Comment " dire la solidarité " ?


  • De la difficulté à dire la solidarité
  • Pourquoi et comment dire la solidarité
  • Des propositions


    Le groupe thématique " dire la solidarité " a présenté sur ce théme une contribution cherchant à combiner diverses modalités de communication qui sont bien souvent traitées séparément. Pour ce groupe, dire, c'est communiquer, dans son acception la plus globale ; c'est donc informer, sensibiliser, former ou encore éduquer à la solidarité internationale, parce que, et précisément concernant la solidarité, le " dire " et le " faire " marchent ensemble. Nous reprenons ici, en les résumant, les points principaux de cette contribution.

    Par ailleurs, une étude conduite par le CLOSI et destinée à l'examen des messages de la solidarité internationale produits dans les publications associatives des organisations de solidarité internationale a mis en exergue l'importance, la spécificité et l'unité d'orientation et de ton des médias associatifs.

    De la difficulté à dire la solidarité

    Diverses analyses constatent une " crise de la solidarité internationale ". Si cette expression refléte une partie de la réalité, elle est parfois utilisée par commodité comme raccourci de l'expression de sentiments divers, parfois contradictoires, somme toute riches d'enseignements. Il apparańt essentiel de bien distinguer premiérement la notion de générosité et celle de solidarité ; deuxiémement celle d'aide de celle de coopération. Le critére de baisse de dons révéle éventuellement la crise d'une certaine forme de solidarité, il peut témoigner aussi de l'évolution de cette derniére, mais il ne suffit pas à déceler un désintérĂt de l'opinion publique par rapport à la solidarité internationale. D'autre part de nouvelles formes d'expression de la solidarité émergent, telles que les campagnes d'opinion, les luttes pour la défense de " nouveaux droits sociaux " qui témoignent d'une prise de conscience de l'interdépendance à un niveau national, européen et mondial. Il importe donc d'être prudent quant au constat d'une démobilisation du public sur ce thème. On peut même avancer l'idée selon laquelle il y aurait non pas une rupture de solidarité mais une " demande de solidarité ", plus qu'une " perte de sens ", une " demande de sens ", liée à l'évolution des repères et au refus du " prêt à penser ".

    Les causes avancées pour expliquer la difficulté à dire la solidarité aujourd'hui en France se regroupent en trois catégories :

    * un monde en mutation et des repères inadaptés : les changements politiques, l'effondrement des idéologies politiques, l'impact de la mondialisation vécue comme un danger font de l'espace international une zone d'inquiétude ; la montée des phénomènes d'exclusion, l'aggravation du chômage en France entraînent un repli des Fran┘ais sur eux-mêmes ; la dénonciation de certaines pratiques de coopération, l'absence de résultats visibles ou pire leur impact négatif sur le tiers-monde incitent à la méfiance des citoyens qui associent la notion d'aide à celle de gaspillage, d'ingérence et de détournement ; les changements dans les structures des sociétés européennes (rôle des partis politiques, syndicats, églises) ont aussi des effets sur le soutien du public à la coopération internationale, les associations ont été touchées par les scandales impliquant certaines d'entre elles (l'ARC) ; enfin dans le nouveau contexte lié à la mondialisation, la coopération au développement est en crise, non seulement par manque de moyens mais aussi en raison de l'absence de vision adaptée à ces changements.

    * un décalage de perception entre le Sud et le Nord21 : les représentations que les habitants du Nord se font du Sud sont biaisées pour plusieurs raisons (colonisation, décolonisation, culpabilité, méconnaissance des cultures et des histoires des Suds) ; les médias jouent aussi un rôle déterminant et en particulier la télévision, or il a été largement démontré que les grands médias véhiculaient principalement des images négatives du Sud et focalisaient l'attention du public sur l'aspect " urgentiste " de l'aide.

    * une crise des concepts : les concepts de " tiers-monde " et de " solidarité " ont vieilli. Ceux " d'interdépendance " et de " mondialisation " eux, sont apparus récemment. Ils demandent encore à être mis en perspective. L'interdépendance, par exemple, est liée à des contraintes issues du système international, mais elle est aussi dotée d'une dimension évolutive, créatrice de dynamiques à la fois positives et négatives.

    A propos de ce décalage de perception entre le Nord et le Sud, les Assises d'Ile de France ont beaucoup débattu sur le regard porté par les Européens sur l'Afrique. L'Afrique, ce n'est pas que la misère et la violence, il faut aussi en montrer les aspects positifs et parler de ce qui marche /.../. La nécessité d'avoir une vision plus positive s'impose notamment par rapport aux jeunes issus de l'immigration : il ne faut pas sous-estimer les ravages produits par cette vision uniquement négative de leur pays ou culture d'origine. Les Européens doivent regarder l'Afrique autrement, changer leur vision des rapports Nord/Sud.

    Pourquoi et comment dire la solidarité

    La solidarité est-elle un " état d'esprit spontané ", le résultat d'un processus intellectuel lié à l'analyse de la situation mondiale, ou résulte-t-elle d'un choix de société et donc d'un choix politique individuel et collectif, délibérément réfléchi et partagé ? En fait, ces différentes situations coexistent, mais la solidarité ne recouvre tout son sens que lorsqu'elle inclut une démarche politique pour un changement de société. La notion de citoyenneté globale permet alors d'expliciter celle de solidarité.

    Comment passer d'une prise de conscience de l'interdépendance à la solidarité ? On a parfois l'impression de marcher sur une corde raide... Il s'avère en fait nécessaire de distinguer une interdépendance de fait et une interdépendance de choix. La première peut engendrer le repli sur soi, l'ultra nationalisme, lequel à long terme ne peut résoudre aucune question sinon les aggraver ; la seconde nécessite de poser un regard sur ce qui fait l'Humanité dans sa diversité, ses richesses, ses contradictions. La solidarité se situe résolument dans la perspective d'une interdépendance de choix.

    C'est dans cette perspective que l'on pourrait considérer les trois démarches suivantes : informer, communiquer, éduquer.

    Six points apparaissent prioritaires quant au contenu des messages de solidarité internationale :

    * dire la complexité du développement [...],

    * expliquer l'interdépendance Nord/Sud/Est [...],

    * dire la diversité et la créativité des Suds [...],

    * expliquer et valoriser la notion pivot de partenariat [...],

    * dire que la solidarité c'est " une autre fa┘on d'être ensemble " [...],

    * dire que chacun a les moyens d'agir dans ce sens [...].

    Pour reprendre la formulation employée aux Assises du Nord Pas-de-Calais, il faut informer pour comprendre et comprendre pour agir.

    A qui dire la solidarité ? La notion de " grand public " paraît peu opérationnelle, même s'il émerge à certaines occasions, notamment lors des campagnes électorales. Il est certain que le tassement actuel de l'aide publique au développement doit inciter à renforcer l'adhésion populaire, celle des électeurs et des partis politiques, à cette aide, d'où l'importance des relais pour renforcer l'opinion publique.

    Les publics cibles prioritaires sont en premier lieu les jeunes et par conséquent le milieu enseignant ; puis les milieux professionnels (chercheurs, professions agricoles, syndicats, etc.) ; les élus (en particulier les parlementaires) et les collectivités locales ; les pouvoirs publics ; et bien sûr les associations, les OSI de développement et les associations d'urgence. Il s'agit enfin de mobiliser les relais de communication et avant tout les médias (presse écrite, régionale, nationale, audiovisuelle, etc.).

    Qui doit dire la solidarité ? L'ensemble des acteurs concernés par la solidarité internationale et la coopération internationale, mais d'abord l'ensemble des associations et OSI spécialisées du secteur. Associations de développement ou d'urgence, elles devraient davantage se préoccuper de cette dimension de leur action. Viennent ensuite les collectivités territoriales engagées dans ce secteur.

    Des propositions

    Les propositions émanant du groupe thématique ont été complétées ou enrichies par celles émanant des Assises régionales :

    1. refonder les messages et les actions de communication, d'information et d'éducation autour des notions clés de citoyenneté mondiale, de lutte contre le racisme, de construction de la paix et de développement durable. Les Assises de Pays de la Loire/Poitou Charentes mettent en avant deux notions majeures : citoyenneté et interdépendance.

    2. améliorer l'impact des actions d'information et de sensibilisation des OSI et leur capacité à communiquer (capitalisation de l'expérience, organisation d'échanges, évaluation plus systématique des actions). Les Assises de Lorraine relèvent le besoin de formation à la communication et à l'éducation et proposent de créer un outil inter-OSI susceptible de récolter, mettre en forme et diffuser diverses informations (exemple : constituer une agence de presse).

    3. renforcer les actions en direction de publics cibles, et particulièrement avec les jeunes. Il faut améliorer la collaboration avec le milieu enseignant pour une plus grande prise en compte de l'éducation à la solidarité internationale. Pour les Assises de Lorraine, il faut chercher des formes nouvelles d'animation et de communication en fonction des publics visés avec un renouvellement de celles-ci vers les jeunes. Pour les Assises régionales de Franche Comté, il faut participer à la mise en ▀uvre de l'éducation à la citoyenneté et de l'éducation au développement dans les établissements scolaires en concertation avec le Rectorat et le corps enseignant. Il faut aussi intégrer le concept d'éducation au développement dans le cursus de formation de l'animation (Bafa, Beatep, Defa) en concertation avec les directions départementales et régionales Jeunesse et Sport et les mouvements de jeunesse et d'éducation populaire. Les Assises de Bretagne souhaitent une meilleure prise en compte de l'éducation au développement par l'Éducation Nationale, ainsi qu'un dispositif facilitant le lien entre les associations mettant en place des actions d'éducation au développement et ceux à qui celles-ci sont destinées (scolaires, grand public) et établissant des passerelles pour l'échange d'informations. Elles demandent également de faciliter la concertation, des rencontres entre clubs de jeunes, la mise en place d'Assises de jeunes. Les Assises de Pays de la Loire/Poitou Charentes voudraient intervenir auprès des enseignants pour développer des programmes d'éducation au développement à l'école ; elles demandent un engagement, notamment financier, des institutions et des acteurs pour l'éducation au développement et veulent interpeller les élus à ce sujet. Enfin, les syndicats insistent dans leur résolution pour informer de fa┘on régulière les salariés afin de les mobiliser davantage sur les enjeux d'un développement solidaire.

    4. travailler de fa┘on plus constructive et régulière avec les médias. Les Assises de Lorraine souhaitent voir les acteurs mieux communiquer avec la presse. Elles proposent d'organiser un colloque OSI / Presse, ainsi que des ateliers pratiques avec des journalistes.

    5. organiser une action commune peut être envisagé comme moyen de toucher un public élargi. C'est le sens de la " semaine de la solidarité " proposée dans la résolution des OSI, pour favoriser la mise en place d'une initiative annuelle de sensibilisation collective à toutes les OSI. Les Assises de Franche Comté vont dans le même sens pour proposer une semaine de la solidarité en région.

    6. proposer une charte de la solidarité internationale ou un code d'éthique à tous les acteurs de la solidarité internationale. Il est important de rechercher avec les associations d'urgence des pratiques et des discours compatibles avec une politique de coopération partenariale orientée vers le développement. En un sens, ceci renvoie à la position des Assises de Pays de la Loire/Poitou Charentes, qui souhaite distinguer sensibilisation et collecte de fonds.

    7. tout ceci implique bien sûr un renforcement du financement des actions d'information et de sensibilisation à la solidarité internationale. On devrait à ce sujet envisager de déconcentrer les crédits publics en soutien à ce type d'actions. On pourrait par ailleurs envisager par exemple la constitution d'une Fondation sur l'éducation au développement à l'exemple de la Suisse ou de l'Irlande.