Relations entre les acteurs français



Une nécessaire concertation

La coopération internationale fut longtemps l'affaire exclusive des États qui traitaient avec un État partenaire, lui apportant des moyens humains et financiers pour organiser, programmer, aménager. Mais la montée en puissance des OSI et des collectivités territoriales ainsi que le rôle important des entreprises ont accompagné une prise de conscience de plus en plus claire du fait que l'Etat ne pouvait tre à lui seul porteur de l'appui au développement d'un pays. Celui-ci suppose d'abord une responsabilisation de la société civile et des corps intermédiaires, et ce, à tous les niveaux.

Lors de son intervention à la conférence des ambassadeurs, le Ministre des Affaires Etrangères Hubert Védrine soulignait que " nous sommes encore trop prisonniers d'une vision trop étroitement étatique de nos modes d'interventions, alors que de multiples associations, ONG, collectivités locales, entreprises, concourent à l'action de la France. Ce potentiel formidable, nous l'ignorons trop souvent, nous le sous-estimons, nous le sous-utilisons [...]. Répondre à la mondialisation, c'est aussi multiplier les opérateurs, publics, semi-publics ou privés. Il faut donc que nous repensions notre stratégie à l'égard de ces acteurs trop négligés, que nous les englobions dans un ensemble dynamique ".

Tout le processus de ces Assises a largement démontré la complémentarité croissante entre coopérations publique, non gouvernementale et décentralisée, au regard des enjeux de développement des États, des organisations de la société civile et des collectivités locales des pays du Sud. Il a signalé en même temps la nécessité de collaborer pour informer et sensibiliser l'opinion publique française sur les enjeux de solidarité internationale. D'où l'intérêt manifeste de tous les acteurs de coopération à créer les conditions d'une concertation permanente.

Des lieux et des initiatives de concertation existent

Il faut prendre acte de l'existence d'un certain nombre de lieux de concertation. La Commission Coopération Développement a été créée il y a 14 ans pour renforcer les relations entre Pouvoirs Publics et OSI. Ses compétences ont été élargies en 1995 vers le champ opérationnel avec la mise en place du Comité Paritaire de Programmation, institution de tutelle de la " nouvelle contractualisation " entre OSI et Pouvoirs Publics. En 1995, la Commission Nationale de Coopération Décentralisée a été instituée. De même que des réunions permettant aux ambassadeurs, à l'occasion de leur départ en poste, de rencontrer les OSI et les organisations de collectivités territoriales actives dans leur pays de résidence.

Outre ces structures " bilatérales ", des initiatives de concertation ont été mises au point, associant Pouvoirs Publics, OSI, collectivités territoriales et élargies dans certains cas aux professionnels. Elles ont adopté une entrée géographique avec l'ouverture de Commissions mixtes aux coopérations non gouvernementales et décentralisées, et le soutien à un secrétariat permettant de préparer ces rencontres. Elles ont aussi adopté une entrée thématique, avec le Programme Solidarité Eau, créé en 1984, et toujours actif, rassemblant autour de sous-programmes opérationnels des OSI, des collectivités territoriales, des organisations professionnelles et les représentants de l'Administration.

La fin de l'année 1996 a vu l'arrêt de deux autres structures d'animation et de concertation agissant sur des principes voisins de ceux du PS-Eau : le Programme Solidarité Habitat et le Programme Jeunes Ville Emploi. La clôture de ces programmes est due à la réorientation des financements publics vers de nouvelles priorités au sein du champ urbain. La contribution de l'ex Programme Solidarité Habitat engage à réfléchir sur les raisons d'un défaut d'appropriation d'un tel dispositif de concertation par ses membres.

Selon cette contribution, quatre conditions doivent être rassemblées pour que la concertation puisse s'exercer avec efficacité:

Relevons enfin d'autres concertations mises en place à l'initiative d'une seule famille d'acteurs. Ainsi les OSI ont mis au point des plates-formes à vocation géographique (Amérique latine, Pays du Mékong, Palestine, Afrique du Sud, Burkina Faso). Quant aux collectivités territoriales, elles ont organisé, à l'instigation de Cités Unies France, seize " groupes pays " chargés de l'animation et de l'échange entre collectivités agissant dans un même pays tiers (Mali, Palestine, Sénégal, etc.).

La concertation n'est pas uniquement le fait du niveau national. Les régions françaises ont vu la mise en place de regroupements d'associations, à l'instar de la Lorraine où deux initiatives convergent : le centre de documentation (CLID) qui sert de lien entre dix associations ; le collectif d'éducation au développement qui permet que les services du rectorat, l'Ircodel, les enseignants et les ONG travaillent en partenariat sur ces questions depuis plusieurs années : rencontres entre enseignants et membres d'ONG, partage d'expérience, table-ronde, exposition de matériel pédagogique, exposition sur un thème. On peut citer aussi l'Aquitaine, avec le Réseau aquitain pour le développement et la solidarité internationale (RADSI). Quant aux Assises de Rhône Alpes, elles ont donné deux priorités à une concertation accrue : le renforcement de l'information mutuelle entre les différents types d'opérateurs et l'accès à cette information ; la mise en place de quelques " actions concertées " visant à créer une dynamique régionale associant plusieurs types d'acteurs.

Les relations restent toutefois ponctuelles et insuffisantes

Globalement, il ressort de nombreuses Assises régionales ou de contributions thématiques, que les relations entre acteurs n'apparaissent pas satisfaisantes aux yeux de la plupart. Quand ces relations sont instituées dans des cadres de concertation, elles sont considérées comme fructueuses mais encore insuffisantes. Quand elles concernent des acteurs non insérés dans un cadre de concertation, elles sont au mieux ponctuelles. Les cloisonnements sont résistants, la méconnaissance de l'apport des autres acteurs est réelle et il n'est pas difficile de concevoir le " gâchis " occasionné dans cette pratique, et son impact sur les actions des uns et des autres.

Du côté des organisations de solidarité internationale, s'exprime le regret d'une relation insuffisante avec la plupart des autres acteurs. Ainsi, si elles soulignent les progrès manifestes de la concertation avec les Pouvoirs Publics, elles remarquent en même temps une difficulté identifiée du côté des Pouvoirs Publics à adopter une démarche réelle de travail en partenariat tant vis-à-vis des organisations de solidarité internationale que des autres acteurs non étatiques. Elles déplorent également des relations trop ponctuelles avec les organisations de l'économie sociale, socioprofessionnelles et syndicales.

La contribution sur les " relations entre OSI et Recherche " constate que les collaborations paraissent particulièrement difficiles à organiser entre elles. On pressent qu'il y a " à faire ensemble " mais on ne sait pas très bien pourquoi ni surtout comment. Cette contribution insiste par ailleurs sur le fait que le souci d'un lien plus fort entre la recherche et la société n'est pas propre à la recherche sur le développement. On assiste à une interpellation de plus en plus forte des communautés scientifiques par les sociétés civiles. On sait que de nombreux chercheurs, à titre individuel, s'impliquent dans la vie associative, mais on ne peut que constater le fait que Recherche et OSI constituent des ensembles institutionnels complexes et disparates, insérés dans des logiques (de connaissance pour les uns, d'action pour les autres) et des cultures différentes. Il n'empêche que des liens peuvent être établis, en recherchant d'un côté les voies d'une valorisation sociale de la Recherche, et en faisant de l'autre la promotion d'une demande de connaissances et d'une maîtrise d'outils d'analyse qui renforcent l'efficacité de l'intervention des OSI.

Les relations entre les entreprises et les organisations de solidarité internationales ou les collectivités locales doivent aussi s'intensifier. Les Organisations de solidarité internationale peuvent apporter une aide très précieuse aux acteurs économiques en leur permettant notamment d'acquérir une meilleure connaissance du terrain. Grâce au dialogue, les entreprises peuvent également être influencées pour mieux prendre en compte certaines préoccupations non gouvernementales.

Les collectivités territoriales et les organisations de solidarité internationale en sont encore, dans bien des cas, au stade de l'apprentissage des relations de collaboration. Au cours des Assises d'Aquitaine, il a été dit qu'il était plus facile, à l'heure actuelle, de discuter avec les ministères qu'avec les collectivités territoriales. La réticence de certaines collectivités vis-à-vis des organisations de solidarité internationale serait due notamment aux nombreuses demandes de financement du secteur associatif dont elles ne peuvent évaluer a priori la validité, mais aussi à une concurrence possible dans des domaines d'action tels que la gestion administrative des services publics locaux, l'urbanisme, etc.

Cités Unies France, dans une contribution sur les relations entre les collectivités territoriales et les organisations de solidarité internationale, insiste sur la difficulté pour les collectivités à saisir le monde des OSI, entre les " organisations de l'expertise solidaire ", les organisations nationales " professionnelles " ou thématiques et les associations locales ou les groupes locaux bénévoles. Cette contribution milite pour une prise de conscience de la place des collectivités territoriales comme acteur ayant un rôle plus riche que celui de simple bailleur de fonds, et propose de mettre en place de véritables programmes d'action concertée pour un engagement conjoint en France et en coopération sur la base des rôles et compétences de chaque acteur.

Citons enfin le texte des Assises de Rhône-Alpes, selon lesquels les deux grandes familles d'acteurs que sont les collectivités locales et les organisations non gouvernementales ont acquis la certitude suivante : le développement des pays du Sud ne peut se faire sans un changement des mentalités au Nord.

Fortes de cette conviction commune, les deux familles manifestent concrètement leur désir de modifier la perception des réalités des pays du Sud qu'en a la société française dans le but d'impliquer cette dernière davantage autour des questions de développement.

Voilà un champ collectif qu'il conviendrait de " défricher ". Voilà une première thématique où pourrait s'opérer une synergie féconde.