DISCOURS DU SECRETAIRE D'ETAT A LA COOPERATION




Charles JOSSELIN
Secrétaire d'Etat chargé de la coopération

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les Présidents, Chers Amis,

Je voudrais tout d'abord vous dire à quel point je me réjouis d'être aujourd'hui parmi vous à l'occasion de ces journées régionales, sur le chemin des Assises Nationales de la coopération et de la Solidarité internationale.

Je m'en réjouis parce qu'elles me permettent de participer à vos travaux alors que j'avais été dans l'impossibilité de me rendre à Rennes la semaine dernière. Ainsi va la vie...

Je m'en réjouis surtout parce que je vois comme un heureux présage de consacrer l'un de mes premiers rendez-vous à la coopération hors l'Etat.

Il est bien trop tôt pour que j'ai la prétention de vous présenter aujourd'hui une sorte de plan d'action. Je voudrais au contraire vous faire part de l'esprit dans lequel j'ai l'intention d'aborder ma tâche et de travailler avec tous ceux qui sont engagés dans des actions de coopération.

Les pays en développement sont divers. Certains sont en train de s'ancrer à l'économie mondiale, ils font preuve d'un dynamisme qu'il faut encourager et soutenir. D'autres comptent parmi les plus pauvres, rencontrent des difficultés dans leur marche vers le développement, mettent en oeuvre des réformes économiques exigeantes dont les résultats restent fragiles. Ils poursuivent leur démocratisation, dans un climat plus favorable aux droits de l'homme et à la transparence de la gestion publique, ils associent de plus en plus largement l'ensemble des citoyens à leurs stratégies de développement. D'autres, enfin, continuent à traverser de graves conflits. Nous choisissons une coopération au développement diverse et adaptée, qui serve les aspirations des uns et des autres, et les intérêts mutuels qui nous unissent. Les attributions de mon Département traduiront ce choix.

Sur le fond des choses, cette politique repose sur des axes et des orientations solides, et sur la richesse de l'expérience. Je ne vais pas aujourd'hui évoquer plus avant les évolutions qu'il est souhaitable de promouvoir ou de mettre en oeuvre. Nous les mènerons avec persévérance. Mais je voudrais vous faire part de quelques principes qui guideront mon action.

Celui tout d'abord de la responsabilité. Il s'agit de respecter l'autonomie de nos partenaires, de la renforcer, de leur donner les moyens d'un véritable exercice de cette responsabilité. Ils doivent être en mesure de faire des choix, de fixer des stratégies, de déterminer les programmes de mise en oeuvre avec notre concours et notre appui technique. C'est à partir de là que nous pourrons fixer les meilleures manières de soutenir leur action et d'y contribuer.

Celui de la citoyenneté. Le contenu des actions de coopération doit s'attacher à la fois au renforcement des politiques publiques, à l'encouragement des initiatives privées, à tous les niveaux et de toutes les manières, à l'amélioration de la gestion des affaires publique. Cela ne se fera pas sans un rapprochement plus étroit de l'Etat et des citoyens. L'Etat doit jouer son rôle de régulateur sans contraindre les initiatives prises en dehors de lui. Notre coopération doit contribuer à renforcer l'organisation de la société civile et à soutenir la décentralisation, accompagnée d'une déconcentration de l'administration. Ce sont là les conditions d'un développement durable et équitable.

Celui d'une attention particulière portée aux effets sociaux des politiques économiques et des programmes de développement en vue de mieux intégrer les groupes les plus vulnérables dans la vie du pays, de lutter contre la pauvreté, et la marginalisation qu'elle entraîne. La session extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations Unies, qui se tiendra du 23 au 27 juin prochain, montrera à nouveau que l'équilibre entre développement économique, social et bien sûr environnemental, est essentiel. Je veillerai à ce que ces approches soient présentes dans les secteurs d'activité du secrétariat d'Etat.

Celui du partenariat, enfin. C'est un vieux mot. Mais il doit recouvrir une réalité nouvelle. Partenariat entre les Etats bien sûr, et j'ai parlé de leurs stratégies et de notre appui à ces stratégies. Partenariat entre la puissance publique et tous les acteurs de la société civile aussi. Qu'il s'agisse des organisations de solidarité internationale, des entreprises, des autorités et des élus locaux ou encore des groupes majeurs -comme on les nomme aux Nations Unies...-, les femmes, les jeunes.

Je viens d'esquisser quelques contours de notre action. Cela vaudra aussi dans nos entreprises multilatérales, dans le cadre des institutions financières de Washington et surtout, au sein de l'Union européenne, puisqu'aussi bien un vrai chantier s'y ouvre dans la perspective d'un renouvellement des relations entre l'Union et les pays ACP à partir de l'an 2000.

J'en viens à la mise en oeuvre de cette politique. Comme vous le savez, le débat est ouvert, nous savons tous que le dispositif actuel de coopération ne satisfait pas toujours l'impératif d'efficacité, de lisibilité et de cohérence. J'aurai sans doute l'occasion de m'exprimer plus avant à ce sujet dans un proche avenir.

Dans cette démarche d'adaptation, il conviendra de veiller à ce que les exigences de transparence soient mieux respectées, vis à vis de nos concitoyens, vis à vis des pays avec lesquels nous coopérons.

Je sais que vous êtes particulièrement sensibles à toutes ces préoccupations. Je ne doute pas que vous serez en mesure de les faire partager à nos concitoyens afin que le débat s'ouvre largement et ne se cantonne pas au cercle des spécialistes, des militants et des responsables. C'est bien ce à quoi vous êtes attentifs, puisque vous êtes ici réunis pour " remobiliser l'opinion ", " coordonner les acteurs " et faire des suggestions afin d'esquisser la coopération française de l'an 2000.

En tout cela, vous avez un rôle à jouer, les pouvoirs publics ont le leur également, je voudrais vous faire part maintenait de quelques réflexions concernant nos rôles respectifs et nos relations. Ce que je voudrais vous proposer en définitive, c'est une sorte de contrat.

Il revient bien entendu à l'Etat une fonction majeure dans la définition des politiques de coopération, la coordination des moyens, la mise en cohérence des activités engagées par les acteurs privés et publics ; de même qu'il lui échoit les négociations et la concertation internationale. Il doit également se soucier de l'information du public, à propos de l'aide au développement et de sa " visibilité " à l'étranger.

Je n'entends pas vous considérer comme de simples initiateurs ou exécutants de projets. Je souhaite que vous preniez la place qui vous revient dans le débat sur les politiques d'aide au développement et dans leur mise en oeuvre. Il importe de traiter les bonnes questions, au bon niveau, par les voix appropriées, c'est-à-dire celles des élus nationaux, celles des collectivités locales, celles du monde associatif, celle de l'administration, dans le souci d'une articulation efficace. Nous aurons probablement à clarifier le rôle et la place de chacun, de manière pragmatique, au travers de nos activités.

Les acteurs de la coopération décentralisée ont dans ce domaine un rôle essentiel à jouer. En effet, qui peut mieux qu'un élu partager son expérience avec son homologue. Lui-même, souvent nouvellement élu, ayant à se familiariser à la fois avec une nouvelle organisation administrative, à la mettre en oeuvre au quotidien, à se confronter à des tâches, des problèmes complexifiés par la pénurie de crédits, de moyens humains etc. Vous savez, bien sûr, tout l'intérêt que je porte à ce type de coopération.

Je souhaite que la concertation entre nous soit vivifiée. Les instances et les procédures existantes devront être préservées, adaptées, complétées. Je sais que vous êtes porteurs d'initiatives dans ce domaine. Des rencontres de ce type feront beaucoup pour leur discussion approfondie et leur concrétisation.

Je dirai enfin que j'aime pratiquer un langage de vérité.

Vous savez ce que sont les contraintes budgétaires, les pesanteurs administratives, les difficultés de mise en oeuvre. Je ne vous cacherai pas les difficultés. Je vous inviterai toujours au réalisme et au pragmatisme mais j'aurai toujours la volonté de persévérer. Je connais aussi vos propres contraintes, les limites que peut rencontrer votre action, la nécessité où vous vous trouvez d'adapter vos moyens et parfois de renouveler vos équipes. Je vous invite à de nouvelles ambitions pour vous-mêmes.

Je voudrais en conclusion vous dire que la manifestation d'aujourd'hui me renforce dans mes convictions et que je porterai le plus vif intérêt aux suggestions qui en résulteront. J'inviterai pour ma part mes collaborateurs les plus directs et mes services à y porter la plus grande attention. Je souhaite plein succès à vos travaux et je vous donne rendez-vous à l'automne pour conclure les Assises. Nous vérifierons alors qu'elles auront constitué un nouveau départ.


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SECRETARIAT D'ETAT A LA COOPERATION
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