Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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POINTS DE VUE ET CONTRIBUTIONS |
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| Le rejet du processus de
libéralisation des services publics ne doit pas conduire à
rester figés sur la « défense du service public à
la française » ou à se réfugier derrière
la « subsidiarité » au nom dune soi-disant exceptionnalité
française. Une telle démarche reste fondamentalement défensive
et conduit à léchec. En fait, il faut conduire un double
mouvement offensif partant des besoins et aspirations à la fois
des consommateurs, des citoyens et de la société : dune
part, refonder le service public, ce qui implique dun côté
de rénover et démocratiser les services publics en France,
de lautre faire émerger une conception européenne, afin
de rééquilibrer la construction européenne.
Il sagit dopérer un véritable « retournement de perspective » : définir le service public non à partir des principes et par en haut, mais en partant des droits fondamentaux de la personne et de leur garantie dexercice, des besoins et aspirations des consommateurs, des citoyens et de la société, qui sont la finalité des services publics, et en cherchant à mettre en oeuvre la convergence de tous les acteurs concernés (opérateurs, régulateurs, élus, utilisateurs, personnels, chercheurs et universitaires, mouvement associatif, etc.). Il faut donc les introduire dans lorganisation, la régulation et lévaluation des services publics. Seules des confrontations pluralistes, et finalement la démocratie et la citoyenneté, sont susceptibles de régénérer les rapports régulateur-opérateur et par là même de refonder le service public, de relégitimer laction publique. Refonder les services publics
implique à la fois de rénover, décentraliser et démocratiser
les services publics nationaux, de contrôler, maîtriser et
socialiser les services publics locaux.
Cette démarche implique de réexaminer, au cas par cas, dans chaque secteur, en fonction des mutations technologiques et économiques, le meilleur rapport à établir entre monopole et concurrence. Sans refuser lintroduction déléments de concurrence dans chaque cas où ils apparaissent justifiés, il convient den définir les limites et la régulation au regard des missions de service public. En matière de statut des entreprises chargées de missions de service public, le fait que la puissance publique soit propriétaire des opérateurs lui permet dassurer la maîtrise de leurs activités, en particulier une « juste » répartition des rentes et de la productivité entre les consommateurs (petits et gros), lEtat et les collectivités locales, les opérateurs et les personnels. La gestion publique est le mode normal de gestion des services publics (le Préambule de la Constitution de 1946 précise que « Tout bien, toute entreprise dont lexploitation a ou acquiert les caractères dun service public national ou dun monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité »).. Mais des formes mixtes ou des concessions contrôlées et régulées peuvent être envisagées. Louverture du capital des opérateurs est souvent justifiée par la nécessité dalliances internationales, alors que bien dautres formes de coopérations et dalliances peuvent exister (filiales communes), que les échanges de capital entre maisons mères ne sont pas forcément stables dans le temps et que lintroduction de capitaux privés augmente lexigence de rentabilité à court terme et de repartage de la rente à leur profit. Les coopérations entre entreprises chargées de missions de service public doivent privilégier des alliances de type contractuel - filiales communes - et non des opérations capitalistiques. La maîtrise publique des services publics locaux et des grands groupes de services titulaires de délégations de service public passe par une réappropriation par la collectivité, afin dassurer un service de qualité au moindre coût. Cela implique de permettre aux collectivités territoriales dassurer leurs missions dorientation et de contrôle en développant leurs moyens dexpertise. En même temps, les enjeux du service public de leau ne sauraient relever du seul niveau communal ou inter-communal, mais de chacun des niveaux où existe une maille technique, économique ou capitalistique. A chaque niveau, il y a lieu de mettre en place une régulation publique effective. Leau ne doit financer que leau et sa gestion doit être transparente : il faut obliger les opérateurs délégataires à isoler les charges et produits liés à cette activité (filialisation des services concernés), renforcer les contrôles de la Cour des Comptes et des Chambres régionales, développer des instances pluralistes et contradictoires dévaluation au niveau des bassins, voire favoriser lexistence dun opérateur public qui puisse rendre effective la concurrence lors du renouvellement des concessions. Par ailleurs, se pose la question de laisser un grand groupe de service occuper une position dominante dans le secteur de la communication en France, ce qui conduit à étudier le renforcement des dispositions anti-trusts existantes, la réglementation des concentrations dans les médias pour sauvegarder et promouvoir le pluralisme, ou même linterdiction à un concessionnaire de service public dinvestir dans les médias, ce qui soulève la question des liens qui existent entre contenant et contenu. La construction dune Union européenne économique, sociale et politique rend légitime une politique d« harmonisation » des services publics. Tous les pays ont des services publics, plus ou moins développés en fonction de leur histoire, mais qui jouent partout un rôle important dans la cohésion économique et sociale, ainsi que dans la solidarité territoriale. Les secteurs couverts sont les mêmes : génie urbain (eau, assainissement, déchets, câble), poste, télécommunications, routes, énergie, transports, etc. Les modalités de gestion, de régulation, les pratiques administratives, les institutions politico-administratives sont différentes dun pays à lautre, mais il y a un « fond commun » dans lorganisation de la société, composante du « modèle européen de société ou de civilisation ». En fait, il est indispensable
de recourir à un rééquilibrage entre règles
de la concurrence et intérêt général. Cela implique
de rééquilibrer aussi bien la pratique des institutions européennes
que le traité, afin de fonder un droit des services publics à
côté et en interaction avec celui de la concurrence et de
préciser les responsabilités de lUnion en matière
de régulation. Pour ce faire, il ne faut pas rester figé
sur les concepts ou les mots différents employés dans les
différents pays européens, mais aborder leur contenu : les
objectifs, missions, principes, obligations, droits et formes de régulation
publique, en recensant les éléments communs, fondements dune
conception européenne des services dintérêt général,
qui devrait être intégrée au traité, tout en
laissant une large part pour leur mise en oeuvre dune part aux démarches
sectorielles, dautre part au principe de subsidiarité, donc aux
Etats et aux collectivités locales.
La mise en oeuvre des services
publics implique une claire définition des missions de la part de
linstance publique qui décide den reconnaître la nécessité.
Elle suppose la séparation opérateur(s)-régulateur
et doit saccompagner de la définition dun processus de régulation
publique et de procédures dévaluation, ainsi que de critères
dévolution dans le temps et dans lespace. La régulation
est dautant plus importante que les secteurs souvrent à une concurrence
oligopoliste et quil y a lieu détablir une transparence des règles
du jeu, notamment de la répartition de la rente entre consommateurs,
entreprises du secteur, personnels, autorités publiques nationales
et locales.
Il faut passer dune régulation d« experts » à une régulation d« acteurs ». La régulation devant reposer sur la satisfaction des besoins à la fois des usagers-consommateurs, des citoyens et de la collectivité, une régulation publique efficace et responsable doit associer, à chaque niveau territorial, tous les acteurs concernés : non seulement les autorités publiques et les opérateurs, mais aussi les consommateurs, les citoyens, les collectivités locales et les élus (nationaux et locaux), les personnels et organisations syndicales. Les uns et les autres disposent, de par leurs expériences multiples, de nombreuses informations qui « manquent » au régulateur et sont porteurs daspirations et dexigences sur la base de la diversité de leurs besoins. Associer tous les acteurs concernés est un moyen de renforcer la régulation publique des services publics. La régulation est de la responsabilité de la puissance publique, qui ne saurait sen dessaisir sur un régulateur « indépendant », car il ne saurait être un isolat dans la société. Les intérêts, les groupes de pression existent et ne peuvent pas ne pas jouer leur rôle. La responsabilité des autorités publiques a tout intérêt à prendre appui sur lexistence de véritables évaluations des activités et performances, de lefficacité économique et sociale des services publics et des conditions dans lesquelles les régulateurs et opérateurs, y compris la Commission européenne, sacquittent des missions qui leur sont imparties. Ces évaluations devraient être comparatives au plan européen, et assurées en continu. Il faut constituer, à chaque niveau dorganisation-régulation, des Offices dévaluation pluralistes dans leur composition comme dans les critères dappréciation, associant tous les acteurs concernés, disposant de réels moyens dexpertise et dont les rapports devraient être largement rendus publics. Ainsi, la séparation opérateur-régulateur permettrait de répondre aux demandes sociales de transparence, en passant dun jeu à deux à des confrontations pluralistes. Aujourdhui, un nouveau niveau
de régulation apparaît avec lUnion européenne. A travers
lélaboration des directives, puis leur transposition, ou lapplication
directe des règlements, elle est en mesure de modifier en profondeur
les « règles du jeu » dans lensemble des Etats membres.
Elle est linitiatrice et la formalisatrice de décisions toujours
plus nombreuses, mais renvoie le plus souvent la mise en oeuvre et lévaluation
de celles-ci au niveau national. Bien loin de suivre ceux qui estiment
prématuré de poser la question dinstances européennes
de régulation, il faut prendre en compte le fait que les institutions
européennes, la Commission (aujourdhui, la DG IV - Concurrence
- sest instituée en régulateur de fait des services publics)
et la Cour de justice, exercent dores et déjà un rôle
de régulation, le plus souvent sans le reconnaître explicitement.
Il convient donc de procéder aux nécessaires clarifications
et de préciser, sur la base du principe de subsidiarité,
ce qui relève dune régulation européenne, sur quelles
bases et avec quels organes.
Pierre Bauby |
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