De la commune au pays, à chacun son
rôle
(extrait de " Elus locaux : des tendances contrastées dans des contextes
différents " in Territoires et création d'activité. Paris : AFIP-FNFR-PEC,
2000. 48p. 50F).
Les contrastes s'expriment dans les points de vue des élus, des créateurs
et des responsables locaux. Les différences de comportement semblent être
liées au degré d'avancement de l'intercommunalité. Rappelons que celle-ci
a pris une longueur d'avance en Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes
et Centre. Sa mise en place est dans l'ensemble plus lente dans la moitié
sud de la France.
Dans les territoires structurés…
Dans les territoires déjà organisés, les acteurs misent avant tout sur
les structures intercommunales, y compris sur les Pays en cours d'émergence.
C'est l'avis par exemple d'un créateur en Poitou-Charentes. " Les maires
sont des obstacles à dépasser car leurs discours dissuadent les initiatives.
[…] La planche de salut, c'est la structure intercommunale, le pays, qui
dispose des ressources pour accompagner. " Ou encore cet élu : " Dans
les petites communes, on gère les moyens, pas les projets. On s'en tient
à ce qui est obligatoire. Le reste n'est pris en compte que s'il reste
du temps et des moyens, ce qui est rare."
Dans les territoires bien structurés sur le plan intercommunal, les acteurs
esquissent une répartition des rôles. " Le maire doit être en mesure
d'orienter les porteurs de projet vers les structures compétentes pour
le montage et le financement du projet. Il doit faire bénéficier le porteur
de projet de son réseau de relations. Le maire doit prendre en compte
les petits projets locaux, mais passer le relais pour les projets de grande
ampleur. " Les élus communaux doivent être en situation d'écoute,
y compris en sensibilisant les personnels communaux (secrétaire de mairie…)
à exercer cette fonction. Avec aussi un rôle d'orientation vers des structures
adaptées, comme la communauté de communes et le Pays. Le Pays apparaît
à ceux qui ont le vent en poupe, notamment les personnes qui ont un projet
d'emblée bien défini et reconnu par les institutions, comme " l'échelle
la mieux adaptée " pour assurer le développement économique. " Les
maires ont le premier contact avec le porteur du projet. Ce dernier est
aiguillé vers le chargé de mission Développement économique du syndicat
du Pays pour le montage. "
Là où l'intercommunalité est moindre…
Dans les territoires où l'intercommunalité peine à s'organiser, la commune
garde toute son importance. Comme le dit une créatrice : " Dans les
petites communes, les gens sollicitent d'abord le maire. Il apporte une
caution morale. Il joue un rôle important pour trouver des locaux ou des
moyens financiers. " Un maire souligne l'importance de cette relation
de proximité et de confiance : " Les gens me connaissent, ils savent
qu'ils peuvent compter sur moi ". Tel autre maire, par ailleurs vice-président
de communauté de communes, met en avant la connaissance de son village.
Il se dit " parfaitement informé des mouvements et initiatives sur
sa commune (nouveaux venus, désirs, idées de tel ou tel habitant…)
". Cette proximité et cette connaissance permettent aux élus communaux
d'être les " interprètes " des projets, favorisant ainsi leur expression
et leur compréhension par les interlocuteurs institutionnels.
Partout un besoin de proximité
Le soutien des élus de proximité n'est pas seulement nécessaire dans
les territoires à faible niveau de structuration intercommunale. Les points
de vue recueillis dans les pays organisés révèlent un risque qui réside
dans une tendance à sélectionner les initiatives de façon prématurée.
Le niveau communal paraît déconnecté de la " dynamique de projet ". Les
" entreprenants " évoquent le Pays comme " la bonne échelle " pour utiliser
les fonds européens, nationaux ou régionaux. Le niveau communal joue le
rôle de " premier tour des qualifications ". Les mieux informés ne passent
même pas par le niveau communal et s'adressent directement à la communauté
de communes ou au Pays pour y trouver un appui sur un projet déjà relativement
clair.
Cependant, on est loin du premier soutien à la personne qui tâtonne pour
monter son activité. Pour certaines personnes, le niveau communal est
crucial. Elles y cherchent un premier encouragement, mais elles se trouvent
souvent en face d'élus communaux qui ont plutôt tendance à les décourager.
En effet, les " élus développeurs " misent souvent sur le niveau intercommunal.
Ils estiment que " c'est là que ça se passe ". Conséquence : les porteurs
de projets risquent de se casser les dents sur des élus communaux peu
réceptifs à la dynamique de projet, d'autant que les moyens ne sont pas
prévus au niveau communal pour soutenir la création. Par exemple, un "
maire développeur " indique qu'il a décidé de s'investir comme président
de communauté de communes afin d'avoir accès à d'autres compétences pour
mieux agir sur le développement local.
Quel rôle jouera le maillon communal dans la construction des intercommunalités
? La mise en place des Pays n'est-elle pas l'occasion de sensibiliser
les maires à la spécificité de leur rôle de soutien " de proximité " aux
porteurs de projet ? Les Pays ne doivent pas être l'échelon des seuls
" gagnants ", ceux dont le projet fait d'emblée l'unanimité par rapport
aux critères du " bon projet ". Il existe en effet un risque de voir les
projets les mieux " ficelés " être d'emblée présentés au niveau du Pays,
là où sont rassemblés les principaux moyens disponibles pour la création.
En revanche, les projets balbutiants ne seront jamais pris en considération
par ce niveau. Il faudrait en conséquence qu'ils bénéficient d'un accompagnement
plus local afin de mûrir et de se renforcer. Un tel soutien devrait notamment
bénéficier aux porteurs éprouvant des difficultés spécifiques. C'est le
cas des femmes - en termes de disponibilité -, c'est aussi le cas des
salariés ou chômeurs en situation précaire qui sont de plus en plus nombreux
parmi les créateurs.
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