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Tendances contrastées face à la création :
Quatre « tendances et manières de voir »
1 - Gérer les affaires courantes,
perpétuer l’existant
2- Équiper, aménager, utiliser les procédures
3- Entreprendre, développer l’économie
locale
4 - Développer en impliquant la
population
1 - Gérer les affaires
courantes, perpétuer l’existant
Initiative est synonyme de risque. « À
l’époque, un jeune a voulu ouvrir un restaurant. Il était du
village, je n’ai pas voulu l’encourager à faire une bêtise. »
La faiblesse des ressources financières de la commune justifie une
action minimale qui consiste à perpétuer ce qui existe : « Le
budget de notre commune n’est pas épais. On fait l’entretien
des chemins, quelques aménagements dans la mesure de nos faibles
moyens… Quand on a tout payé, on ne peut pas dégager de crédits
suffisants pour des projets. »
Les conditions d’exercice des mandats sont
difficiles et ressenties comme telles. Les responsabilités sont
de plus en plus lourdes, l’emploi du temps est chargé. « Les
lois de décentralisation ont tout changé. Avant, le maire avait
affaire avec le sous-préfet et le percepteur, tandis qu’aujourd’hui
il a affaire au conseil général, au conseil régional, à la
communauté de communes. C’est une évolution qui se répercute
sur l’emploi du temps et la responsabilité. Je suis occupé à
mi-temps à la mairie, heureusement que j’ai des employés dans
mon entreprise. » « Maintenant c’est plus compliqué,
il faudrait être à la retraite pour tout faire ». Même
quand ils sont critiques et qu’ils attendent davantage de leurs
élus, les « administrés » reconnaissent les
difficultés qu’ils rencontrent. « C’est devenu un vrai
travail, très prenant et pourtant mal payé [indemnisé],
mais les électeurs sont de plus en plus exigeants, en particulier
vis-à-vis des élus locaux. »
Face aux sollicitations, des élus se sentent
parfois désemparés. « Nous avons beaucoup de demandes,
nous ne savons pas toujours répondre. Comment peut-on
aider ? »
La vision de l’avenir est marquée par le
fatalisme, les potentialités de la commune ne sont pas claires.
« Les gens qui viennent habiter ici, on ne les connaît
pas. Les gens viennent ici pour le calme, ils n’ont pas envie de
se mélanger avec les gens du pays. Qu’est-ce que vous voulez qu’on
fasse ? On ne va pas les forcer à sortir de chez eux. »
L’arrivée récente de nouveaux habitants n’a pas remis en
question le mode d’organisation et de fonctionnement : « ça
a évolué sans qu’on les attire, les gens sont venus d’eux-mêmes.
On n’a rien créé de plus. »
La communication avec la population se
résume à l’affichage des comptes rendus de conseil municipal. « Une
réunion publique ? Pour les informer de quoi ? »
Les acteurs économiques locaux ont le sentiment pour que « les
élus ne cherchent pas à utiliser [leurs]
compétences ». Partenariat et communication vont de pair
pour les acteurs locaux. « Si le partenariat marche mal, la
responsabilité en incombe aux deux parties : la communication
doit se faire dans les deux sens. Or il y a souvent un problème de
citoyenneté. Les gens ne savent pas comment fonctionne la
démocratie locale et il demande tout et n’importe quoi à leurs
élus. Quant à ses derniers, ils ne parviennent pas réellement à
orienter les personnes qui ont des projets sur des interlocuteurs
adaptés ».
Faute de projets, l’intercommunalité est ici
vécue comme une obligation. « C’est inévitable, on
ne peut pas rester seul. Mais, pour notre commune, ça ne nous
apporte pas grand chose » « Je ne sais pas pourquoi on a
créé les communautés de communes : ça ne nous a pas baissé
nos charges. Mais il fallait le faire » « Le rôle de la
communauté de communes, c’est mener des projets économiques.
Mais ça n’a pas beaucoup de retombées dans les petits villages…
On continue d’adhérer mais, bon, je ne sais pas à quoi ça
sert. »
2- Équiper, aménager, utiliser
les procédures
Être au courant des procédures, s’y
raccrocher, saisir les opportunités pour moderniser les
équipements, telle est la préoccupation de nombreux élus
locaux. « On va remettre en état un bâtiment communal
grâce à l’OPAH. » Ce qui prime ici, ce sont les
actions d’aménagement et d’équipement : le développement
du village repose sur l’amélioration du cadre de vie.
Certains élus en témoignent. « Quand on fait des
investissements, les élus comprennent bien, ce sont de grosses
réalisations concrètes, on voit où on va. En revanche, ça
devient difficile quand il s’agit d’animation, de prospection,
de recherche de nouveaux axes de travail. » Les
opérations se font au coup par coup. Il arrive parfois cependant qu’au
niveau communal, certains élus conçoivent leur fonction en se
référant à un projet de développement avec des objectifs
précis. Reste ensuite à trouver la bonne échelle entre commune et
intercommunalité en fonction des attributions respectives.
L’idée de modernisation matérielle est très
présente. « La première chose que j’ai faite, c’est
de créer un secrétariat. Il n’y avait rien, pas de téléphone,
pas de photocopieuse. C’était une façon de gérer la mairie qui
se faisait autrefois. Une mairie a besoin d’un secrétariat et de
matériel moderne. Et ça ne s’est pas fait sans mal car les gens
sont un peu arriérés ici. Les conseillers municipaux ne voulaient
pas, ils disaient que je jetais l’argent par les
fenêtres. » La question de la communication avec la
population est souvent posée par l’élu dans cette approche d’aménagement
et d’équipement : il y répond avec, pour l’essentiel,
comme souci de rallier la population à ses projets d’équipement.
Pour cet élu-aménageur, l’attitude à l’égard
des initiatives et des projets d’activité est ambiguë, en forme
de « oui, mais… » selon la nature du projet et
selon la personne qui le porte.
Ainsi, dans certains cas, et sous certaines
conditions, l’aide de l’élu est bien réelle. « Un
jeune agriculteur s’est installé dans un domaine à l’écart du
village. Il avait des problèmes de baisse de
tension électrique. On a donc créé un transformateur près
de chez lui… Sinon le gars, il s’en va et c’est une famille en
moins. » Ou encore : « Je l’ai soutenu.
Pour une fois qu’on avait l’occasion de voir quelqu’un s’installer…
Je lui ai vendu le terrain sur lequel il s’est installé et j’ai
fait avancer les choses plus vite. Il était isolé, j’ai fait
faire un chemin ».
Cependant, pour être soutenu, le projet doit
répondre à l’idée que cet élu se fait d’un « bon
projet ». Le maire lie son intervention à un pouvoir d’appréciation,
voire de censure, avec une bonne dose de subjectivité. « Il
y a eu un projet de boulangerie. On était trop petit mais je l’ai
soutenu quand même car il y a toujours de la place pour des
produits de qualité. Je lui ai prêté un local communal. Mais il n’était
pas assez entreprenant. » « Des projets, il y en a
déjà eu, mais sans suite. On a l’impression que c’est du vent…
Les projets, ça m’intéresse à condition d’avoir affaire à
des porteurs de projet sérieux. Il y a des choses qui ne sont pas
possibles. Par exemple, élever des chèvres » « Pour
trouver un projet cohérent, ce n’est pas facile. »
Soucieux de réunir les moyens de moderniser et d’équiper,
ce maire perçoit assez bien l’intérêt de l’intercommunalité (« Si
on reste seul, on ne peut rien entreprendre), notamment sur le
plan technique et financier.
3- Entreprendre, développer l’économie
locale
Répondre aux enjeux du développement
économique local est maintenant une préoccupation pour nombre
d’élus locaux et un rôle qu’ils se reconnaissent. « Le
maire a sa place dans l’action économique, dans la lutte contre
le chômage, même si ce ne sont pas ses attributions légales… Ce
n’est pas la peine d’être maire si c’est pour l’être comme
en 1914 où il se contentait de reboucher les trous sur les
chemins. » « On a fait l’eau, l’assainissement…
mais mon principal souci c’est d’animer la
population. » « Il y a les projets classiques
comme l’assainissement, l’amélioration des cours d’eau…
enfin bon, c’est l’entretien courant de la commune. Le reste, c’est
un peu différent, c’est plutôt dans une optique d’accueil… »
La tendance est souvent de privilégier des
interventions économiques sous forme d’investissements fonciers
ou immobiliers : mise en place d’une zone d’activités,
amélioration de la capacité d’hébergement touristique,
extension de la zone constructible. La tentation est plutôt de se
référer à « ce qui se pratique habituellement » et
aux procédures d’aménagement de l’État, du Département, de
la Région… qu’à la population, aux ressources du territoire…
« La communauté de communes a centré son projet sur la
création d’une zone d’activité et sa viabilisation. »
« Nous avons maintenant des relations avec les entreprises
qui nous contactent parce qu’elles recherchent un site pour s’implanter. »
Parfois, avec les désillusions engendrées, l’impression paraît
être davantage celle du « syndrome de la zone d’activité ».
« On a créé une zone artisanale avec de la place libre, mis
personne ne vient. » La population, ses ressources et ses
besoins ne sont pas toujours connus ni reconnus. « On a des
demandeurs d’emploi, mais des gens vraiment du village, il y en a
très peu. Les autres, ce sont des gens qui sont venus chercher le
soleil en pensant qu’avec le soleil on a tout. »
« On connaît de moins en moins la population des demandeurs d’emploi
de la commune. L’ANPE a recentré ses services. »
Avec cette approche, la tentation est forte de
faire le tri d’emblée entre les projets d’activité, voire
entre les personnes : aux projets jugés économiquement
sérieux l’appui des élus, aux projets et aux personnes moins
cotés économiquement le traitement social par les services dont c’est
la spécialité. « Quand les projets sont jugés sérieux,
il nous [l’équipe municipale] arrive de recevoir les
personnes. Mais c’est assez rare… »
L’intercommunalité est au cœur d’un
discours volontariste. « La communauté de communes
permet que l’on travaille en commun parce qu’on ne peut pas
faire du développement économique sur une commune de 250
habitants. Je n’ai pas de projet sur ma commune mais ce n’est
pas un problème pour moi. Je travaille, non pas pour ce que l’intercommunalité
rapporte à ma commune, mais pour ce qu’elle rapporte à ma
région. Il faut dépasser l’esprit de clocher. » Et cet
élu, en position de notable, de s’imposer en leader porteur d’enjeux
et pratiquant les réseaux politiques et institutionnels, bien
au-delà du territoire.
4 - Développer en
impliquant la population
Cette attitude se caractérise par le souci d’avoir
une vision globale, une stratégie pour un développement qui ne se
limite pas au domaine économique. Ici, il s’agit pour ces
élus de trouver les bons leviers et de déclencher les processus
qui vont favoriser le développement. « Il faut créer un
environnement favorable pour développer l’économie. »
« Les élus ont décidé de mobiliser les ressources locales
et leur propre population. Ils dressent un état des lieux,
constatent des faiblesses dans les filières locales, identifient
des besoins non satisfaits, se dotent d’une
stratégie. »
La population doit être impliquée, communiquer
pour informer de son action ne suffit pas. « Un travail d’information
et de sensibilisation est réalisé avec la population, les acteurs
locaux. Le diagnostic de la situation locale met l’accent sur les
ressources disponibles et les projets qui se dessinent. Pour assurer
l’émergence des premiers projets, il s’agit de « faire
travailler le territoire » à travers les lieux existants,
auprès des chômeurs, des étudiants en fin de cursus, des groupes
et des associations… » Cette volonté d’impliquer la
population influe sur la perception que les élus ont de l’économie.
« Les créations d’activité représentent un plus quand
elles s’adressent à un maximum de gens et permettent une
amélioration des conditions de vie et de la communication entre les
gens. »
Avoir une stratégie ne suffit pas, encore faut-il la mettre en
œuvre et l’appliquer aux initiatives qui émergent. « Lorsqu’un
agriculteur s’est présenté, il a fallu une triple démarche pour
qu’il puisse s’installer : la sienne, celle de la
municipalité, qui avait des terrains en réserve, et celle des
propriétaires en place qui ont accepté de louer des terrains à ce
nouveau venu. » D’autres élus systématisent leur
démarche. « Le premier soutien est moral (écoute,
attention) même si l’on doit parfois inciter des personnes à la
prudence et au réalisme. Dans ce cas, la seconde forme d’aide de
la municipalité peut être de constituer, avec l’accord du
porteur de projet, un comité de pilotage afin de s’entourer des
personnes les plus compétentes dans tel ou tel domaine. Enfin,
chaque fois qu’elle le peut, la commune aide aussi
financièrement ».
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