ce schéma qui met en lumière les besoins du territoire, il
s’agit d’aider les porteurs de projet.
Un dispositif, deux entrées
Un Centre de développement économique est mis
en place pour concentrer dans un même lieu les informations nécessaires
aux porteurs de projets, ainsi que les services des chambres
consulaires. Une « agitatrice de la ressource locale »
est embauchée pour jouer un rôle « d’aimant »
permettant de faire émerger les porteurs de projet. Relayée par
une campagne de communication, il s’agit pour elle d’être
identifiée comme la personne-ressource qui écoute, comprend les
projets, aide à les formuler et qui trouve les conditions pour les
faire avancer.
L’aide aux projets
s’est organisée en se référant constamment au tableau de bord
des besoins du territoire et à sa stratégie de développement.
Cette approche à double entrée porte ses fruits : dans
certaines communes, le dernier commerce est repris sous forme de
multi-services, des associations se mettent en place pour assurer
des services aux personnes… Depuis trois ans, une centaine de créations
ont abouti : parmi elles, quatre seulement se sont soldées par
une radiation, dont trois pour des raisons de santé. Une fois lancées,
les personnes ont pris l’initiative de se réunir en « club
des créateurs » pour échanger sur leurs difficultés et
« se serrer les coudes ».
Les acteurs se sont
adaptés chemin faisant en fonction des besoins. Ils leur a fallu négocier
à maintes reprises avec les pouvoirs publics pour ajuster les
dispositifs et procédures au territoire, en fonction de sa stratégie.
Aujourd’hui le dispositif est reconnu en raison de ses résultats,
de sa cohérence d’ensemble et de sa lisibilité. Ceci n’a été
possible que parce que les élus locaux ont eu la volonté politique
de mener à bien une démarche dont ils percevaient les tenants et
les aboutissants.
Texte
tiré de l’intervention
aux Rencontres d’Arc-et-Senans
de Joël Galmiche (Aceif)
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