Opération

Réduire le temps de travaiL, pour quoi faire ?



L a multiplication des prises de positions sur le travail et l’emploi prouve, s’il en était besoin, à quel point cette question est aujourd’hui une préoccupation centrale de notre société. Un des enjeux principaux nous paraît être de sortir le débat des articles spécialisés et des cercles d’initiés : ce débat concerne les citoyens que nous sommes tous et particulièrement ceux pour lesquels des situations précaires rendent cette citoyenneté même problématique.

C’est dans cet esprit que trois associations, réunies sous le collectif temporaire AlterErgo (1), ont uni leurs efforts pour mener à bien cet objectif de débat en mobilisant les acteurs et réseaux qui souhaiteraient s’y investir. La démarche consiste à croiser et confronter plusieurs approches portées par des chercheurs et experts - Alain Chouraqui, Pierre Larrouturou et Jacques Rigaudiat - et des citoyens regroupés en collectifs (associatifs, économiques et sociaux). Un séminaire réunissant experts et auditeurs-questionneurs permettra, sur la base d’un questionnement construit collectivement, de fournir des repères communs pour la réflexion et l’action et d’élaborer des éléments d’analyse et des propositions ; le fruit de ce travail sera réapproprié par les réseaux associés en leur sein puis amené au débat public au cours d’une séance de restitution ouverte.

L’hypothèse centrale posée par ce dispositif est la réduction du temps de travail ; ce choix ne signifie pas que le collectif fasse sienne telle ou telle option mais plutôt en examine de manière rigoureuse les implications dans les différents domaines de la vie économique, sociale et culturelle : c’est donc bien autour des questions du sens du travail aujourd’hui et de ses enjeux de société que le projet s’articule.

Préoccupés par le chômage et ses conséquences, nous ne souhaitons pas pour autant enfermer le débat dans une dimension technique et réduire notre démarche à la poursuite d’une solution miracle. Nous pensons en effet que les questions posées à nos sociétés sont plus fondamentales et que la façon même dont elles peuvent être traitées est au moins aussi importante que les réponses qui pourraient être données. Ce qui fait problème, ce n’est plus seulement “le chômage”, mais le caractère ou l’apparence de fatalité et d’impuissance devant lequel nous nous






trouvons et semblent se trouver aussi responsables et experts. L’affirmation par ces derniers des “contraintes” et des “lois” et, par les politiques, de l’absence d’alternative (dire qu’il n’y pas d’autre politique possible, n’est-ce pas avouer qu’il n’y a plus de politique du tout ?) dessine les traits d’un “monde ingouvernable”, figure inacceptable en démocratie. Même si nous avons pu avoir au fil des ans l’illusion d’une “crise”, qui en tant que telle serait dépassable par voie d’ajustements et de mesures techniques, le brouillard de ces illusions se dissipe. Nous prenons conscience que, non seulement les différentes réponses envisagées depuis plus de vingt ans étaient inadaptées, mais que la méthode même d’élaboration de ces réponses était le signe du refus et de l’incapacité à transformer un ensemble de problèmes de société en débat, en réflexion et en action de cette même société.

Pour construire une “volonté commune”, il faut d’abord partager les éléments de connaissance, de réflexion et de dialogue et cela demande du temps et des efforts : or, pour l’essentiel, ce travail reste à entreprendre. En cela, le rôle des “experts” est bel et bien d’alimenter le débat public et de s’adresser à ceux qui fondamentalement sont censés être les détenteurs de la décision et des choix en démocratie, c’est-à-dire╔ les citoyens. Ce constat peut paraître naïf et pourtant, les événements de décembre 95 confirment bien qu’on ne fait pas grand chose de solide sans ou contre ces citoyens, que les options prises en “petits comités” par “les décideurs” s’avèrent non seulement peu efficaces mais fondamentalement perverses, en ce qu’elles aggravent les contradictions et les “fractures” qu’elles prétendent traiter.

Pour le collectif AlterErgo,
Bernard Scemama, directeur de recherche
Cathy Vivodtzev, chargée de mission

* Réactions, commentaires, collaborations sont
bienvenus à AlterErgo, 21 rue Voltaire, 75011 Paris, T
él : 43 70 56 59 ou 49 29 42 80.

(1) Un groupe local franc-comtois regroupé en Association pour l’aménagement du temps de travail (AATT), une association ¤uvrant dans le champ de l’insertion et de la formation professionnelle (Savoir & Compétence) et une Union d’associations d’éducation populaire (Peuple et Culture).