Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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POINTS DE VUE ET CONTRIBUTIONS |
Troisième
partie. Réaliser des ouvrages publics
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| Introduction
Cest un des gestes les plus ordinaires dune municipalité. Il sagit en effet soit de construire soit dentretenir soit de réparer (réhabiliter) une voie, un marché, une école, une maison de quartier... Dans lhypothèse où ces travaux sont relatifs à un ouvrage public communal, ils sont des travaux publics dont la municipalité est le maître de louvrage. La question qui nous intéresse ici est celle du choix du mode opératoire par le maître douvrage communal. Le processus de production de louvrage public résulte, dans tous les cas, des interventions conjuguées : - du « maître » : le maître de louvrage décide, commande, paie et met en service louvrage ;Ces dénominations désignent des fonctions à assurer par des individus, des associations, des professionnels, des entreprises, des institutions publiques ou privées... qui sengagent à accomplir des tâches ; qui disposent de savoir et de savoir-faire techniques, sociaux, économiques, financiers ; qui sont capables de mobiliser les moyens nécessaires pour lexécution des tâches quils ont à accomplir ; qui répondent de la non-exécution ou de la mauvaise exécution de la commande, telle que constatée à la livraison de louvrage et, éventuellement, après la livraison de louvrage pendant la période de garantie légale qui suit la livraison. Notre propos ici nest ni technique ni juridique. Nous navons pas à préconiser lutilisation de tel professionnel plutôt que tel autre ni de telle clause contractuelle plutôt que de telle autre. Notre propos est desquisser les diverses possibilités de montage de lopération entre lesquelles la commune choisit en fonction : - de sa propre capacité à exercer son « métier » de maître douvrage ;Il ne nous appartient pas de dire : « voici la solution » mais plutôt « voilà les possibilités, à vous de choisir ». 1. Premier mode opératoire : la commune autoconstructeur Ce premier mode se caractérise par une concentration des différents métiers ou fonctions entre les mêmes mains : la commune est à la fois maître douvrage, concepteur et entreprise. Elle commande, paie, conçoit, réalise elle-même. Ce processus dautoproduction
ou dauto-construction a notamment les faveurs des jeunes techniciens
des services communaux. Ils ont hâte de faire la démonstration
de leurs connaissances techniques... Les dirigeants de la municipalité
peuvent aussi se montrer favorables à ce système de lautoconstruction
aux motifs que « ça sera moins cher » et que «
nul nest mieux servi que par soi-même ».
Le coût est en général
difficile à apprécier, car les services municipaux autoconstructeurs
ont lhabitude de ne comptabiliser au titre des coûts que le prix
des fournitures supplémentaires quil a fallu se procurer spécialement
pour les besoins de lopération : le calque, le carburant, le ciment...
Lexpérience montre que lautoproduction communale est souvent pleine dembûches : a. Le maître douvrage exerce une autorité hiérarchique sur le concepteur (les services techniques) et sur le réalisateur (tel ou tel atelier municipal, telle ou telle brigade de travaux) de louvrage. Cette autorité hiérarchique peut être néfaste. Ce qui est demandé à un professionnel de la conception ou de la réalisation cest non seulement dêtre un bon professionnel mais cest aussi dêtre capable de conseiller son maître douvrage et même de sopposer à tout dérapage technique (« ce que vous nous demandez dajouter ici à louvrage principal est infaisable ») ou économique («...et entraîne un surcoût ou un coût supplémentaire extravagant »). Ces droits et devoirs de conseil et même de remontrance sont dans une large mesure, en contradiction avec le devoir dobéissance de lemployé à légard de son employeur. b. Le travail à réaliser pour la production de louvrage se confond avec les autres tâches incombant aux services chargés de la conception et aux services chargés de la réalisation. Le mélange du travail à réaliser pour la production de louvrage avec les autres tâches ordinaires a beaucoup dinconvénients. Les urgences changent sans cesse en fonction des ordres, des pressions et des circonstances. La multiplicité des tâches exige une gestion rigoureuse des compétences et du temps qui est difficilement praticable. On peut essayer de pallier ces défauts en instituant un système de primes au rendement et au respect des échéances. Ce nest pas simple. Retenons que lautoproduction implique une autodiscipline difficile à exercer. On peut conclure que lautoconstruction communale est un mode de réalisation douvrage peu pratique et qui comporte bien des embûches. Il est sans doute souhaitable den limiter lutilisation aux : - travaux de faible envergure difficiles à définir a priori (gros entretien, réparation douvrages existants) ;
Il sagit là dune tout autre organisation du travail, dans laquelle la commune exerce la totalité de sa fonction de maître douvrage et donne à faire à des contractants la totalité des tâches de conception et de réalisation. La commune divise le travail à faire en tâches distinctes. Elle confie la réalisation de ces tâches aux professionnels et aux entreprises quelle sélectionne en raison de leurs compétences et de leurs spécialités. Cette division peut avoir pour objectif de tirer le plus grand profit de la spécialisation des professionnels et des entreprises : telle étude de climatisation doit être confiée au meilleur bureau détude de climatisation de la place ; tel lot « étanchéité » doit être confié à la meilleure entreprise spécialisée dans ce type de travaux... Mais ce mode opératoire met le maître douvrage à rude épreuve. Il doit être capable : - de diviser le travail en tâches, en sous-ensembles homogènes de travaux ;
Les communes africaines en sont capables, mais elles nont pas toutes les moyens techniques suffisants. Elles peuvent se faire assister dans leur fonction de maître douvrage. Ces tâches dassistance sont relatives : - à la conception du projet ;
- il soumet à son appréciation et à sa signature tout projet de décision ;Autrement dit lassistant est prestataire de services de conseil, détude..., en rapport direct avec la maîtrise douvrage et au bénéfice direct et quotidien du maître douvrage. 3. Une variante du schéma de léventail Le schéma en éventail
vient dêtre présenté comme le résultat dune
division en tâches correspondant à des spécialisations
des concepteurs et réalisateurs. Il peut exprimer une tout autre
réalité.
- dune part de réserver certains appels doffre à la catégorie des « petites entreprises », catégorie quignore la plupart des codes des marchés publics ;Il arrive dailleurs que ces facilités daccès à la commande publique ne soient pas suffisantes. Il faut aussi en même temps travailler avec les organisations dont se dotent éventuellement les petites entreprises nationales afin de les préparer techniquement et surtout gestion-nairement. Le maître douvrage
doit enfin sappliquer à une gestion rigoureuse du marché
: paiements fréquents et rapides, présence quasi permanente
sur le chantier, contrôles se transformant en actions à la
fois préventives et didactiques...
4. Troisième mode opératoire : le maître douvrage et larbre La critique du mode opératoire dit de léventail est évidente : complexité des tâches incombant au maître douvrage et coût élevé dû à la multiplication des intervenants et des actes. On peut légitimement souhaiter simplifier ces procédures surtout lorsque louvrage nest pas dune grande complexité. Lavantage qui mérite dêtre conservé consiste en la position centrale et stratégique du maître douvrage. Quelle simplification trouve-t-on habituellement dans la pratique ? Le nombre de branches est ramené à deux ou trois ce qui fait ressembler le schéma du mode opératoire à un arbre pourvu de quelques branches maîtresses. Dans le cas le plus simple, le maître douvrage contracte avec deux partenaires : - le premier se charge de lensemble des tâches de conception, cest le maître duvre ;Ici, évidemment le travail du maître douvrage est plus simple puisquil na que deux interlocuteurs. Il nempêche quil doit soccuper de la cohérence des deux démarches. Lentreprise doit exécuter les projets, dessins et calculs du bureau détudes architecturales et techniques, et donc sabstenir de les modifier pour aller plus vite ou pour augmenter son bénéfice. En revanche, si lentrepreneur conteste la validité technique dune solution, il doit en faire part officiellement au maître douvrage, avec lequel il a contracté. Symétriquement, si le concepteur saperçoit que lentrepreneur ne respecte pas ses plans, il doit aussi en faire part au maître douvrage. Juridiquement, le concepteur et lentrepreneur nont pas de relations : lun ne commande pas à lautre et ils ne sont pas non plus associés. Professionnellement, ils doivent communiquer et même bien sentendre. Toutefois ils ne sont liés contractuellement quau maître douvrage. Ceci vaut aussi pour le concepteur qui se verrait investi de la mission de « directeur de lexécution ». Diriger lexécution ne signifie pas disposer de tous pouvoirs sur lexécutant au nom du maître douvrage. Et ce pour au moins deux raisons : - le concepteur chargé de diriger lexécution veille et surveille mais ne parle ni ne décide au nom du maître douvrage, quil ne représente pas faute dun mandat ly habilitant ;Dailleurs, en faisant appel à des professionnels, en passant avec eux des contrats par lesquels ils mettent leurs savoir-faire à disposition du maître douvrage, ce dernier sait fort bien quil ne salarie pas un simple dessinateur ou un modeste maçon. Il reste donc bien au maître
douvrage à piloter lensemble du travail et à veiller notamment
à la parfaite coordination des tâches de conception et de
réalisation.
5. Quatrième mode opératoire : le maître douvrage délégué La maîtrise douvrage nest pas un métier, plutôt une fonction. Mais il est vrai quelle est complexe : - complexité financière : il faut trouver largent nécessaire, tirer sur les prix, amputer le projet de quelques perfectionnements trop coûteux...Le maître douvrage communal peut donc faire le choix de sen remettre à un professionnel qui exercera à sa place et pour son compte la fonction de maître douvrage. Il ne peut évidemment se décharger de toutes ses responsabilités. Le maître douvrage reste celui qui conduit le processus de création et de réalisation de louvrage. Mais rien ne lempêche de demander à un professionnel dassurer la conduite de lopération à sa place, pour son compte et en son nom, cest-à-dire de déléguer certains de ses pouvoirs à un maître douvrage délégué. Le délégué ou mandataire est un représentant. Les actes quil accomplit sont réputés avoir été accomplis par le déléguant ou mandant. On comprend que ce système du mandat puisse être dangereux. Beaucoup plus quun contrat de prestation de service. Le mandataire prend en charge lopération. Il peut ne pas en faire assez sil est nonchalant, ou trop sil est activiste ; il peut alors devenir le maître douvrage de fait et éclipser presque totalement le maître douvrage de droit. Comment se prémunir contre ces risques ? En obligeant le mandataire à rendre compte à son mandant fréquemment et à lui expliquer les pourquoi et les comment de ses actes. La comparution physique du mandataire devant un comité de suivi municipal est primordial. Il faut en profiter pour débattre et discuter la facture présentée par le mandataire demandant : - le remboursement des paiements quil a assurés lui-même au titre de lopération (par exemple le paiement dune partie des travaux) ;
- le maître douvrage a lui-même choisi le maître douvrage délégué ;
- le délégué est imposé, en droit ou en fait, par lEtat ou un financeur.Est-il nécessaire dajouter que la situation est encore plus difficile lorsque les financeurs imposent leurs propres maîtres douvrage prétendument délégués parce quils nont pas confiance en cette collectivité locale ? En dehors de ces cas limites totalement opposés au pari de cet ouvrage sur le rôle irremplaçable des collectivités locales en Afrique, on ajoutera quune bonne solution consiste à faire collaborer maître douvrage et maître douvrage délégué à loccasion des décisions les plus importantes (choix du maître duvre, désignation des entreprises...). Ces rendez-vous obligés sont à déterminer dans le contrat de délégation de maître douvrage. La procédure de décision est à organiser : le rôle de rapporteur serait tenu par le délégué, les contradicteurs seraient les membres du comité de suivi, etc. Il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie, car si le maître douvrage a choisi de déléguer, cest pour se décharger de tâches quil juge trop lourdes ou trop techniques. Ce nest pas pour être sollicité à tout moment par son représentant. Il semble quelque peu superflu
de faire contrôler le délégué par un bureau
de contrôle. Si lon veut que le délégué ne
fasse pas nimporte quoi, il paraît plus normal que le maître
douvrage agisse lui-même, quitte à se faire aider par un
assistant auquel pourrait être confiée une mission dassistance
assez étroite et précise. Encore faut-il que lassistant
ne soit pas de connivence avec le délégué !
Il convient dattirer lattention sur un point essentiel : le fait pour le maître douvrage public de donner mandat à un délégué soumis au droit privé na pas pour effet de placer lopération en question sous le régime du droit privé. Les contrats que le délégué peut être habilité à passer pour létablissement du projet puis sa réalisation ne sont pas des contrats privés. Ils sont des marchés publics. La théorie juridique du mandat est formelle : le mandat ne peut modifier la nature juridique des actes qui auraient été passés par le maître douvrage si celui-ci navait pas eu recours à un délégué. Ce dernier signe au lieu et place du maître douvrage public des marchés quil (le maître douvrage public) aurait pu signer lui-même. Cette mise au point vaut
dêtre faite, car les agences de travaux à forme associative
qui fonctionnent comme délégués des Etats et des communes
sont, toujours à tort, présentées comme une forme
de privatisation de la commande publique ; on fait croire que les agences
sont capables de transformer la commande publique en commande privée
comme un alchimiste transforme le plomb en or.
6. Une variété de délégation de maîtrise douvrage pleine dintérêt : le délégué spécialisé dans la mise au travail des petites entreprises et uvrant à lamélioration du cadre de vie urbain Le recours à un maître douvrage délégué se justifie sans conteste dès lors que lon sengage dans une politique de facilitation de laccès des petites et moyennes entreprises nationales à la commande publique, en particulier municipale. Cette fonction de facilitation représente une véritable spécialisation. Malheureusement, dans la pratique, ces opérateurs ne sont jamais des opérateurs municipaux. Ils sont étatiques ou en tout cas dominés par lEtat. Ils fonctionnent par le moyen de crédits internationaux qui leur sont versés directement en exécution daccords de crédits conclus par lEtat et les bailleurs de fonds. Ce type dopérateur porté par les Etats et les bailleurs de fonds est particulièrement efficace en ce sens quil dispose finalement dans son secteur de tous les pouvoirs et de tous les moyens. Il se sent rarement responsable devant la commune et encore moins son mandataire. Les fonds dont il dispose ne passent pas par les mains de la collectivité locale. Ce sont des fonds prêtés à lEtat et qui sont simplement « affectés à telle opération localisée dans telle ville ». Dans de nombreux cas, cest à peine si lopérateur demande à la collectivité de signer le mandat formel qui lui donne pouvoir dagir en son nom et qui est une sorte de blanc seing très large et assez vague. Lopérateur désigné la plupart du temps par le terme d« agence de travaux » est présenté comme lappareil technico-administratif dune association - quelque fois même bénéficiant du statut dONG - formée de la réunion : - de représentants de lEtat,
Le principal mérite de ces agences est de lancer des travaux dédilité de première nécessité et dont limpact social est fort (en particulier de réfection ou de construction de voies urbaines de desserte des quartiers souvent populaires). Elles seraient prêtes à travailler directement à la demande (on devrait dire commande) des autorités de quartier, des élus mandatés par la municipalité, des associations diverses. Elles pourraient aussi (mais ce nest pas encore une pratique : nous réfléchissons ici en termes de « possible ») confier des tâches dentretien à des réseaux dusagers agissant comme entrepreneurs de menus ouvrages. Toutes ces possibilités
sont du plus haut intérêt. En attendant que des agences municipales
ou plutôt intermunicipales (une agence pour plusieurs municipalités)
soient créées, il semble souhaitable que les représentants
des collectivités locales siégeant dans les conseils dadministration
de ces agences pèsent de tout leur poids pour les rapprocher des
communes et de leurs préoccupations. Ils pourraient exiger delles
quelles collaborent plus étroitement avec les services techniques
municipaux qui ont besoin et envie dapprendre. Et enfin, au lieu de contourner
les difficultés (par exemple en refusant contre toute logique dappliquer
le droit des marchés publics) ne peut-on demander à ces agences
quelles aident les dirigeants municipaux à les affronter : par
exemple, en les aidant à créer un régime spécial
de marchés publics efficace et honnête pour les petits travaux
; par exemple, en les aidant à fortifier les services techniques
municipaux qui dans tous les cas de figure auront toujours des travaux
à faire par eux-mêmes... et des responsabilités de
maîtrise douvrage à exercer.
7. Faut-il aller plus loin ? La pratique en Afrique na pas été beaucoup plus loin. Il est cependant utile de dire que ces modes opératoires ne sont pas figés dans leurs formes actuelles et peuvent évoluer. Les voies dévolution possibles sont : - la pratique du contrat global de conception de tradition anglo-saxonne (voie n° 1, voir plus loin) ;
- pour partie il fait le
travail de lassistant du maître douvrage en participant à
la détermination du programme, à la mise au point du plan
de financement, aux opérations foncières préalables...
Nous obtenons un schéma opératoire très simple et très efficace : - le maître douvrage ne déléguant pas ses pouvoirs de maître douvrage reste très actif et continue à intervenir souvent, mais toutes ses décisions sont préparées par son maître duvre, qui donc joue également le rôle dassistant du maître douvrage ;
Deuxième possibilité
(voie n° 2). Le maître douvrage confie à lentreprise
la mission de faire les études et de réaliser les travaux.
Troisième possibilité
( voies n° 3, n° 4 et n° 5). Le recours à des formes
de quasi promotion ou de promotion.
Rien ninterdit cependant de travailler à lamélioration du processus, notamment à sa simplification, par exemple en proposant que le cocontractant de la collectivité soit unique et prenne lentière responsabilité dudit processus, sengageant à livrer le produit à lheure convenue pour le prix convenu. Le maître douvrage na plus la direction du processus. Il passe commande et paie le prix. Plusieurs variantes sont pratiquées (dans le droit français ces pratiques sont prohibées car contraires à la loi définissant la maîtrise douvrage publique qui, précisément, doit permettre à la collectivité de diriger lensemble du processus de production). Nous en présenterons quelques-unes. Première variante.Par contrat passé avec la collectivité le promoteur sengage à exécuter le projet retenu et à le livrer à lheure convenue et au prix global convenu, à charge de passer lui-même tous les contrats de conception et de réalisation quil croit devoir passer avec les firmes quil choisit. Le promoteur reste mandataire de la collectivité dont il mobilise les fonds au fur et à mesure de lavancement du travail. Tout dépassement du prix est supporté par le promoteur (voie n° 3). Deuxième variante.Dans dautres circonstances, le promoteur se présente comme vendeur dun ouvrage qui est à faire (ou au moins à finir) acceptant sous certaines conditions quon le règle à la livraison, clés en main. Il peut aussi y avoir paiement du prix par fractions au fur et à mesure de lexécution de louvrage, par étapes successives (voie n° 4). Troisième variante.Le promoteur est vendeur mais « fait crédit » à la collectivité qui règle le prix par paiements successifs sur une période par exemple de dix ans, le constructeur assurant en outre la maintenance de louvrage pendant la même période (voie n° 5). Lintérêt de ces trois dernières formules est de déplacer le centre de gravité des risques de la collectivité publique vers le promoteur qui est un professionnel. Linconvénient est le dessai-sissement de la collectivité comme « patron » du processus de production. Cest évidemment le but que poursuivent les tenants de cette ligne que lon a pris la mauvaise habitude dappeler libérale. 8. Des ouvrages non voulus La pratique communale est riche dexemples douvrages appartenant à des communes qui ne les ont : - ni commandés, par le moyen de marchés de ;Il sagit par exemple de la voirie de lotissement que la commune se voit contrainte dincorporer à son domaine public alors que lautorisation de lotir ne le prévoyait pas. Cette voirie est parfois la voie intérieure tout à fait chaotique dun quartier dit spontané que la commune désire légaliser et par là intégrer pleinement à la ville. Ce peut être aussi le bâtiment scolaire quelque peu approximatif réalisé par une association de quartier et donné à la commune contre la promesse den faire une école. Evidemment la commune peut toujours refuser dincorporer à son patrimoine un ouvrage dont elle ne veut pas parce quil est mal construit ou tout simplement parce quil lui faudra en assurer la charge de fonctionnement et dentretien. Mais ce droit de refuser est souvent formel. La pression sociale est trop forte... et les élections trop proches. Dans le cas de la légalisation du quartier spontané, cette incorporation est délibérée et le maire ne va pas dire aux habitants riverains : « réaménagez la voie avant de me la confier ». Il ny a pas de solutions simples à ce type de difficultés. Pour une commune, la seule attitude praticable consiste à prévenir, à anticiper et surtout chaque fois que cest possible à enfermer le « don » dans une relation contractuelle. Bien des autorisations de lotir sont prises par les autorités centrales sans que le maire ne soit invité à donner son avis. Cest particulièrement vrai en Afrique. La plupart des lotissements sont des lotissements domaniaux décidés par les services centraux eux-mêmes qui ne vont tout de même pas sabaisser à demander lavis dinstances locales. Cest pourtant au moment de linstruction de la demande dautorisation quil faut discuter de la viabilité du lotissement qui est à concevoir comme un morceau de ville. Le maire nest pas en situation dexiger que lautorisation colorie en bleu les voies quil se propose de communaliser et en rouge celles quil ne prendra pas en charge. Il sait bien que malgré ses dire, il risque fort de devoir un jour ou lautre incorporer toutes les voies au domaine communal. La seule bonne méthode semble consister à rationaliser le réseau viaire interne et à faire passer la raison communale avant les autres. Là le dialogue entre les services techniques municipaux et les concepteurs de la voirie joue un rôle fondamental. Il joue un rôle dautant plus efficace quil est noué tôt, dès les premières esquisses. Lorsque louvrage est le produit dune activité informelle ou populaire, on peut là aussi ne pas attendre le dernier moment, la veille de la remise du bien, pour critiquer sa malfaçon. Il faut là aussi prévenir. Un maire peut demander à lassociation qui entreprend de réaliser le futur bâtiment scolaire (le maire en est toujours informé) daccepter dès la conception du plan du futur bâtiment dentendre larchitecte ou le technicien municipal. Ce nest pas toujours possible. Cest parfois même complètement contradictoire. Un maire qui lutte contre la création de quartiers spontanés ne peut pas en même temps se présenter comme lurbaniste conseil de ces quartiers en train de se faire. Dans tous les cas de figure, il est de lintérêt de la commune de situer la « remise » du bien dans un « échange de bons procédés » prenant la forme dune sorte de contrat, qui dailleurs peut rester oral sil est passé publiquement et cérémonieusement comme on en a lheureuse habitude en Afrique sud-saharienne. Lidéal est de conclure ce contrat en négociant chaque engagement de chaque partie et en lui donnant la forme dun contrat de concours (ou contrat doffre de concours) dont la teneur pourrait être par exemple : - lassociation qui a construit le bâtiment scolaire en fait remise à la commune, sengage à lentretenir pendant cinq années et entreprend sans délai laménagement des abords selon le programme arrêté dun commun accord entre lassociation et la municipalité ;
Ce procédé
de loffre de concours devrait être appelé à de larges
développements. Loffre peut également consister en totalité
ou en partie en une contribution foncière ou même monétaire.
En ce dernier cas, dès acceptation de loffre, les sommes en question
sont versées à un « fonds de concours » annexé
au budget communal. Ce fonds reste isolé du reste du budget et sera
affecté à lobjet désigné : création
dun terre-plein le long dune avenue commerçante pour que les commerçants
riverains puissent déballer plus facilement leurs marchandises et
les offrir à la vente ; extension dun parking à la demande
des habitants ; extension du réseau deau au bénéfice
dun sous-quartier nouveau...
9. Les travaux dentretien Lentretien des ouvrages publics est un des travaux municipaux les plus difficiles. Et, il faut bien le reconnaître, les municipalités sont ici souvent défaillantes. Quelle municipalité accepte daccompagner la mise en service de tout ouvrage neuf dune augmentation corrélative et suffisante des crédits dentretien ? Quelle municipalité a une notion claire de ce quentretenir veut dire ? Trop de municipalités se disent quil suffit pour entretenir de quelques coups de balai à donner de temps à autre par le service municipal de nettoiement... et que le jour où louvrage sera trop dégradé, il sera temps alors denvisager de lancer des travaux de réhabilitation lourde. Pour maintenir la capacité de service dun ouvrage (ce qui est la définition la plus simple de lentretien), une municipalité a dordinaire recours à ses propres services dits dentretien qui sont presque toujours parmi les moins bien lotis et les moins bien « considérés ». Faut-il, dans ces circonstances, abandonner cet « auto-entretien » - comme on a pu parler dautocons-truction - et donner le travail dentretien à faire à une entreprise spécialisée par le moyen dun marché de travaux dentretien ? La tâche nest pas aisée car le travail à demander ne se prête pas à une spécification précise sauf sil sagit dun ouvrage complexe livré avec un mode demploi énumérant les actes et travaux périodiques à exécuter. On peut se demander alors sil ne vaut pas mieux confier lentretien au constructeur ou à linstallateur, au moins pendant la période de garantie décennale. Cela va de soi dans le cadre du contrat évoqué à la fin du septième point de la présente partie (troisième possibilité, troisième variante). Pour ce qui concerne les ouvrages ordinaires, les solutions ne sont pas évidentes. Les « exemples exemplaires » ne sont pas nombreux. Il semble toutefois que les moins mauvais résultats soient obtenus chaque fois que lon « implique » les usagers dans le processus dentretien. « Impliquer » peut vouloir dire confier lentretien aux usagers eux-mêmes par le moyen dun marché de travaux à exécuter sur plusieurs années, qui serait conclu par la commune avec une organisation dusagers (association de proximité, organisation non gouvernementale travaillant pour une association, entreprise associative ou assimilée « garantie » par des associations dusagers...). « Impliquer »
peut vouloir dire aussi demander aux associations dusagers quelles participent
à la programmation des tâches dentretien aux côtés
du maître douvrage et surtout participent à des réunions
périodiques dévaluation réunissant le maître
douvrage et lentreprise ou le service chargé de lentretien.
10. Se passer des services techniques centraux ? Le maître douvrage communal est souvent confronté à la volonté de lEtat de jouer les premiers rôles. LEtat, par son ministère en charge des travaux publics, peut vouloir assurer la maîtrise douvrage déléguée de tous les travaux dinfrastructure et de bâtiment des collectivités locales. Il peut aussi revendiquer au minimum une sorte de mission de contrôle technique des projets et des travaux dinfrastructure se traduisant par : - un visa des plans et pièces écrites annexées aux plans ;
Lobligation pour la commune de passer par les services techniques de lEtat nest pas toujours fondée juridiquement. Il nest pas rare que cette obligation soit exprimée par un simple organigramme approuvé par arrêté du ministre chargé de léquipement, donc sans effet à légard dune collectivité locale dont lautonomie est attestée par la Constitution ou une loi. Cette obligation est souvent le fait dun décret ou dune loi promulgué bien avant que le principe constitutionnel de lautonomie de toutes les collectivités territoriales ne soit affirmé. Quoiquil en soit la municipalité, si elle ne veut pas perdre trop de temps, devra laccepter. Autant alors tirer parti de cette collaboration obligée en exigeant des services techniques centraux : - quils sengagent contractuellement envers la commune à faire tel travail dans tel délai pour tel prix ;La situation est beaucoup plus embarrassante lorsquun organisme dEtat se voit confier la responsabilité de gérer des programmes entiers dinvestissements communaux sur financement extérieur. Les bailleurs de fonds ont
pris en effet lhabitude de confier « leurs » programmes dinves-tissement
à des établissements publics dEtat spécialisés
dans la conduite dopération ou à des sociétés
déconomie mixtes spécialement mandatées par lEtat.
Ces institutions ne se contentent pas seulement de piloter ces programmes,
mais elles sen reconnaissent les maîtres douvrage - en titre et
non délégué - et aussi les maîtres duvre,
chargés donc aussi des études de projet ainsi que de la direction
et du contrôle de leur lexécution. Les communes sont souvent
impuissantes face à ces forteresses.
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