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FORUM SOCIAL EUROPEN
 
Contributions pour mise en débat au FSE
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Construire ensemble une nouvelle utopie urbaine

Jean-François Tribillon

Avant-projet d’argumentaire discuté lors du « séminaire urbain »  du vendredi 8 novembre 2002 de 9h 30 organisé par AITEC au sein du FORUM SOCIAL EUROPÉEN de FLORENCE 2002 à destination des organisations professionnelles de l’urbanisme, de l’architecture et de l’ingenierie urbaine, des constructeurs et gestionnaires de logements sociaux, des mouvements civiques du cadre de vie, des mouvements des mal-logés, des Ong et Organisations de solidarité internationale, des organisations de développement, des collectivités locales, des chercheurs et enseignants, du Nord Européen et du Sud.


1 - L’idéologie : la ville n’est pas un marché

Nous sommes aujourd’hui, ou nous serons dans quelques années, face à un choix simple :
-    ou bien nous acceptons le modèle de ville que l’ultralibéralisme nous prépare ;
-    ou bien nous travaillons et luttons à la construction d’un autre.

Celui que l’ultralibéralisme prépare est en germe dans celui qui nous commençons à pratiquer aujourd’hui. L’espace urbain est formé de marchés superposés (marché des terrains, des logements, de l’emploi, des capitaux, des services…) ponctués de services collectifs (transports, police, sécurité, administration générale…) et de régulation urbaine. Les groupes sociaux trouvent place dans l’espace urbain aux endroits que leur assignent leurs dynamismes socio-économiques ou les exploitations et répressions dont ils sont l’objet.

L’espace urbain est parsemé d’implantations de l’économie mondiale : sièges de grandes entreprises, complexes hôteliers, centres de congrès, banques internationales…Ces fiefs de l’économie monde forment une ville-dans-la-ville autonome et dominatrice..

Dans ces conditions, développer une telle ville, c’est assurer un plein développement des marchés la composant aux motifs qu’ils sont par eux-mêmes porteurs de la meilleure dynamique dont on puisse rêver, la plus efficace et la plus juste.

Les espaces politiques se concentrent en quelques rares lieux : le bureau du maire, la salle du conseil municipal… Ces instances ont à gérer la ville c’est à dire à imposer des règles du jeu et de bons rapports entre les acteurs sociaux, dont au premier chef les communautés. Une équipe municipale talentueuse est celle qui évite les conflits ou qui, lorsqu’ils surviennent, sait les traiter, comme un service de  sécurité civile fait face à des crues décennales.

Cette autorité politique se comporte en autorité régulatrice pratiquant volontiers une sorte d’ ”apolitisme de gestion ” des affaires locales. Si la ville est un marché et si l’on considère que tout doit être fait pour qu’il fonctionne au mieux, l’intervention d’aménagement doit être minimale. Trop de règles nuiraient au libre fonctionnement des marchés et donc, pour finir, feraient obstacle au développement de la ville.

Pour beaucoup en effet une ville dynamique, une ville libre, s’étend là où elle le décide. De là la théorie implicite de l’ultra libéralisme appliqué à l’aménagement urbain : la ville est le produit direct de son fonctionnement. La ville se fait d’elle-même.

Le contre modèle

La ville peut se concevoir autrement, comme un espace politique à construire politiquement comme partie intégrante de la République mais aussi comme partie spécifique produit d’une histoire particulière, habitée par une société particulière. Ces particularités justifient des différences de statuts et fondent des projets originaux. Si la citoyenneté est définie par les lois de la République, la « citadinité », elle, s’organise localement par l’institution de cadres de participation de tous, citoyens ou non, à la décision publique ou même de cadres municipaux de sécurité sociale (au sens large) organisant des filières municipales d’accès aux soins, aux activités culturelles, au logement…

Ce qui caractérise ce modèle à construire est son ambition socio-politique . Tout le travail consiste à asseoir le développement des villes sur des projets et des alliances : projet de construction de la ville, projet de développement économique et social, alliances socio-politiques.

Ce modèle de la ville-cité peut se limiter à un municipalisme étroit, s’il ne se conjugue pas avec une réelle démocratie non seulement représentative mais aussi associative. L’Hôtel de Ville est la place centrale de la gestion urbaine, le lieu d’un véritable gouvernement urbain. Il s’agit moins ici d’administrer les choses urbaines que de gouverner les citadins. C’est autour du pouvoir municipal que se tissent  les réseaux de personnes et d’associations qui forment la trame socio-spatiale de la cité. L’urbanisme et l’aménagement prennent la première place. Ils sont en charge de produire la ville : l’espace auquel s’identifient les citadins en même temps que le système d’allocation  d’avantages  à ceux qui en ont le besoin le plus évident.  Les ressortissants des quartiers les plus défavorisés sont ceux qui peuvent prétendre à l’équipement le plus perfectionné, aux espaces publics les plus largement dimensionnés, à l’effort le plus intense en matière d’amélioration des logements… La ville est à penser et à organiser pour le bien du plus grand nombre, à contre courant de la logique urbaine la plus classique, celle de l’accaparement de la ville par les mieux nantis ou les plus débrouillards. C’est même le pourquoi et l’objet d’une maîtrise d’œuvre urbaine : contrevenir au cours “ naturel ” de la chose urbaine.

2 - La méthode : la ville comme œuvre collective ou l’urbanisme partagé

L’idéologie de la ville-cité refuse tout urbanisme qui se soumettrait  à une sorte de mécanique urbaine s’imposant d’elle-même, à une logique du développement urbain tel qu’il est et tel qu’il a structuré historiquement la ville et son site, qu’il s’agirait donc de mettre en forme de plan, de règlement,  d’opération. L’urbanisme apparaît comme œuvre c’est à dire construction de l’esprit, produit de l’intelligence, projet politique. Une œuvre de cette nature qui a la prétention de porter un projet politique ne peut être que collective. Comme œuvre de l’esprit, elle est processus de création entrepris par un ou plusieurs créateurs agissant comme maîtres d’œuvre. Comme œuvre collective elle est le produit d’un travail en commun, sans doute en forme de consensus.

La voie est tracée en direction d’un urbanisme partagé fondé sur un pacte républicain qui pourrrait s’écrire : l’organisation de la cité participe de la chose publique et est l’affaire de tous les citadins ; l’aménagement détermine les conditions dans lesquelles s’exercent concrètement, ville par ville, les droits de chacun.

Malgré le partage, l’œuvre reste. Le maître d’œuvre demeure. Le partage n’a pas pour conséquence la disparition du maître d’œuvre, bien au contraire. Le voilà en charge de proposer, de recueillir et de mettre en forme les propositions des usagers. Le plus grand de ses mérites est d’organiser ce partage et d’abord d’identifier ces fameux “ usagers ” de la ville. Il est rare en aménagement que les usagers soient clairement identifiés ; on parle toujours des riverains comme des usagers mais il n’y a de riverains que pour les actions simples – comme la réfection d’une rue – et ces actions ne sont presque jamais des actions d’urbanisme.

Il n’y a ici aucune évidence. On peut dire que la désignation des usagers est en lui-même un acte politique qui situe d’emblée le projet en question dans un type de registre de questionnement.

Le partage de la décision en urbanisme et aménagement place l’urbaniste dans une situation nouvelle. Il demeure maître de l’œuvre c’est à dire concepteur mais aussi pédagogue et metteur en forme des critiques et contre propositions. Le voilà au cœur du débat qu’il doit animer et dont il doit recueillir les fruits.

3 - Les fins et exigences que sert l’urbanisme

Aux conceptions classiques de l’urbaniste et de l’aménageur comme médecin (soigner la ville), comme constructeur (construire la ville) et comme ordonnateur (mettre en ordre le territoire de la ville) s’opposent de nouvelles fondées sur des fins, conçues comme des devoirs à la charge des sociétés et comme des droits dont sont titulaires les citadins.

La première fin de l'aménagement urbain : le droit à la ville et à la cité

Il s'agit d'assurer l'effectivité du droit, collectif et individuel, à la ville comme territoire de l'urbanisation et comme espace social dans lesquels on va et on vient librement, on choisit librement selon ses moyens son lieu d'habitation, on accède aux services individuels et collectifs de son choix (à l'exception des services de puissance publique que l'on ne choisit pas : état civil, juridiction, police... que l'on peut distinguer sans doute des services publics comme l'école publique, le dispensaire, le jardin public... qui font parfois l'objet de choix).

C'est un droit qui se conjugue avec les moyens (ressources) dont disposent individuellement et collectivement tous les citadins mais dans certaines limites :
•    ceux qui n'ont pas de moyens sont quand même titulaires de droits qu'ils doivent être capables de faire valoir comme des droits purs et simples ;
•    ceux qui ont beaucoup de moyens ne doivent pas envahir, accaparer, "faire la loi" au point de restreindre les champs d'effectivité des droits de ceux qui n'ont pas de moyens.

C'est un droit qui se réalise (devient réalité) dans un territoire, dans un espace social qui doit être organisé, afin que le droit se réalise facilement, dans des conditions économiques acceptables ; si la collectivité se ruine pour l'assurer , elle fera tout pour limiter son action à quelques interventions exemplaires, à quelques échantillons.

Le droit à la ville se manifeste concrètement par des actes de jouissance d'un cadre de vie dont la qualité est un de ses attributs essentiels, participe à son essence même. Le droit à la ville ne peut prendre uniquement la forme d'un droit à ne pas être exclu de la ville. Vivre dans l'enfer d'une ville (sans toit, sans services, sans travail, sans soins, sans sa famille...) ce n'est ni vivre ni vivre en ville. Le droit à la ville comme cadre de vie c'est pouvoir habiter un logement convenable, avoir un travail rémunérateur, s'installer familialement, vivre à l'abri des tracasseries policières même si on est né au loin... mais aussi tout simplement et plus spécifiquement habiter une ville : belle, commode, saine, respectueuse de l'environnement.

Ce cadre de vie est aussi un cadre d'exercice d'un droit de nature politique, du droit de participer à la cité, à son organisation, à sa conception.

La deuxième fin de l'aménagement urbain : la productivité urbaine.

L'urbanisation génère des économies d'échelle dans la production des biens et des services, y compris publics et culturels, jusqu'à ce qu'apparaissent des déséconomies d'échelle engendrées par la désorganisation de la ville. La recherche d'optima en ces matières ne semble pas pouvoir être fondée sur un raisonnement scientifique. Il n'empêche que, empiriquement, on est capable d'apprécier une situation urbaine concrète du point de vue de sa productivité, comme disent les anglo-saxons.

Cette productivité urbaine génère un certain niveau de développement des ressources que l'on doit considérer pour une large part comme des ressources collectives dont une bonne part est à affecter à la facilitation de l'exercice des droits à la ville et à la cité.

Il ne faudrait pas conclure que faute de développement économique suffisant, il n'y a pas de redistribution possible. Les villes du tiers-monde sont là pour nous montrer que même dans les villes les plus pauvres, les quartiers les plus pauvres de ces villes sont tout à fait fondés à exiger de participer plus complètement aux bienfaits de l'urbanisation, à ce qui peut paraître à l'observateur extérieur et grossier que nous sommes de bien maigres bienfaits. C'est sans doute dans ces situations que les marginalisations et les inégalités sont les plus criantes et, pour tout dire, les plus difficilement acceptables.


Le troisième but de l'aménagement urbain : la paix urbaine.

Cette paix urbaine semble le résultat le plus facile à atteindre par le seul fait du mélange social, de la proximité, du frottement humain et intellectuel qui caractérisent toute ville. La difficulté est ici que le développement urbain produit autant de contradictions sociales que de proximités sociales, que la ville divise autant qu'elle unit.

Si l'urbanisme et l'aménagement urbain ne nous semblent pas toujours capables de créer par eux-mêmes, par leurs propres moyens, cette convivialité, ils sont en revanche à même d'y contribuer tout simplement en refusant systématiquement d'entériner toutes les tentatives — elles sont quotidiennes — d'instauration de toutes les ségrégations et de tous les apartheids. Ce que l'on peut dire autrement : si l'aménagement peine à produire par lui-même, de lui-même, la mixité sociale, en revanche il est tout à fait capable de résister aux effets  « naturels »  des marchés fonciers et immobiliers qui, eux, produisent naturellement et sans efforts la ségrégation urbaine.


La quatrième fin de l'aménagement urbain : assurer la durabilité du développement des villes

Les conceptions du développement urbain durable varient. Les différences entre les conceptions anglo-saxonne, germanique et latine au sein de l’ensemble européen sont, par exemples patentes. Il est pratiquement impossible ici de rendre compte de ces différences. Tentons ici de préciser en quelques phrases ce qu’est la conception française du développement durable urbain.
 
La conception française donne à la notion de durabilité du développement urbain trois dimensions :
•    une dimension territoriale : le développement urbain doit ménager l'organisation du territoire, ses équilibres ville-campagne, grandes villes-petites villes, activités industrielles- activités agricoles ;
•    une dimension environnementale : l'organisation de l'espace urbain doit être économe des ressources naturelles et énergétiques, modérer la consommation d'espace et surtout rationaliser la demande de déplacements ;
•    une dimension d'équilibre social ou même une dimension politique : la ville n'a pas d'avenir durable si elle discrimine, ségrégue et exclut.

Le problème de la conciliation de ces fins/droits et de leur effectivité

Ces fins ou droits n’ont pas eux-mêmes suffisamment de force et d’évidence pour diriger l’aménagement, pour tenir le crayon de l’aménageur, d’autant que leur cohabitation au sein d’un même projet risque fort de ne pas être pacifique. Les droits qui semblent les plus proches comme le droit à la ville et le droit au logement ne sont pas les plus faciles à concilier : le droit à la ville est un droit de liberté que soutiennent notamment ceux qui sont en mesure d’en jouir, d’en tirer profit. Quel droit à la ville –dans sa qualité, sa mixité sociale- peut revendiquer celui qui n’a ni logement ni domicile. Sa première exigence est celle de disposer d’un logement même sans qualité, ni commodité, mal inséré dans la ville… Les associations ou mouvement qui soutiennent les mal logés demandent que soient produits en hâte et en masse des logements, alors que pour d’autres, cette production risque fort de mettre à mal la ville, de l’uniformiser, de lui faire perdre son urbanité.


4 – L’unification des conceptions des développements urbains du Nord et du Sud

La question du développement est autant celle du développement des villes du Sud que celle du redéveloppement des villes du Nord. L’unification que nous voudrions tenter ici ne porte pas sur les techniques et instruments d’intervention mais sur la démarche, sur la manière de penser.

La pauvreté et l’exclusion : le premier tiers.

L’urbanisation unifie autant qu’elle divise : unifie les mœurs des groupes sociaux qui forment la société urbaine et en même temps exacerbe leurs rivalités. On peut appeler « pauvres urbains »  les individus que le développement « laisse sur le carreau de la ville », que les autres groupes sociaux marginalisent.

Cette pauvreté est toujours relative à la société considérée et les conditions concrètes de vie des pauvres dépendent des efforts politiques déployés pour maintenir  leur tête hors de l’eau. La relativité de la pauvreté dans les villes du Sud ne l’empêche pas de tendre très souvent vers la « pauvreté absolue », le total dénuement. La lutte contre la pauvreté dans une bonne partie des villes du Sud consiste alors à œuvrer à la survie de pans entiers de la société urbaine ce qui oblige à combiner des actions de réalimentation aux  projets urbains.

Ces différences Nord-Sud ne doivent pas cacher les ressemblances, comme par exemple la proportion de pauvres « relatifs », si j’ose dire ; dans la plupart des pays, la proportion de pauvres est affichée comme se situant autour d’un tiers (ou d’un quart) de la population. Ce tiers campe dans la ville soit dans des bidonvilles, soit dans des taudis ou logements insalubres, soit dans des logements dits sociaux dont la vocation était de loger la population des ouvriers et des employés mais dont la relative qualité fonctionnelle est gommée par la dépréciation sociale dont ils sont l’objet.  Cette population habite une sorte d’infraville. Ce qui est demandé à l’urbanisme et à l’aménagement  c’est avant tout de réinsérer l’infraville dans la ville.

Les techniques de réinsertion urbaine diffèrent du Nord au Sud mais ces différences ne sont pas telles qu’on ne puisse pas toutes les ranger dans les quatre mêmes grandes familles d’interventions suivantes : - destruction des quartiers illégaux et transplantation de la population dans des zones d’accueil ;- légalisation et équipement des quartiers illégaux jugés récupérables ;- réhabilitation couplée de l’espace urbain et du bâti ;- changement  urbain volontaire pouvant comporter la destruction partielle d’installations urbaines et d’immeubles qui  bloquent toute évolution même lorsque le marché  foncier et immobilier exerce une pression non négligeable en faveur de ce changement.

L’insolvabilité habitationnelle de la classe moyenne, le deuxième tiers.

Dans bien des villes du Sud mais aussi dans bon nombre de pays du Nord, dont l’Europe, un deuxième tiers de la population urbaine est frappée d’une sorte d’insolvabilité face au logement ; cette moyenne classe, entre le premier tiers qualifié de pauvre et le troisième tiers qualifié d’aisé (ces découpes sociales à l’emporte pièces n’ont pas de qualité statistique, elle ne sont qu’un croquis des cibles à assigner à une politique urbaine), n’a pas les moyens de sa demande de logement, en quantité, en qualité et en insertion urbaine.

Les Etats –les USA y compris- n’ont pas été insensibles à ce déficit de moyens et on ont favoriser le comblement de ce déficit par toutes sortes de manières allant de l’allocation de facilités d’accès au crédit à la réservation de logements spécialement construits pour ces catégories sociales en passant par l’attribution à petits prix de terrains à construire dans de nouveaux quartiers aménagés sous la responsabilité de l’autorité publique (opérations « parcelles assainies » dans les villes du Sud)

La crise économique et la déstabilisation des Etats ont gravement endommagé ces politiques. Quand elles subsistent, comme en France, elles n’ont plus les mêmes effets. Une partie de cette moyenne classe, « appauvrie » se voit assignée à résidence dans les mêmes logements –socialement dépréciés- que les pauvres. Une autre partie s’est stabilisée dans une situation qu’elle croit privilégiée  et qu’elle se déclare prête à défendre becs et ongles contre ses ennemis :les pauvres et l’autorité publique :

-    les pauvres qui pourraient troubler leur quiétude-sécurité, leur environnement et pour finir porter atteinte a leurs acquis fonciers ou à leurs espoirs de valorisation foncière ;
-     l’autorité publique qui parfois est capable de lancer des croisades en faveur de la mixité sociale ou la dissémination du logement social dans toutes communes, en faveur d’un droit au logement qui pourrait bénéficier,  si on se laissait faire, à ceux qui n’ont pas de logement….

Dans les villes du Sud, les mêmes causes ont produit des effets comparables:

-    les Etats qui avaient lancé des opérations de résorption de l’habitat insalubre et irrégulier sont découragés par l’ampleur de la tâche ; ils ont en face d’eux un véritable tonneau des Danaïdes ;
-    les gens les plus aisés, le troisième tiers que nous avons évoqué plus haut, protestent en disant qu’il est temps de mettre un terme à une politique qui privilégie outrageusement les désœuvrés, les trafiquants, les travailleurs souterrains, les voleurs de terrain, les mafieux, les intégristes, les buveurs d’alcool, les trafiquants d’épaves automobiles …


5 -  aménager dans la mondialisation.

La mondialisation est l’instauration d’un nouvel ordre mondial et pour l’heure c’est une entreprise de mise en ordre du monde, ou plutôt une tentative à laquelle d’autres forces s’opposent soit de manière conservatrice, en défendant l’ordre ancien, soit de manière progressiste, en ouvrant  d’autres voies. A l’échelle locale, l’aménagement et l’urbanisme doivent servir à résister (dire non) et à avancer (proposer d’autres projets), sans se faire trop d’illusions sur l’étanchéité de la sphère locale ni sur son importance stratégique (le monde n’est pas la somme des sphères locales).

Comment aménager les villes et les périphéries urbaines dans cette perspective politique et pratique ? C’est un vaste chantier que nous ouvrons ici.

Pour inaugurer ce chantier, formulons deux propositions :

La première est celle de la nécessité d’  « accueillir la mondialisation », ce qui signifie :
·    en premier lieu, accueillir les les femmes, les hommes et les enfants que la mondialisation jettent dans les villes;
·    en deuxième lieu, aménager dans la ville les espaces de la mondialisation (zones d’activités tertiaires mondialisées, complexe aéroportuaires, escales et nœuds des grandes voies de communication, ensembles hôteliers d’affaires, résidentiel de luxe…) non par des mesures d’isolement ou de cantonnement mais pour les empêcher de dominer la ville.

La deuxième est celle de l’instauration d’une véritable « politique de la vie quotidienne » dans ses fonctionnalités les plus élémentaires mais aussi les plus efficaces pour assurer un véritable développement social, une véritable cohésion sociale :

·    des équipements adaptés et gérés démocratiquement ;
·    des logements satisfaisants ;
·    des transports atténuant les effets néfastes de la métropolisation et surtout de la division spatio-sociale ;
·    des lieux de gestion associative de la « chose commune ».

Jean-François Tribillon AITEC

 

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