POUR UNE NOUVELLE FORME DE COOPERATION AVEC L'AFRIQUE




CNLAMCA
Comité national de liaison
des activités mutualistes
coopératives et associatives

Contribution du Groupement Comité National de la Coopération(G.N.C.)
et de la Fédération Nationale de la Mutualité Française (F.N.M.F.)
aux Assisesde la Coopération et de la Solidarité internationale

Les observations et remarques qui suivent sont issues de l'expérience des mouvements de l'Economie sociale qui développent, pour certains depuis près de 20 ans, des opérations d'appui au développement de systèmes mutualiste et coopératif, essentiellement en Afrique. Elles ne prétendent pas pour autant traiter de l'ensemble de la question.

1 - REGARD SUR LE PASSE

1.1 - QUELQUES CHIFFRES

- Pour l'ensemble des pays en développement, les flux nets de financement à long terme sont passés de 85 à 227 USDMds, soit une progression, de 170% en 5 ans. Le rapport public/privé, dans le financement, passe de 50/50 en 1989 à 24/76 en 1994.

L'APD (Aide Publique française au Développement) est de l'ordre de 8 à 10 USDMds par an.

- Pour la seule Afrique sub-saharienne :

- les flux publics ont atteint 28% (environ 17 Mds), mais les flux privés n'ont pas dépassé... 1%
(environ 2 Mds). Le reste est allé pour 40 % à l'Asie de l'Est et du Pacifique, 30% à l'Amérique latine et les Caraïbes, 22% à l'Europe et l'Asie centrale.

- la dette ne représente que de 12% de l'endettement mondial. Une réduction de dette de 12 USDMds a eu lieu, dont 3 supportés par la France.

1.2 - UN CONTEXTE DE COOPERATION RESTANT A AMELIORER

L'échec des politiques passées, comme les aspirations nouvelles des populations africaines, et des contribuables français, imposent que le gouvernement français revoit les conditions de son aide.

Toujours indispendable, l'appui financier du gouvernement doit s'accompagner d'exigences particulières de la part des Etats qui en bénéficient, non seulement en matière de démocratie politique, mais également de finalité économique.

1.3 - DES AIDES, FRANCAISE ET INTERNATIONALE, PEU ADAPTEES AUX REALITES

Plus de trente années d'aides diverses, considérables par leur montant et les efforts déployés, n'ont pas réussi à faire évoluer, de manière sensible, l'économie de ces pays.

On doit faire le constat que la manière dont l'aide, abondamment distribuée par de multiples pays et organismes, n'était pas adaptée à leurs structures et à leurs mentalité.

Ceci nous conduit à des révisions déchirantes pour notre amour-propre et l'utilisation rétrospective de nos budgets.

L'aide a oscillé tantôt du côté économique et tantôt du côté social, cette indécision a conduit à de mauvais résultats.

Si une politique d' "ajustement structurel " minimum reste nécessaire pour favoriser les réformes de fond, la priorité doit être donnée à l'aide sur le terrain. Il sera toujours temps de revenir à des conceptions macro-économiques plus tard. Pour prendre une image, si vous souhaitez que la base d'une pyramide soit humide, ne l'arrosez jamais par le haut ! C'est pourtant ce que nous avons fait depuis de longues années...

Quant aux financements des bailleurs de fonds internationaux, ils se traitent toujours au niveau des Etats. Les principes de fonctionnement de la Banque Mondiale, qui commencent même à être contestés de toutes parts, doivent être revus.

1.4 - UNE OPINION PUBLIQUE DESABUSEE

Depuis longtemps la politique française avec les Pays du Sud manque de transparence, ce qui a pour conséquence que les décisions prises par les gouvernements français et liées aux montants des aides ou aux abandons de dettes présentent des justifications insuffisantes. Qui décide vraiment ? Décisions budgétaires ou politiques ?

Dans un climat économique français difficile, les citoyens ne sont plus dupes et doutent de l'utilité de tout cet argent dépensé... Dans ce contexte où l'appel à la générosité publique devrait être largement développé, une révision médiatisée de la nature, des modalités et de la destination de l'aide serait la bienvenue.

Sinon, les Français se désintéresseront définitivement du Sud pour se tourner vers des pays plus neufs et plus proches d'eux : ceux de l'Est. Quitte à retrouver les mêmes déceptions ultérieurement...

Dans ce but, une politique de communication pour faire comprendre les enjeux de la solidarité et du développement est à encourager, notamment sur le développement et pas uniquement sur l'urgence ou l'humanitaire de crise. Une véritable culture du partenariat doit être instaurée et les donateurs doivent être mieux informés des aspects qualitatifs des opérations qu'ils financent.

2 - PROPOSITIONS POUR L'AVENIR

2.1 - CONCENTRER LES AIDES SUR LA " BASE "

- L'axe majeur d'une politique vraiment responsable est d'aider les Africains, en tant
qu'individus, à mieux vivre dans leurs pays. Cela suppose, en termes économiques, de mettre en oeuvre des systèmes d'aide leur permettant de créer des richesses localement. C'est sûrement une manière de résoudre la question de l'immigration vers le Nord.

- L'idéal en matière de coopération est de traiter d'Etat à Etat, entre gouvernements responsables ;
seuls les Etats forts peuvent présenter des garanties pour des bailleurs de fonds. Une sélectivité doit donc s'imposer dans l'aide française : ou bien l'aide sera revue à la baisse, ou bien une révision déchirante de nos vieilles habitudes s'imposera et on sera conduit à distribuer les aides à la base plutôt qu'au sommet. Reprenons notre image de la pyramide : ne l'arrosons plus à son sommet, car la base restera désespérément sèche... Alimentons-la à sa base... et le sommet sera rarement humide. Le résultat optimum recherché sera atteint ! C'est la seule manière de créer des richesses locales.

- Si le principe du financement des Etats n'est pas à remettre en cause, il faut en transformer les
modalités de distribution et revoir, notamment, les conditions de fonctionnement de la Banque Mondiale. Cette évolution doit privilégier l'aide aux actions sur l'aide aux Etats qui doivent être invités à pratiquer une politique de non-ingérence dans les projets des acteurs privés.

2. 2 - DEVELOPPER DES RELATIONS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE ET SOCIAL

- L'action " sur le terrain " doit naturellement encourager le partenariat entre les artisans locaux
et les P.M.E. françaises qui disposent de l'expérience et qui peuvent irriguer en formation. En particulier un partenariat plus spécifique entre structures coopératives serait souhaitable.

Ces orientations doivent s'accompagner de la dissociation des recherches expérimentales et des actions opérationnelles,

- Travailler sur le terrain,c'est aussi développer la coopération décentralisée avec le concours
d'institutions locales françaises qui peuvent constituer un relais efficace avec les populations. (Les actions de Cités-Unies ainsi que les diverses opérations de jumelage entre villes françaises et africaines sont très souvent des réussites car ce sont des opérations concrètes de terrain).

- Organiser un véritable partenariat, c'est développer l'information par pays, sur la position du
gouvernement français, sur la situation du (des) pays concerné (s), et sur tous opérateurs et sur la fiabilité des partenaires locaux ; ces derniers devraient d'ailleurs être systématiquement incités à assurer une partie du financement.

- Les règles de cofinancement devraient être assouplies en fonction de la spécifité de chaque
programme et des buts poursuivis : la coopération et le développement ne sont pas un marché, les opérateurs professionnels ne sont pas des outils, une réelle relation de confiance doit se développer avec les bailleurs de fonds. Ainsi la durée des conventions de financement devrait être fonction de celle des opérations financées et les procédures de mise à disposition des fonds exclurent les risques de prégnance administrative au sein des pays d'intervention.

- Enfin, il serait important que les pouvoirs publics accordent plus d'importance qu'ils ne le font
en général à leurs représentants en place sur le terrain.

2.3 - INTEGRER LA MONDIALISATION

- Du fait de ses matières premières et du faible coût de sa main-d'oeuvre, l'Afrique est
concernée par la mondialisation. Elle doit s'y préparer pour en retirer les bénéfices liés au système.

- La délocalisation d'entreprises françaises peut, d'une certaine manière, constituer un substitut
à l'aide traditionnelle. En effet, contrairement aux aides unilatérales ou multilatérales, bien souvent aveugles et coûteuses, la délocalisation permet de créer des emplois et de la richesse locale dans un intérêt réciproque.

- Les efforts des pays du Nord doivent permettre aux pays en développement un accès réel
aux marchés des pays industrialisés. Donner de l'argent ou du matériel mais ne pas acheter la production locale crée des dysfonctionnements graves dans une politique de coopération.

2.4 - ENCOURAGER LA CREATION ET LE DEVELOPPEMENT DES SYSTEMES COOPERATIFS ET MUTUALISTES

- Le système coopératif en Afrique a connu des déboires dus à la trop grande immixtion des Etats
dans les organisations coopératives. Ces errements sont en voie d'être dépassés et on peut citer de nombreuses expériences d'organisations coopératives dans le secteur de la production industrielle, de l'artisanat et du crédit décentralisé qui constituent des apports indiscutables au développement.

L'autonomie des coopératives figure dans la nouvelle formulation des principes coopératifs ; les Etats se sont retirés bon gré mal gré ; des initiatives coopératives se développent désormais de manière saine.

Parmi les caractéristiques des dispositifs mutualistes et coopératifs figure la notion de " réseau ". Ainsi les coopératives agissent au centre d'un système de solidarité et de fédéralisme, inscrit dans les principes coopératifs, qui apporte des garanties dans la pérennité des activités. Les pouvoirs publics devraient apporter un soutien particulier aux organisations qui s'inscrivent dans cette dynamique et qui actuellement entrent difficilement dans les filières des aides et des programmes. Une meilleure coordination entre les instances coopératives représentatives en Afrique francophone et les pouvoirs publics français devrait être organisée.

Du côté des organisations coopératives et mutualistes, un effort de coordination, de communication est encore nécessaire.

2.5 - AMELIORER LES SYSTEMES FINANCIERS LOCAUX

- L'argent restant l'élément moteur de l'investissement, il faut développer de nouveaux réseaux
bancaires de proximité pour suppléer le désintérêt des grandes banques locales pour les petits entrepreneurs. Plutôt que d'aditionner les projets, il faut s'inscrire dans une logique de création d'institution afin d'aboutir à l'émergence de véritables systèmes financiers décentralisés.

- Les systèmes coopératifs sont sans doute les plus efficaces car ils s'appuient sur la double notion
de solidarité collective et de responsabilité individuelle partout présente en Afrique. Ils faciliteront la mobilisation des flux locaux et l'appropriation des institutions par les populations.

- Il est nécessaire d'associer les tontines aux systèmes économiques coopératifs, dans un cadre
suffisamment large pour leur laisser leur liberté d'action. Il est par ailleurs indispensable de développer les fonds de garantie pour donner plus facilement l'accès au crédit aux petits entrepreneurs. Les systèmes coopératifs (sociétés de caution mutuelle) présentent dans ce domaine des avantages incontestables.

- L'opération médiatique de février 97 à Washington qui visait à situer comme un marché
mondial le " micro-crédit " à destination des plus pauvres doit attirer l'attention des coopérateurs français et européens. En effet, cette opération montée par les grandes banques commerciales anglo-saxonnes ne doit pas faire perdre de vue que le développement local ne passe pas par une logique de projet marketing sur le marché de la pauvreté, mais par la création d'institutions locales mutuelles ou coopératives qui assureront le développement autocentré des projets financés et la localisation sur place de la valeur ajoutée.

2.6 -MOBILISER LA DIASPORA

- Les élites africaines se trouvent souvent à l'extérieur de leurs Pays... il faut favoriser le retour
de ces élites : les médecins, ingénieurs et économistes africains seraient plus utiles en Afrique qu'en Europe.

- D'une façon générale, il faut favoriser les retours dans un programme de création de petites
entreprises en Afrique en privilégiant la formation des volontaires et le cofinancement des projets.

- Parallèlement, il faut renforcer les liens avec les communautés issues de l'immigration et les
impliquer plus fortement dans les décisions relatives à leurs pays d'origine.

2.7 - REORGANISER LE MONDE DES OSI

- Si l'on se situe dans un contexte où les aides prendront plus la forme de prestations d'assistance
et de conseil sur le terrain plutôt que de dons et subventions au niveau des Etats, les fonds publics devront être plus largement ouverts aux actions initiées par les entreprises, les collectivités locales et les OSI (Organisations de Solidarité Internationale). Cette plus grande délégation dans l'action nécessitera une coordination Privé/Public renforcée.

- Afin d'assurer la qualité des interventions sur le long terme, toute action devra être suivie d'une
évaluation conjointe par le bénéficiaire et le bailleur de fonds. Les OSI qui ont un rôle d'opérateur devraient bénéficier d'une " notation " indiquant leur professionnalisme dans le cadre de leur spécialité.

- La crise laisse peu d'espoir à l'augmentation des budgets de coopération. Si l'idée d'une plus
grande efficacité des fonds alloués arrivait à passer dans le public, une nouvelle forme d'appel à l'épargne publique pourrait être tentée (fonds éthiques, etc.).

- S'attacher à un équilibre adapté entre la solidarité et le développement entre le bénévolat
et les interventions de spécialistes salariés, pour élargir au maximum le champ des interventions.

- Tout cela nécessitera de reconsidérer l'organisation et le fonctionnement des multiples OSI
existant à ce jour. Actuellement, quelques regroupements existent, au travers de collectifs qui ne présentent pas toujours de spécificités déterminantes. Il est probable que les structures actuelles pourraient être améliorées, par une meilleure organisation, tant horizontale que verticale.

- Un rapprochement des OSI, ayant des domaines voisins d'activité, au sein de structures
communes identifiées (agriculture, artisanat, santé, banque, etc.) doit être recherché de manière à accroître l'efficacité d'ensemble. Ce serait un excellent moyen de stimuler la concurrence, notamment en généralisation les appels d'offre auprès de ces structures nouvelles.

- Une coordination, par pays d'intervention, des différents domaines d'activité de manière à les
adapter aux projets d'ensemble qu'il s'agira de traiter. Cette coordination efficace des OSI reste encore à améliorer. Elle est d'autant plus importante et urgente que les OSI doivent prendre une part déterminante dans le cadre d'un système de coopération profondément rénové.

- 02/06/97 -

Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez prendre contact avec le :

G.N.C. - Michèle TIXADOR
43, rue de Liège - 75008 Paris
Tél. 01.42.93.59.59