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L'approche centrée sur la personne

 

Pourquoi une approche centrée sur la personne ?

L'AFIP part du constat qu'il existe un fort potentiel de création ou de développement d'activités nouvelles chez les femmes du milieu rural. Mais chez ces dernières, il existe aussi un réel besoin d'accompagnement pour faciliter le passage de l'idée au projet. C'est pourquoi l'AFIP insère des dispositifs d'accompagnement individuel dans ses formations de porteurs de projet.
Il s'agit d'aider la personne à construire une démarche personnelle pour réaliser un projet en accord avec ses intérêts et ses valeurs. Plus on s'approche de l'étape de réalisation du projet, plus les besoins d'accompagnement et de formation se singularisent.

Un accompagnement qui répond aux besoins du public cible

Parmi les souhaits des stagiaires, on relève …

  • Une volonté d'indépendance et de maîtrise de ses choix professionnels, mais aussi une volonté d'être actrice d'un processus de développement du territoire.
  • La recherche d'harmonie entre vie personnelle et vie professionnelle.
  • La recherche de réalisation personnelle dans l'action, le projet. Les savoirs accumulés peuvent être la base d'une véritable reconnaissance personnelle et sociale. La concrétisation du projet, du rêve est l'occasion de montrer la validité de toutes les compétences que le "marché" ne reconnaît pas.

Les deux derniers types de motivations nous paraissent très importants et nécessitent un accompagnement spécifique au niveau individuel, avec pour contenus :

  • Mieux comprendre son parcours individuel passé et en cours.
  • Mesurer les incidences du projet sur son organisation personnelle.
  • Développer sa capacité personnelle à agir (programmer et réaliser des démarches, élargir son réseau de relations).
  • Se préparer à des confrontations avec des partenaires du projet.
  • Évaluer et valoriser ses savoir-faire.

Comment se centrer sur chacune des personnes ?

Reconnaître le profil spécifique de chaque stagiaire

L'AFIP propose un dispositif de formation-accompagnement qui vient à la rencontre de demandes individuelles et non pas collectives. Le public accueilli est donc un très hétérogène. Ainsi, les femmes accueillies dans les dispositifs d'appui à la création d'activités ont entre 25 et 55 ans. Elles ont des parcours personnels et professionnels très variés (jusqu'à 25 ans de pratique professionnelle ou des séries de petits contrats jamais renouvelés, ou parfois dans une situation très précaire face à l'emploi). Elles sont bénéficiaires du RMI ou chômeuses depuis plus d'un an ou récemment licenciées, en congé parental d'éducation ou en préretraite...

Sans que cela soit systématique on observe que …

  • Les moins de 25 ans suivent ce type de programme le plus souvent pour, "entrer dans la réalité" du travail. Ayant eu différents petits boulots, elles mûrissent une idée-projet qui relève souvent du "rêve". Elles viennent pour confronter cette idée à la réalité, apprendre à composer.
  • Les 30-40 ans sont le plus souvent dans une logique "dynamique". Elles recherchent du souffle pour se lancer. Elles ont une vie professionnelle à remplir. "Elles savent déjà ce qu'elles ne veulent plus" : le chômage ou le salariat " destructeur ". La recherche d'indépendance leur tient à cœur, sans toutefois savoir "si c'est pour elle", "si cela leur conviendra".
  • Les 40-50 ans sont en train de vivre des changements de cap dans leur vie personnelle. Les enfants sont grands, ils partent. Si la plupart ont eu des activités multiples (emplois, bénévolat), elles sont le plus souvent sans emploi et sans qualification (au moins récente), devant la difficulté de retrouver un emploi, elles ont des passions qu'elles voudraient développer. Elles ont plus de mal à mobiliser de l'argent sur leurs projets. Elles préfèrent monter leur projet petit à petit.
  • Les plus de 50 ans se penchent souvent sur des projets liés au développement du lien social. En fin de vie professionnelle, elles veulent" faire quelque chose", " prouver que c'est possible", avoir une activité porteuse de sens et d'identité. Elles vivent généralement cela comme une revanche avant de laisser la place et de laisser ainsi sa trace pour la suite.

Les dispositifs de formation réservent par conséquent une part importante à l'appui individuel des porteuses de projets, rendu nécessaire par la diversité du public : un dispositif exclusivement collectif se révèlerait inadapté.

Prendre en compte la singularité des personnes face aux exigences de la réalisation

Le cheminement de l'idée au projet est souvent un parcours long. Il nécessite de la "motivation" qui s'exprime par le besoin vital dans lequel se trouve la personne de "concrétiser un jour ou l'autre !"… "De quelques manières que ce soit"…"Depuis le temps que j'y pense !"…"Je ne peux pas revivre cela !"…"J'ai besoin de le faire !"…
Or, passer de l'idée au projet est un apprentissage (parfois difficile) de la négociation par rapport à soi, au groupe, au projet et à l'environnement.

Un certain nombre de freins sont observés lors du passage à la réalisation du projet.

  • Les difficultés "personnelles" dues au fait que certaines personnes ont besoin de se réconcilier avec leur histoire et de réorganiser leur vie pour oser "faire" et en prendre les moyens.
  • Les problèmes de "financement".
  • Les problèmes familiaux (dans le couple, avec les enfants).
  • Le comportement de la personne qui a besoin de cerner son mode de "fonctionnement" avant de se lancer.
L'image de soi au risque de la réalisation du projet

Cette phase a quelque chose de brutal car il faut être concret : apprendre à regarder différemment, c'est parfois casser un rêve, découper l'idée première, entrer réellement dans une logique de projet. Les femmes connaissent pendant ce parcours des moments de remise en cause du projet dus à une fragilité psychologique temporaire, au poids des doutes, voire à l'angoisse générée par ce travail sur " soi ".

Le travail sur "soi" permet de savoir pourquoi on revient à son idée première de projet, quels sont les critères de choix, les compromis que l'on a consentis. Pourquoi on revient sur le salariat, pourquoi on s'oriente sur autre chose. Les "temps" de développement personnel proposés sous la forme d'exercice ADVP permettent à chacun de s'approprier à sa manière les "entrées" proposées. Chacun fait son propre "parcours de prise de conscience" en fonction de ses préoccupations du moment.

C'est pourquoi, pour la plupart des stagiaires, les moments de développement personnel sont attendus. Ils permettent de prendre conscience de son propre "fonctionnement" et d'apprendre à "faire avec soi-même", d'étayer sa démarche personnelle.

Pour accompagner les personnes de l'idée au projet, il faut prendre des précautions :

  • Pour le formateur (accompagnateur), la "création d'activité" n'est pas une obligation et surtout pas une fin. Le formateur doit pouvoir accueillir toute parole et la prendre en compte. Il aide à la reformulation. Il aide aussi à situer les propos dans l'espace et le temps : le cheminement de la personne est annoté dans le cahier de suivi du formateur et la confidentialité des propos doit être respectée.
  • Il est indispensable que le formateur, et plus largement l'ensemble des responsables du dispositif de formation, anticipent les moments de rupture en s'entourant d'emblée de relais (psychologues, travailleurs sociaux...) pour " sous-traiter " éventuellement certains problèmes. L'appui au projet et l'appui à la personne ne sont pas des domaines étanches, mais le formateur et les autres partenaires de la formation doivent apprendre à reconnaître leurs limites pour l'intervention, et savoir faire appel le cas échéant à des structures spécialisées dans l'appui aux personnes.
Aider chacune à inscrire son projet dans son contexte, à rechercher l'appui de partenaires

Les femmes imaginent comment l'activité va s'intégrer dans le tissu local, même si cela peut engendrer un " re-positionnement " des acteurs locaux. Lorsque l'aide au projet est là depuis longtemps, rien ne leur paraît impossible, si et seulement si elles se sentent accompagnées, légitimées.

Considérons par exemple le développement du télétravail avec les artisans (secrétariat, comptabilité...), le développement du tourisme vert dans des régions côtières peu ouvertes à ces axes mineurs du développement économique, les projets de services dont la rentabilité est difficile à prouver… Tous ces types de projets ont besoin d'être écoutés, appuyés, de rencontrer des acteurs locaux susceptibles de se questionner, de modifier leur position.

Du côté des femmes, mettre en œuvre son projet nécessite d'argumenter. Elles doivent prendre de l'assurance et, progressivement, en fonction de l'avancée du projet, acquérir de la méthode et entrer dans la phase de réalisation.

Tout ceci relève du parcours individualisé de chaque stagiaire afin de bien préparer la mise en œuvre de son projet.

Les femmes veulent acquérir des moyens personnels, techniques, méthodologiques pour la réalisation de leur projet. Elles ont besoin d'être rassurées, de se sentir légitimes pour argumenter, d'enrichir la conception de leur projet.

Oser la confrontation avec l'environnement

Au cours de la formation, l'approche personnelle du projet est un moment " confortant ", où la stagiaire ne se sent pas mise en péril mais au contraire rassurée, appuyée. Il faut cependant envisager l'étape suivante, la " sortie " de ce travail, en préparant des rencontres avec des personnes " confrontantes " pour le projet, c'est-à-dire des personnes extérieures à la formation, plus ou moins impliquées dans le projet, qui vont se permettre de questionner, de mettre en question, de proposer d'autres pistes de travail qui leur semblent manquer, etc.

Dominique Bachelart (voir fiche à télécharger "Concevoir un dispositif d'accompagnement à la création d'activités" ) évoque trois cercles de confrontation. Le premier cercle correspondant à des personnes proches, indulgentes (les membres du groupe de formation), le dernier cercle étant constitué par des partenaires directs du projet, qui ne sont pas forcément faciles à convaincre (les concurrents potentiels avec qui l'on voudrait s'organiser, certains élus, le banquier, etc).

L'appui individualisé pourra alors adopter deux directions, correspondant à des modules collectifs spécifiques et des entretiens individuels :

  • Conforter ses aptitudes personnelles et étayer son projet ;
  • Se préparer à rencontrer des interlocuteurs extérieurs, à confronter son projet avec des partenaires plus ou moins bienveillants (dans ce domaine, les rencontres devront autant que possible s'organiser progressivement).

Piste pour une mise en œuvre des formations

La contractualisation d'objectifs individuels, le suivi individualisé

L'approche personnelle nécessite d'adapter en permanence les séquences et activités formatives aux parcours individuels de formation. Pour enclencher un processus de formation-accompagnement porté par "la personne elle-même", le centre de formation propose une contractualisation individualisée pour valider "ensemble" la finalité que se donne la personne. Ce moment privilégié se déroule le plus souvent au cours de l'entretien de recrutement. Mais il peut intervenir ultérieurement " au tiers " de la formation lorsque les projets des personnes sont mieux cernés.

C'est à travers les temps de "suivi individualisé" proposé par l'organisme de formation que cette contractualisation se trouve décomposée en objectifs concrets de réalisation. Ces objectifs doivent êtres validés par la personne puisqu'ils vont constituer "les étapes" du cheminement personnel d'élaboration du projet.

Le parrain
Il accompagne les personnes dans leurs démarches de construction de projet par des apports techniques et par des conseils. Cette démarche inclut un appui personnel à la stagiaire : soutien, sécurisation, légitimation. Le parrain a une fonction d'aide à la prise de recul : il interpelle, questionne, joue un rôle de miroir.
De par son inscription dans le territoire, le parrain se situe à l'interface du domaine spécifiquement pédagogique et du domaine de la participation à la vie locale.

L'animation et la participation à la vie locale
La participation des stagiaires à la vie locale (économique, sociale et culturelle) est à la fois l'un des objectifs généraux de la formation et une instance formative du dispositif. Ce qui signifie que des activités, événements et manifestations ont été prévus ou organisés de manière à permettre aux personnes, en dehors des temps communs de formation, d'affiner leur projet et prendre de leur place au niveau du territoire.
C'est un premier niveau de confrontation qui se prépare en accompagnement individuel : quelle image du projet, quels arguments pense-t-on développer vis-à-vis de l'extérieur ?

Annexe : Exemple d'un parcours

Eléments de la formation

Objectif A : La mise en confiance

Permettre à chaque participante de :

  • Présenter son idée-projet et faire connaissance avec les autres participantes.
  • Connaître le dispositif de formation, ses objectifs, ses modalités.
  • Préciser les termes de son "contrat de formation".

Démarche pédagogique.
Cette séquence vise à créer un climat favorisant l'expression et l'écoute entre les participantes.
Alternance d'exposés sur le déroulement de la formation et d'échanges sur les attentes et les projets de chacune.
Utilisation d'un photo-langage pour l'expression des représentations.

Remarques sur le déroulement de la séquence.
Habituellement, les participantes insistent sur l'intérêt de se retrouver en groupe pour développer un projet personnel. Elles se sentent entourées, épaulées. De plus, pouvoir échanger entre femmes est un élément fort de dynamique de groupe. "On peut se dire beaucoup de choses, on se comprend".
La dimension "groupale" est ce qui apparaît le plus fortement à l'issue de cette première séquence.
Le parcours de formation proposé apparaît à la fois simple et complexe. Simple dans la mesure où l'objectif peut être visualisé facilement (engager la réalisation de l'idée-projet). Complexe car l'articulation des différentes dimensions de la formation (personne, projet, territoire) est plus difficile à imaginer.

Objectif B : Qui suis-je ?

Permettre à chaque participante de :

  • Recenser ses différentes expériences personnelles et professionnelles dans le temps et l'espace. Faire un bilan de compétences.
  • Exprimer ses centres d'intérêt, ses goûts et préférences.
  • Situer ses expériences dans une démarche de projet.

Démarche pédagogique
Travail individuel sur des grilles de bilan et échanges éventuels avec un intervenant extérieur qui a créé une activité.
Au cours de cette séquence, la démarche est centrée sur le travail individuel de chaque participante pour définir et formaliser ses principales expériences de vie personnelle et professionnelle.
Alternance de travail individuel sur grille et de mise en commun. Utilisation d'un outil synthétique de visualisation de projet "Le trèfle chanceur".

Au cours des séquences, chaque personne a pu présenter aux autres son projet, ses atouts et ses demandes d'appui.

Eléments d'évaluation de la séquence
Les participantes sont un peu déroutées par le travail solitaire de formalisation par écrit. Pour quelques unes, l'effort que demande le passage par l'écrit est très important. Pour certaines, c'est une sorte de déclic. Pour d'autres, c'est une reprise d'un travail déjà effectué ailleurs.
Une session est nécessaire pour permettre l'aller-retour entre l'individuel et le collectif. Le réinvestissement du travail individuel de bilan de compétences dans le groupe a été un élément très dynamisant. Les stagiaires évoquent l'approfondissement que permet la mise en commun des projets.
Les participantes expriment le désir de continuer à échanger entre elles, de pouvoir s'interpeller, d'avoir des retours de vive voix sur leur travail individuel.

Objectif C : écrire son projet

Permettre à chaque participante de :
  • Développer ses capacités d'écriture.
  • Développer ses capacités à écrire son projet.
  • Définir les objectifs du dossier-projet.
  • Approfondir la formalisation écrite de son projet.

Démarche pédagogique :

  • Pédagogie active pour le travail d'écriture du projet et de définition de ce que chaque stagiaire souhaite mettre en avant dans le projet.
  • Acquisition de démarches et outils facilitant l'écriture.
  • Travaux d'écriture individuels et reprise en petits groupe pour une amélioration.

Remarques sur le déroulement de la séquence
Le travail effectué permet, pour de nombreuses personnes, de lever des obstacles à l'écriture. L'écriture devient possible si chacune prend en compte son positionnement personnel face au thème.
Les temps de réflexion et d'échanges sur les projets des unes et des autres sont particulièrement appréciés au cours de la séquence.
En quelque sorte, ce travail constitue une première étape de confrontation : parvenir à mettre à plat sont projet et ses arguments en quelques pages.

Objectif D : Avoir une démarche autonome

Permettre à chaque participante
D'évaluer et exprimer son propre parcours depuis le début de la formation.
Démarche pédagogique
Échanges en grand groupe et travail à partir d'une grille individuelle d'évaluation de la formation.
Travail individuel et collectif d'auto-évaluation de l'ensemble de la formation.
Exercice de relaxation et d'expression corporelle liée à l'évaluation, exercices d'expression ADVP.

Remarques sur le déroulement de la séquence
Les temps forts qui apparaissent dans la mise en commun sont le photo-langage, le travail sur l'écriture, le bilan de compétences et le cristallo-métier.

Objectif E : Prendre conscience de son fonctionnement

Permettre à chaque participante de :

  • Définir les qualités mises en avant dans le projet.
  • Valoriser ses savoir-faire. Ø Évaluer ses capacités à parler en public.
  • Prendre conscience de son rapport au temps.
  • Repérer ses modes d'organisation personnelle.
  • Analyser ses attitudes et ses comportements dans l'élaboration d'une action commune.
  • Evaluer ses aptitudes à la négociation.

Démarche pédagogique
Elle s'appuie sur des méthodes de pédagogie active :
Exercices ADVP : métiers-facettes, cristallo-métier, 2 minutes pour moi seul, matching.
Un travail spécifique autour de la gestion du temps 

Remarques sur le déroulement de la séquence

Participation active des stagiaires, prise de conscience de son comportement. Capacité à faire des choix personnels argumentés.

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