Accueil > Créateur d'activités > Vous et votre projet > Un projet qui vous convienne > Infos par secteur d'activité > Du côté de l'agriculture

Accueil paysan

Le rôle de l'association dans les pratiques d'accueil social
L'accueil social : quelques repères en vue d'un statut
Les relations avec les éducateurs
Les relations avec l'accueilli
L'apport de l'exploitation

Un jeune, une ferme, une famille…

(Article paru dans  Alternatives Rurales n° 67, 05/98. Préfaucon 38710 Mens.)

 

C'est en 1984 que Jean-Yves Saffray s'installe en Gaec à Sernon sur Vilaine, dans une zone semi-urbaine. Aimant bien les contacts, refusant d'être seulement paysan, au moment d'avoir à s'engager dans un gros investissement et une activité purement agricole, il décide en 1994 d'emprunter une autre voie : celle de l'accueil, et de l'accueil social plus particulièrement.
Il a choisi d'accueillir à chaque fois un ado (12-17 ans), pour des séjours de 1 à 3 semaines.

" On fait de l'accompagnement. On sert de ce que l'on appelle "pôle affectif". Les gamins qu'on accueille l'un après l'autre viennent par exemple des banlieues parisiennes, ils sont sans projets, ont essentiellement des problèmes familiaux et affectifs ; ce qu'ils recherchent c'est du relationnel et de l'affectivité, en d'autres termes : être reconnus, entourés et surtout écoutés…

On répond à leurs besoins par le biais de la découverte du fonctionnement d'une exploitation et d'un troupeau, de la vie aux alentours de l'exploitation avec le bourg, la ville… J'attache beaucoup d'importance aux relations avec les gens d'ici. Il y a une acceptation de la part de ceux qui nous entourent quant à cette activité d'accueil. Ce qui fait que lorsque l'on est invité, ça ne pose jamais de problème ; le jeune est intégré, cela fait partie de sa reconnaissance. Eduquer est un bien grand mot. Je cherche à faire connaître au jeune ses limites, en lui faisant découvrir notre quotidien.

Globalement je peux intéresser les jeunes avec une multitude de choses sur l'exploitation même : à partir de la vache il y a le lait, la traite, la génétique, la généalogie ; et il y a le tracteur, la mécanique, le bricolage… De plus, on partage la vie à la maison. On est donc en droit de demander un minimum, ne serait-ce que mettre le couvert. Et puis on discute musique, on joue au ping-pong… Le relationnel est au coeur de mon projet pédagogique.

En plus, il y a l'intéressement. Je demande au jeune de travailler, dans une certaine mesure et moins qu'un stagiaire. Pour ne pas sombrer dans l'exploitation d'une main d'oeuvre gratuite, j'ai défini un intéressement à la journée. A la fin de la journée ou du séjour, on fait chacun nos comptes en fonction de ce qu'il a fait ou n'a pas fait, et on compare. En général, ça marche. C'est important de donner une valeur au travail fourni. Fatalement ils seront amenés à travailler ou à faire de petits boulots pour gagner leur vie. Pour ça, à mon avis, c'est une approche intéressante vis-à-vis de l'argent.
Aujourd'hui j'ai des retours par rapport à ce qu'on fait : on me dit que J. a un projet, que L. s'est complètement désintoxiqué de la télé, et puis j'observe que tel autre repart avec des adresses de copines en poche… C'est pas grand chose, mais ça compte.

On ne peut pas accueillir 365 jours par an dans un projet comme le nôtre. Il est indispensable de pouvoir se ressourcer, pour retrouver de la dynamique et une motivation pour le jeune qui arrive, pour ne pas tomber dans la routine : en accueil social, il n'y a rien de pire… Nous ne voulons pas devenir des "consommateurs de placements", mais faire passer le même message qu'en agriculture : faire de l'accueil de qualité.

J'ai démarré en envoyant mon projet à tous les éducateurs que je connaissais. En arrivant chez nous, l'éducateur sait déjà dans quelle maison il met les pieds. Une discussion s'organise avec lui autour du futur accueilli et de ses problèmes. A la fin du séjour je fais un rapport à l'éducateur, soit par écrit, soit face à face et devant le jeune : pour lui je joue la transparence, il sait ce que je vais dire.

La formation Accueil Paysan, qui est même agréée par le ministère Jeunesse et Sports pour délivrer le BAFA, m'a beaucoup aidé. Je continue à me former. Le fait d'être en circuit et de se voir régulièrement nous permet d'être auto-critique et de s'auto-corriger.

Il y a d'abord eu une période d'essai, durant laquelle je ne savais pas si cela allait convenir à ma famille. Même si le jeune m'accompagne du matin au soir pour qu'il ne soit pas à la charge du reste de la famille, celle-ci est tout de même au centre de ce type d'accueil…
On a d'ailleurs fait un investissement pour l'accueil, de façon à ce que chacun de nos enfants et chaque accueilli ait sa propre chambre. Pour mes enfants, selon les jeunes, soit cela accroche très vite, et alors tout baigne, soit c'est l'indifférence… mais il n'y a jamais eu de conflits !

Il me semble que l'accueil a redynamisé nos relations familiales, entre parents et enfants et dans notre couple. Mes enfants ne se plaignent plus de peu partir en vacances : en fait, l'accueil nous apporte un peu de sel dans la vie… !"

Le rôle de l'association dans les pratiques d'accueil social

  • coordonner et orienter les demandes de placements, diffuser auprès des organismes de placement une plaquette présentant chaque lieu d'accueil. Les adhérents conviennent d'une tarification commune, et se relaient lorsqu'ils ne peuvent pas faire face.

  • organiser la formation continue des adhérents : 3 jours par an, pour se donner des temps d'évaluation avec l'appui de psychologues.

  • jouer un rôle d'interface entre l'organisme de placement et la famille d'accueil en cas de problème.

  • enfin, être en contact permanent avec les services sociaux pour faire avancer la reconnaissance des compétences des accueillants, des spécificité de leur accueil.

L'accueil social : quelques repères en vue d'un statut

"Nous ne voulons pas devenir des "consommateurs de placements", mais faire passer le même message qu'en agriculture : faire de l'accueil de qualité." En effet, comme il revient moins cher à l'administration, le risque est grand de voir ce type de placement familial se développer sans réelles garanties sur son contenu et sa portée. Prenant appui sur une étude nationale réalisée par l'A.F.I.P. (Association pour la Formation et l'Information Paysanne et rurale) sur l'accueil social ou thérapeutique en milieu rural*, Jean-Yves SAFFRAY milite donc aujourd'hui pour faire avancer l'idée d'un véritable statut de l'accueil social tel qu'il est pratiqué dans des fermes Accueil Paysan. C'est dans cet objectif que s'inscrit son article ci-dessous.

Beaucoup d'adhérents à Accueil Paysan ont commencé et trouvé leurs motivations en accueillant des enfants ou des jeunes à la journée ou en week-end. Au départ, cela se fait souvent dans un esprit relationnel ou pour rendre service. Quand ces accueils deviennent plus durables, quand nous demandons un agrément, une rémunération, l'esprit n'est déjà plus le même. Cela devient une activité où on retrouve les problèmes d'agrément, d'investissement, de structure, de statut, de fiscalité, d'assurance et de formation.

Partant de l'expérience d'Accueil Paysan Ile-et-Vilaine où une vingtaine de familles pratiquent cet accueil social et familial, il nous paraît important de clarifier cette activité en sachant que ce n'est qu'une ébauche qui demande à être travaillée.

Suivant l'âge et les publics, les activités et le suivi seront différents. Il faut également différencier les interlocuteurs, entre les parents qui mettent leurs enfants en vacances, l'aide sociale à l'enfance qui pratique des mises au vert et des séjours de rupture, le placement judiciaire, ou le placement thérapeutique lié au handicap mental ou moteur.

Ce qui ne donne pas moins de 20 formes d'accueil, avec pour chacune d'entre elles une approche et une relation différentes, qui demandent une compétence particulière afin de répondre à la demande. Il y a déjà les accueils où l'animation est primordiale, et ceux où l'éducatif et le relationnel seront mis au premier plan. Il est donc important lors des projets de se fixer des limites en nombre et en capacité d'accueil.

L'accueil est donc un métier. Nous pouvons d'ores et déjà définir non pas une démarche à suivre, mais des mises en garde afin que l'accueil soit réussi.

Les relations avec les éducateurs
Leur métier est difficile. Ils sont souvent débordés et parent au plus pressé. Ils sont tenus d'appliquer des décisions administratives ou judiciaires tout en s'occupant des relations avec les enfants et les parents, quand ils n'ont pas les problèmes matériels à régler (les horaires de train, le linge...). Un éducateur a parfois jusqu'à 40 jeunes en charge.
Quand un éducateur téléphone à une famille pour placer un jeune, il aura tendance à minimiser ses points faibles. C'est à nous de poser les bonnes questions : problèmes de l'enfant, troubles du comportement, violence, vie en groupe, durée de l'accueil, ce qu'il en attend. A nous aussi de décrire succintement notre structure, nos activités, etc...

Il est souhaitable que ce soit l'éducateur qui amène le jeune. Cela permet d'approfondir l'entretien téléphonique, d'exposer les règles de vie de la maison et de faire découvrir l'exploitation.

Les relations avec l'accueilli
 En accueil social, il est bon dans un premier temps de se mettre au niveau scolaire et culturel du jeune, de se rapprocher de son monde (musique, cinéma, lecture...). Cela permet de le connaître un peu mieux et de se placer en termes non pas d'autorité mais de partenariat, pour acquérir sa confiance en développant une relation franche et cordiale.

Peu à peu, s'il se sent bien, il approfondira en se livrant sur son passé. A nous de comprendre son parcours (qui n'est pas toujours facile) et de lui redonner envie de s'en sortir, par le biais de l'école ou du travail. Nous devons positiver un avenir qui lui parait bien noir, se servir de ses échecs ou difficultés pour le motiver.

L'apport de l'exploitation
Il est difficile de définir avec précision ce qu'apporte l'exploitation, même si son rôle est primordial. C'est d'abord l'espace, les couleurs, un changement de monde. Il n'y a pas de tours de béton, moins de circulation, pas de feux rouges. C'est une vie plus en lien avec la nature, du lever au coucher du soleil. Ils ont souvent perdu le sens du rythme d'une journée. Leur relation aux animaux est souvent très forte. Les animaux leur permettent de reporter ou de combler leur manque. Pouvoir caresser, embrasser un veau ou un lapin est quelque chose qu'ils ne peuvent pas faire en ville. C'est aussi un bon moyen d'aborder les problèmes de la vie à travers celle des animaux : durée de vie, production, sexualité.

Il y a la vie de famille : nous mangeons ensemble à heure régulière, sans télé, nous nous écoutons, nous nous parlons ; beaucoup de jeunes ne connaissent pas ces moments. La relation familiale leur fait découvrir une "vraie famille" ou chacun est reconnu et écouté. Quelque fois, c'est tout simplement ce qu'ils recherchent.

 

Travailler localement et en réseau
L'étude réalisée par l'AFIP souligne qu'un statut et la reconnaissance de ce métier font actuellement défaut pour cette activité. L'accueil demande une présence permanente, et aussi une surveillance quasi permanente. Comment dans ces conditions statuer sur ce métier (congés payés, ASSEDIC, retraite...) ? Pourtant l'accueil en milieu rural est reconnu pour ses qualités d'insertion dans un environnement donné et aide à recréer des liens.

Mais le manque de statut rend difficile l'organisation d'associations ou de réseaux et crée donc un manque d'interlocuteurs auprès des institutions. C'est au niveau départemental d'abord que se joue cette reconnaissance de notre travail. Aussi avons-nous aujourd'hui besoin que tous ceux qui, ailleurs et partout en France, pratiquent l'accueil social nous rejoignent dans cette réflexion, de façon à créer un réseau qui milite et avance sur ces questions.

En s'organisant, par la recherche d'un statut, la clarification des conditions d'exercice, en structurant l'offre, en établissant des partenariats, des chartes de qualité et un cahier des charges, l'accueil familial présentera aussi un intérêt en termes de développement et d'aménagement du territoire.

Jean-Yves Saffray,
Accueil Paysan Ile-et Vilaine.

* étude réalisée dans le cadre du programme européen NOW, et disponible auprès d'Accueil Paysan Ile-et-Vilaine.

 

Créatrices et créateurs d'activités | Accompagnateurs
Elus et responsables locaux | Etudes | Témoignages et exemples | Contacts
Bibliographie | A propos de Diane | Quoi de neuf ?

http://www.globenet.org/diane

site réalisé grâce au concours du Fonds Social Européen
site créé à l'initiative des réseaux associatifs AFIP, PEC et FNFR