Une opinion publique incertaine ?



Y a-t-il ou non une désaffection de l'opinion publique vis-à-vis de la solidarité internationale ?

Oui répondent les uns : les OSI collectrices constatent une baisse des dons des particuliers malgré un appel croissant à la générosité ; les responsables de collectivités territoriales sont parfois interpellés par leurs électeurs et administrés, qui leur demandent de faire moins pour les pays tiers et plus pour la solidarité nationale.

Certes, répondent les autres, mais cela signifie surtout que l'expression de la solidarité a changé. L'opinion publique française est sensible à de nouvelles formes d'expression (" l'éthique de l'étiquette ", par exemple) qui font appel moins au portefeuille et plus à l'aspiration citoyenne.

Si les formes d'expression ont changé, c'est que les repères de la solidarité ont changé.

Tout d'abord, la pauvreté et l'exclusion ne sont plus l'apanage du Sud. Les sociétés du Nord sont désormais largement touchées par les méfaits du chômage et de la précarité, déclenchant une solidarité de proximité.

D'autant que certains sont amenés à s'interroger sur l'efficacité de l'aide qui est apportée aux pays du Sud. Une partie de l'aide bilatérale est soupçonnée de tomber dans la poche des dirigeants de certains pays et de leurs proches. L'aide apparaît comme une goutte dans l'océan des besoins des populations du Sud ou de l'Est.

Ensuite, le poids du passé colonial n'est plus le même aujourd'hui. Tous ceux qui sont âgés de trente cinq ans ou moins n'ont pas vécu la période coloniale. Ils sont prêts à opérer la rupture avec les schémas qui ont organisé l'aide et la coopération française, publique ou privée, et qui reste encore marquée par cette période. La définition de relations privilégiées dans le Champ, même étendu depuis 1995 aux pays ACP, en est la meilleure preuve, comme en témoigne aussi l'abondance des projets de solidarité mis en oeuvre par les OSI et les collectivités territoriales dans une poignée de pays d'Afrique francophone et d'Europe centrale francophile. Peut-être faut-il, pour opérer cette rupture s'engager à assainir la mémoire collective, comme cela a été proposé aux Assises du Nord Pas-de-Calais et aussi à faire le " procès " de la mémoire coloniale commune comme un préalable à la coopération.

Enfin, de façon plus fondamentale, l'étranger fait de plus en plus peur. L'étranger de proximité, c'est à dire l'immigré, tend à devenir le bouc émissaire de notre crise et le meilleur argument électoral de partis extrémistes. Les pays pauvres font peur aussi, dans la mesure où leur main d'oeuvre sous-payée est devenue attractive pour les entreprises françaises qui délocalisent leur appareil de production et laissent les Français sur la touche. En un mot, la mondialisation irait contre la solidarité internationale.