Sortir de l'inertie face au changement


L'adhésion de tous les grands réseaux à ce principe d'Assises a été bientôt relayée par celle d'un nombre important d'OSI (Organisations de solidarité internationale), de collectivités territoriales et de représentants de tous les acteurs publics et privés. Elle est le signe d'une volonté collective de débattre des enjeux, des engagements et des pratiques de solidarité internationale.

Face à des évolutions internationales qui ont façonné en une décennie un monde différent, le débat franco-français sur la solidarité internationale était resté étrangement faible. Pourtant, on a pu assister à des changements importants du paysage des acteurs de la solidarité.

Du côté des OSI, les organisations d'urgence qui avaient occupé le " devant de la scène " se sont parfois heurtées aux conséquences d'une utilisation militaro-diplomatique de leur action d'urgence. Les organisations d'appui au développement, un temps mises sur la touche et décriées pour cause de " tiers-mondisme " passé de mode, ont renouvelé leurs principes et champs d'action.

Les collectivités territoriales, même si leur rôle et leurs moyens restent encore aujourd'hui limités, se sont érigées en acteurs de la coopération au développement à part entière, et représentent un niveau subsidiaire entre coopération publique et coopération non gouvernementale qui répond aux aspirations de leurs partenaires de coopération et paraît appelé à se développer.

Du côté des organisations socioprofessionnelles, de nouveaux chantiers se sont ouverts en appui aux acteurs socioprofessionnels émergents dans les pays du Sud, en lien avec le désengagement des Etats comme dans les pays en transition. Quant aux syndicats, ils ont été amenés à renouveler et à renforcer leurs relations avec leurs partenaires internationaux en accordant une attention particulière aux changements du système économique global et en mettant l'accent sur l'élaboration et le respect de droits économiques et sociaux qui s'imposent aux acteurs économiques du Nord comme du Sud et de l'Est.

Du côté des Pouvoirs Publics, des efforts ont été entrepris pour adapter les priorités de coopération à celles des pays tiers. Ainsi, la priorité a été mise sur la reconnaissance des conditions politiques et sociales du développement (démocratie, droits de l'homme, saine gestion des affaires publiques, politiques d'accompagnement social, droit commercial transparent, etc.), ainsi que sur le renforcement de programmes de lutte contre la pauvreté.

On peut remarquer, par ailleurs, que l'appui public à la coopération non gouvernementale et décentralisée, tout en gardant une place modeste dans les moyens publics, a crû régulièrement.

A côté de cela, la réforme des structures de la coopération, maintes fois annoncée et plusieurs fois différée, a pu être considérée comme un serpent de mer, de la même manière que la révision de la politique africaine de la France qui est restée longtemps un tabou. Cela a compté pour beaucoup dans la faiblesse du débat entre acteurs publics et privés durant ces dernières années.

Les cinq réseaux initiateurs des Assises ont fait le choix de relancer le débat, d'exposer leurs priorités, leurs espoirs et leurs difficultés. Ils ont fait le pari que leur prise de parole vaincrait les inerties et que leurs prises de position viendraient confirmer la nécessité d'une politique publique plus transparente et d'instruments mieux adaptés aux défis d'une coopération efficace et équitable, sans exclure certaines autocritiques de leur propre pratique.