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QUESTIONS URBAINES
 
Habitat II + 5
La recherche urbaine française sur les pays en développement : rétrospective des années 90
La période faste correspondant en gros aux années 80 a autorisé une tentative de fédération díun milieu de recherche riche mais disparate dans le champ urbain des pays en développement (PED). Une quantité considérable de résultats de recherches a été accumulée, dont líexploitation à des fins proprement scientifiques ou opérationnelles est loin díêtre achevée. Ces matériaux ont alimenté une remise en cause de líhégémonie du modèle occidental, à la fois comme référent  théorique et comme cadre opérationnel. Au plan structurel, force est cependant de reconnaître que le projet fédérateur a échoué. Non seulement le milieu français de recherche urbaine sur les PED est resté atomisé mais, de surcroît, il a vieilli et a été amputé de certaines composantes importantes. Un événement comme Habitat II en 1996 a-t-il autorisé la relance díun projet collectif et favorisé le renouvellement des problématiques ?
Comment expliquer que la recherche urbaine sur les PED se trouve durablement rejetée, en France, aux marges de la politique scientifique nationale alors même que les institutions internationales font de la ville le pivot des politiques de développement et, plus récemment, des stratégies de lutte contre la pauvreté ? Sur la base de quels arguments problématiques et institutionnels ce processus de marginalisation peut-il síinterrompre ?

Atouts

Le dispositif français reste, à ce jour, plus diversifié et plus riche que celui des pays européens comparables. Chaque catégorie díacteurs dispose en effet díinstitutions spécialisées dans la coopération internationale. Ces institutions - au premier rang desquelles líIRD (ex ORSTOM) - bénéficient souvent díune grande ancienneté, même si le champ urbain nía commencé à y être exploré de manière systématique quíà partir du milieu des années 70. Cette ancienneté, si elle est cause de pesanteurs préjudiciables aux adaptations à de nouveau contextes, explique néanmoins la construction progressive díun véritable « savoir chercher en coopération » et une production cumulée de résultats de recherche sur longue période (citons, entres autres thématiques, les dynamiques démographiques, les questions foncières et immobilières, les politiques et les pratiques urbaine). Par ailleurs, du fait de leur taille, les établissements publics de recherche permettent de constituer des masses critiques intéressantes (une soixantaine de chercheurs dans le département spécialisé de líORSTOM au milieu des années 80) et réunissent les conditions de mise en oeuvre díune véritable pluridisciplinarité non circonscrite aux frontières des seules sciences sociales. Ce fut le cas, au sein du dispositif urbain de líORSTOM jusquíau milieu des années 90, avec les tentatives díarticulation entre sciences sociales et sciences bio-médicales díune part, sciences de la terre díautre part sur le thème du « risque urbain ». Ces essais de rapprochement furent de courte durée. A líorigine de ces échecs on trouve certes la réticence des spécialistes de sciences sociales à rentrer dans la « boîte noire » du technique ou à se familiariser avec les démarches díautres sciences mais, plus encore, la contrainte de líévaluation qui enferme particulièrement les « sciences dures » dans la monodisciplinarité.

Non contraints, du fait de leur statut, de consacrer une part significative de leur temps à chasser les contrats et díépouser le « prêt-à-penser » du moment, les chercheurs français courent, dit-on, le risque de síamolir dans un confort stérilisant. Ils ont en revanche les moyens díuser, dans certains domaines sensibles, des indispensables libertés sans lesquelles il níest pas díinvestigation scientifique digne de ce nom. On pense ici aux avancées obtenues sur les logiques díacteurs et et les pratiques urbaines réelles et, plus récemment, sur la pauvreté vs inégalités. La laborieuse constitution du réseau NAERUS entre 1996 et 1999 montre quíil existe malheureusement un écart considérable entre savoir et faire-savoir et que, dans líensemble européen, les travaux innovants en français voyagent mal dans des pays où prévaut la langue anglaise et le poids écrasant de la doctrine des institutions financières internationales.

En raison de ces atouts, líoffre de recherche a été foisonnante et la production scientifique publiée souvent de grande qualité mais, pour diverses raisons, nulle impulsion depuis plus de vingt ans nía eu raison de líatomisation du dispositif français de recherche urbaine sur les PED. Les résistances sont imputables à la fois au manque de continuité des initiatives publiques et à un certain « tribalisme » des communautés scientifiques concernées.

Manque de continuité des pouvoirs publics

 La contraction préoccupante des moyens, observée depuis la fin des années 80, peut être mesurée à un indice : au milieu des années 80, le dispositif de recherche urbaine de líORSTOM (60 chercheurs) bénéficiait díune dotation annuelle de fonctionnement (hors salaires) de líordre de 4 millions de francs. Au milieu des années 90 le même dispositif bénéficiait díune enveloppe nettement inférieure à 2 millions. La rupture unilatérale de la démarche incitative en 1993 (par annulation díun appel díoffres sur la crise urbaine pourtant arbitré par le Ministère de la Recherche ) obligea certaines équipes pourtant dynamiques à se mettre en sommeil, faute de pouvoir compenser líérosion des moyens budgétaires nationaux en recourant à des guichets multilatéraux. Les programmes-cadres de líUnion européenne, par exemple, réduisaient et continuent de réduire à la portion congrue les budgets dévolus au champ urbain en général.

A la contraction des ressources síajouta líinstabilité des supports institutionnels nationaux. LíORSTOM - devenu depui  peu líIRD - nía eu de cesse de déconstruire un affichage urbain pourtant reconnu  par nos partenaires du Sud comme du Nord. Passée dans la seconde moitié des années 80 du statut de département à celui de simple unité de recherche, la recherche urbaine a perdu en visibilité. Líentreprise de mise en réseau des pôles les plus actifs à travers le groupement Interurba, initiée et largement soutenue par líORSTOM au début des années 90, a subi un brutal coup díarrêt en 1996 pour des motifs de nature bureaucratique. Dans la période récente, les mythes académiques de líexcellence et de líuniversalité de la science ont justifié le rejet de toute démarche pluridisciplinaire sur le développement et aggravé líatomisation du dispositif dédié à la ville en micro-unités peu enclines à se fédérer. LíIRD risque fort de perdre définitivement, non seulement toute capacité fédératrice du potentiel national de recherche sur le sujet mais aussi sa qualité de référent par rapport à des partenaires du Sud et du Nord pourtant très demandeurs. Le réseau européen NAERUS, également constitué à líinitiative de líORSTOM dans le cadre de la préparation díHabitat II, nía ni les moyens logistiques díun opérateur de recherche, ni la stabilité institutionnelle nécessaire pour prendre le relais. Il faut donc craindre que la France se trouve mise hors jeu dans une partie où elle occupe une place reconnue depuis deux décennies. 
 Le recroquevillement observé à líORSTOM nía pas été un phénomène isolé. La suppression du Programme Solidarité Habitat (PSH) par les trois grandes tutelles (Affaires étrangères, Recherche, Equipement) signifiait la disparation díun précieux forum de rencontre entre les autorités publiques, les chercheurs stricto sensu, les acteurs du monde associatif et de líéconomie sociale et les collectivités locales. En pleine préparation díHabitat II, síest enfin jouée la disparition du Programme Interdisciplinaire de recherche sur les villes du CNRS.

Cette « désertification » du paysage institutionnel allait de pair avec une inquiétante marginalisation des questions de développement et un désintérêt confirmé pour les pays du Sud (en témoigne líérosion préoccupante de líaide publique française au développement depuis 1995). On évoquera ici les difficultés rencontrées par líIEDES depuis une dizaine díannées mais, plus généralement, líindice de cette marginalisation est la chute des agréments accordés aux formations doctorales spécialisées sur le développement. La réforme de la Coopération française, amorcée en 1998, aurait pu être líoccasion díune remobilisation du milieu de recherche; elle nía fait quíaccélérer la perte de substance et de qualifications en matière de développement. En renvoyant aux filières multilatérales une part croissante de líaide publique, la France síest alignée purement et simplement sur la vision du « développement urbain durable » (compétitivité, habitabilité, bonne gouvernance, bancabilité) produite par la Banque mondiale. On comprend dès lors que, jusquíà une date récente, la demande publique de recherche níait guère été stimulée. A quoi bon « chercher » puisquíon pense déjà avoir trouvé aussi bien les cadres théoriques pertinents que les modes opératoires adéquats ?

Marginalisation

Tout se passe comme si la promotion du savoir-faire líemportait sur celle du savoir. Il est significatif que líun des moments fort des « entretiens de Taksim » organisés par la partie française à Istanbul en 1996 ait mis en avant les opérateurs privés, exportateurs du modèle de « gestion déléguée » des services urbains. Les premières versions du rapport national adressé par la France en vue de la session de líAssemblée des Nations-Unies « Habitat II + 5 » (2001) poursuivent dans la même direction et passent complètement sous silence le rôle de la recherche urbaine française dans la coopération internationale au développement.

Díun autre côté, une partie significative de la coopération non-gouvernementale conteste de plus en plus aux chercheurs professionnels leur monopole du savoir scientifique. Encore timide dans le cadre du programme « Jeunes-ville-emploi » en 1992, cette contestation síest pleinement manifestée quelques années plus tard dans la conception et líexécution díun programme du GRET et de ENDA sur líexportation en Afrique du modèle de « développement social urbain ».

A líoccasion de la préparation française díHabitat II, en 1995-96, certains crurent pouvoir diagnostiquer une intériorisation par le milieu des chercheurs professionnels de sa propre marginalisation. La ville étant appréhendée désormais dans le discours international comme analyseur du changement social global, il síest produit un décrochage entre líévolution de la pensée scientifique sur la ville et ce changement global. Certaines initiatives récentes, en particulier au sein du réseau NAERUS, síefforcent de rétablir un accrochage amorcé par les chercheurs français dans le cadre de líappel díoffres sur la crise urbaine en 1993.  Insuffisamment perméable aux grands modèles de discours - national-identitaire et libéral-mondial - structurant le changement global, le milieu français de recherche urbaine est longtemps resté à líécart díune nouvelle forme díexpertise collective internationale sur des thèmes à forte connotation idéologique (la pauvreté) ou technique (líenvironnement). Ces champs furent abandonnés, jusquíà une date récente, à  diverses modalités de « recherche-action » manifestant le plus souvent aussi peu de solidité théorique que de rigueur méthodologique.

A líintérieur même de la sphère « académique », la marginalisation a emprunté díautres voies. Sous prétexte de surmonter la coupure Nord-Sud, il est aujourdíhui de bon ton de banaliser la recherche urbaine sur les PED. A quoi peuvent bien servir des recherches mettant en scène la diversité citadine et la singularité de certains processus díurbanisation en un temps où « la globalisation (...) conduit à des transferts des activités commerciales et productives díun grand nombre de centres urbains traditionnels vers de grandes agglomérations et des villes qui peuvent démontrer un avantage sur le marché » (Banque mondiale, Strategy Paper, 1999) ? La thèse de la « ville globale » postule un universalisme du fait urbain et privilégie une mécanique descendante de prise de décision à partir des seuls modèles occidentaux. Dans un numéro récent de la revue Esprit  (novembre 1999), il est montré comment la « sécession urbaine » dessine la « ville émergente », cette ville « à la carte » où líon cherche à síabstraire de toute confrontation à líaltérité en síétablissant entre soi dans la recherche díune affinité sociale et culturelle » (M.C. Jaillet, in Esprit,  1999). Ce modèle nord-américain de dynamique urbaine serait devenu mondial et appellerait à un renouvellement des catégories fondatrices de la citoyenneté. Or, peut-on sérieusement assimiler le processus díexurbanisation (urban sprawl)  africain ou latino-américain à celui décrit en Amérique du Nord ? Les travaux menés au Sud ne semblent devoir trouver leur place dans cette « nouvelle sociologie urbaine » quíà condition díépouser le modèle.

Enfin, nombre de nos partenaires des PED nous renvoient sans ménagement líimage díun dispositif de recherche qui tourne à vide alors que se fabrique « au Sud » quelque chose de radicalement nouveau dans le champ urbain.

Nouvelles interpellation du milieu de recherche

Sur les orientations thématiques
Le meilleur moyen de limiter líingérence du politique dans le choix des thèmatiques scientifiques, cíest bien de síattacher à la construction díun tiers-discours entre national-identitaire et libéral-mondial. Le modèle de la « ville émergente » déjà évoqué ne semble pas ouvrir une telle option tant, à certains égards, il épouse certains présupposés du discours libéral-mondial. Il convient donc  de reformuler des objets de recherche pertinents à líintérieur du triangle démocratie, espace public et marché.

Quelles nouvelles configurations spatiales, sociales et politiques induisent la libéralisation des échanges et le désordre du monde qui líaccompagne ? quelles sont, dans les Suds, les figures spécifiques de la métropolisation ? Les « corridors de modernisation » ont-ils pour effet de bouleverser les hiérarchies urbaines ? Les camps de réfugiés constituent-ils une nouvelle forme díurbanisation ?

En fonction de quels référents théoriques apprécier líaltération de líinterface Etat / ville ? La décentralisation - hâtivement assimilée à la démocratisation - conduit à renvoyer vers les collectivités locales des compétences quíelles ne sont pas en mesure díassumer. Les territoires municipaux ou infra-municipaux sont-ils susceptibles de jouer le rôle intégrateur des intérêts particuliers et des politiques nationales ? Certains enjeux majeurs (en matière de fiscalité, díaccès aux contrats publics et díaffectation des grands investissements) se mesurent-ils à líaune de líintérêt public ou déclenchent-ils au contraire un renouveau des pratiques clientélistes et in fine líaggravation díune violence politique locale ?

Les bailleurs de fonds internationaux subordonnent le succès de la « lutte contre la pauvreté urbaine » à líadoption díune « bonne gouvernance », cíest à dire díune forme strictement administrée ou, au mieux, díune sorte de management contractuel. Une telle approche se caractérise par líoccultation du politique et par une référence incantatoire à la démocratie. Líexamen attentif des modalités de construction díun champ politique à líéchelle locale met au contraire en évidence líintervention díun nombre croissant díacteurs dont les stratégies hétérogènes ont peu de chance de se combiner pour former un territoire. Plus quíà des acteurs collectifs locaux évoluant dans un authentique espace public, on a affaire à des coalitions díintérêts éphémères qui développent de nouvelles pratiques de négociation en chevauchant les sphères publique et privée, légale et illégale.

Sur les relations avec les opérateurs
La place marginale de la France dans les débats conceptuels concernant les villes à líéchelle internationale a pour corollaire notre faible capacité à peser sur la définition des champs et procédures de négociation. Le rapport sur le développement durable adressé par Laurence Tubiana au premier Ministre dresse un constat identique et impute cette place marginale « à la faible articulation entre la communauté des chercheurs et des experts, les décideurs publics et les acteurs privés ». Les initiatives foisonnantes mais morcelées de la coopération urbaine internationale de la France ont été le plus souvent prises au nom de stratégies renvoyant à líarrière plan les logiques de connaissance : stratégies de líhumanitaire ou de líurgence, stratégies relevant de la visibilité diplomatique et du retour sur investissement.
On peut cependant évoquer, au cours de la dernière décennie, un certain nombre díinitiatives allant dans le sens díune meilleure articulation. Líopération « Jeunes-ville-emploi », lancée en 1992 par le ministère de la Coopération, síassignait comme objectif principal de décloisonner une décision publique fondée sur des approches essentiellement sectorielles; elle invitait aussi chercheurs, experts et acteurs associatifs à formuler des questions communes et à en tester la pertinence dans des opérations situées au plus près du terrain. La démarche sera reprise avec un relatif succès dans la seconde moitié des années 90 par le Programme Solidarité Eau (programme eau et assainissement dans les quartiers périphériques des grandes villes et les petits centres urbains, puis programme déchets et excrétas). LíAITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs) soutient de son côté depuis sa création un forum de confrontation entre acteurs síintéressant à la ville tant en France quíà líéchelle internationale. Il est significatif que toutes ces initiatives se soient heurtées à une difficulté récurrente : mobiliser les entreprises. Tout se passe comme si cet acteur, eût-il la ville comme champ díintervention principal, ne manifestait ni vision du champ urbain, ni intérêt à développer une réflexion sur cet objet.

Sur les relations avec les partenaires du Sud
Notre coopération scientifique dans le champ urbain níest pas assez à líécoute de ce que souhaitent nos partenaires. Un ambitieux programme en sciences sociales vient toutefois díêtre financé par le Ministère des affaires étrangères. Líexécution, mais aussi - et cíest plus nouveau - la conception, en ont été confiées en maîtrise díoeuvre au Conseil africain pour le développement de la recherche en sciences sociales (CODESRIA) et à líIRD. Líopération qui síamorce - et dont un des volets concerne la ville - inaugure une modalité de partenariat radicalement nouvelle mettant en avant les principes de parité et díautonomie. Face à la montée de la pauvreté et à líaggravation des inégalités, aux tentatives de modernisation exogène, à la démocratisation octroyée díen haut ou imposée à la base, líintention affichée est bien díétablir - síagissant il est vrai de la seule Afrique sub-saharienne - les termes díune co-responsabilité Nord-Sud. A líalignement pur et simple sur le « prêt-à-penser » du moment ou à líenfermement dans des représentations datées, est préférée une démarche prenant en compte les mutations rapides que les sociétés africaines ont connues au cours du dernier demi-siècle. Líappel à proprositions de recherche lancé en 2000 privilégie en particulier les nouvelles représentations de la ville et de la société urbaine, ainsi que les nouveaux modèles opérationnels quíelles suscitent.

Le partenariat scientifique avec le Sud ne peut plus être fondé sur une relation inégale et univoque. Des initiatives Sud-Sud voient le jour dans le champ qui nous intéresse et  notre coopération scientifique devra, dans líavenir, y puiser les arguments de son renouvellement. Cíest ainsi que le séminaire tenu en 1999 par le CODESRIA et la FLACSO (Facultad Latino Americana de Ciencias Sociales) ouvre la voie à de nouvelles investigations sur le thème « globalisation et développement local ». Deux axes clés ont été identifiés pour la poursuite de líexercice comparatif : cíest díune part la question des citoyennetés et, díautre part, la redéfinition des territorialités dans un contexte de remise en cause générale de la territorialité nationale. 
 

La recherche urbaine française sur les pays du Sud se trouve donc, avec ses atouts et ses faiblesses, confrontée à un double défi. Le premier est intellectuel et consiste dans la réaffirmation díune liberté de penser la ville dans des configurations singulières et non réductibles à des modèles à prétention universelle. Cette liberté est assortie - et cíest bien ce qui fonde la professionnalité du métier de chercheur - díune obligation de démontrer. Il faut donc disposer de tous les moyens nécessaires pour « documenter » les nouvelles hypothèses échafaudées avec nos partenaires du Sud. Le second défi est díordre institutionnel et les chercheurs ne disposent pas de toutes les clés pour le relever. On a assisté dans la seconde moitié des années 90 à des relances ponctuelles du débat sans allocation significative de moyens ni consolidation institutionnelle des acquis : Si le Comité National de Coordination de la recherche en coopération (CNC) a, il y a cinq ans, formulé des analyses et des propositions intéressantes en vue de relancer la recherche urbaine, líécho rencontré dans les ministères concernés a été à peu près nul. La « semaine des villes du Sud » organisée à la même époque dans le cadre de la préparation  díHabitat II a eu comme effet presque immédiat la liquidation díInterurba par les institutions parties prenantes. La mission confiée récemment au GEMDEV par le Ministère des Affaires étrangères a comme effets bénéfiques une relance de la réflexion et, vraisemblablement, une allocation significative de moyens incitatifs. Cette relance est malheureusement limitée aux pays de la Zone de solidarité prioritaire et il est à craindre que le donneur díordre agisse en líoccurence sans perspective de consolidation structurelle díun milieu de recherche pour le moins sinistré.

Emile Le Bris
Décembre 2000


 

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