Le GFA de la Tertraie Solidaire
Qu'est-ce
qu'un GFA ?
(article paru dans Alternatives Rurales n° 75, 07/2000.
Préfaucon 38710 Mens)
Huit
jeunes issus du MRJC* avaient un projet
d'installation hors cadre familial sur des activités agricoles et artisanales.
Ils ont cherché un lieu pendant plus d'un an dans le Morbihan et dans le
reste de la Bretagne.
En 1997, après plusieurs écueils, ils trouvent une propriété agricole de
26 ha en vente à la SAFER pour 610 000 F.
Etant en compétition avec 10 autres candidats, ils signent un compromis
de vente qui leur accorde 15 jours pour rassembler la somme complète, et
font un chèque d'arrhes de 20% du montant de la transaction, avant même
de rassembler l 'argent.
Ils montent un GFA, un Groupement Foncier Agricole, structure juridique
de gestion du patrimoine agricole bâti & non bâti. Et en deux semaines ils
parviennent, en mobilisant familles, amis et réseau du MRJC, à rassembler
l'argent !
Ils ont établi la part à 100 F afin que tous puissent soutenir l'initiative.
175 personnes ont investi, pour des sommes allant de 100 à 90 000 F. L'impact
en a été très fort au niveau des institutions agricoles départementales
(Chambre d'Agriculture, ADASEA, SAFER).
Un couple s'est installé en SCEA** et
exploite les 26 ha sur des activités laitières et de fabrication de pain
en bio. Le GFA loue les 26 ha de terres à la SCEA par l'intermédiaire d'un
fermage de 18500F/an.
Après paiement des impôts fonciers, ce fermage sert à rétribuer le capital
placé par les porteurs de parts du GFA (les dividendes).
Le bâti n'a pas été inclus dans le GFA mais acheté par les fermiers. En
effet, l'achat du bâti représente un patrimoine sur lequel des travaux de
restauration importants étaient nécessaires. Les fermiers ont donc préféré
cette solution qui leur permet d'effectuer les aménagements comme ils le
souhaitent.
Deux autres personnes issues du groupe initial des 8 ont démarré une activité
artisanale d'installation d'ateliers de transformation alimentaire, en louant
un hangar de la ferme pendant un an, avant de s'installer ailleurs.
Au bout de deux ans de fonctionnement quelques points sont à souligner :
Le GFA de la Tertraie Solidaire se trouve confronté au problème de la gestion
des petits porteurs de parts. Il désire racheter ces parts dont les frais
de gestion sont plus élevés que les dividendes annuels (envoi de courrier,
invitation aux AG, etc…).
Une partie des porteurs de parts de GFA n'ont pas voulu toucher leurs dividendes.
Cette somme, d'environ 5 000 F, n'a donc pas été reversée. En attendant
de trouver une solution afin de la placer sur un compte indépendant du GFA,
un groupe de travail sur la création d'activités en milieu rural et l'installation
hors cadre familial s'est constitué. Ce groupe étudie des possibilités de
continuer à soutenir d'autres créations d'activités en milieu rural, par
l'intermédiaire de capital-risque ou de prise de parts dans d'autres sociétés.
* MRJC = Mouvement Rural des Jeunesses
Chrétiennes
** SCEA = Société Civile d'Exploitation
Agricole
Contact :
in Alternatives Rurales n° 73, 01/2000. Préfaucon 38710 Mens.
Un des avantages du GFA peut être souligné ici avec un minimum de calcul.
Le bail, versé pendant 40 ans par les fermiers, constitue un capital de
720 000 F. Si la terre avait été achetée par l'intermédiaire d'un crédit
bancaire, la somme aurait été beaucoup plus importante. Mais il s'agit là
d'un raisonnement étranger à la démarche du groupe des jeunes. Pour eux,
il n'a jamais été question d'acheter la terre et de participer ainsi à ce
cercle vicieux qui fait que chaque génération doit la racheter à la précédente…
Rentabilité du GFA par rapport à un emprunt bancaire ou pas, la question
ne se posait pas : c'est la démarche collective qui les intéressait. |