Le GFA Cécilatour
Qu'est-ce qu'un GFA ?
Le GFA Cécilatour de Borne, dans la Drôme, est né en 1993 du refus de la
population (12 personnes environ) de voir s'installer une chasse privée
en amont de la vallée. Les motivations de contrer ce projet sur cet espace
montagnard (de1100 à 1900 m d'altitude) étaient fortes, mais il nous manquait
les moyens financiers d'acquérir ce domaine (137 ha de terres, pâturages
et bois, plus un bâtiment).
Nous avons donc fait appel par courrier à des réseaux et à des personnes
susceptibles d'être sensibilisées au problème de préservation d'un espace
naturel menacé : associations de protection de la nature, anciens ou actuels
hôtes de " l'accueil paysan " sur le hameau ainsi qu'à des amis d'ici et
là. Nous nous étions fixé un capital de 600 000 F comprenant le coût de
l'achat du terrain (400 000 F) ainsi que l'aménagement de la maison en gîte
d'alpage. Les parts furent fixées à 500 F et en quelques mois, nous avions
recueilli les 1200 parts nécessaires à l'acquisition et à la restauration.
L'objectif fixé, au-delà de la sauvegarde de cet espace très riche au niveau
flore, faune, géologie, préhistoire... était de faire de ce domaine un lieu
d'accueil dans le prolongement des activités agricoles du hameau de Borne.
La finalité était pour nous d'inscrire ce domaine dans un environnement
propice au repos et à la recherche pédagogique sur la relation homme/nature,
pour les " copropriétaires " (550 à ce jour) mais aussi pour tous les amoureux
de la moyenne montagne et de ses richesses.
Aujourd'hui, qu'en est-il ?
On peut établir un certain nombre de constats, livrés ici " en vrac " :
Les liens avec les porteurs de parts sont primordiaux pour maintenir dans
le temps l'aspect militant de la création de ce GFA de type "mutualiste".
Ces porteurs de parts ou "copropriétaires" recevaient jusqu'à présent 3
lettres par an pour les tenir au courant des activités. Une rencontre (AG
+ fête) rassemble chaque année une centaine de personnes sur les lieux mêmes.
A signaler que pour l'AG, le quorum de 601 votants ou représentés, a toujours
été atteint et largement dépassé.
La gestion de l'accueil sur le territoire du GFA a nécessité la création
d'une association loi 1901, à laquelle cotise la moitié environ des copropriétaires.
L'association loue les bâtiments au GFA. Le GFA est dirigé par un collectif
de gérance, comprenant une quinzaine de personnes représentant des personnes
physiques et morales. Il se réunit au minimum 4 fois par an, dont au moins
2 fois au cours de week-end de travail (construction, nettoyage des abords,
etc. ...). Tous les travaux ont toujours été faits bénévolement, maintenant
ainsi le caractère engagé du projet.
Dans un souci de cohérence avec la protection de l'environnement, l'électricité
est d'origine éolienne et photovoltaïque.
Le projet pédagogique de réappropriation d'un espace naturel par le GFA
nous a poussé à mettre le bâtiment aux normes " Jeunesse et Sports " et
" Éducation Nationale ", afin d'accueillir des classes itinérantes.
Les terres du GFA sont louées par bail à un agriculteur qui s'est installé
à Borne (statut acquis par ce bail). Elles servent à la transhumance des
brebis d'un groupement pastoral et, à l'automne, à la pâture des chevaux
de Borne (une quinzaine).
L'accueil dans le bâtiment et sur les terres du GFA se fait en gestion libre
de septembre à juin. En juillet-août un gardien-paysan propose des repas
composés au maximum des produits de Borne, dans l'esprit "accueil paysan".
Pour maintenir l'esprit de départ du GFA et contrer les dérives possibles
(via la cession de parts notamment), une charte éthique et un règlement
intérieur ont été élaborés par un groupe de travail du collectif de gérance
et adopté lors de l'AG 99. Chaque nouveau copropriétaire devra signer cette
charte et ce règlement intérieur qui sera complété par un cahier de consigne
pour l'utilisation des lieux.
Un emploi en CES, transformé en CEC, a été créé pour la gestion administrative
et matérielle de l'ensemble du domaine du GFA.
En conclusion
Ce GFA a permis : d'éviter le massacre d'un espace naturel plein de richesses,
de maintenir des activités de transhumance, de permettre une installation
agricole et un emploi de service, de créer des liens entre des associations
et des personnes, en France et à l'étranger, de donner du bonheur à ceux
qui " vivent ce lieu " et à ceux qui le font vivre.
Jean Paul Berthouze,Accueil Paysan,
Borne, 26410 Glandage,
Tél. : 04 75 21 10 65
in Alternatives Rurales n° 75, 07/2000. Préfaucon 38710 Mens.
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