SYNTHÈSE DES DEBATS DU 13 JUIN APRES-MIDI




Patrice BLANC
BIOFORCE

La majorité d'entre vous était bien présent après midi. Je vais donc essayer de synthétiser sans trop répéter.

Je ne vais pas non plus commenter les documents écrit que vous avez pu prendre sur la table d'entrée. Leurs rédacteurs ont pris suffisamment de temps à les écrire pour que vous en preniez un peu à les lire.

Sans suivre le déroulement chronologique de l'après-midi, je reprends ce que j'ai entendu avec le plus de force revenir dans les différentes Assises Régionales, qu'il s'agisse d'interrogations ou de propositions, voire de contradictions. J'évoquerai aussi ce que ne j'ai pas entendu ou plutôt ce que j'ai été surpris de ne pas entendre.

Jacques PELLETIER, en souhaitant la bienvenue au Secrétaire d'Etat, s'est défini d'emblée comme un REFONDATEUR. Des bastilles administratives doivent tomber, une réforme institutionnelle est nécessaire, les moyens financiers sont trop dispersés... Le bilan est sévère. Il rappelle les objectifs de contribution à la paix et à la dignité humaine qui doivent être ceux de la coopération. Il fonde de grands espoirs sur la mobilisation de la société civile qui se manifeste à travers les Assises Régionales et les travaux thématiques, le tout devant déboucher sur les Assises Nationales des 17 et 18 octobre à la Sorbonne.

Transparence, communication, participation de tous les acteurs à la définition des objectifs et à la gestion des moyens lui paraissent être les outils nécessaires à cette rénovation à ses yeux. Elle pourrait, selon lui, être affirmée à travers la création d'un Haut Conseil de la Coopération.

Charles JOSSELIN, le tout nouveau Secrétaire d'Etat, se garde bien de se prononcer sur cette suggestion. Tout en soulignant que sa prise de fonction est trop récente, que le discours de politique générale du Premier Ministre n'est pas encore détaillé devant la représentation nationale, bref qu'il ne peut pas s'engager, il donne une série de signaux assez précis.

Une adaptation du dispositif actuel de coopération est certainement nécessaire. Il souligne la diversité des pays partenaires de la France :

La coopération doit se décliner de façon différente selon les situations. Mais elle doit toujours respecter l'autonomie et la responsabilité des partenaires. Elle doit renforcer la citoyenneté, les politiques publiques, la décentralisation. Elle doit être vigilante sur la marginalisation et la pauvreté des groupes sociaux. La question sociale doit être portée par la France devant Bretton Woods. Il faut préparer l'an 2000, c'est à dire Lomé V, avec l'appui du Parlement Européen.

Il faut prendre en compte l'impact sur le volontariat de la réforme du service national. Les OSI doivent jouer leur rôle dans l'accueil des jeunes pour lesquels des postes vont être créés.

Charles JOSSELIN insiste sur l'importance des questions de communication. Il est prêt à ouvrir des lignes budgétaires pour cela dès le début des projets de coopération.

On s'est donc aperçu que l'ancien acteur de la Coopération Décentralisée qu'est le Secrétaire d'Etat a déjà beaucoup d'idées, dont, pour terminer, l'importance de l'appui à la démocratie locale que peuvent impulser les élus locaux. Il confirme son attachement à la politique contractuelle entre l'Etat et les autres acteurs.

RÉGIONS

Ensuite, nous avons entendu les six régions qui ont déjà tenu leurs Assises Régionales, Aquitaine, Bretagne, Franche-Comté, Ile de France, Lorraine et l'inter région Pays de Loire Poitou-Charentes. Six régions, soit environ huit cents participants aux Assises. Les trois régions qui ont décalé leurs Assises, Languedoc-Roussillon, Nord - Pas-de-Calais et Rhône-Alpes ont également donné quelques indications. Chacune d'entre elles ont précisé ce qu'étaient les principales motivations des organisateurs et participants des Assises, quelle avait été la teneur des débats et ont présenté leurs propositions. Un point commun à toutes les régions : les Assises ont réuni des OSI et des collectivités territoriales (surtout les communes, parfois les régions, plus rarement les départements). Dans plusieurs régions on a trouvé une participation active d'associations de migrants (Ile-de-France en particulier), de représentants de l'Etat (Éducation Nationale et Jeunesse et Sport principalement), mais pas partout. Dans quelques régions on a eu une présence de l'Université ou de la Recherche, très rarement d'Organisations Syndicales ou de Comités d'Entreprise. Et, pour le dire de façon un peu abrupte, une absence quasi totale des entreprises. Cela pose une vraie question si l'on retient comme définition pour les acteurs de la Solidarité Internationale, celle proposée par une région : "Des empêcheurs de mondialiser en rond". Or, ce sont justement les entreprises qui sont les principaux acteurs de cette mondialisation. On se doute que ce n'est pas avec le mot d'ordre évoqué qu'on les fera venir participer avec plaisir aux débats, à de rares exceptions près. Les moyens à mettre en oeuvre restent donc à inventer. Les bretons ont évoqué deux pistes :

Au delà de ces points communs aux différentes Assises Régionales, c'est la notion de diversité qui apparaît. On peut voir deux grands groupes :

Quelques mots clés ressortent donc des débats, au delà des questions d'organisations, de constitutions de réseaux, de comités de pilotage permanents, d'observatoire régional de la coopération, de bulletins de liaison ou d'organisation de nouveaux colloques, toutes propositions fort importantes au demeurant. Ces mots clés, ce sont :


Construire la réciprocité

Cela se fonde sur l'échec des politiques à sens unique. Echec au Sud de la politique du don humiliant, incompréhension au Nord. Il est important de montrer que le Sud peut apporter quelque chose aux habitants du Nord. Il est sans doute nécessaire de construire des grilles de lecture pour identifier ces impacts de réciprocité. La Bretagne nous a donné l'exemple des marins pêcheurs, l'Ile de France celle de l'insertion dans les quartiers "chauds". Sans doute les Ateliers vont en dire plus.

Faire toute sa place à la jeunesse

Les raisons en sont multiples :

la pyramide des âges évidemment (les jeunes d'aujourd'hui sont les décideurs de demain), l'appétit de découverte des jeunes qui peut trouver notamment à travers les chantiers, les opérations Ville, Vie, Vacances - Solidarité Internationale, un outil de meilleure compréhension du monde, la disponibilité de nombreux acteurs de l'Education Nationale ou de MJC. Charles JOSSELIN y ajoute la réforme du volontariat à travers celle du Service National (opération au milieu du gué) et la future création de postes pour les jeunes. Il restera à s'assurer que ces raisons sont cohérentes entre elles dans la mise en oeuvre des différentes opérations.

Reconnaître le rôle des migrants

Cette question centrale en Ile de France (80 associations de migrants, principalement d'Afrique subsaharienne étaient présentes aux Assises) a été reprise également en Bretagne (il faut convoquer un colloque national "la France a besoin de migrants"), en Lorraine, en Pays de Loire, Poitou-Charentes, même si certains à la tribune s'interrogent devant un tel unanimisme. Plusieurs propositions s'articulent autour des questions de commissions extra-municipales, d'accès direct aux financements de la Coopération, de reconnaissance comme plate-forme Ville-Vie-Vacances-Solidarité Internationale... La jeunesse issue de l'immigration est au coeur de ces propositions.
Toutes les régions s'accordent pour demander une refonte de la politique restrictive des visas, sans qu'il soit très clair s'il s'agit des visas en général ou des visas pour les partenaires ponctuels des programmes de Solidarité Internationale.

Développer la formation, l'information et la communication

Les propositions sont nombreuses. Le temps n'a pas permis de différencier ces trois concepts. Elles visent tous les publics, avec des approches différenciées. Il s'agit que la Solidarité Internationale ne soit plus opposée à la Solidarité Nationale, qu'elle ne soit pas réservée aux quelques milliers "d'initiés" mais deviennent l'affaire des "gens de la moyenne", comme le chantait la regrettée Colette Magny. Il faut créer des outils, utiliser la force des témoignages vivants (des étrangers, des migrants, des anciens volontaires, des jeunes des chantiers...), mieux travailler avec les médias. Plusieurs régions ont déjà des matériaux disponibles. L'ouverture budgétaire sur le volet communication pour les projets cofinancés par le Secrétaire d'Etat à la Coopération devrait être largement utilisée.
Il est fait le pari que des citoyens mieux informés appuieront mieux les efforts budgétaires des collectivités territoriales dans le champ de la Solidarité Internationale.

Prendre le temps de l'évaluation

Cette communication, pour être crédible, doit porter sur un vrai contenu prenant en compte toutes les dimensions des projets : économique, social, culturel.

L'évaluation est un outil nécessaire pour créer la confiance réciproque, capitaliser, tirer les leçons des erreurs. Mettre en évidence les enjeux derrière les projets, sans doute derrière la notion même de projet, la réponse aux attentes qui sont diverses selon les acteurs. Il y a une forte demande dans toutes les régions.

A côté de ces mots-clés, il y a eu quelques silences. Les questions des Droits de l'Homme ont été très peu évoquées. La Solidarité Internationale avec l'Est à peine signalée. Les questions budgétaires peu mises en avant :

Une surprise aussi :

A côté de ces affirmations claires et de ces silences, il y a du clair obscur. Sans doute du travail pour les régions qui n'ont pas encore réuni leurs Assises.

L'articulation entre les OSI et les Collectivités Territoriales apparaît la plus prometteuse dans les démarches de contractualisation que proposent certains. On n'y est manifestement pas arrivé partout. Certains proposent que les collectivités locales fédèrent les associations ; je leur donne rendez-vous l'an prochain pour en reparler !

La difficulté est bien entendu de concilier cohérence des actions avec affirmation d'une société pluraliste et démocratique dont logiquement tous les acteurs n'obéissent pas aux mêmes motivations. Cela passe nécessairement par la contractualisation, peut-être par la co-gestion, mais aussi par la poursuite du travail sur les notions de légitimité de chacun des acteurs. La légitimité n'est pas qu'électorale.

On n'a guère entendu les OSI s'interroger sur leurs relations avec les "bénéficiaires" de leurs actions, sur leur positionnement en intermédiaire, en prestataire de services, en porte-parole, en médiateur ??

Un flou subsiste également sur l'application du concept de subsidiarité.

Flou également sur les relations avec l'Etat au Sud

Toutes ces remarques, ces propositions, ces interrogations traduisent une vraie dynamique et l'importance que peuvent représenter les Assises. On y a même vu Saint-François d'Assise trônant au panthéon des vertus laïques et républicaines. Tous les espoirs sont donc permis pour l'avenir de nos travaux !

Je vous remercie. Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez prendre contact avec :

Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez prendre contact avec le :

BIOFORCE - Patrice BLANC
44, boulevard Lénine - 69694 Vénissieux
Tél. 04.78.67.32.32