Société

Banlieue
© Mokeït 96

Il entre . En retard . Personne ne se retourne . Il y a un bivouac de mêgots en faisceaux . Des bouteilles d'eau tiêde . Il dit : «Je suis le journaliste du ... C'est bien la réunion du comité d'urbanisme ?» . Le maire dit : «Assied toi ...» .
C'est une réunion longue. La pièce est dans la pénombre, probablement parce que le soleil n'est pas porté à l'ordre du jour. Ils sont soucieux. Pourtant, la nuit a été calme. Peu de voitures brûlées. Le type des Télécoms dit que la cabine fonctionne toujours et que c'est étonnant. Il semble même qu'un loyer ait été payé au troisième étage des Bleuets. Ils sont vraiment soucieux. Ils cherchent...
Le gros sanguin se lève. Il dit : "qu'ils repartent chez eux... un charter ou un cargo... sans hélice avec un trou dans la coque peut-être..."


Banlieue
par Thomas Robache et Pierre d'Ovidio




Ils haussent les épaules. Un peu moins haut que la dernière fois. Un qui a de la lumière derrière ses lunettes mais qui aime que ça se voie dit : "il faut l'intégration, l'égalité, pas l'équité, l'école de la République, tout ça", puis il se rassied, épuisé. Le plus gros du travail est fait...

"C'est des terrains de basket qu'il faut faire", lance un grand type en survêtement, puis il vise la corbeille avec une boulette en papier en fermant un oeil. Le maire écoute patiemment les amateurs : "Il faut créer un équilibre entre les quartiers. Tenez, moi, quand j'ai fait le palais des sports -opéra- salle de conférence Pierre Mendes France au centre ville, je leur ai tout de suite construit le terrain de boules Pablo Néruda. Ils sont tous très contents, mais il ne faut pas qu'ils tirent trop fort à cause de la cantine scolaire qui est juste derrière". "Des terrains de basket", s'obstine le grand type, et il rate la corbeille.

Celui qui a une veste en velours fait glisser des grands rouleaux de dessin sur la table au dessus des mégots et des tasses de café. Il est très content de lui. Il dessine des chapeaux pointus sur les toits des immeubles, des moustaches aux entrées et des entrelacs braquemardesques aux fenêtres. Il dit que ça va tout changer. Effectivement, c'est très joli. "Des terrains de basket et de foot aussi", dit le grand type qui a acquis le sens du compromis. "Des îlotiers", dit le flic. Puis on l'appelle sur son téléphone mobile et il disparaît. "Le rap...", dit le type en catogan. "A Pablo Neruda, ils ont écrit un rap sur le problème des vides ordures. D'ailleurs, je vous ai amené le texte...". "Des emplois de proximité", ajoute le maire. Il se racle la gorge et décide d'occupper par la force un silence . Il serre son bloc , son stylo et se rappelle des principes sacrés qu'à l'école ,un ancien de l'AFP faisait dégouliner sur leurs épaules .
«Et comment vous les consultez ?» «Les consulter , mais c'est une sacrée bonne idée!» dit le maire .



Thomas Robache





Contacts© Le Chroniqueur, N°0, Septembre 1996, Paris.