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Les enjeux de l'Aide au secteur agricole en Afrique sub-saharienne

Partie I/ Aides publiques et coopération avec le secteur agricole
Partie II/ Les partenariats avec les organisations paysannes africaines
Partie III/ Modalités de mise en oeuvre de l'APD au secteur agricole


Partie III/ Modalités de mise en oeuvre de l'APD au secteur agricole

  1. EXPERTISE LOCALE ET ASSISTANCE TECHNIQUE
  2. L'APPROCHE PROJET/PROGRAMME EN QUESTION
  3. LA COMBINAISON DES RESSOURCES FINANCIERES POUR CONSTRUIRE L'AUTONOMIE DES PARTENAIRES AFRICAINS ?
  4. COMMUNICATION, INFORMATION, FORMATION
  5. LA CONCERTATION ENTRE ACTEURS

9. EXPERTISE LOCALE ET ASSISTANCE TECHNIQUE

9.1. Le sentiment d'être obligé d'accepter l'assistance technique

"Un organisme d’envoi de volontaires vient vers nous et dit : " Nous voyons qu’au niveau du Centre et avec les communautés villageoises, vous menez beaucoup d’activités ; cela nous intéresse ; on peut vous aider financièrement et vous envoyez un volontaire ". Nous leur avons dit : " Constatez avec nous ce que nous faisons. Est-ce que nous avons des lacunes techniques ? Si oui, formez-nous sur tel point plutôt que de payer un volontaire. Et si nous n’avons pas de lacunes, alors envoyez-nous l’argent sans volontaire ". Ils n’ont envoyé personne et ne nous ont pas appuyé !" (ONG, Bénin, Fada)

"Un expert blanc [...] il peut gérer beaucoup plus librement. Il peut facilement dire non, alors qu'un Guinéen, il a été pistonné, il a été positionné à ce niveau grâce à une main quelque part, donc, quand cette main-là vient demander un concours, il ne peut pas refuser. Le blanc qui est là, il est venu de l'extérieur, l'argent qu'il gère, c'est de l'argent venu de l'extérieur, donc il gère librement en toute quiétude, sans aucune pression extérieure.(Cadre guinéen, IRAM, p. 240)

"Le partenaire extérieur, comme nous (le sommes en tant que bureau d'études burkinabé), peut être intéressant tant qu'il peut être une courroie. Il est une courroie, ou il est comme les archives qu'on dépoussière de temps en temps, quand on en a besoin. Mais un travail de suivi pour qu'on fasse des choix ensemble, non. On a un certain nombre d'informations, on l'a oublié dans un placard et un matin on se rappelle que cela a bien existé et on dépoussière. Et nous, ça ne nous intéresse pas d'entrer dans cette relation. Le partenaire n'existe que quand vous avez besoin de lui". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 261)

"Puis, les marchés sont conclus au Nord, c'est à dire que de toutes les manières c'est un bureau d'études du Nord qui a le marché et il doit sous-traiter avec un bureau d'études local. Donc, déjà on est mis en second rang, et ça nous dérange beaucoup. Et il y a des partenaires qui vont jusqu'à imaginer qu'en fait le bureau d'études local joue le rôle d'enquêteur. L'analyse et autre, on n'est pas impliqué, ils se considèrent comme les seuls responsables scientifiques de l'affaire. Là aussi, on s'est trouvé dans des situations où nous avons refusé la collaboration. Parce qu'ils n'ont pas confiance, il y a toujours cette arrogance intellectuelle de l'expertise du Nord, ou alors ils le font par opportunisme, parce que, de toute façon ils sont obligés d'utiliser les bureaux d'études du Sud". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 234)

9.2. Maîtriser les flux d'assistance technique

* Nous n'avons pas à être présents là-bas en permanence. Nos partenaires sont capables de s’autogérer. Il faut négocier, non pas avec ceux qu’on a organisés, mais avec ceux qui se sont organisés eux-mêmes ! (Synd., F.)

* L'assistance technique ne doit s'appliquer que là où il y a une maîtrise d'oeuvre locale forte et son envoi ne doit pas être décidé seulement par ceux qui la paie. Il faudrait obtenir que chaque maître d'oeuvre du Sud, reconnu comme partenaire à renforcer, dispose d'une possibilité de choisir et d'employer quand il le veut les ressources humaines payées par une aide extérieure. Peut-être le bailleur peut-il lui donner une liste de gens qu'il agrée d'avance. Ce qu'il faut obtenir aussi est une assistance technique assurée par missions courtes au rythme voulu par le maître d'oeuvre et non pas d'une façon de longue durée qui entraîne presque toujours des phénomènes de substitution. Ensuite, qu'on le contrôle mais qu'il puisse se sentir réellement responsable. (Consultant, I.)

9.3. La présence d'un volontaire étranger peut laisser des traces négatives pour une organisation paysanne

"Le côté positif de la venue des volontaires au sein du CODEB, c'était "les voitures parmi nous". Si nous sommes malades, ils peuvent nous déposer au dispensaire ou à l'hôpital. Et puis, du côté des autorités, si ils sont avec nous quand on amène nos papiers ou autres choses, c'est facile, parce qu'un européen devant nos autorités, les problèmes ne se posent pas ! De ce côté-là, la venue des volontaires, c'était très positif. Du côté du financement, quand un européen est avec nous et que l'on demande du financement à l'extérieur, cela ne tarde pas à venir parce que les bailleurs pensent que si il y a leur frère là-bas, la comptabilité et la gestion doivent bien marcher, donc l'argent, cela vient comme le robinet que tu ouvres ! Alors que si c'était nous seul, là ce sera comme un robinet fermé ! Mais d'autres côtés, avec leur "monnaie-là" ce n'était pas aussi positif ! Quand le volontaire est là, l'argent est là et les gens ne veulent pas travailler comme avant. C'est ce que je trouve mauvais. Mais il faut dire que cela dépend de la personne même du volontaire. Par exemple, chez nous, notre premier volontaire avait la "main ouverte" pour (donner à) tout le monde. Tout le monde vient chez lui ! Mais le 2ème lui, ne faisait pas cela; il s'occupe seulement de l'association et toujours avec les responsables pour qu'ils fassent leurs activités. Alors là, c'est bon. Mais avec un volontaire qui dit que lui va tout faire, que lui il est bon ! Il est bon mais il va mettre l'association "en carcasse, comme cela". (Vincent Guelmian, P, CODEB, Tchad)

"Une difficulté est que, dans le temps, il y a eu des volontaires étrangers qui étaient avec nous. Eux, quand ils veulent faire une formation, ils le font avec de l'argent ou bien ils nourrissent les gens. Après eux, il est difficile pour nous d'organiser une formation parce que les gens pensent à ce que les volontaires faisaient, mais nous comme on n'a pas la possibilité de dépenser autant, les gens "se gênent". Ils se gênent pendant les réunions ou bien les formations parce qu'ils n'ont rien trouvé à manger, ils n'ont pas trouvé à boire. Les volontaires étrangers d'un côté c'est bon et d'un autre côté, ce n'est pas tellement bon. Quand ils sont là, beaucoup de paysans comptent surtout sur eux. Quand ils voient venir le blanc, ils veulent toujours être prêts mais quand nous, membres du CODEB, nous venons, ils disent : "Ce sont seulement les membres du CODEB qui arrivent". C'est ce côté-là qui nous gêne. Leur présence ici nous aide mais d'un autre côté, elle ne nous aide pas. Du côté où cela nous aide, ils nous donnent des conseils sur la comptabilité, des conseils sur la gestion et autres, là c'est bon. Mais de l'autre côté, c'est mauvais parce que les gens comptent beaucoup sur eux, sans compter sur le comité CODEB". (Barmbaye Guelmian, P, CODEB, Tchad)

9.4. La coopération entre OP et services techniques

"Les cadres de plus en plus n'ont pas le contact avec la population. Avant on disait qu'on est venu pour remplir le fossé qui sépare les cadres des paysans. Maintenant c'est qu'il y a une colline même qui les sépare, ce n'est plus un fossé (rires)". (Cadre nigérienne, IRAM, p. 42)

"Notre union, l’APRAN, a aménagé, en 1993, un "Centre de production, de formation et d’expérimentation" sur 2 hectares avec des hangars, des dortoirs, des pépinières. Les chercheurs et les techniciens de la région y travaillent désormais. C’est que dans leurs propres centres, actuellement, ils n’ont plus rien à faire car, faute de moyens, ils ne peuvent pas faire d’applications concrètes sur le terrain. Même sans y être invités, ils viennent parce que c’est nous qui avons des poules ! En pratiquant leur recherche, ils nous appuient parce que, s’ils voient des lacunes ou des maladies, ils sont obligés de nous dire : "Attention, il y a cela ..." Quant à l’école des Eaux et Forêts, nous hébergeons ses élèves durant deux mois, au centre, pour qu’ils fassent une période de pratique dans nos pépinières et avec les membres des groupements". (Demba Keita, P, APRAN, Sénégal)

9.5. Faire travailler les cadres nationaux

* Il n’y a pas eu de recrutements dans l'administration malienne depuis 15 ans et les meilleurs cadres sont partis dans les structures de projet. il n'y a pas de chef d'orchestre. L'aide le voudrait-elle, elle est aujourd'hui incoordonnable par quelqu'un de l'Etat. Il faut trouver le moyen de construire une administration de qualité, et cela va demander des années. (Consultant, I.)

* Pour moi, il est important de trouver des experts locaux qui ont une connaissance de leur pays. C'est à eux de faire l'étude. Qu'un expert étranger soit associé, passe encore. Mais des missions d’experts formées seulement d'étrangers : il faut ne plus financer cela ! D’autre part, il faut que ces missions soient demandées par ceux qui agissent localement et non imposées par les bailleurs de fonds. (Adm., F.)

* Il faut aider les agents publics de ces pays à se reconvertir et la seule voie de reconversion valable c’est qu’ils deviennent des agents des OP, employés par elles. (Adm., F.)

"La connaissance du milieu aujourd'hui, c'est une expertise. Parce que même avec les recettes techniques, l'expertise technique, le conseiller technique, s'il n'est pas en rapport avec la connaissance du milieu, il ne peut rien faire. Donc, j'ai arrêté de me dévaloriser en disant, je n'ai pas la technicité, mais j'ai la connaissance du milieu. Et Dieu sait que la connaissance du milieu, la dynamique sociale, c'est quelque chose, c'est différent de quatre plus quatre. Donc, si on m'amène l'expertise, on m'amène l'argent, moi j'amène la connaissance du milieu. A la sortie, j'amène le résultat". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 249)

"Et je crois que l'assistance technique peut-être a, sans le vouloir, un rôle très négatif qui est justement de proposer des modèles, mais pas de développer une créativité des gens eux-mêmes". (Cadre guinéen, IRAM, p. 255)

"Les cadres supérieurs de ce pays et de beaucoup de pays africains, le problème qu'on a et c'est pourquoi on est encore dépendants de vous, c'est qu'on ne sait pas faire par nous-mêmes. On n'a pas appris ça. Pour être inventeur, il faut de la méthode, on est trop consommateur de recettes et c'est quand même dommage. Il faut qu'on soit producteurs nous-mêmes de méthodes et producteurs aussi d'outils, surtout en matière de réflexion. Et la coopération, pour moi, doit beaucoup plus privilégier ces aspects-là". (Cadre béninois, IRAM, p. 256)

"Il faut améliorer les procédures, au niveau même des discussions. Je crois que dans le rôle que l'on nous confie, et ça c'est une critique très forte que je fais, la Coopération française n'a toujours pas accepté de jouer franc jeu avec les cadres africains, et ça c'est dommage ! On nous confie toujours des rôles d'accompagnateur de missions qui ne nous intéressent pas. Moi j'ai dit "écoutez, ça suffit !" Ca fait deux ans que je ne travaille pas pour la Coopération française, depuis 1993. Tout simplement à tous les niveaux, tu as l'impression d'être infantilisé, enfin c'est pas possible ! On a quand même des cadres qui tiennent la route maintenant, qui ont été formés chez vous, tant mieux, on a des cadres solides et qui ont l'impression qu'on se moque généralement d'eux quand on les implique de certaines façons". (Cadre malien, IRAM, p. 227)

"Notre bureau cherche constamment à s'imposer en tant que bureau d'études, pas en tant que boîte de consultants dans laquelle on vient piquer un consultant de temps en temps, qu'on va aller utiliser sur le terrain et revenir". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 234)

9.6. Propositions de questions à débattre

* Il faut d'autres façons d'appuyer nos partenaires et éviter la présence permanente d'assistants techniques. Des missions d'appui de trois, quatre mois par an, pendant les saisons creuses ici, de paysans vers le Sud et des visites de paysans du Sud ici seraient certainement efficaces. Il faut s’engager autrement que par la voie des experts permanents ; il faut trouver une forme de travail plus " homéopathique ". (Adm., F.)

* Je suggère qu'on passe avec les OP des conventions d’appui qui leur permettent d’avoir des recettes temporaires, dégressives, avec lesquelles elles puissent embaucher et faire travailler ces techniciens qui sont nécessaires au développement.

* Une de mes questions, c'est de dire : "quand je regarde le Mali, où sont donc les jeunes cadres, les dirigeants de demain ? Que font-ils, ceux qui ont été formés, et qui ne sont pas dans l'administration parce que celle-ci n'embauche plus".

10. L'APPROCHE PROJET/PROGRAMME EN QUESTION

10.1. Les projets-institutions temporaires

* Les responsables, dans l’Afrique actuelle, préfèrent la méthode-projet qui permet mieux d’être assuré de recevoir des sommes et éventuellement d’en profiter. Quant aux bailleurs de fonds, la méthode des projets est pratique ; ils ont le sentiment de bien cerner ce qu’ils ont à faire ; ils ont ensuite des décaissements faciles, etc. (Adm., F.)

10.2. Comparaison des financements par projets ou par programmes

"Les projets, leur avantage est qu'ils sont restreints et faciles à suivre. Mais ils ne durent pas longtemps. Au moment où les gens commencent à voir clair, le projet se termine. Un projet est bon au moment où l'organisation commence à se développer, petit à petit, à devenir adulte. Parce que le projet peut être une expérience, un test par rapport aux activités de l'organisation, par rapport également aux relations avec les partenaires. Si tu prends un projet comme test, cela peut te permettre d'estimer si tu peux t'engager pour un programme ou non". (Mathieu Diouf, P, ARAF, Sénégal)

"Les projets pour lesquels nous avons eu des partenaires qui sont venus, ont financé et par la suite sont partis, laissent un pourcentage d'échec assez considérable. Peut-être parce que ces partenaires ont privilégié l'aspect financier, mais on négligé l'aspect technique et stratégique de ces projets. Ces partenaires peuvent croire à un projet donné, financer ce projet alors que dans la réalité ce n'est pas cela qui intéresse les gens, des gens qui, à un moment donné, ont eu des difficultés à formuler réellement leurs propres besoins". (Sara Diouf, P, Jig-Jam, Sénégal)

"S'engager dans un programme, c'est tracer une voie pour 3, 4 ou 5 ans sur laquelle tu es d'accord de cheminer avec des objectifs précis, des activités concrètes, un mécanisme de suivi, d'évaluation et d'organisation. Il faut identifier l'ensemble des besoins des membres, les classer en fonction de leurs priorités, et essayer d'étendre ce programme dans le temps". (Mathieu Diouf, P, ARAF, Sénégal)

"Bien sûr, chacune des deux approches a des points forts et des points faibles. D'un côté, le financement de projets sectoriels précis, ne cherchant même pas une cohérence, permet aux partenaires de financer "la base" d'une manière très rapide. Ce financement va effectivement directement aux paysans. Le deuxième type de partenariat a des limites car souvent on veut brasser beaucoup d'activités à la fois. La négociation n'est pas rapide. Quelques fois, on initie un programme, les actions retenues sont recensées parmi la population comme étant vraiment ses besoins mais la négociation dure des mois, voire un ou deux ans (et pour le cas d'un contrat avec une Banque de Développement, 4 ans !) et le contexte pendant ce temps-là change". (Sara Diouf, P, Jig-Jam, Sénégal)

10.3. Des pratiques dominées par les bailleurs

** "Très souvent les politiques nationales ont un aspect un peu surréaliste : on définit des modèles et établit des projections alors qu'on ne maîtrise rien des facteurs internationaux ni des facteurs locaux. Les stratégies alimentaires constituent un très bon exemple où les aides alimentaires sont souvent du même ordre de grandeur que les incertitudes statistiques. Les études sont très peu développées sur les réactions des différentes catégories de paysans aux diverses incitations de l'Etat (notamment sur les prix des produits commercialisés et des intrants, les réformes de la commercialisation et du crédit) et les décisions sont prises pour la plupart à partir d'informations sporadiques ou d'idées préconçues. Il n'y a, encore trop souvent, ni cadres ni procédures permettant la réflexion, les échanges d'expériences, la concertation entre les divers groupes sociaux concernés (cadres politiques, techniques, commerçants, agriculteurs, éleveurs)". (Equipe IRAM, p. 27)

"Il nous arrive, en négociant avec un partenaire, de devoir laisser certaines parties de notre programme. Ce sont alors souvent des actions d’ordre social. Au premier programme, nous avions eu à considérer des appuis au niveau des villages pour l’amélioration des conditions de santé. Mais les partenaires, à ce moment-là, n’avaient pas senti cela comme étant une priorité. Ou bien pensaient-ils que c’était un domaine que l’Etat devait prendre en charge ? Ils disaient que nous pouvions permettre aux gens d’avoir de quoi améliorer leur santé par des activités productives mais quant à imaginer des actions de santé, construire des cases de santé, acheter des médicaments, etc., que c'était un investissement qui ne génère pas beaucoup de revenus et qui est difficile à supporter. C’était la seule raison pour laquelle ils étaient un peu réticents et n’ont pas financé cela". (Sara Diouf, P, Jig-Jam, Sénégal)

"Au moment où on prévoit les activités du programme nous sommes dans un contexte bien donné. On prévoit comme on pense que, peut-être, cela se réalisera d’ici un à deux ans. Alors que cela se réalise autrement parce qu’avant les un ou deux ans, il y a sûrement des changements, des événements, voire même une réorientation. Cela induit rapidement de nouveaux frais de fonctionnement. Et on peut alors avoir des problèmes pour les financer. Et puis, l’argent qui vient de l’aide, s’il est bien canalisé, est destiné à quelque chose de précis et notre participation financière pour ces actions-là est obligatoire. Cela nous pousse rapidement à puiser parmi nos ressources propres pour les financer et il reste peu pour notre fonctionnement". (Sara Diouf, P,JIG-JAM, Sénégal)

10.4. Exemple : L'instrument-programme est-il adapté au dynamisme du Centre Djoliba (Bamako, Mali)

** "En 1985/1986 est arrivée une agence d’aide qui était plus systématique que les autres. Elle voulait des chapitres précis et on ne pouvait pas passer l’argent prévu d'un chapitre à un autre. Les chapitres étaient très structurés. Au départ, son intention était de venir en aide à l’action que le Centre Djoliba menait, sans trop préciser que nous avions telle ou telle chose à faire. Cela a évolué vers un contrôle de plus en plus important au point que maintenant on est tenu : "on doit faire tant de séances de koteba (théâtre utile)" et un budget est prévu pour chaque activité détaillée. Par exemple, s’il y a les sessions de formation, il faut en faire tant comme prévu. L’agence demande des programmes triennaux, mais chaque année on négocie ; c’est-à-dire qu’on dit s'il y un changement. Et si jamais, vers la fin de l’année, il y a eu des parties de chapitres passés de l’un à l’autre, il faut adresser et négocier des modifications de contrat à signer avant de changer quoi que cela soit. Aujourd’hui, non seulement le nombre de jours de formation qui est déterminé mais aussi la cible. Avant, et ceci depuis les années 70 !, on faisait de la formation pour toutes les associations de base qui nous demandaient notre concours. On programmait bien un petit peu, mais les demandes venaient quinze jours, un mois avant le jour prévu pour la formation. Tandis que maintenant, il est prévu qu’il y en ait tant par an, pour certaines localités à déterminer l’avance, et tels types de public. On nous a dit qu’il fallait prendre trois localités en milieu urbain, trois en milieu périurbain, trois en milieu rural. Et que normalement, on doit faire des sessions de trente personnes. Cela a été difficile parce que quand on arrive dans une localité où les gens sont habitués à ce qu’on prenne toujours autour de cinquante/soixante personnes, avec deux formatrices pendant trois jours, celles qu’on n’acceptait pas se sentaient exclues. Et celles qui acceptaient de venir, qui étaient inscrites d’office (comme correspondant bien à la cible !), se sentaient un peu marginalisées par rapport à la communauté.

Avant, on faisait de la formation pour toute organisation et ONG qui nous le demandait et qui s’en servaient ensuite sur leur propre terrain. Maintenant, on est obligé de travailler sur des localités prévues, fixées d’avance et quand les gens viennent nous demander des sessions, si cela ne correspond pas dans une localité désignée, on leur dit qu’on ne peut pas les accepter parce qu’on n’a pas le budget pour. Nous avons donc beaucoup perdu en capacité de réponse. Il y a des gens qui attendent des formations qu’on ne peut plus leur donner. Ce qui est le plus pénible, à mon avis, ce sont toutes ces sessions que nous pourrions faire ...

Normalement, Djoliba amène environ 10% ou un peu plus du budget du programme. Il faut bien donc qu’il mène des activités à côté pour réussir à avoir des recettes à lui. Mais attention ! Avant, on pouvait s’en servir mais maintenant on ne peut plus. Quand on commençait l’année 1998, on ne savait pas exactement le nombre de CIEP (Centre Information-Education Populaire) qui seraient financés. Or, en 1997, on est monté jusqu’à 76. Mais cette année 98, on a reçu pour 40 et bien on va tomber à 40 CIEP. Il va y avoir une baisse. Le budget a augmenté et les activités vont diminuer.

Ce qui est le plus pénible, à mon avis, ce sont toutes ces sessions que nous pourrions faire ...

Tout est programmé. Par exemple, on sait qu’on doit acheter tant de mobylettes, tant d’ordinateurs... il faut prévoir tout cela trois ou quatre ans à l’avance. Ce qui m’inquiète, c’est que j’ai l’impression qu’on va se cramponner à réaliser un programme, parce que déjà on m’a dit qu’il ne fallait surtout pas qu’il reste de l’argent à la fin de l’année !! Maintenant, il y a un quota à respecter et l’on risque de s’atteler à réaliser des sessions parce que cela correspond à des budgets. J'ai peur que les gens de l'équipe se disent: "On a prévu quarante sessions, on fait cela et c'est terminé". J'ai dû signer en juillet 98 la convention pour les quatre années qui commence en début 98 et pour laquelle Djoliba a dû avancer six mois de trésorerie. Et puis voilà, en octobre 98, ils nous demandent de recommencer et de prévoir 99. N’est-ce pas un abus de programmation ? Dans un centre de formation comme le nôtre, c’est à partir des besoins des gens qui sont en général plutôt globaux et qui découlent l’un de l’autre, que l’on peut programmer. Ce n'est pas à partir d’un thème à la mode dans l’aide. Par exemple, quand on nous a demandé de nous occuper d’excision ; ceci s’est branché sur un programme qui nous avions déjà et qui comprenait, avec des groupes de femmes qu’on connaissait déjà depuis longtemps, à la fois l’alphabétisation, l’épargne-crédit et la recherche de revenus par des activités économiques. Il y a longtemps qu’on faisait ce type de choses et là on a pu, d’une certaine façon, ajouter cette question de l’excision. Mais si on nous dit : " le programme ne peut concerner que CE thème que nous finançons ". Coopérer avec ce type de financeur n’a pas d’intérêt : c’est destructeur. On a de la difficulté à faire comprendre qui on est et quand on est évalué, on ne veut pas être évalué sur le nombre de sessions qu’on va faire ou le nombre de journées, on veut être évalué sur le progrès obtenu pour aller vers nos finalités, par exemple est-ce qu’on a vraiment travaillé à un rapprochement compréhension entre musulmans et catholiques, est-ce qu’on a maintenant plus de capacités d’organisations de base en ville, etc. Mais ce n’est pas cela qui les intéresse". (F. Verstraete, fondateur du Centre, 1998)

10.5. Adopter d'autres démarches

"Les gens viennent nous voir en disant : " Nous vivons telle situation ". On discute alors des possibilités, des hypothèses d’actions qu’on pourrait mettre en place et c’est en fonction de cela que leur programme se définit petit à petit. Nous n’imposons rien, nous ne proposons rien. On chemine avec eux et au fur et à mesure qu’ils trouvent la nécessité de participer alors seulement nous intervenons". (Joséphine Ndione, ONG GRAIF, Sénégal)

* Une approche projet/programme classique qui tente de façon volontariste de déterminer à l’avance et souvent trop de l’extérieur les changements ne correspond pas à la dynamique sociale, dans la mesure où les changements durables ne peuvent être imposés ou transférés mais doivent parvenir d’une prise en charge par les intéressés, allier appuis externes et logiques et modes propres de constitution des solidarités. (Consultant, F.)

* Nous n'avons pas à donner aux gens trop de " programmes préparés à l’avance ". C’est impossible dans le milieu rural d’avoir des programmations trop précises. Il faut, et c’est très important, évaluer au fur et à mesure comment cela a marché et rectifier en essayant d'éliminer les obstacles qui empêchent de progresser. (Adm., F.)

* En ce qui concerne la politique agricole, il sera nécessaire de bien différencier les aides selon les potentialités et les retards des zones. Pour cela, il faut bien entendu sortir de la démarche projet, qui est très présente encore, pour aller vers des démarches de politique agricole. (Adm., F.)

"La Coopération Suisse a une souplesse sans borne. Un appui est apporté à notre Fédération depuis 1991. Nous parvenons à initier nos propres projets et le projet global est bien défini avec plusieurs rubriques. Il nous est même arrivé de jouer sur les conventions, car les réalités du terrain nous y avaient obligés, et cela n'a pas entraîné l'arrêt de notre partenariat". (J.M. Awomo, CFPC, Cameroun)

* Oui, mais n'est-ce pas parfois trop de souplesse, quand on évalue l'efficience négative de certaines fédérations paysannes du Sud Cameroun en 1999 ? (Cons., F.)

10.6. Propositions d'une question à débattre

* Comment concilier l'accompagnement des processus de développement avec l'atteinte d'objectifs précis dans une durée déterminée ? (Ch. prog., F.)

11. LA COMBINAISON DES RESSOURCES FINANCIERES POUR CONSTRUIRE L'AUTONOMIE DES PARTENAIRES AFRICAINS ?

"Si tu peux bien prendre soin de ton propre argent et que tu en connais la valeur, tu peux bien travailler et bien prendre soin de l'argent qu'autrui t'amène. Sinon, si tu ne peux pas prendre soin de ton propre argent, tu ne connaîtras pas la valeur de l'argent qu'autrui donne. Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas besoin d'aide, mais il faut que nous consentions un effort financier nous-mêmes, autrement nous ne connaîtrons pas l'importance de l'argent que l'on nous donne". (Leader paysan malien, IRAM, p. 250)

11.1. Limiter le volume d'aide extérieure et le proportionner au volume d'apports propres

"Les femmes ont peur des grosses sommes, n’étant pas habituées à gérer de grandes fortunes. Les femmes conçoivent leur projet où elles n’ont besoin que d’un million, des bailleurs répondent qu’ils ne peuvent pas leur donner un million, qu’ils ne rentrent pas dans les histoires de ce million-là, qu’il faut que ce soit 10 millions ou 7 millions, et cela fait peur aux femmes". (Mariam Maïga, Agent d’appui, Burkina Faso)

"Nous avons constaté que souvent les femmes sont intéressées par un revenu régulier, plus que par un gros revenu. Par exemple, au niveau du maraîchage, les femmes n’aiment pas trop faire plus de 400 m2, cela demande un investissement, une gestion interne, qu’elles ne pourront pas maîtriser, toutes ne sont pas intéressées de passer à l’échelon supérieur". (Moumouni Imourou, cadre, Niger)

* Il faudra donner de l’importance non seulement aux droits des organisations d’épargne et de crédit mais aussi à leurs devoirs. Des devoirs qui sont liés à la reconnaissance du progrès de leur pouvoir. Il faudra mettre au point des critères stricts d’affectation de financements pour des opérations de développement local ou de progrès des exploitations, non pas en arrosant de subventions un peu n’importe où, mais en les accordant d’une certaine façon, aux " plus méritants ". Comme il y a différents niveaux de pauvreté et/ou de potentialités, il faudra veiller à bien connaître chacune de ces catégories et à l’intérieur de celles-ci, affecter les moyens d’aide à ceux qui, effectivement, apportent leur part de leur côté. (Ch. Prog., F.)

"Comme l’aide ne vient plus, on voit naître aujourd’hui des groupements d’intérêt économiques (GIE) de femmes. Elles cherchent la possibilité de contracter un crédit pour mener une activité qu’elles jugent rentable ; alors elles mettent ensemble des moyens propres personnels qu’elles gèrent de manière collective et se redistribuent entre elles pour financer des activités lucratives". (El Hadj Ndong, ONG, Sénégal)

11.2. Porter attention non pas aux seuls besoins mais aux ressources propres

"Lorsque les gens me disent qu’ils n’ont rien, qu’ils sont pauvres, je commence à les faire réfléchir sur ce qu’ils ont. Personne n’a " rien ". Il faut les aider à réaliser une analyse de leurs ressources". (Joséphine Ndione, ONG, Sénégal)

"Nous, nous avons des villages où on peut se retirer sans problème parce qu’il y a les bases économiques qui sont déjà là avec nos charrues, nos moulins et tout cela. Donc, il y a l’augmentation de revenu de ces femmes. Ces villages-là (proches de Bamako) nous les avons déjà listés, on peut se désengager sur le plan économique et faire le suivi des activités. Il y a deux revenus, il y a le revenu individuel mais il y a aussi le revenu de l’association. Nous avons des associations qui font des revenus de plus d’un million par an et elles peuvent, si elles le veulent, s’acheter un deuxième moulin ou bien des charrues". (Yuma Welle Diallo, ONG, Mali)

"Il faut permettre aux associations d’ouvrir des comptes de réserve. Parfois, l’association réalise un programme cofinancé par 3 ou 4 partenaires. Par exemple, l’association peut présenter un plan quinquennal à plusieurs partenaires et à l’Etat. Le compte de réserve est le reste des fonds non-utilisés dans les programmes, ajouté aux revenus des actions et des prestations de services. Ces fonds seraient bloqués pendant les 5 ans du programme. Cela permet d’assurer la continuité du programme après les 5 ans, en attendant de voir si le partenaire continue. Il est également possible d’utiliser cette réserve pour aider les autres membres en cas d’imprévus ou de problèmes, bref tous ceux qui ne sont pas dans le document de projet !" (Lamine Fayenke, ONG YEF, Gambie)

"Maintenant, au sein de notre ONG, nous pensons que tout ce qui est appui est appelé à disparaître dans l’avenir. Soit les paysans penseront que nos activités sont indispensables et ils seront prêts à payer pour que cela continue, soit ils n’auront plus besoin de la formation en question et c’est à nous de nous transformer pour faire d’autres activités qui servent également au monde rural". (Aminé Miantoloum, ONG, Tchad)

11.3. Organiser la combinaison durable des ressources locales et de l'aide

* Une priorité de l'APD sera le service financier, mais pas le service financier tout seul. Il faut aussi le reste. Le reste, c’est ce qui va se produire au niveau local et régional par les efforts de développement local et les politiques de décentralisation. Ceci va se traduire par la construction d’autres niveaux de solidarité. Il s’agit non pas de faciliter l’accès des populations aux services financiers, mais de faire que les populations puissent s’organiser pour assumer leur autodéveloppement. Par exemple en continuant à faire des investissements au sein des collectivités ou des différents collectifs, mais aussi en assurant le financement de leurs activités familiales d’exploitants. Le développement local jusqu’ici se fait peut-être trop " village par village ". La décentralisation est une opportunité pour élargir cette approche. Il faut, d’une certaine façon, que les projets de développement local se resituent au sein des efforts de décentralisation. Pour cela, ouvrir des guichets pour financer l’appui au développement local, non seulement au niveau communal mais au niveau zonal et régional et aussi en-dessous du niveau communal. Peut-être peut-on arriver à des systèmes plus adaptés par la méthode des quotas ou bien en ouvrant plusieurs guichets, par exemple un guichet qui cible les collectivités locales elles-mêmes et un autre guichet qui travaille au niveau sous-communal. (Ch. Prog., F.)

* C’est pourquoi je trouve important le nouvel enjeu des politiques de décentralisation. Il s’agit de remettre sur la table le problème de l’ensemble des modalités de financement. Pas seulement grâce à la participation financière des bénéficiaires et à l’aide extérieure, mais aussi à partir de taxes communales, de transferts des budgets de l’Etat vers les collectivités locales, etc. On va vers un financement plus complexe et des négociations entre les acteurs. (Ch. Prog., F.)

"J'ai trouvé dommage que toute l'organisation financière (d'un programme d'aide) soit répartie pour et par l'extérieur, sur les ressources que l'extérieur peut apporter, alors que le système d'épargne et de crédit existe ! Il est l'outil financier qui pourrait être mis au service de la décentralisation. Mais nos mécanismes ne sont pas bien développés". (Responsable paysan malien, IRAM, p. 167)

"L'autre aspect, c'est le financement qui viendrait d'autres filières que l'Etat ou des collectivités (elles-mêmes) donc de l'extérieur. Quand on y pense déjà on a peur, parce que l'on ne sait pas comment nous allons réussir à mettre un peu d'ordre dans tout cela. La tentation des collectivités c'est de dire, si nous définissons nos besoins, comme ça se passe maintenant, on attrape telle ONG, tel bailleur de fonds et puis ils viennent financer. Nous avons en tête de créer un fonds d'investissement local, cela a été défini déjà par la loi. Ce fonds d'investissement local, il faudrait qu'on réfléchisse pour savoir par qui il va être alimenté. S'il doit être contrôlé, géré, utilisé par les collectivités locales, il faut que les collectivités locales contribuent à son approvisionnement et que les bailleurs de fonds extérieurs acceptent de faire un pot commun". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 167)

Exemple :

"Le montage des activités par des prêts aux groupements fait qu’il y a des intérêts qui viennent à l’association. Quand un groupement est aidé pour une activité donnée, on lui donne un crédit (pris sur le fonds prévu au programme pour cette activité) qui doit être remboursé en six ans. Chaque année, le groupement donne (rembourse) un sixième de cet argent à Jig-Jam. Si le groupement donne 1/6ème, on prend 75% de cette somme pour élargir l’activité à d’autres groupements. Les 25% restant sont destinés au fonctionnement de Jig-Jam. D’un côté, cela permet à l’association de fonctionner grâce aux 25% de l’ensemble des remboursements réservés pour le fonctionnement. De l’autre côté, les intérêts permettent au groupement emprunteur de se maintenir jusqu'à la sixième année. Il pourra continuer ensuite à élargir son action au niveau de ses membres, d’une façon autonome bien sûr parce qu’il n’aura plus à rembourser l’association. Et celle-ci, à ce moment-là, aura déjà transféré 75% des fonds à d’autres groupements". (Sara Diouf, P, Jig-Jam, Sénégal)

"Dès 1987, notre fédération nationale a développé la notion de " capitalisation ", c’est à dire de formation de réserves financières au sein des associations, grâce à l’utilisation de l’épargne et de financements étrangers. A l’époque déjà il y avait l’idée qu’un jour l’aide allait progressivement disparaître et qu’il faudrait faire en sorte que les associations de base puissent participer de manière beaucoup plus importante au financement de leurs structures. Dans ce cadre-là, on a développé des techniques de capitalisation qui n’ont pas donné les résultats qu’on escomptait. Des efforts immenses ont été fournis au niveau des associations ; des fonds capitalisés ont existé au niveau de la fédération puis ils ont été prêtés aux associations et la majeure partie est sous forme de créances dues par les associations membres. Une partie de ces créances ont été finalement irrécouvrables et nous n’avons pas pu réellement capitaliser ces sommes d’argent pour faire face aux dépenses de la fédération au cas où les fonds de l’aide s’amenuisent". (El Hadj Ndong, ONG, Sénégal)

11.4. Analyse : des systèmes locaux-nationaux de garantie des crédits faits aux ruraux

* Il faut couvrir les risques des crédits, mais il ne faut pas le faire trop vite, il ne faut pas le faire avant que les mutuelles, les caisses d’épargne et de crédit locales aient construit leur propre système de sécurité. Nous avons travaillé cette question par exemple ces jours-ci, lors de réunions concernant l’appui aux migrants des régions soninké. Chacun cherche la commodité de la garantie, mais si elle est faite trop tôt, elle donne une sécurité trop facile.

Il faut laisser les mutuelles, au niveau local, mettre en place leur propre système et puis ensuite, au niveau de leurs fédérations, leur système de garantie solidaire. Par exemple, dans les caisses du pays Dogon appuyées par le CIDR, depuis l’origine chaque caisse d’épargne bloque 10% de son épargne et quand on va à la Banque de Développement du Mali, on s’aperçoit que cette banque elle-même ne prend à sa charge, depuis le début des CEC, que 10% de la garantie. Pourquoi ? Parce que la K.F.W. (Allemagne) couvre le reste et ceci, d’une certaine façon, empêche de faire mûrir des systèmes de garantie nationaux et locaux. Il serait meilleur que nous allions d’abord voir les banques commerciales et, seulement après, les systèmes financiers d’Etat. Il faut afficher clairement que nous avons une politique de constitution de fonds propres et il faut montrer aux caisses locales que le seul moyen d’être crédibles vis-à-vis des banques, c’est qu’elles s’allient les unes avec les autres pour avoir une surface financière suffisante. Mais est-ce qu’aujourd’hui les caisses d’épargne et de crédit connaissent même des banques commerciales ou des banques de développement ? Il s’agit de faire éclater le côté protectionniste de l’appui des ONG. Par exemple, si l’on met en place une garantie extérieure, il convient qu’elle ne fasse pas plus que doubler la garantie apportée par les caisses locales. Cette garantie extérieure est donc seconde et elle est là pour conforter la garantie qui se bâtit à la base. (Ch. prog., F.)

11.5. Propositions de questions à débattre

* Nécessairement si le flux d'aide diminue, on cherchera des partenaires autres dans le secteur privé, dans le secteur ONG et là aussi cela passe par une contribution financière des populations. Cela peut avoir des inconvénients car, d’une certaine façon, le fait que l’aide réclame cette participation et qu’elle est présente, de plus en plus, sur le terrain, peut détourner les capacités de financement de la population vers les seuls objectifs appuyés par les agences d’aide. (Ch. Prog., F.)

* Comment concilier la nécessité de dépenser de l'argent de l'aide sans tuer l'apport propre. Je doute personnellement de l’efficacité des grandes interventions, mais en même temps je crois que les agences sont peu aptes à dépenser beaucoup d'argent dans une multitude d'actions décidées par les ruraux et cofinancées entre ces dernières et elles. (Consultant, F.)

12. COMMUNICATION, INFORMATION, FORMATION

" Pour nous, la communication est un des éléments importants de l’ARAF parce que c’est le moyen le plus facile pour que les gens de tous les villages de la zone se comprennent. Sans la communication, il n’y a pas de compréhension. Si il y a rupture d’informations, un fossé est créé entre les gens et cela entraîne beaucoup de problèmes". (Mathieu Diouf, P, ARAF, Sénégal)

12.1. L'information en direct des paysans aux paysans

"Nous voulons que nos organisations découvrent ce qui se passe au Mali et comment les femmes arrivent à faire du marketing pour vendre leur teinture au Sénégal. Voilà des échanges d’expérience que nous souhaitons que l’Aide puisse aider pour que les femmes puissent s’épanouir, se renforcer, s’échanger et se connaître davantage. Mettre en place des réseaux d’expériences, des réseaux pour la formation, pour le droit de la femme, etc. afin de permettre aux femmes de se retrouver exclusivement pour discuter de leurs propres problèmes. Ce sont de ces types d’aide dont nous avons besoin". (Fatou Bocoum, ONG, Sénégal)

"Les OP débutantes ont besoin d’une information neutre, pas orientée par une grosse ONG, un bailleur, un leader, ou le politique. Les bailleurs doivent faciliter l’information, très largement, dans les langues locales, directement vers les paysans". (Fada)

12.2. La formation dans l'action, clef du progrès des capacités des responsables

"Le pouvoir de décision peut être un atout pour les organisations paysannes. Mais, en se voyant conférer ce pouvoir ou quand elles ont de l'argent, elles peuvent facilement peser de leur poids dans certaines décisions. Elles auront tendance à déraper et à glisser sur le terrain politique. C'est ça le gros risque, parce que les fils du terroir qui sont à l'extérieur, quand ils vont revenir, ils disent ceci ou cela et on les croit tout de suite. Actuellement il y a certaines personnes qui utilisent ces organisations paysannes à des fins politiques. Il y a cet aspect également auquel il faut veiller. Il y a également des producteurs ambitieux qui veulent profiter des organisations paysannes pour ouvrir la porte de la politique". (Cadre béninois, IRAM, p. 57)

"Les paysans, de plus en plus, vont être des employeurs. Ils ont commencé à l'être. Comment faut-il être employeur et apprécier le travail de votre employé ? Il faut l'apprendre aux paysans. Désormais ils auront leurs propres vulgarisateurs. Ils auront leurs propres conseillers en gestion, ils vont les payer, ça a déjà commencé dans le Zou. Mais comment apprécier le travail de ces gens-là ? Comment exiger de ces gens-là une obligation de résultat ? De plus en plus, ce n'est le CARDER (Centre d'Action Régional pour le Développement Rural, structure déconcentrée du ministère du développement rural) ou des ONG qui vont avoir ces centaines de millions à gérer à leur place, c'est eux-mêmes. Ils savent peut-être gérer quelques millions, mais quand ça devient plusieurs centaines de millions à gérer, les problèmes deviennent très complexes. Alors si on ne sait pas faire, ce sont les employés qui risquent de se transformer en petit CARDER, et quand on fera le bilan dans dix ans, dans vingt ans ça va être la même chose. Non, il faut former ces paysans à des responsabilités style maîtrise d'ouvrage". (Cadre béninois, IRAM, p. 57-58)

12.3. Coopérer pour l'information et la capitalisation écrite

"Mais l'écriture que l'on attend, qui puisse être un lieu d'interpellation, très peu d'Africains peuvent le faire. L'écriture a une fonction culturelle et l'écrivain c'est le clergé. Et l'état des gens qui ont fait les grandes écoles du monde, et bien ils s'asseyent dessus ou bien il faut se jeter à l'eau, du point de vue de l'encre, tu vois. Et même l'alphabétisation, pour sortir des intellectuels. Quel est le problème des paysans, ce n'est pas seulement parce que c'est compliqué, c'est la même peur, le même type de phénomène par rapport à l'écriture. C'est que la masse paysanne n'est pas intéressés pour l'acquérir et confie les pouvoirs à une aristocratie paysanne qui se crée sur cette base. Souvent des jeunes ou des gens qui ont été à l'école ou qui ont été attirés par cela. Ils prennent le pouvoir. L'écriture est un gros pouvoir. Collecter l'information et la traiter quelque part, c'est dangereux. Quand on essaye d'écrire c'est compliqué, il n'y a pas de partenariat suffisamment bâti. [...] Je pense qu'il y a un potentiel de gens très capables, mais il n'y a pas de lieux d'écriture. Mais il y a plein de compétences". (Cadre malien, IRAM, p. 97)

"L'aide à la capitalisation, c'est une approche qui est envisageable et, si les moyens existent, ce serait d'ailleurs la meilleure. Parce que vous mettez la personne en condition réelle pour pouvoir faire le travail. S'il s'exerce une ou deux fois c'est fini, il va prendre la main. S'il ne lâche pas, il est parti une fois pour toutes. Exiger de lui, ça peut être tous les six mois : "Essaie de nous sortir une synthèse en quelques jours, de tous les rapports que tu as faits, des consultations que tu as faites". C'est un essai. Après, il peut aller progressivement, il s'entraîne il s'entraîne, c'est sûr ça va venir, ça peut aller". (Cadre béninois, IRAM, p. 267)

12.4. Les pratiques de l'Aide extérieure peuvent-elles devenir facilitatrices de débats au sein des sociétés ?

** L'accumulation et la capitalisation des connaissances, des succès et échecs doivent être considérés du point de vue des acteurs multiples du système d’aide au nord et des " partenaires " et co-acteurs de ce système au sud. En ce sens, s’impose la nécessité d’une analyse au sein des sociétés concernées des partenaires et des profiteurs du système actuel ainsi que des alliés possibles pour aller du statu quo vers une redéfinition profonde des conditions du partenariat. Le terrain doit être occupé par les acteurs nationaux et les aides n’arriver qu’en appui à des initiatives prises dans les pays. Ceci suppose que les Etats se donnent un espace de débat social sur les grandes orientations de développement socio-économique, que les dirigeants accordent le droit de parole et la possibilité d’agir à l’ensemble des acteurs. (David Naudet)

* Il est urgent d’organiser des lieux dans lesquels on pourrait connaître et débattre de l'ensemble des budgets d'aide appliquée à un secteur, par exemple on dit qu'aujourd'hui, il y a environ 50 milliards de FCFA par an qui sont mis à la disposition du secteur agricole au Burkina, mais personne n'a aujourd'hui une idée d'ensemble de cela, même l'idée qu'on pourrait en discuter, qu'on pourrait établir des priorités etc... Les gens ne sont plus du tout habitués à avoir une approche globale, une approche macro. (Consultant I., F.)

* Actuellement, il y a une sorte de symbiose entre beaucoup de cadres de l'administration avec le système d'aide et donc une connaissance intime de l'Aide par ces personnes. En fait, il y a là une piste à travailler pour la réforme de l'Aide. (Adm., F.)

12.5. Proposition pour un débat autour d'un dilemme

ou

miser avant tout sur la récupération critique des savoirs et sur les apprentissages et la formation mutuelle entre paysans du Sud et cadres nationaux ?

13. LA CONCERTATION ENTRE ACTEURS

13.1. Une coordination et une concertation nécessaires à tous les niveaux

"Pourquoi, au niveau de notre association, faisons-nous des programmes ? Nous avions rencontré des difficultés sur des petits projets : un partenaire venait pour faire un puits à un endroit, un autre venait pour faire un magasin ailleurs. C’est alors difficile à gérer parce que ce n'est pas beaucoup et que chacun exige sa façon de faire. Nous, pour pallier à cette difficulté, nous avons essayé de faire un programme, soumis aux partenaires, en leur disant que c’était vraiment notre " menu " que nous avions mis sur la table, qu’ils prennent la partie qui les intéressent et ainsi, d’un commun accord, nous nous sommes mis ensemble. Cela permet, en tous les cas, de réunir les différents partenaires autour d’une table. Si les partenaires se retrouvent ensemble, il y a moins de risque de double emploi et moins de problèmes lors de l’évaluation. Si on présente aux partenaires notre programme et que chacun prend la partie qui l’intéresse, il n’y a pas de problèmes. Chacun est au courant de ce que chacun fait. Mais comme chaque partenaire a ses exigences, sa philosophie, sa manière de faire, il est parfois très difficile de pouvoir faire financer la totalité du programme. (Mathieu Diouf, P, ARAF, Sénégal)

"On pense qu'impliquer les populations, ça veut dire, par exemple, former des comités d'eau. Mais impliquer les populations, ça veut dire, au moment de discuter des questions de politique régionale de l'eau, là où on doit mettre de l'eau, la manière dont on doit l'apporter aux populations, est-ce que c'est une pompe, est-ce que c'est un robinet ? C'est à ce niveau-là qu'il faut impliquer les populations et c'est ce que revendiquent les paysans qui se sont réunis à Dédougou. Quand on parle participation, on croit que c'est au moment où ça se réalise, on mobilise les gens sur des questions dérisoires, marginales". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 67)

"Le choix des priorités, des objectifs de développement doit en effet venir des pays et il réclame un autre type de comportement des autorités qui au lieu d’attendre et de recevoir passivement, doivent davantage faire preuve de créativité, d’imagination, avoir le courage de proposer et de défendre des solutions qui ne suivent pas nécessairement la mode du moment au niveau du système d’aide. Meilleure coordination des aides ne signifie pas droit d’ingérence et d’imposition de conditionalités". (Mamadou Lamine Diallo, " Penser l’aide au Sahel ", 1997)

"C'est l'intercoopération, non pas au niveau national, mais par dessus les frontières. Les organisations paysannes du Bénin, du Niger, du Togo, du Burkina, doivent trouver un espace où l'on peut se réunir, réfléchir aux problèmes et étudier les complémentarités sans passer nécessairement par les gouvernements et les ministères. C'est l'avenir. Individuellement, on ne peut pas s'en sortir et on ne peut pas non plus compter sur les ministères, sur les services administratifs pour réaliser cela. Les organisations paysannes ont quelque chose à faire, des unions départementales, des fédérations peuvent se mettre en relation avec d'autres et négocier par dessus les frontières, sans l'intermédiation de l'Etat". (Cadre béninois, IRAM, p. 202)

** "La question de la cohérence se pose à de multiples niveaux :

13.2. La complexité et l'incohérence vont croître

* La décentralisation va entraîner l'apparition des acteurs de collectivités locales, cela est une bonne chose. La difficulté dans l'approche territoriale est la tendance des bailleurs comme des gouvernements, d'affecter le territoire à tel ou tel bailleur. Quand on regarde les cartes des intervenants bilatéraux ou multilatéraux au Burkina Faso, on a l'impression que le territoire est réparti comme après la négociation de Berlin. Il faut éviter cela et travailler avec des collectifs de bailleurs, et donc la première phase d'action est une phase de négociations des principes d'actions, des règles du jeu entre tous les acteurs. Il faut éviter ce découpage et cette possibilité d'appropriation par un seul d'entre eux, d'un territoire donné. (Consultant, I.)

* Les intervenants locaux vont devenir plus importants. En particulier le rôle des nouvelles instances politiques, dans les collectivités locales, présentent un dilemme : d’un côté elles auront du pouvoir sur le plan des décisions ; de l’autre côté pour le moment, elles sont sans ressources face aux autres acteurs, en particulier face aux organisations professionnelles paysannes qui, elles, sont à la fois productives et aidées. Face au couple (au trio ...) bailleurs de fonds/ONG/organisations paysannes qui sont appuyées localement, quelle va être la façon dont les instances politiques vont agir ? Est-ce qu’elles vont devenir simplement consommatrices d’aide ? Ou bien est-ce qu’elles vont arriver à pousser à une organisation, en vue d’une sorte d’autodéveloppement négocié ? (Ch. Prog., F.)

* Il y a une sorte de " surpâturage " du terrain épargne-crédit par les petites ONG qui sont en concurrence et qui agissent souvent sans se parler entre elles. C’est pourquoi une instance nationale de concertation est capitale et qui permettrait de mettre à plat les différentes façons de faire et d’arriver à construire des fédérations entre ces différents micro-réseaux. Cette façon de faire permettrait aussi d’arriver à ce que chacun se spécialise parce que les métiers sont séparés et une organisation, par exemple, qui veut faire de l’appui au développement, à la formation, ne peut pas faire en même temps du crédit. Ce n'est pas compatible. Il convient de spécialiser les structures d’appui. En les connectant entre elles au sein d’une instance de concertation, on obtiendrait plus d'efficacité. (Ch. Prog., F.)

"Oui, (c'est) un panier de crabes. La Commission nationale à la décentralisation a réussi à les organiser en un collectif, en disant "je ne veux pas dialoguer avec un bailleur de fonds, mais avec un collectif de bailleurs de fonds". Le collectif des bailleurs de fonds existe et puis il y a la cellule stratégies et méthodes de la Commission nationale à la décentralisation qui mène la réflexion nationale et au sein de laquelle il n'y a pas de partenaires. Ce n'est pas une chose facile, mais on est dans un processus : ce n'est pas quelque chose qui est décrété et qui est en train de s'exécuter. L'avantage de les avoir mis en collectif (ce n'est pas une structure formelle) c'est de dire : "Nous voulons que vous mettiez votre argent dans un pot commun pour financer ce que nous avons décidé dans la décentralisation, comme étant prioritaire". On a eu des problèmes avec les Français qui ne voulaient pas se mettre dans le collectif; la Banque mondiale n'a jamais voulu se mettre dans ce collectif, disant que c'était l'urbain seulement qui l'intéressait (les villes Bobo, Ouaga... les villes moyennes). [...] Mais au moins pour d'autres (agences) la Commission a réussi à ce que le collectif fasse un pot commun. En outre, elle a pu refuser que chaque bailleur de fonds lui impose une assistance technique, parce que c'est ce que chacun d'eux voulait". (Cadre burkinabé, IRAM, p. 230)

13.3. Construire des concertations nationales négociées et dirigées par les pays africains

** L'utopie que nous avons désormais à construire, selon le président de la Banque Mondiale : "Un partenariat dirigé par les gouvernements et les parlements nationaux, avec l'appui de la société civile, et le concours du secteur privé local et international, et des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux. Un partenariat qui se fixe des objectifs mesurables et des parcours beaucoup mieux balisés. Mais avant tout, un partenariat dans le cadre duquel nous, membres de la communauté des bailleurs de fonds, devons apprendre à former une vraie équipe et à laisser d'autres que nous prendre la direction des opérations". (James D. Wolfensohn, 1998, p.18)

* Le problème est celui de la capacité des bailleurs de fonds à agir ensemble dès le début de la réflexion sur une politique ou sur une nouvelle pratique. (Adm., F.)

** Les aides, qu’elles soient publiques ou privées, bilatérales, multilatérales, non-gouvernementales, centralisées ou décentralisées, ne peuvent continuer à agir de façon désordonnée dans les pays. Une délimitation de leurs possibilités réelles, de leurs modes d’intervention s’impose de telle sorte qu’elles apportent un plus, en respectant l’autonomie des Etats et les capacités de mobilisation des populations. La prise en compte de l’effet de système de l’aide suppose une approche multi-sectorielle , une volonté de collaboration inter-ministérielle accrue, une pratique différente de concertation entre communauté des bailleurs et partenaires divers, Etats nationaux et populations. (David Naudet)

* Il faut imaginer des sortes de " programmes sectoriels d’investissement institutionnel ". Des P.S.I.I. ! Et aussi, obtenir que ces programmes soient respectés et même soutenus par plusieurs bailleurs de fonds. Pour cela, il faut que la mise de fonds soit effectuée par eux tous, qu’ils mettent au pot ensemble, pari pasu, et qu’au point de départ chacun ne cherche pas à faire affecter son apport à un seul des volets. Il faut une sorte de fonds commun de financement. (Adm., F.)

* L'exploitation des ressources en eau pour l’agriculture et pour les autres activités humaines doit être en grande partie laissée à l’initiative privée. Il faut laisser les entrepreneurs entreprendre, construire des stations de pompage, produire ce que le marché réclame, sans se laisser obnubiler par l’objectif de la sécurité alimentaire. La meilleure façon pour le secteur public d’intervenir dans ce processus est de manière indirecte et non réglementaire, par des politiques d’aménagement et d’équipement du territoire, orientant les initiatives privées dans des zone pourvues des infrastructures adéquates (électrification, routes et pistes,..). Ce n'est qu’au delà d’un certain seuil de mise en valeur privée, quand la terre et l’eau deviennent des ressources rares et donc à valeur marchande, qu’il conviendra de réglémenter et de mettre de l’ordre. (Consultant, I.)

13.4. Se concerter sur le terrain entre les divers acteurs du développement local

** Trois conditions (existent) pour que les organisations paysannes jouent leur rôle dans la maîtrise du développement local :

"Et l'acteur principal peut être le figurant et vice-versa, selon le cas. Et c'est une grande naïveté de croire que l'on peut court-circuiter telle ou telle catégorie d'acteurs ou de penser que la priorité est dans le paysan. Il faut d'abord définir l'enjeu et avoir une capacité de mobiliser tous les acteurs qui peuvent avoir une capacité par rapport à cet enjeu et ne pas jeter d'exclusive. Le paysan, il ne jettera pas d'exclusive et s'il sent que tu jettes une exclusive sur les fonctionnaires, alors il courra chez eux pour le leur raconter". (Cadre malien, IRAM, p. 112)

* Qui coopérera pour réussir cet "appui négocié" avec les organisations du Sahel (par exemple) ? Les organisations paysannes françaises, peuvent comprendre cela, puisque cela a été un peu leur vie. Mais la difficulté est qu'en France, l'Etat est un partenaire permanent de ces organisations et que tout le monde est habitué à toujours négocier avec lui, à toujours compter sur lui. Alors qu'au Sahel, les paysans ne peuvent pas compter sur l'Etat, ni sur des subventions, ni sur des décisions du "cogestion" qui existe au Nord. Les organisations paysannes du Sahel ont plutôt à discuter avec le privé, car c'est le privé qui créera des opportunités différentes. Pour le moment, les organisations professionnelles agricoles sahéliennes ne sont pas tellement habituées à discuter avec le privé, sauf au niveau villageois, et quant aux organisations professionnelles françaises qui parfois les appuient parfois et les conseillent, il n'est pas sûr qu'elles soient favorables à cette négociation avec les privés; elles ne sont pas habituées à travailler avec le commerce ou avec les banques qui ne soient pas de leur "famille". (Consultant, F.)

13.5. Propositions de questions à débattre

* La coordination me semble comporter un risque : que les bailleurs de fonds se mettent d'accord entre eux en pesant encore plus sur le pays partenaire, ce qui aurait pour conséquence de supprimer les petites marges de liberté que le désordre ménage. Quitte à se coordonner, il faut que ce soit avec des règles de conduites bien clairement énoncées. (Adm. F.)

mais

est-ce une méthode favorable à la concertation entre acteurs (dont les Aides diverses) dans un même pays ?

ou

de contribuer à un espace de rencontre et de négociation entre divers acteurs (dont les paysans) autour de l'élaboration et de la mise en oeuvre du développement local ?

 

Sources utilisées

Þ Personnes du Sud interviewées (IRAM) en 1997 : "Paroles du Sud - Des sociétés qui bougent, une coopération à refonder", IRAM, L'Harmattan, Paris, 1998 :

Bénin : Florentin Agoua, cadre retraité, consultant indépendant ; John Igué, universitaire et géographe du Laboratoire d'études et de recherches économiques et sociales (Lares) ; Charles Koukponou, vice-président de la Fédération des caisses d'épargne et de crédit agricole mutuel du Bénin (Fececam) ; Sikirou Oloulotan, agronome du Groupe d'expertise et d'ingénierie rurale pour l'autopromotion du monde paysan (Geram) ; Bio Soulé, socio-économiste du Laboratoire d'études et de recherches économiques et sociales (Lares) ; Narcisse Tomety, consultant indépendant.

Burkina Faso : Joséphine Ouedraogo, ex-ministre de la famille, sociologue du bureau d'études ARC (Appui-Recherche-Conseils) ; Alpha Ouedraogo, responsable du Réseau des caisses populaires du Burkina Faso.

Guinée : Aguibou Diallo, responsable formation du Crédit rural de Guinée ; Mamadou II Diallo, délégué régional du Crédit rural de Guinée ; Sékou Sangaré, ancien secrétaire général du Ministère de l'agriculture.

Mali : Maïmouna Ba, ex-ministre de l'agriculture, économiste du Fonds d'équipement des Nations-Unies ; Assitan Coulibaly, représentante d'Oxfam au Mali ; Baréma Coulibay, responsable paysan à l'Office du Niger ; Cheibane Coulibaly, journaliste à Cauri ; Cheick Pleah Coulibaly, universitaire à l'école normale supérieure et consultant au CERD ; Massa Coulibaly, cadre d'un projet d'appui aux organisations paysannes ; Koni Diarra, responsable paysan à l'Office du Niger ; Moussa Léo Sidibé, responsable au Ministère du Développement rural ; Zakiatou Halatine, consultante ; Hamidou Magassa, socio-économiste du bureau d'études SERNES ; Adama Sanogo, président de Kafo Jiginew ("Union des greniers", Réseau de caisses d'épargne-crédit dans le Sud-Mali).

Niger : Hamid Ahmed, coordonateur national du programme de privatisation ; Issoufou Bachard, Ministère des affaires étrangères ; Issouf et Mariama Bayard, sociologues et consultants ; Amadou Dan Tata, ancien cadre de l'Union nigérienne de crédit et coopération ; Abdou et Ouma Galadima, responsable d'ONG et cadre de la santé ; Amsatou Kansaye, cadre retraitée de l'animation féminine ; Oumarou Touré, ancien cadre de l'animation rurale.

Þ Personnes interviewées (Inter-Réseaux) en 1997 pour le groupe "Enjeux de l'aide" :

AFDI, divers entretiens auprès de l'AFDI Meurthe-et-Moselle, l'AFDI Pays de Loire, l'AFDI Poitou-Charentes et l'AFDI Nationale

FERT, entretien réalisé auprès de M. Michel MOLLARD, directeur de FERT (17.7.97)

IRAM, entretien réalisé auprès de M. Etienne BEAUDOUX, membre de l'IRAM depuis 25 ans, chargé du Programme "Organisations Rurales et formation" (12.9.97)

M. REMY Philippe, chef de la Section Méthodes et Programmes, Secrétariat d'Etat à la Coopération (7.10.97)

Þ Responsables paysans (= P) du Sahel interviewés en 1998 (GRAD)

Mme INOUSSA Fatoumata, FUGPN (Fédération des Unions de Groupements Paysans du Niger), Niger

M. BONOU Jacques, Fédération d'Unions d'OP, Bénin

M. DIOUF Mathieu, ARAF (Association Régionale des Agriculteurs de Fatick), Sénégal

M. DIOUF Sara, JIG-JAM, Sénégal

M. GUELMIAN Vincent, CODEB (Comités d'Organisation pour le Développement de Bédogo), Tchad

M. GUELMIAN Barmbaye, CODEB, Tchad

M. KEITA Demba, AJAC-Ziguinchor, Sénégal

M. MANE Pascal, Entente de Diouloulou, Sénégal

M. SENE Joseph, ARAF, Sénégal

M. SOW Malick, FAPAL (Fédération des Associations Paysannes de la région de Louga), Sénégal

M. YANCOUBA Tamba, FORAGE (Fondation des Organisations Rurales pour l'Agriculture et la Gestion Ecologique), Sénégal

Þ Agents (= A) des organisations privées ou publiques d'appui au Sahel interviewés en 1998 (GRAD)

Mme BOCOUM Fatou, FONGS, Sénégal

Mme MAIGA Mariam, Terre des Hommes-Burkina Faso

Mme MIANTOLOUM Aminé, ASSAILD (Association d'Appui aux Initiatives Locales de Développement), Tchad

Mme NDIONE Joséphine, GRAIF (Groupe d'Appui aux Initiatives Féminines), Sénégal

Mme SOUARE Alimata, responsable régionale des groupements féminins, Ziguinchor, Sénégal

Mme WELLE DIALLO Yuma, ONG 3AG (Association Appui Aide aux Groupements ruraux), Mali

M. FAIENKE Lamine, ONG Jeunesse et Développement, Gambie

M. IMOUROU Moumouni, GERAM, Bénin

M. MOUGNAN Marc, ATNV (Association Tchadienne pour la Non Violence), Tchad

M. NDONG El Hadj, APCO (APpui-COnseil), Sénégal

M. VERSTRAETE Francis, Centre DJOLIBA, Mali

Þ Personnes interviewées (par B. Lecomte) en janvier/février 1999 à Paris

Mme CANAL Marianne, Cour des Comptes

M. CABARET Jean, Confédération Paysanne

M. COUR Jean-Marie, Club du Sahel

M. COUSIN Lucien, Ministère des Affaires Etrangères

M. DEVEZE Jean-Claude, AFD

M. HUMBERT Lucien, AFD

M. LEBOT Médard, Inter-Réseaux

M. MILLET Bernard, Ministère des Affaires Etrangères

M. SCHRUMPF Paul, GRDR

M. SNRECH Serge, Club du Sahel

M. VINDEL Bruno, Ministère des Affaires Etrangères

Þ Textes (livres et articles)

(DEVEZE J.C.) : "Le réveil des campagnes africaines", Karthala, 1996

(DIALLO M.L.) : "Penser l'aide au Sahel. A partir du cas sénégalais", Club du Sahel, 1997

(IRAM) : textes rédigés par l'équipe IRAM dans le livre : "Regards du Sud. Des sociétés qui bougent, une coopération à refonder", L'Harmattan, 1998

(GUENEAU M.C./LECOMTE B.J.) : "Sahel : Les paysans dans les marigots de l'aide", L'Harmattan, 1998

(NAUDET D.) : "Cinq questions sur l'aide à l'agriculture en Afrique sub-saharienne", Inter-Réseaux, 1997

(SARDAN de J.P.) : "Chefs et projets au village (Niger)", 1998

(WOLFENSOHN J.D.) : "L'autre crise", discours prononcé devant le Conseil des Gouverneurs du FMI, Washington, 1998

(Club du Sahel) : "Interactions entre le système d'aide et le développement des capacités de gestion du développement rural au Sahel", 1999

(MILLY de Hubert) : "Une opération auprès des éleveurs de volaille (Mali)", Inter-Réseaux, 1999

(NEMO Jean / LEVALLOIS Michel) : "La Lettre de la Cade" n° 23, 1998

Þ Comptes-rendus de réunions et rencontres

(FADA N'GOURMA), Burkina Faso : Compte-rendu de la rencontre GRAD-Inter-Réseaux tenue du 6 au 10 octobre 1998

(MECKHE), Sénégal : Compte-rendu de la rencontre GRAD tenue du 9 au 11 novembre 1998

(MBOUR), Sénégal : Loïc BARBEDETTE "Les vingt aboutissements d'un processus de recherche-action sur l'organisation dans les organisations paysannes d'Afrique de l'Ouest", Synthèse de l'Atelier de partage et d'impulsion de Mbour, juillet 1998

 


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