NOTE SUR LES EXPÉRIENCES ET LES ATTENTES
DES ORGANISATIONS DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE
VIS-À-VIS DE LA RECHERCHE POUR LE DÉVELOPPEMENT


Michel FAUCON
CRID

Contribution à la préparation des Assises
de la coopération et de la solidarité internationale

Les Assises de la coopération et de la solidarité internationale fournissent l'occasion de repenser les modalités d'action de tous les acteurs investis dans le vaste champ des relations de coopération entre le Nord et le Sud. La multiplicité de ces acteurs et de leurs compétences suggère à l'évidence que davantage de complémentarités et de synergies soient recherchées entre eux. Une plus grande conscience de la complexité des processus de développement fait apparaître à chacun les limites de sa propre approche et l'oblige à rechercher des alliances. Si la constatation n'est pas nouvelle, l'ampleur de la mondialisation et de ses conséquences impose de ne pas se satisfaire d'une simple reconduction à l'identique d'initiatives isolées.

Il y a déjà plus de vingt ans que l'intérêt de faire se rencontrer les acteurs du développement et les chercheurs était exprimé aussi bien du côté des pouvoirs publics que du côté non gouvernemental. Le rapport Abelin (1976) recommandait cette démarche en suggérant la création d'une agence de coopération où seraient représentées toutes les catégories d'acteurs publics ou privés. De leur côté, certaines ONG constituaient un collectif dont l'une des tâches principales était de faciliter l'échange avec les milieux de la recherche : il s'agit du CRID (Centre de recherche et d'information pour le développement). On sait ce qu'il advint tant du rapport Abelin que des autres rapports qui l'ont suivi visant à réformer la coopération française. Pour sa part, le CRID a pu promouvoir et organiser des temps forts de réflexion auxquels ont participé nombre de chercheurs. Il n'a cependant pas pu mettre en place un dispositif permanent susceptible d'être identifié comme l'espace adéquat pour une telle rencontre, sans doute parce qu'il était avant tout un collectif d'ONG et que sa structure ne prévoyait pas de place pour d'autres catégories d'acteurs.

A plusieurs reprises, par la suite, la question des relations entre chercheurs et ONG a fait l'objet de rencontres et de documents spécifiques. On a caractérisé les différences entre ces deux milieux, qu'il s'agisse de leurs cultures, de leurs modes d'intervention, de leurs mesures du temps, de leurs critères de valorisation de leurs activités respectives, etc. On a eu beaucoup plus de mal à formaliser ce que pourrait être l'apport réciproque. Cette phrase de Gérard Winter¹ résume bien le constat : "On est davantage conscient des difficultés que des avantages d'une interaction réelle".

Ce constat ne doit cependant pas faire oublier que de véritables solutions ont été trouvées. Certaines associations ont un lien quasi institutionnel avec des organismes de recherche (GRET, SOLAGRAL). D'autres, comme l'IRAM, l'AITEC ou ENDA-TM, réunissent des compétences issues ou proches des milieux de chercheurs. L'AFVP, pour sa part, accueille en stage des étudiants, avec des relais scientifiques sur le terrain. On est donc, en ce qui concerne ces associations, bien au-delà des cas de collaborations ponctuelles.

Pour être complet, il fallait cependant recueillir l'expérience et les souhaits des OSI "généralistes", de celles dont l'activité consiste à appuyer des partenaires sans intervenir directement, de celles pour qui l'information de l'opinion publique et l'éducation à la solidarité sont des priorités. C'est principalement à partir de leur vision que cette note a été préparée, même si des contacts ont aussi été pris avec quelques chercheurs et quelques ONG "professionnelles" pour fournir à la réflexion des éléments de comparaison ou de questionnement.

1. Difficultés et limites rencontrée

Gérard Winter regroupe sous trois catégories les difficultés d'une collaboration organisée et durable. Une première catégorie concerne les "deux cultures différentes, parfois vécues comme antagonistes, produits de deux métiers bien distincts" ; une autre, "les deux ensembles institutionnels complexes et disparates" ; enfin "des habitudes et des présupposés peu favorables à une saine collaboration". Les entretiens conduits avec des représentants d'OSI et des chercheurs ont confirmé et illustré ces remarques. Ils ont aussi fait apparaître quelques éléments nouveaux regroupés ci après.

Pour certaines OSI, le travail du chercheur s'inscrit dans une logique qui trouve en elle-même sa finalité. Sa rencontre avec le "terrain" lui sert à vérifier ou infirmer ses hypothèses. Cette approche expérimentale risque d'être mal supportée par les populations si un certain nombre de précautions n'ont pas été prises. Plus précisément elle peut susciter des espoirs et donc, s'ils sont déçus, des frustrations qui auront des répercussions sur l'activité d'autres intervenants. D'autre part, la restitution des travaux de recherche, sous une forme ou sous une autre, auprès des gens qui ont côtoyé le chercheur devrait être systématiquement prévue et réalisée. Or ce ne semble pas être un cas fréquent. Quelques-unes des OSI ont justifié ainsi leurs réticences à proposer les actions de leurs partenaires du Sud comme terrains de recherche.

D'autres inconvénients inhérents à une certaine conception du travail de recherche et des activités qui en découlent sont signalés. Peu de chercheurs, au dire de plusieurs interlocuteurs, se sentent une responsabilité vis-à-vis de la demande sociale. La recherche scientifique ayant à elle-même sa propre justification, toute approche "utilitariste" serait même ressentie comme une faiblesse. De la même façon, travailler avec des ONG n'apporte aucun atout pour une carrière de chercheur dont la promotion est liée à l'appréciation de ses pairs. Les processus de recherche participative ou de recherche-action, qui présenteraient le plus d'intérêt pour les ONG, sont encore trop rares ou ne marchent pas faute de moyens et de méthodes.

Aujourd'hui, en France, on entend dans certaines institutions un nouveau discours en faveur de l'articulation de la recherche sur les besoins de la société. D'autres pays, notamment en Amérique latine, ont fait ce choix depuis plus longtemps. C'est ce qui pourrait justifier la préférence affirmée par plusieurs OSI pour la collaboration avec des chercheurs locaux. Cette préférence découle d'ailleurs de leur conception du partenariat qui privilégie la valorisation des compétences locales. L'argument n'est pas complètement désintéressé puisqu'on fait remarquer que le recours à la recherche locale coûte beaucoup moins cher. Enfin, pour les OSI mobilisées auprès de populations en situation d'insécurité, il faut éviter de faire intervenir trop d'étrangers, sans expérience dans ce milieu, dont la présence mal comprise pourrait être ressentie comme une menace. Dans de telles situations, un chercheur local devrait bénéficier d'un a priori plus favorable.

Quelqu'un pose d'ailleurs la question de savoir si l'expérience des ONG est toujours appropriable. Les projets qu'elles soutiennent ne sont pas nécessairement reproductibles : ils ne "mériteraient" donc pas en tant que tels l'intérêt du chercheur. sauf à s'en tenir à quelques aspects plus accessoires.

2. Des expériences nombreuses mais ponctuelles

Les difficultés et les limites évoquées plus haut n'ont pas empêché qu'un grand nombre de collaborations ponctuelles aient été expérimentées. Toutes les OSI rencontrées ou contactées ont pu citer au moins un exemple récent de l'intervention d'un chercheur dans l'une de leurs activités. Dans la quasi totalité des cas signalés, c'est parce que les acteurs se connaissaient que l'échange s'est construit, pouvant aller parfois jusqu'à un montage institutionnel. C'est en fait la rencontre des personnes qui a fait surgir la problématique et la mise en oeuvre d'une collaboration.

Pour illustrer ce cas le plus fréquent, on peut évoquer la démarche d'un médecin préoccupé par l'état sanitaire de l'eau provenant de forages, en Afrique. Pour mener à bien sa recherche, il a pu accompagner les activités pilotées par l'association "Eau vive", en effectuant des études parasitologiques systématiques. Ce projet de recherche appliquée a bénéficié d'un financement de l'Union européenne, ce qui montre que cette relation a pu atteindre un stade de montage institutionnel.

Sur un sujet voisin, un chercheur de Toulouse accompagne des expériences d'épuration d'eaux usées, au Bénin, en utilisant des jacinthes d'eau et d'autres plantes. Le projet concerné est appuyé par Emmaüs international. Il n'y a pas eu de formalisation de cette relation, ce qui n'a pas empêché de faire connaître cette expérience en la présentant à Istanbul, dans le cadre de la Conférence sur les établissements humains. Au Burkina, la même association soutient des projets de modernisation de pratiques traditionnelles pour la restauration des sols : elle a pu mobiliser la contribution d'un ingénieur forestier burkinabé et d'un universitaire béninois pour en assurer l'accompagnement.

Ce domaine de l'adaptation des technologies a été largement exploré depuis plus de vingt ans. La Cimade a participé, durant les années 80 au projet brésilien du PTA (projet de technologie alternative) qui réunissait plusieurs organisations brésiliennes dans plus de la moitié des états de la fédération, des instituts de recherches brésiliens et des chercheurs de plusieurs structures françaises. La Cimade n'a pas retrouvé, depuis qu'elle ne participe plus à ce programme, un tel niveau de collaboration avec les milieux de la Recherche, mais ses partenaires d'Amérique latine sont souvent des organisations auxquelles participent des chercheurs ou des universitaires locaux.

En matière de recherche nutritionnelle, Action Contre la Faim a constitué un Comité spécifique, auquel participent des chercheurs et un laboratoire. La collaboration entre le laboratoire et les centres gérés par l'ACF permet la mise au point de laits thérapeutiques, particulièrement nécessaires dans les situations d'urgence. Un autre domaine d'activité de la même organisation, concernant l'eau, bénéficie de la collaboration d'hydrogéologues.

Dans le domaine du handicap, l'association Handicap International a mené plusieurs recherches avec ses équipes médicales. Depuis quelques années, l'association a voté une ligne budgétaire "Recherches" qui permet de suivre un certain nombre de dossiers. Elle souhaite approfondir la méthodologie adéquate pour ces recherches ainsi que les moyens d'en partager les résultats.

Avec le retour de la paix au Liban, les ONG locales envisageaient d'entreprendre des activités susceptibles de leur assurer leur autofinancement. Le CCFD, partenaire de certaines de ces organisations, a fait appel à l'INRA pour une étude de projet dans ce pays. Le but de la recherche était de "voir comment des gens impliqués dans le social se lançaient dans l'économique".

L'association Enfance et Partage n'a pas d'exemple de collaboration avec la recherche en ce qui concerne les actions soutenues dans les pays du Sud. C'est davantage l'activité que l'association développe en France, concernant l'enfance maltraitée, qui la met fréquemment en contact avec des juristes bénévoles et lui donne l'occasion de participer à des colloques ou autres travaux sur ce sujets. Le "téléphone vert" dont l'association a la charge attire de nombreux stagiaires étudiants en droit.

Toujours en ce qui concerne l'enfance, l'association Enfants Réfugiés du Monde fait état de liens avec des "référents" à qui l'on demande des conseils : des ethnologues au Guatémala, par exemple, qui sont des consultants, mais surtout des amis. D'autres relations de même nature dans des domaines de compétence économique et politique fournissent des conseils à la demande, sans cadre formalisé. Des volontaires ayant travaillé avec l'association ont pu valoriser leur expérience sous forme de mémoires utilisés dans leur cursus universitaire. A différentes reprises, des actions soutenues par l'association ont été évaluées. C'est ainsi qu'un psychologue bosniaque a étudié l'impact de l'activité menée localement auprès des enfants ou que des formateurs du CEMEA ont évalué la formation mise en place par l'organisation pour des animateurs. Une autre évaluation est mise en place sur trois ans sur les enfants de l'Intifada avec le Centre international de l'enfance, le Gaza Mental Health et l'association.

L'association Ingénieurs sans frontières n'a pas d'exemples de partenariat avec des chercheurs, hormis dans le cadre du Programme " Eau et assainissement " décrit plus avant. Par contre, à plusieurs reprises, des missions ont été préparées avec le concours de chercheurs sur des thématiques précises. Quelques fois, ces travaux sont menés avec le concours d'universités africaines (l'exemple de celle de Bujumbura a été cité). D'autre part, l'association a souvent fait appel à des personnes ressources dans le cadre de conférences ou de sessions de formation. ISF a aussi fourni des données concrètes à la recherche dans le domaine de la sécurité foncière, du fait de son expérience sur les maraîchages.

L'Union nationale des Maisons familiales rurales (UNMFREO) a développé d'étroites collaborations avec plusieurs universités françaises (Tours, Clermont-Ferrand, Bordeaux). Mais il s'agit essentiellement de la valorisation de ses compétences reconnues dans les domaines des sciences de l'éducation, de l'aménagement du territoire et du développement rural. Dans les pays du Sud il y a encore peu d'exemples de collaborations systématiques. Au Brésil, cependant, l'Université d'Ijuí intervient dans la formation de formateurs et la réalisation d'outils pédagogiques. En Afrique, des organisations partenaires de l'UNMFREO ont des relations avec des centres de recherche locaux pour des appuis techniques ou le développement de techniques nouvelles, comme au Tchad ou en RCA. Au Sénégal de tels liens existent avec l'Institut des technologies alimentaires.

Toutes les organisations qui reposent sur un vaste réseau de militants ont le souci de fournir à leurs membres une formation de qualité et organisent à cette fin toute une gamme d'activités pouvant aller de la demi-journée sur un thème précis jusqu'à une semaine d'université d'été. Qu'il s'agisse d'Artisans du Monde, du CCFD, de Frères des Hommes, de Peuples Solidaires et du Réseau Solidarité qu'héberge cette association ou encore de Terre des Hommes et, bien entendu, du CRID au sein duquel se retrouvent toutes ces organisations et bien d'autres, toutes ont bénéficié du concours d'universitaires en de telles circonstances. Malgré l'abondance et la fréquence de ces occasions, elles restent ponctuelles et n'entrent que très rarement dans un "projet" construit, organisé sur la durée. Et quand des groupes de travail thématiques se sont constitués réunissant des membres d'ONG et des chercheurs, il n'ont pas fait l'objet de montages institutionnels mais ont reposé sur l'investissement bénévole de chacun, avec toute les limites de temps et de disponibilité que cela entraîne.

3. Des collaborations institutionnelles

Programme Solidarité Eau

Le pS-Eau anime le Programme "Eau potable et assainissement dans les quartiers périurbains et petits Centres en Afrique " dont l'objectif est de mobiliser les acteurs non gouvernementaux et les chercheurs du Nord et du Sud sur cette thématique pour déboucher sur l'élaboration d'une méthodologie d'intervention adaptée aux spécificités des milieux semi-urbains. Il comprend deux composantes : une composante " actions pilotes " qui doit permettre de tester des hypothèses non encore validées sur le terrain et une composante " recherche ", qui a fait l'objet d'un appel à propositions.

Ce programme a débuté en juin 1995 et se terminera en juin 1998. Il s'est doté d'un comité de pilotage pour les actions pilotes et d'un comité scientifique pour les quatre thèmes de recherche qui ont été définis :

Ce programme associe les institutions publiques (Ministères de la coopération, de la recherche, de l'équipement, Caisse française) à des ONG, des collectivités locales et des chercheurs. Les équipes se composent de partenaires du Nord et du Sud, d'opérateurs et de chercheurs.

CICDA

Une petite équipe pluridisciplinaire de l'ORSTOM était engagée avec des homologues équatoriens depuis 1987 sur un travail de longue haleine consistant à dresser l'inventaire des systèmes hydrauliques dans la sierra andine de l'Equateur. Leurs travaux les conduisent à la conclusion que les systèmes d'irrigation sont une construction sociale avant d'être une réalisation hydraulique. Sur le site d'Urcuqui, l'évolution économique et sociale oblige à repenser et réorganiser la distribution parmi les irrigants et trois associations locales acceptent de se pencher sur la question. C'est dans ce cadre que CICDA intervient, à la demande des chercheurs, pour se mettre au service de la négociation entre les intéressés. Un comité scientifique est constitué auquel participent l'ORSTOM, le CNEARC et l'INRA, pour servir d'aide à la décision de l'ONG.

AFVP

L'AFVP présente de multiples exemples de collaborations avec des institutions de recherche. Elle propose des terrains de stages à des étudiants, avec des relais scientifiques sur place impliquant des institutions (CIRAD, ORSTOM). La capitalisation des expériences que réalise l'AFVP est communiquée dans le cadre de l'Inter-Réseaux. Une connexion est aussi assurée avec des étudiants africains d'écoles françaises et avec des universités africaines. Pour certains projets ou programmes, des comités de pilotage ont été constitués auxquels participent des chercheurs (CNEARC et GRET sur la filière lait, par exemple).

ENDA-TM

ENDA-TM est une organisation qui a toujours associé étroitement des chercheurs à ses activités. Elle recrute son personnel dans des milieux universitaires ou des centres de recherche. Elle produit une documentation abondante et des publications dues aux chercheurs de ses équipes, dont certaines fonctionnent comme de véritables centres de recherche. Elle se soucie autant des actions à mener que des idées à faire avancer, tel le concept d'économie populaire. Elle est très probablement l'organisation qui a poussé le plus loin l'intégration entre "acteurs" et "chercheurs". D'ailleurs les nombreuses sollicitations qu'elle reçoit de l'extérieur concernent l'une ou l'autre de ses qualités et plus souvent les deux à la fois.

F3E

Le F3E témoigne de l'existence de collaborations entre ONG et chercheurs sur des études préalables dont cet organisme a la responsabilité. Il a réalisé un fichier d'experts permettant aux ONG d'avoir un accès facilité aux personnes ressources dans tous les domaines susceptibles de leur être utiles.

4. Des propositions et des suggestions

Toutes les OSI rencontrées expriment le besoin d'approfondir la réflexion sur ce qu'elles font où sur le contexte dans lequel elles interviennent. Cependant, ce besoin n'a pas toujours fait l'objet d'une initiative spécifique visant à y répondre.

Certaines OSI font état d'un projet précis dont la conception est en cours. C'est ainsi que Enfants réfugiés du monde souhaite conduire une étude sur la vision de la paix qu'ont des enfants vivant dans des situations différentes (Gaza, Liban, Cisjordanie, peut-être Jordanie) en menant un travail parallèle avec des enfants d'ici (en partenariat, par exemple, avec une ville). Une autre recherche est en projet sur le jeu, en relation avec un DESS travaillant ce thème.

Le Groupe Développement s'est défini un programme de recherche sur le tourisme dans une perspective de développement durable. Depuis quelques années, cette OSI a organisé plusieurs colloques ou séminaires sur le tourisme et reste en contact avec les organismes spécialisés. Il prévoit de mettre en place des études dans le but de définir "l'ensemble des caractéristiques du développement durable dans le secteur du tourisme afin de pouvoir identifier les critères permettant de réaliser une grille de lecture des projets touristiques". Il s'agira aussi de "déterminer quelles sont les techniques quantitatives qui permettent d'évaluer les capacités de charge et les niveaux de tolérance vis-à-vis du développement touristique".

L'association Eau vive, confrontée à la question de la potabilité de l'eau provenant de forages partage la conclusion d'une précédente recherche à laquelle elle a été associée : le moyen le plus sûr semble être la chloration de l'eau. Mais les dosages précis que nécessite cette méthode supposent que la fourniture de chlore se fasse dans le cadre de normes précises, ce qui est loin d'être le cas. Elle envisage donc d'entreprendre une étude sur la filière industrielle du chlore afin de trouver les bonnes réponses au problème technique.

Plus souvent, ce qui a été exprimé lors des entretiens révèle des souhaits qui n'ont pas encore pris une forme définie. C'est le cas, par exemple, au GRDR, qui a eu au cours de son histoire de nombreux contacts avec des chercheurs et des organismes nationaux de recherche (Mali, Mauritanie, Sénégal) sans cependant avoir eu l'occasion de prendre part à un programme conjoint avec des organismes publics de recherche. Son représentant exprime le souhait de son organisation de travailler à une échelle régionale. Cela pourrait être l'aménagement d'un bassin versant et la gestion des eaux de surfaces, en recherchant l'articulation entre différents domaines (la pêche, l'irrigation, l'organisation sociale, les problèmes fonciers, etc.). Ce travail pourrait associer "en tandem" des acteurs et des chercheurs nationaux et expatriés.

Pour sa part, l'UNMFREO envisage de faciliter la venue en France de moniteurs de pays du Sud pour leur fournir un complément de formation. Les régions et pays visés sont L'Amérique centrale, le Tchad et la RCA. L'expérience de ces moniteurs, proches des réalités rurales de leur pays, trouverait ainsi une valorisation dans un cadre universitaire.

Les interlocuteurs d'ENDA-TM sont intarissables sur les chantiers de recherche qu'il faudrait ouvrir. Dans le contexte du développement urbain, l'urbanisation des villes africaines constitue un phénomène à étudier en tant que tel et pourrait donner lieu à une rencontre entre les ONG et la recherche. Il en est de même de la décentralisation et des questions qu'elle pose sur l'harmonisation des rôles entre les initiatives des ONG et les nouvelles structures mises en place. Où sont les instances de dialogue ? Comment les gens perçoivent ces nouvelles structures et les services publics ? D'autres questions concernent ce que devient la santé dans un système de santé qui s'écroule ou encore le SIDA et ses représentations. Et, autour du thème de la pauvreté, des questions sur ce qu'est fondamentalement la pauvreté des pauvres, les dynamiques propres de l'économie de survie, etc.

La préoccupation pour la recherche est récente, pour Aide et Action. Elle traduit la volonté de l'association de renforcer sa réflexion préalable et de travailler sur le long terme. Le contexte opérationnel complexe fait apparaître en effet le besoin de compétences qui ne sont pas toutes disponibles dans l'organisation. Le domaine de l'éducation nécessite des compétences en sociologie de l'éducation, en anthropologie, en ethnologie, etc., qui conditionnent le choix d'une approche. "On veut éviter de commettre des erreurs".

Aide et Action envisage une recherche sur les stratégies éducatives des familles (dans les communautés avec lesquelles l'association travaille). Un contact est déjà pris avec un chercheur de l'ORSTOM qui a fait une thèse sur l'éducation et qui pourrait entreprendre une étude avec l'association sur des villages au Niger.

Aide et Action a aussi un projet plus vaste, consistant à associer de façon régulière les chercheurs aux travaux et aux réflexions. Beaucoup d'information est disponible mais pas forcément scientifique. Il y a donc une méthode à acquérir associant les chercheurs aux études préalables et préparant les informations dans un modèle exploitable.

L'association voudrait, dans l'espace d'un an, mettre en place une cellule qui traiterait également de l'évaluation et de la collaboration avec la recherche. Une cellule de pilotage serait constituée avec des chercheurs, des permanents de l'organisation et des gens habitués à l'évaluation. Par ailleurs, elle pourrait être associée à la définition des objets de recherche des organismes de recherche.

En matière d'évaluation l'association exprime son intérêt d'une collaboration avec la recherche, tant pour la définition de critères de référence, que pour l'exécution de l'évaluation sur le terrain. D'ores et déjà, il semble possible de mettre les archives de l'organisation à la disposition d'étudiants souhaitant les utiliser pour leurs recherches.

Beaucoup d'OSI ressentent la nécessité d'exprimer au moyen de concepts renouvelés et actualisés la justification dont a besoin leur engagement de solidarité vis-à-vis de partenaires du Sud. Quel rôle peut-on encore jouer avec la mondialisation comme décor ; où trouver les bonnes entrées pour rendre le monde un peu plus intelligible ; à quelle échelle est-il le plus pertinent d'intervenir ; où sont les lieux de pouvoir et quelle influence les citoyens peuvent-ils y exercer, etc. Parmi celles qui se reconnaissent comme des "organisations citoyennes", la plupart se sont défini des thèmes de réflexion à la fois pour la formation de leurs militants et pour guider leurs actions. C'est ainsi que le CCFD s'est défini cinq thèmes qu'il entend approfondir : la mer, qui prolonge un engagement déjà ancien de l'association, les migrants (thème indiqué aussi par la Cimade), le retour à la paix (comment passe-t-on de l'urgence au développement), l'économie solidaire (thème sur lequel Peuples solidaires et Terre des Hommes entreprennent une campagne commune) et"citoyenneté et développement local" . Pour Artisans du monde qui s'en est fait une spécialité, il est indispensable d'approfondir la notion de commerce équitable. Terre des hommes , pour sa part, est engagé avec sa fédération internationale sur la défense des droits économiques et sociaux et travaille ce thème avec des partenaires du Guatémala, du Mexique, du Brésil et de la Colombie.

Les thèmes évoqués précédemment concernent, on l'a dit, l'intelligibilité du monde et, à ce titre, ils constituent les savoirs de référence sur lesquels appuyer la stratégie générale d'une organisation. Or c'est bien la stratégie qui est en cause pour beaucoup d'ONG qui voient se réduire le nombre de leurs militants, entraînant une diminution de leurs ressources propres, tandis que les problèmes internes des sociétés du Nord détournent l'attention que l'on accordait au Tiers-Monde. Les OSI partagent la conviction que l'on ne peut durablement porter remède aux maux de la société, à l'exclusion, au chômage, en négligeant l'effort de solidarité internationale. En plus de l'élaboration d'un discours susceptible de communiquer cette conviction, les OSI ont aussi besoin de l'illustrer par des actions significatives.

Ce questionnement sur l'action - celle de l'organisation ou celle de ses partenaires - traduit une préoccupation générale. Les OSI éprouvent de plus en plus le besoin de l'évaluation, de la définition d'indicateurs et d'appui méthodologique. Elles sont moins préoccupées de l'aspect purement technique des actions entreprises que de la manière dont la technique s'intègre dans une société donnée. Il est assez frappant que des membres d'organisations de solidarité connus pour leur expérience du "terrain" se reconnaissent dépourvus de moyens pour gérer une relation interculturelle. Exprimée sous diverses formes, cette requête est souvent apparue lors des entretiens. "Comment travaille-t-on avec un village africain ; comment approcher une population ; à qui confier un projet (individu, groupement, coopérative, etc...) ?" résume cette sorte d'angoisse traduite habituellement sous des termes plus savants tels que les "composantes anthropologiques, sociologiques et culturelles". Aide et Action, pour sa part, pourrait négocier et planifier un projet de formation pour son personnel et même y contribuer financièrement, ce qui semble une bonne façon de vérifier l'implication de l'organisation. Plusieurs interlocuteurs aimeraient faire l'expérience de recherches participatives, tout en considérant que les méthodes ne sont pas au point ou que cela n'attire pas les chercheurs. Ce pourrait être pourtant une entreprise susceptible de renforcer les relations entre la recherche locale et les acteurs du développement.

5. Une initiative pour avancer

L'évolution constatée dans la pratique des OSI au long des vingt dernières années est caractérisée par une place de plus en plus importante accordée à la dimension économique dans leurs actions de solidarité.

S'attachant à secourir des populations démunies, les OSI ont touché les limites des projets de pure assistance (santé, alimentation, éducation...) dont la pérennité repose sur une aide extérieure qu'il est de plus en plus difficile de garantir et qui maintient une dépendance contraire aux finalités poursuivies. La logique de partenariat, souvent mise en avant par les OSI, conduit en effet à renforcer les capacités du partenaire à devenir acteur autonome de son propre devenir, ce qu'exprime bien le terme "empowerment".

Malgré la multiplicité des causes de la pauvreté, la stratégie consistant à permettre de gagner ou de retrouver une autonomie par l'activité économique est le choix prioritaire de beaucoup d'OSI. Elles ont forgé toute une panoplie d'instruments destinés à favoriser l'investissement productif pour ceux qui en étaient jusqu'alors tenus à l'écart. Les exemples en sont bien connus, qu'il s'agisse de participation directe à l'investissement, de crédit, de garantie de crédits, etc., certains inspirés d'ailleurs de systèmes traditionnels dans les sociétés des pays concernés.

Soucieuses de ne pas privilégier quelques individus au détriment du reste de la population ciblée, les ONG ont souvent assorti d'un volet social les instruments qu'elles ont mis en place, tout en veillant au contrôle social sur l'usage de ces instruments.

Les diverses expériences, même si la plupart ne dépassent que rarement une dizaine d'années, ont rencontré une large gamme d'obstacles qu'elles ont progressivement surmontés. Elles tracent les voies à de nouvelles formes de solidarité permettant, au-delà du don conventionnel et forcément limité, de mobiliser l'épargne des citoyens et d'impliquer les établissements financiers. Elles encouragent l'initiative de femmes et d'hommes qui peuvent ainsi vivre enfin de leur travail.

La réflexion sur ces expériences est déjà entreprise et l'on mesure mieux aujourd'hui l'impact économique réel en identifiant les facteurs favorables, en vérifiant la compatibilité avec l'environnement culturel, en s'assurant des effets sur la société.

Dans le même esprit d'initiatives économiques novatrices, il convient de placer les actions entreprises sous le label général de commerce équitable. Les questions abordées au paragraphe précédent se révéleraient pertinentes par rapport aux structures de production insérées dans ces dispositifs.

Cependant les préoccupations des OSI travaillant dans ces domaines ne s'arrêtent pas à la mesure de l'efficacité immédiate des démarches qu'elles soutiennent. Au-delà de l'amélioration des conditions de vie obtenues pour un nombre limité de personnes, il faut s'interroger sur la possibilité de généralisation de tels systèmes. En d'autres termes, le commerce équitable et l'appui au micro investissement sont-ils des jalons solides dans la recherche d'alternatives au système dominant générateur d'exclusions ?

La demande est particulièrement forte de la part d'OSI reposant sur des réseaux de militants et soucieuses de développer une argumentation actualisée auprès de l'opinion publique, en faveur d'un soutien aux initiatives de solidarité internationale. Elles expriment le besoin de mieux comprendre le monde, d'avoir des repères pour distinguer la réalité de l'idéologie qui la détermine. Nous reprendrions volontiers, à ce propos, la distinction suggérée par Pierre Calame entre les deux termes "mondialisation" (pour la réalité) et "globalisation" (pour l'idéologie) qui traduisent tous les deux l'anglais globalization. Mieux comprendre pour mieux agir : quels sont les espaces dans lesquels les citoyens peuvent exercer une influence pour tenter de redonner une responsabilité sociale à l'activité économique ? Plusieurs projets de campagne tournent autour de cette idée de réappropriation de l'économie pour qu'elle soit au service de l'homme et permette une mondialisation du progrès social.

Si l'on s'en tient à ce qu'expriment les OSI "généralistes", on est confronté à la fois à l'expression d'un réel besoin (de connaissances, de compréhension) et au désarroi devant les façons d'y répondre. Où trouver l'instance de médiation capable de problématiser une telle attente ? Ce pourrait être le rôle de personnes ressources travaillant dans des organisations charnières, telles que le GRET, SOLAGRAL, l'IRAM. Car l'intérêt sur les questions évoquées plus haut est suffisamment partagé pour que l'on puisse concevoir une initiative nouvelle. Il faudrait alors qu'un petit groupe réunissant des représentants de la recherche et des ONG, aidé d'un "médiateur" élabore une problématique où tout le monde se retrouve. Un programme de travail pourrait ensuite être proposé pour un séminaire chargé d'élaborer la base conceptuelle à laquelle les OSI auraient recours pour leur communication et la formation de leurs membres. Le CFSI serait probablement le lieu le plus approprié pour abriter cette démarche, ce qui répondrait au souhait universellement exprimé d'éviter de créer une structure nouvelle ou un mécanisme lourd.

LISTE DES PERSONNES RENCONTRÉES



O.S.I.

Annie BLAISE, ACF¹
François ADER, AFVP
Nicolas GIBIER-RAMBAUD, Aide et Action
François GRESLOU, CCFD
Xavier PEYRACHE, CICDA
Louis BRETON, Cimade
Laurent CHABERT D'HIERES, Eau vive
Brigitte MARY, Emmaüs International ¹
Michel LEVALLOIS et José DA COSTA, ENDA-TM
Alain CADILHAC, Enfance et Partage
Mireille SZATAN, Enfants Réfugiés du Monde
Arturo PALMA, Fédération Artisans du Monde
Jean-Louis COUTURE, GRDR
Hervé BARIOULET, Groupe Développement ²
Nathalie SCHNURIGER, Ingénieurs sans Frontières
Jacques VOISIN, Peuples solidaires
Christophe LE JALLÉ, Programme Solidarité Eau
Maribel WOLF, Terre des Hommes France
Alain FAURE, UNMFREO

Recherche

Jean-Jacques GABAS, économiste, Paris XI Président du GEMDEV
Marcel MARLOIE, INRA
Michel VERNIERES, économiste, Paris I
Gérard WINTER, ORSTOM, Président de l'Inter-Réseaux

¹ contacts téléphoniques
² contact téléphonique et note écrite

Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez prendre contact avec le :

CRID - Michel FAUCON
14, passage Dubail - 75010 Paris
Tél. 01.44.72.07.71