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* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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POINTS DE VUE ET CONTRIBUTIONS |
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| Le dossier publié
dans la livraison 1998 du rapport annuel de l'Observatoire, intitulé
Immigrations, politiques de coopération et développement
des pays d'origine, avait examiné tant les dispositifs français
que les logiques immigrées en matière de rapport au pays
d'origine.
La présente note se propose de faire un rapide bilan de l'année écoulée à ce sujet. Il semble utile, en préalable, de rappeler les points centraux du dossier de 1998. Dans un second temps, nous nous proposerons d'éclairer l'actualité de cette question. Les orientations dites du codéveloppement constituaient alors une nouveauté remarquée dans les dispositifs publics français. Pour rappel, ces orientations avaient été formulées dans le rapport de Sami Naïr (1) rendu au Premier ministre en décembre 1997, peu de temps avant sa tournée dans des pays d'émigration (Maroc, puis Sénégal et Mali). Dans un second temps elles avaient été entérinées pour certaines d'entre elles, avec la désignation de l'auteur du rapport comme « délégué interministériel au codéveloppement » (JO du 24 avril 1998), placé sous la tutelle du ministère du Travail et de la Solidarité. Ces propositions avaient été, en leur temps, assez fortement médiatisées comme annonciatrices d'innovations importantes. Leur examen attentif nous laissait pourtant craindre le pire. Notre principale critique concernait la contradiction fondamentale entre une logique de maîtrise des flux migratoires, inhérente à la commande publique, et celle de la reconnaissance des migrants comme acteurs du développement de leurs pays d'origine. En effet: • Les migrants sont-ils « une chance » tant pour leur pays d'origine que pour le pays d'accueil, pour reprendre la formule de Bernard Stasi ? Alors il s'agit bien de valoriser leurs activités dans ces deux espaces, en considérant que les mobilités contemporaines leur permettent, à certaines conditions, d'être des citoyens actifs sur les divers espaces de leur trajet migratoire.Le caractère d'urgence de cette commande politique avait également été relevé : le développement des pays du Sud s'accommodant mal du court terme dicté par le calendrier politique français. En effet, il s'agissait aussi, mais le délégué interministériel s'en défendait, de proposer une alternative aux sans-papiers déboutés de la régularisation : le codéveloppement étant une chance pour eux (2). Le dossier de l'Observatoire relevait le caractère pour le moins scandaleux d'inscrire au prétexte de la coopération française avec les pays en voie de développement la résolution des conséquences d'une décision de politique intérieure, celle d'une régularisation sur critères relevant largement de l'arbitraire. Position justifiée par l'éthique de la solidarité internationale : tant il est vrai que la restauration d'un échange équitable entre Nord et Sud ne saurait se faire contre les migrants, conséquence visible au Nord de ces déséquilibres. Position également appuyée sur l'Histoire, laquelle montre que le développement des pays d'émigration n'est pas nécessairement synonyme d'arrêt de l'émigration, outre que ces processus nécessitent l'inscription dans la durée. Problèmes fondamentaux que le « Rapport Naïr », compilation d'affirmations volontaristes, n'abordait guère. Autre motif d'inquiétude
enfin, les orientations du « codéveloppement » occultaient
largement, et malgré une certaine rhétorique « pro-immigrés
» (3) du délégué au codéveloppement,
la forte implication, souvent collective, des migrants dans le développement
de leurs pays d'origine. Le dossier de l'Observatoire présentait
un certain nombre de contextes migratoires (Capverdiens, Maliens, Marocains)
pour lesquels cette implication apparaît particulièrement
lisible, à travers un grand nombre d'associations relevant de la
loi de 1901 française. Pour ces migrants, l'utilisation de ressources
et de savoir-faire acquis en immigration au profit du pays d'origine justifie
dans le même mouvement une insertion positive à la société
d'accueil. L'alternative imposée aux migrants par le modèle
républicain d'intégration, « rentrer au pays pour le
développer » ou « s'assimiler » est ainsi démentie
par leurs dynamiques. Celles-ci ne sont pourtant pas prises en compte,
au sein des sociétés civiles des pays d'origine ainsi que
dans l'espace d'installation, parmi les nouvelles formes de solidarité
internationale.
Quand la montagne accouche d'une souris clonée L'année 1998-99 a donné raison aux critiques émises par l'Observatoire. La délégation
au codéveloppement avait pu, parfois, être créditée
d'intentions positives, quoique menées dans un contexte complexe.
Et nous porterons à son crédit - une fois n'est pas coutume
!, que le débat sur la place des migrants dans le développement
des pays d'origine est devenu un débat public. Dans le même
temps, mais pour des raisons divergentes, l'institutionnalisation de cette
question atteste à tout le moins que celle-ci est devenue incontournable.
Nouveauté du dispositif,
qui sans quoi ne serait que le vague clonage de dispositifs de retour au
pays ayant largement fait la preuve de leur inefficacité, les impétrants
pourront bénéficier d'un visa pour des séjours de
courte durée en France (5). Cette démarche est saluée
comme un dispositif intelligent et novateur (6) par les médias.
De nombreux observateurs feront pourtant remarquer que, vu les importantes
restrictions à la délivrance de visas pour les ressortissants
des pays concernés, cette disposition risquait fort de ne pas compter
au rang des motivations des candidats au retour...
La délégation au codéveloppement entamera dès lors une série de démarches en vue de la réussite de cette entreprise à haut risque, à laquelle elle est attachée sans doute pour faire la preuve de sa légitimité. Démarches diplomatiques tout d'abord, avec plusieurs missions auprès des autorités des pays concernés afin d'emporter la signature d'une Convention de codéveloppement enrobant de quelques contreparties douceâtres la pilule amère de l'acceptation de l'exclusion. Autorités qui ne seront pas dupes de l'opération, au point qu'à ce jour aucun des trois pays concernés ne se soit engagé à autre chose qu'à temporiser, quand la proposition n'a pas été purement rejetée. Démarches auprès
des associations communautaires ensuite, choisiespour leur bonne connaissance
des populations concernées, leur capacité à accompagner
une démarche d'accompagnement de projets (8). A une époque
heureusement révolue, le « bon » chef de razzia aurait
été ainsi qualifié pour son rôle d'intermédiaire
dans la traite négrière ; à moins que, plus tard,
il se soit agit du « bon » chef de village, pour son habileté
à faire rentrer l'impôt colonial ou à assurer le contingent
en réquisitions diverses de son village. On admettra sans peine
que la comparaison est faussée ! Dans le cas présent, il
ne s'agit plus de faire partir contre leur gré des gens de leur
pays mais, tout au contraire, convient-il de les y faire retourner avec
leur consentement. De même, il ne s'agit plus de les faire travailler
pour d'autres intérêts que les leurs mais bien pour leur propre
compte. Autres temps, autres moeurs, le mouvement a changé !
L'information passera auprès des sans-papiers concernés. Quelques sans-papiers se manifesteront auprès de l'Office des migrations internationales, chargé de leur suivi rapproché, et le projet porté par le premier CRPO connu consistait en l'introduction d'un tracteur au Mali (11) : projet dont on peut interroger la viabilité au vu des modes de culture comme au vu des difficultés d'entretien du matériel dans cette région du monde. Seuls 21 contrats auront été signés en mai 1999, alors que les prévisions gouvernementales tablaient sur un millier de candidats par an (12). Et ce sera tout, en fait de souris : la très grande majorité des sans-papiers choisissant apparemment soit la rentrée dans la clandestinité et l'attente d'une régularisation éventuelle (13), soit la poursuite d'un mouvement entamé en mars 1996 avec l'occupation à Paris de l'église Saînt-Ambroise. Moi, je veux ma carte de séjour pour pouvoir travailler légalement, afin de nourrir mafamille et de développer mon village avec l'association affirme ainsi l'un des porte-parole malien d'un comité de sans-papiers de la région parisienne (14). Cette déclaration mérite commentaire, au sens où elle est particulièrement éclairante des modes de migration de cette région du monde. La famille demeure pour l'essentiel au pays et il s'agit d'assurer des ressources lui permettant de vivre. Il s'agit aussi de contribuer au développement de la région d'origine. L'accès à un statut légal est bien conçu comme devant favoriser un revenu régulier et donc améliorer la prise en compte des diverses obligations sociales qui sont celles des migrants. Par l'épargne personnelle ou collective sur les bas salaires qui sont ceux des travailleurs généralement sans qualification, mais aussi par les réseaux relationnels acquis en France, l'ensemble de ces transferts visent à palier partiellement à la répartition inégale des richesses : on comprend dès lors qu'une telle motivation ne soit guère conciliable avec le codéveloppement ! En septembre 1999, une marche
de sans-papiers partis de Toulouse et prévoyant d'aboutir à
Paris, était ainsi en route. Marche paradoxale, car négociant
quotidiennement avec les autorités de l'État (préfecture
et gendarmerie) son itinéraire, au motif de la sécurité
des marcheurs sur la voirie. Paradoxale encore, car accueillie régulièrement
par des élus locaux leur accordant l'hospitalité le temps
d'une étape. Marcheurs plus du tout clandestins mais toujours sans
droits au séjour au regard de l'État de droit. Lequel reconnaît
néanmoins leur existence sur le territoire national et donc la
Las !, le « délégué interministériel au codéveloppement et aux migrations internationales », élu député européen en juin 1999, optait pour ce second mandat et démissionnait de sa fonction précédente. Quelles que soient les raisons de cette décision (le battage médiatique autour du codéveloppement visait-il avant tout à assurer l'avenir politique dudit délégué ou bien ce dernier aurait jeté l'éponge au vu des déboires présentés plus haut ?), celle-ci met en cause le devenir d'une délégation interministérielle qui n'avait jamais été offîcialisée, seul le poste de délégué ayant été créé par la circulaire citée plus haut. Cette vacance laisse enfin le champ libre à un débat plus serein sur les associations de migrants comme acteurs de développement. La prise en compte des migrants acteurs de la solidarité internationale : des progrès encore trop timides Depuis février 1996, un groupe de travail de la Commission Coopération Développement (CCD, organisme paritaire qui regroupe des représentants des pouvoirs publics et des Organisations de solidarité internationale) « migrations et populations en mouvement », a regroupé des associations de migrants originaires des différentes régions d'origine (Afrique noire, Maghreb, Asie ... ) et des représentants d'ONG et des pouvoirs publics. Celui-ci est organisé autour de deux idées forces - celle de la déconnexion de la « gestion des flux migratoires » du problème du développement des pays d'origine.Dorénavant homologuée l'appellation « organisation de solidarité internationale issues de l'immigration » (OSIM), définit leurs associations. De droit français, celles-ci s'apparentent aux Organisations de solidarité internationale (OSI) classique. Leur spécificité - être composées de membres issues de l'immigration - indique un rôle particulier, celui de trait d'union entre diverses sociétés, celles de départ et celle d'accueil. Connaissant de l'intérieur le terrain sur lequel ils interviennent, ils sont également en contact avec d'autres acteurs de la solidarité : collectivités territoriales, organisations non gouvernementales. Il y a là des possibilités de médiations de société civile à société civile qui seraient tout à fait dynamiques, à certaines conditions sur lesquelles le groupe de la CCD a travaillé. Réalisé à la demande de la CCD, un inventaire de ces associations (15) devrait prochainement être publié, qui rend compte de la densité de l'action des immigrés. Plus de 750 OSIM ont été identifiées, s'intéressant à 32 pays différents (16). Par delà cette diversification géographique, il rend également compte de la diversité des modes d'organisation des migrants, puisque la typologie qu'il a permis de dresser ne dénombre pas moins de 10 types d'associations. Celles-ci se référent soit à l'appartenance commune de leurs membres à un même village ou une même région, soit à une composition particulière (jeunes, femmes, professionnels dans un domaine donné) et ces particularités orientent les modes d'intervention dans les pays d'origine. Suite à un long processus de concertation, le groupe de travail de la CCD a formulé diverses propositions en janvier 1999 au ministre délégué à la Coopération française, qui concement l'appui à la structuration fédérative des associations de l'immigration et la facilitation de l'accès au cofinancement (au même titre que les ONG). Du côté de la
représentation des OSIM comme de celui de l'accès au financement,
il semble bien que soient en préparation des décisions qui
pourraient contribuer à faciliter ce mouvement. En effet, le décret
de création du Haut conseil à la coopération prévoit
explicitement que des représentants de l'immigration y soient représentés,
et, dans la même logique, il semble être question que le bureau
de la CCD intègre des membres d'OSIM.
En d'autres termes, il semble que, dans le cadre de la réforme de la coopération française, une place plus importante soit accordée aux associations de solidarité issues de l'immigration. On revient de loin néanmoins : il y a moins de dix ans, on avait encore pu entendre au ministère de la Coopération le jugement suivant « Un balayeur des rues peut tout au plus avoir appris d'où vient le vent en balayant la rue, en aucun cas il ne peut a-voir un point de vue cohérent sur le développement » (17). Pour une « discrimination positive » envers les OSIM Restent posés certains
problèmes de fonds, qui concement l'organisation collective des
OSIM comme celle de leur représentativité. Doivent-elles
rentrer dans les divers collectifs d'OSI de façon indifférenciée,
comme certains peuvent le suggérer (et des discussions ont eu lieu
au sein de collectifs sur ce point) ou doivent-elles formuler des modes
d'organisations qui leur soient spécifiques (quitte à définir
les termes de la nécessaire synergie avec les autres organisations)
? Au vu de la grande diversité rapidement présentée
plus haut, tout comme au vu des difficultés inhérentes à
fédérer un mouvement aussi ample et diversifié, les
OSIM sont-elles en mesure de coopter dès aujourd'hui des représentants
légitimes, ou bien est-il urgent de ne pas précipiter le
mouvement pour laisser les processus de concertation se mener à
terme ? Enfin, si la proposition de confier à un collectif d'OSI
une cellule d'appui au montage de projet est une bonne chose en soi, est-il
judicieux néanmoins d'institutionnaliser le patronage des OSIM par
des organisations françaises ?
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Christophe Daum,
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