RAPPORT PROVISOIRE DU 13 JUIN 1997


Patrick EDEL
La Guilde du Raid

GROUPE THÉMATIQUE

DÉMARCHE DE PROJETS
ASSISES DE LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

SOMMAIRE :

Introduction

1. Rappel des objectifs

2. Etat des lieux
2.1. Leur réalité
2.2. Leur problématique
2.2.1. L'identification, diagnostic et programmation
 Les enjeux, l'écoute, le choix des interlocuteurs,
 Le rôle de l'ONG du Nord et du partenaire du Sud,
 Le diagnostic, la programmation.
2.3. L'évaluation
       Critères et moyens

3. Quelles suites donner à ce travail ?

  • pour les ONG présentes

4. Conclusion

  • sur le fond,
  • sur la forme,
  • pour les Assises

INTRODUCTION :

La pratique de la coopération est plus large que ce que l'on en connaît. A côté des grandes ONG, il y a une constellation de petites et moyennes associations. Connaître leur nombre est moins important que de connaître leurs caractéristiques et leurs problèmes.

Un pourcentage important des gens engagés dans la coopération internationale concrétisent leurs actions de solidarité au sein de petites structures. Cet investissement est comparable au domaine économique où une des solutions à la croissance sont les petites industries.

Les petites associations ressemblent à des entreprises artisanales :

Ces groupes pourraient améliorer leur efficacité sans la déshumaniser si on leur donne quelques outils tels que la possibilité d'établir un diagnostic et une programmation ou faire une autoévaluation de leur action.

1. Rappel des objectifs :

A travers les trois rencontres organisées, les objectifs suivants ont été poursuivis:


2. Etat des lieux

2.1.Leur réalité

En France, il y a un foisonnement d'associations petites ou moyennes (5 ou 10 personnes). Leurs initiatives peuvent durer un an, dix ans ou plus. Les fonds mobilisés peuvent aussi être très divers...

La presque totalité des initiatives entreprises par les petites associations obéissent au besoin de s'investir, de faire quelque chose pour l'autre. Il s'agit donc d'une attitude civique et citoyenne qui doit être encouragée. La meilleure manière est de leur apporter des techniques et des méthodes de travail qui permettent d'améliorer leurs moyens d'action et de pallier leur manque de professionnalisme.

Leurs motivations de départ sont variées : un voyage dans le pays, des rencontres...
Témoignage de C. LEHOT de Méharées :
Le premier projet de Méharées "Dessine-moi un vélo " résulte d'une rencontre à la suite d'un voyage touristique à titre individuel. Cette rencontre avec les représentants d'une structure touristique intégrée dans la Commune de Possotomé a eu lieu au Salon du tourisme à Paris, pour la préparation de ce voyage individuel au Bénin. Suite à cette prise de contact, le voyage s'est concrétisé. C'est sur le terrain, où confrontées aux problèmes liès à l'éducation qu'est née concrêtement l'idée du projet "Dessine-moi un vélo ". Il s'agit d'une réponse à une demande locale.

Témoignage de Delphine TRAORE du CIFAPE : L'histoire des premiers contacts vécus varie d'une association à une autre et d'un pays à l'autre. Pour ma première association, il s'agissait des enfants de la rue. J'ai été impressionnée en les voyant dans les quartiers des affaires. Dans les parkings, on était assailli par eux. Ils ont choisi la rue suite à un exode rural. Avec des amis, nous avons créé l'association d'aide à l'enfance en danger en 1980.

Ce qu'elles partagent le plus souvent est leur isolement et le caractère "artisanal" de leur travail.

2.2. Leur problématique

Pour une petite association, quels sont les moments critiques d'un projet ou d'une initiative de base ? Il en existe deux : l'identification et l'évaluation du projet.

2.2.3. L'identification, le diagnostic et la programmation d'une action

Les enjeux :
Quand une femme est enceinte, le plus important pour un enfant est ce qui se passe avant la naissance. Pourtant, l'enfant n'est reconnu qu'à la naissance. Un projet, lui aussi, commence quand on pressent un besoin et quand on essaie d'émettre des hypothèses et de proposer des solutions. Le temps de gestation qui passe par l'identification et le diagnostic conditionnent la réussite du projet.

A Ingénieurs sans Frontières, un projet sur deux est éliminé après l'enquête d'identification., précise Régis TAISNE.

Pour chaque étape d'un projet, chacun pourrait raconter des histoires où les étapes n'ont pas été respectées.

Par exemple, Anne COLLIN-DELAVAUD - Enfants des Andes : "Avant d'intervenir, en Equateur, je ne connaissais pas assez la communauté localement. Quand je suis passée, on m'a dit que l'eau manquait . Il y avait 600 mètres de dénivelé pour aller chercher l'eau. J'ai cru qu'il fallait faire venir l'eau. J'ai mis 4 ans à régler les problèmes techniques et la pompe est arrivée... trop tôt. Je n'aurais pas dû le faire car il n'y avait pas assez de dialogue entre les personnes."

Est-ce que les gens ont besoin de ces projets ? Apporter de la banane là où il faut du lait et du lait là où il faut de la banane, çà ne marche pas. Contruire des écoles si on n'a pas d'enseignants, cela ne vaut pas la peine. Construire un dispensaire si on n'a pas de médecins, cela ne vaut pas la peine, rappelle Delphine TRAORE.

L'écoute :
Venir avec des projets clefs en main, c'est de l'utopie.
Les responsables d'association ont particulièrement insisté sur la nécessité d'écouter, de prendre du temps, de vivre avec la population pour éviter qu'ils ne disent "oui" par politesse parce qu'ils n'osent pas contredire l'ONG du Nord. car celui qui reçoit un cadeau ne le refuse jamais.
Il faut avoir le contact, discuter, recenser, ressentir le besoin de ceux avec qui nous allons travailler pour éviter la naïveté des ONG du Nord envers les plus pauvres en se disant : ils sont pauvres, donc ils sont vrais.

P. JOHANNES : "ce qui est évident pour nous ne l'est pas forcément pour la population. Il n'y a pas de réponses évidentes entre un problème et une solution. Il faut se poser plusieurs questions."

Ceci prouve que devant un problème à résoudre, il y a toujours plusieurs hypothèses de solution. Par l'écoute, les différentes solutions vont émerger et prendre corps. Ensuite, à l'examen de chacune, les meilleures vont s'imposer jusqu'à ce que l'une d'elle soit retenue par le groupe.

Choix des interlocuteurs :
"On est au coeur du projet quand on parle avec les gens. Avec eux, on apprend la hiérarchie des besoins."
"Il faut avant chaque départ faire un briefing sur le pays. Chaque pays a sa spécificité."

Il est nécessaire de faire le recoupement des informations car on remarque qu'un seul interlocuteur ne permet pas de comprendre toutes les données nécessaires à l'identification. Les missionnaires ou les autorités locales sont les référents habituels des ONG mais en fonction des contextes, on s'aperçoit qu'il en existe d'autres : comités de quartier... Quand aucun interlocuteur n'émerge, le club de foot ou un autre organisme peut être représentatif de la population. Ainsi, les interlocuteurs doivent être nombreux pour bien tenir compte de la réalité locale et favoriser l'identification de la vraie demande.

Delphine TRAORE de CIFAPE : Il faut étudier ses interlocuteurs. Les africains demandent aux européens
"Etes-vous venus pour nous aider ou vous aider vous-même ? ....

Dans une des associations présentes, la réflexion a abouti à cerner les qualités indispensables à un interlocuteur du Sud :

Nous y sommes arrivés parce que nous avons eu des contacts, des conseils. Ceux-ci sont indispensables dans le choix des projets.

Il faut se préoccuper autant des exclus du projet que des bénéficiaires.

Les querelles d'intérêts autour du projet augmentent les difficultés entre les familles ou les communautés.... L'ONG du Nord est alors un médiateur pour que ces conflits puissent trouver une issue.

Il faut établir une convention avec les interlocuteurs sur place en vue de bien répartir les rôles entre l'ONG du Nord et du sud.

Rôle de l'ONG du Nord et du partenaire au sud : L'ONG du Nord est un outil, un moyen pour répondre à une demande locale ou aider à l'identification d'un problème de terrain.

Il s'agit donc à la fois d'un organe de proposition et de conceptualisation qui réagit à une dialectique : Demande et propositions du Sud / Réponse et propositions du Nord / Réactions du Sud / Adaptation de la réponse du Nord. Ce schéma se reproduit au cours d'un même projet, à chaque problème nouvellement soulevé. Méharées est de plus un interlocuteur plus rationnel, à notre grand regret, auprès des entreprises du Nord et a accès à une dynamique médiatique plus importante que les ONG du Sud.

Le rôle de l'ONG du Nord est celui d'une recherche de financements, un rôle de conseil. L'ONG du Sud qui adhère au projet est fière d'avoir contribué à la réussite du projet. Il y a eu des erreurs commises parce qu'on a pas écouté ceux qu'on a voulu aider.

Tout travail en commun entre l'ONG du Nord et l'ONG locale entraîne un rapport de force.

L'ONG du Nord doit servir de levier pour les initiatives des populations du Sud. Cela ne sert à rien qu'elle bâtisse, organise ou gère à leur place, elle doit leur donner les moyens d'y arriver elles-mêmes. Elle ne doit pas non plus se contenter d'être un simple bailleur de fonds et discuter véritablement avec ses partenaires.

Le diagnostic :
L'enjeu du projet n'est pas dans la réalisation physique mais dans l'élaboration du cadre. Le diagnostic consiste à choisir la meilleure solution entre plusieurs propositions possibles. Face au diagnostic, on a une solution qui n'est encore que théorique.

La programmation :
Il est alors indispensable de prévoir à l'avance le budget de fonctionnement, le coût d'entretien. La décision se prend sur la base d'une étude de coût et le destin final du projet.
Des visites d'études sur des projets comparables peuvent aider à la décision.

Une fois, le diagnostic établi et la programmation mise au point, il faut, avec les populations locales, le faire valider auprès des autorités de la région. A cet égard, les problèmes de corruption ont été plusieurs fois évoqués car ils faussent les relation ONG-autorités locales.

2.2.4. L'évaluation :

Pourquoi évaluer ?

Dans le cas de petites associations, l'évaluation ne peut pas être confiée à un agent extérieur car les prix sont trop élevés. Aussi, elles procèdent à une autoévaluation, c'est-à-dire à un examen critique des résultats qui est effectué par les mêmes personnes qui ont été chargées de sa mise en exécution. Voilà le principal problème de l'autoévaluation : le manque de recul entre l'évaluateur et la chose évaluée. Quand on est une grande ONG, on prend un évaluateur extérieur. Quand on est une petite ONG, l'évaluateur est celui qui a contribué à la réalisation du projet : il est à la fois juge et partie. Cela complique les choses.

Il faut donc des outils parce que l'évaluation n'est pas un jugement mais un moment de vérité. Or la vérité est un couteau qu'il faut manier avec soin sinon elle peut entraîner un jeu de massacres et des règlements de compte.

L'évaluation doit se faire à partir de critères définis au moment de l'identification pour éviter de définir les critères après coup.

S'il n'y a pas de technique, on persiste dans les erreurs. Ce moment est dur. Pour un gouvernement, les élections sont un moment crucial, de même l'évaluation du projet est un examen de passage qui peut être dur. Quand les gens s'engagent dans les petites associations, ils le font avec leurs tripes. Si l'évaluation n'est pas réalisée avec des techniques objectives, elle peut briser des personnes. Quand il s'agit d'une petite association, les déceptions peuvent être grandes.

Critères d'évaluation 1

Moyens 1 :
L'évaluation se fait avec deux personnes minimum pour compléter les points de vue. En complément, on peut y ajouter des outils techniques tels que des photos, une vidéo, des interview sur cassettes...

3. Quelles suites donner à ce travail ?

Le rôle de ce travail consiste à donner un cadre de références à ces petites associations par une réflexion sur la démarche projets pour qu'elles la mènent par leurs propres moyens comme l'identification ou l'autoévaluation du projet.

Les ONG sont friandes en proposition de formation à partir du moment où l'échange d'expériences est favorisé et guidé par un animateur compétent.

Il faut faire réfléchir et réagir, c'est-à-dire permettre aux ONG de prendre du recul face à leur expérience.

Conclusion

sur le fond :
De nombreuses initiatives de solidarité internationale viennent des petites et moyennes associations. Elles sont artisanales mais réelles et importantes pour l'avenir de la solidarité. Notre principe est de ne pas les laisser seules en leur apportant des éléments de formation et des pistes de réflexion, ce qui constitue un premier pas.

sur la forme :
Ces trois rencontres ont permis de souder un groupe d'environ vingt-cinq ONG ayant participé pour la plupart au Forum d'Agen. Le caractère familial des rencontres a favorisé la réflexion de fond, la liberté de parole et l'entraide entre elles. Trois associations créées par des migrants se sont montrées assidues à ces réunions : CIFAPE, Agir et Vivre et Soutien à l'Enfance africaine.

La difficulté majeure a été le fait qu'à chaque fois, il y avait un certain nombre de personnes nouvelles aux réunions. Les contraintes de temps n'ont pas permis d'aborder tous les sujets.

Pour les Assises :

On peut en conclure :

Elles adhèrent aux principes de coopération reconnus :

Elles revendiquent un droit à l'erreur. Il ne faut pas exiger un rendement à 100% dans des projets au Sud quand au Nord, on voit des experts se tromper magistralement.

Elles regrettent :

"La distribution du savoir est volontaire. C'est pour cela que je demande à tous de se donner la main pour s'enseigner les uns les autres." Delphine TRAORE.

Bibliographie :

Pour plus de détails, sur ces points, il convient de consulter le livre "Cheminements d'une actions de développement "paru à l'Harmattan.

Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez prendre contact avec le :

LA GUILDE DU RAID - Patrick EDEL
11, rue de Vaugirard - 75006 Paris
Tél. 01.43.26.97.52