AVANT-PROPOS DE JACQUES PELLETIER


Avec les réseaux représentant l'ensemble des acteurs de la coopération non gouvernementale et décentralisée (Assemblée des Présidents de Conseils Généraux, Cités Unies France, le Comité Français pour la Solidarité Internationale, Comité de Liaison des Organisations de Solidarité Internationale et Coordination Sud), nous avons eu, il y a deux ans, l'idée de réunir des Assises de la Coopération et de la Solidarité internationale. Nous pensions qu'il fallait mener en commun une réflexion approfondie pour définir un nouveau message politique adapté à notre société et formuler des propositions pour renouveler les pratiques de la coopération.

Nous nous étions fixé trois objectifs :

Grâce à la mobilisation de nombreux représentants des différentes familles intervenant dans la coopération (organisations de solidarité internationale, collectivités locales, pouvoirs publics, organisations socioprofessionnelles, entreprises, recherche, etc.), un travail considérable a pu être mené.

Neuf Assises régionales se sont déroulées, mobilisant plus de deux mille personnes et de nombreux groupes thématiques ont réfléchi aux grandes questions actuelles de la Coopération.

Le Livre blanc synthétise ces réunions et les motions qui en ont découlé ( le lecteur non habitué à nos débats sera peut-être parfois un peu dérouté par une formulation elliptique! )

D'ores et déjà, je pense que l'on peut légitimement dire que nous avons abouti à de très bons résultats. Les différents acteurs de la coopération ont appris, tant au niveau national qu'au niveau régional, à se rencontrer, à parler ensemble et à échanger. Cette dynamique est fondamentale et il faudra absolument l'entretenir. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles l'ensemble des personnes qui a préparé ces Assises estime qu'il serait souhaitable d'instituer un Haut Conseil de la coopération et de la solidarité internationale dont un des rôles serait d'assurer et d'enrichir sans cesse ces débats entre les acteurs publics et privés de la coopération.

Je voudrais exprimer ma gratitude envers tous ceux qui ont rendu possible cette mobilisation :

Je voudrais adresser des remerciements tout à fait particuliers à Jean-Louis Vielajus et aux personnes qui l'ont entouré. Il a réussi la tâche a priori impossible de synthétiser les actes des différentes Assises et les documents produits par les groupes thématiques. Grâce à lui, nous avons un projet de Livre blanc qui sera longtemps une référence incontournable.

* * *

Quelle que soit la légitime satisfaction que l'on puisse retirer du déroulement de ces Assises, il ne faut évidemment pas oublier qu'elles ne constituent que le début d'un cheminement et qu'elles ne sont qu'un moyen pour atteindre d'autres objectifs.

Ces Assises ne doivent pas rester sans suite. Il faut que d'autres manifestations régionales se produisent ; il faut que les différents réseaux d'acteurs de coopération continuent à se rencontrer et élaborent des projets communs. La réforme de la politique française de coopération annoncée par le Gouvernement relève avant tout d'une volonté des pouvoirs publics nationaux. Toutefois, celle-ci ne peut être engagée sans incitation des acteurs non gouvernementaux, encore moins sans leur participation. Le dialogue doit donc continuer entre nous.

Enfin, et pour conclure, il ne faut pas oublier que l'objectif que nous recherchons tous à travers cette réflexion sur notre manière de coopérer est de réussir à créer la coopération du XXIème siècle qui sera nécessairement différente de ce qu'elle a pu être au lendemain des indépendances.

Nous assistons de plus en plus à une gestion commune des affaires de la planète où chacun doit pouvoir faire entendre sa voix et où l'interdépendance des politiques est de plus en plus forte. Le cadre national est devenu par exemple insuffisant pour traiter complètement les questions d'environnement ou de démographie.

La mondialisation des problèmes et la globalisation des rapports sont concomitantes avec la volonté des populations de s'inscrire dans des pratiques de développement local. Cette contradiction pourrait être résolue en associant les politiques structurelles menées par les Etats avec les pratiques de la société civile. Cela signifie, en matière de coopération, que le rôle de l'Etat sera de plus en plus de mettre en place et de soutenir des mécanismes libérateurs de créativité et d'énergie. Cela veut aussi dire que la coopération sera de plus en plus des actions menées directement de société civile à société civile où chacun des partenaires s'enrichira de l'échange.

L'objectif final de ces Assises est, à travers une amélioration de notre relation avec les autres pays, de progresser sur la voie d'un monde où la solidarité internationale serait plus présente, permettant d'assurer à toutes les populations un développement durable et une appropriation de leur avenir.


Jacques Pelletier
Médiateur de la République
Président du Comité préparatoire des Assises de la Coopération
Ancien Ministre de la Coopération