Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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POINTS DE VUE ET CONTRIBUTIONS |
Première
partie. Construire une maîtrise d'ouvrage communale
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| 1. Limpossible
entreprise municipale
Dans une ville africaine, létendue des besoins est telle que les autorités municipales pourraient se voir autorisées à construire une véritable entreprise municipale qui aurait à produire tout ce dont la population a besoin : des services, des équipements, des aménagements. Ce type de projet est impossible à mettre en uvre en raison tant de la faiblesse des moyens techniques et économiques des municipalités que des nécessités des ajustements structurels des économies nationales au marché mondial. Ne pouvant se faire entrepreneur, la collectivité territoriale chargée de gérer la ville se voit contrainte de sériger en organisateur et fédérateur des énergies locales (dont évidemment les siennes propres, ses propres services), utilisant avec pragmatisme tous les procédés légaux qui sont à sa disposition. 2. Les procédés Ces procédés sont de trois ordres : - le faire soi-même,Le faire soi-même est un ensemble de procédés qui met la collectivité en situation de producteur ou de prestateur même si on doit distinguer : - dune part la régie directe, classiquement entendue comme la gestion non individualisée par ladministration elle-même dun service public, dun chantier, dun aménagement urbain...Le faire-faire est un très riche et vaste ensemble de modes opératoires qui se rangent en deux grandes sous-catégories : - premièrement, le faire-faire proprement dit, lorsque par exemple la collectivité confie le service public de leau à une entreprise privée spécialisée, laquelle est appelée à servir leau au lieu et place de la commune ;Le laisser-faire est un mode dintervention plutôt quun mode opératoire ; il est fondé sur le principe de la primauté de linitiative privée sur laction publique et sur la fonction simplement correctrice de ladite action publique. On peut distinguer trois degrés de laisser-faire : - le premier degré est le laisser-faire total ; telle association assure une activité culturelle ou sportive que lautorité communale suit avec intérêt mais en sabstenant de toute intervention ;Ce tableau situant ces sept manières institutionnelles de faire invite à constater quelles forment un éventail assez largement ouvert et aussi à poser, comme hypothèses, quelles ont des qualités différentes mais quelles sont partiellement substituables, autrement dit quil y a plusieurs manières doffrir à la population des activités culturelles, des équipements collectifs, de leau... 3. La « maîtrise douvrage » communale. Dans une acception plus professionnelle que juridique (en droit strict le maître de louvrage est la personne qui, dans le cadre du contrat de louage douvrage et des marchés publics assimilés, commande, paie et reçoit louvrage matériel ou intellectuel, objet du contrat ou du marché) ; on a pris lhabitude de qualifier de « maîtrise douvrage » lintelligence des choix entre les divers faire et plus globalement lhabileté dun organe politique à : - penser un programme de tâches et de travaux, imaginer le montage, les façons de faire ;Lessentiel pour la maîtrise douvrage communale est donc de disposer des moyens dassumer le service de la population urbaine et non nécessairement de lassurer elle-même, du moins en dehors de la sphère des obligations de faire soi-même que la loi (et une certaine forme de logique politique) met expressément à la charge de la collectivité et dont elle ne saurait se démettre. Cest dans lintelligence
technique, sociale et politique des choix des modes opératoires
et des opérateurs que se reconnaît le maître douvrage
municipal.
- dun véritable savoir-faire politique, pour organiser les services urbains de manière optimale (répartition des tâches dexécution des services aux petites entreprises locales ; concession des tâches « nobles » aux grandes compagnies concessionnaires...) ;
On ne peut quattester lintérêt des techniques de délégation, de contractualisation, dhabi-litation,... (au sens large et finalement peu précis de ces appellations) par la collectivité territoriale au bénéfice : - ou de personnes privées (entreprise, société, association, fondation, ou même personne physique) ;
- gérer un service local marchand, comme le service de leau qui serait concédé (investissement plus gestion) à tel ou tel groupe.
Les communes urbaines africaines (comme dailleurs les Etats) ne peuvent éviter, à ce jour, de collaborer avec des entreprises, des associations, ou avec des compagnies internationales apportant avec elles savoir-faire et capitaux. La vraie question nest plus à ce jour celle de lopportunité de tels processus. Elle semble plutôt résider dans la recherche de : - lefficacité - y compris sociale - du travail de lopérateur ;
Elle résulte de cinq séries de facteurs : - létendue des besoins sociaux à satisfaire générés par lurbanisation ;La diversité et la flexibilité des méthodes et des procédures quutilisent les collectivités locales sont, de ce fait, tout à fait remarquables. Elles peuvent prendre en main, directement, un service, par exemple de nettoyage de la voirie ou bien donner ce travail à faire à une entreprise ou même sen remettre du soin dassurer ce service à des associations de quartier à raison dune association par quartier. Il arrive même que les associations de citoyens prennent linitiative de ces travaux et viennent ensuite demander à la collectivité de les appuyer, de les rémunérer, de leur confier la libre disposition des moyens des services municipaux. Les considérations sociales ou socio-politiques sont déterminantes dans les choix institutionnels des collectivités locales africaines. Telle collectivité peut se voir contrainte politiquement de constituer une régie municipale du nettoiement de la voie publique en salariant une main-duvre permanente tout en acceptant que cette régie recrute chaque jour une main-duvre journalière sur le chantier selon des critères spécifiques : préférence pour les jeunes déscolarisés, pour les femmes... On arrive à concilier ici ce quune municipalité européenne ne pourrait concilier. Il arrive parfois que les collectivités locales africaines soient dans un tel dénuement quelles ne disposent daucun moyen ni de faire ni de faire-faire. Il ne leur reste dautres choix que daccepter leur propre impuissance et de laisser les gens se débrouiller seuls. Lintelligence de la maîtrise douvrage communale se manifestera alors par son souci de laisser-faire sous réserve éventuellement de devoir encadrer ces activités par le moyen dun simple règlement : lenlèvement des ordures ménagères doit se faire dans telle tranche horaire, les ordures doivent être entreposées en tels et tels lieux... On nest plus alors en présence dun procédé de service mais plutôt de police. Une des premières tâches dune municipalité est sans aucun doute dassurer la gestion sociale de la collectivité quelle administre et qui est constituée de groupes sociaux, de cultures, de religions, dassociations, de boutiquiers, de portefaix, dinstituteurs, de chômeurs... et aussi, bien sûr, délecteurs. Un maître douvrage communal sassure que les décisions quil prend et les choix quil opère confortent la cohésion sociale dont il est, sous une forme ou sous une autre, le garant. Le pouvoir local est aussi un pouvoir politique qui, au sens le plus profond, souscrit à un projet de cité. La politique locale a pour objet de placer la cité et la société qui la forme sur une trajectoire de développement ou de régression. Là encore il est tout à fait légitime que le maître douvrage communal décide et choisisse politiquement. Il est temps de concevoir
la maîtrise douvrage municipale, africaine en particulier, comme
une sorte de trépied technique, social et politique. On doit cesser
de croire que la rationalité technique est seule digne dêtre
honorée, que les considérations sociales et politiques sont
des déviances et viennent corrompre la pure raison.
Les latitudes de négociation des collectivités sont souvent réduites. Ainsi les sociétés chargées par lÉtat dassurer pour le pays entier la production et la distribution de lélectricité ou de leau acceptent rarement de discuter des conditions de cette distribution sur le territoire de la ville avec la collectivité intéressée alors bien même que la loi communale déclare la commune en charge des services publics locaux marchands et non marchands. Il est pourtant évident que toute société concessionnaire - au sens large - nationale aurait intérêt à convenir avec les collectivités des modalités particulières de son intervention locale : approvisionnement des installations communales, programmation des extensions des réseaux, appui de la commune aux campagnes contre les mauvais payeurs... 6. Le pari : contribuer à la formation dune maîtrise douvrage municipale pivot de la gestion urbaine Le pari de cet ouvrage est
dabord un pari sur lavenir des collectivités locales africaines,
de leur rôle irremplaçable de gestionnaires des villes qui
sont les lieux du développement dune « nouvelle Afrique ».
Ce guide a lambition de montrer ce que sont ces choix, au moins dans leur dimension institutionnelle et dans trois secteurs de pointe de lactivité communale et des coopérations internationales : les services, les travaux et laménagement. |
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