Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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QUESTIONS URBAINES |
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période faste correspondant en gros aux années 80 a autorisé
une tentative de fédération dun milieu de recherche riche
mais disparate dans le champ urbain des pays en développement (PED).
Une quantité considérable de résultats de recherches
a été accumulée, dont lexploitation à des
fins proprement scientifiques ou opérationnelles est loin dêtre
achevée. Ces matériaux ont alimenté une remise en
cause de lhégémonie du modèle occidental, à
la fois comme référent théorique et comme cadre
opérationnel. Au plan structurel, force est cependant de reconnaître
que le projet fédérateur a échoué. Non seulement
le milieu français de recherche urbaine sur les PED est resté
atomisé mais, de surcroît, il a vieilli et a été
amputé de certaines composantes importantes. Un événement
comme Habitat II en 1996 a-t-il autorisé la relance dun projet
collectif et favorisé le renouvellement des problématiques
?
Comment expliquer que la recherche urbaine sur les PED se trouve durablement rejetée, en France, aux marges de la politique scientifique nationale alors même que les institutions internationales font de la ville le pivot des politiques de développement et, plus récemment, des stratégies de lutte contre la pauvreté ? Sur la base de quels arguments problématiques et institutionnels ce processus de marginalisation peut-il sinterrompre ? Atouts Le dispositif français reste, à ce jour, plus diversifié et plus riche que celui des pays européens comparables. Chaque catégorie dacteurs dispose en effet dinstitutions spécialisées dans la coopération internationale. Ces institutions - au premier rang desquelles lIRD (ex ORSTOM) - bénéficient souvent dune grande ancienneté, même si le champ urbain na commencé à y être exploré de manière systématique quà partir du milieu des années 70. Cette ancienneté, si elle est cause de pesanteurs préjudiciables aux adaptations à de nouveau contextes, explique néanmoins la construction progressive dun véritable « savoir chercher en coopération » et une production cumulée de résultats de recherche sur longue période (citons, entres autres thématiques, les dynamiques démographiques, les questions foncières et immobilières, les politiques et les pratiques urbaine). Par ailleurs, du fait de leur taille, les établissements publics de recherche permettent de constituer des masses critiques intéressantes (une soixantaine de chercheurs dans le département spécialisé de lORSTOM au milieu des années 80) et réunissent les conditions de mise en oeuvre dune véritable pluridisciplinarité non circonscrite aux frontières des seules sciences sociales. Ce fut le cas, au sein du dispositif urbain de lORSTOM jusquau milieu des années 90, avec les tentatives darticulation entre sciences sociales et sciences bio-médicales dune part, sciences de la terre dautre part sur le thème du « risque urbain ». Ces essais de rapprochement furent de courte durée. A lorigine de ces échecs on trouve certes la réticence des spécialistes de sciences sociales à rentrer dans la « boîte noire » du technique ou à se familiariser avec les démarches dautres sciences mais, plus encore, la contrainte de lévaluation qui enferme particulièrement les « sciences dures » dans la monodisciplinarité. Non contraints, du fait de leur statut, de consacrer une part significative de leur temps à chasser les contrats et dépouser le « prêt-à-penser » du moment, les chercheurs français courent, dit-on, le risque de samolir dans un confort stérilisant. Ils ont en revanche les moyens duser, dans certains domaines sensibles, des indispensables libertés sans lesquelles il nest pas dinvestigation scientifique digne de ce nom. On pense ici aux avancées obtenues sur les logiques dacteurs et et les pratiques urbaines réelles et, plus récemment, sur la pauvreté vs inégalités. La laborieuse constitution du réseau NAERUS entre 1996 et 1999 montre quil existe malheureusement un écart considérable entre savoir et faire-savoir et que, dans lensemble européen, les travaux innovants en français voyagent mal dans des pays où prévaut la langue anglaise et le poids écrasant de la doctrine des institutions financières internationales. En raison de ces atouts, loffre de recherche a été foisonnante et la production scientifique publiée souvent de grande qualité mais, pour diverses raisons, nulle impulsion depuis plus de vingt ans na eu raison de latomisation du dispositif français de recherche urbaine sur les PED. Les résistances sont imputables à la fois au manque de continuité des initiatives publiques et à un certain « tribalisme » des communautés scientifiques concernées. Manque de continuité des pouvoirs publics La contraction préoccupante des moyens, observée depuis la fin des années 80, peut être mesurée à un indice : au milieu des années 80, le dispositif de recherche urbaine de lORSTOM (60 chercheurs) bénéficiait dune dotation annuelle de fonctionnement (hors salaires) de lordre de 4 millions de francs. Au milieu des années 90 le même dispositif bénéficiait dune enveloppe nettement inférieure à 2 millions. La rupture unilatérale de la démarche incitative en 1993 (par annulation dun appel doffres sur la crise urbaine pourtant arbitré par le Ministère de la Recherche ) obligea certaines équipes pourtant dynamiques à se mettre en sommeil, faute de pouvoir compenser lérosion des moyens budgétaires nationaux en recourant à des guichets multilatéraux. Les programmes-cadres de lUnion européenne, par exemple, réduisaient et continuent de réduire à la portion congrue les budgets dévolus au champ urbain en général. A la
contraction des ressources sajouta linstabilité des supports institutionnels
nationaux. LORSTOM - devenu depui peu lIRD - na eu de cesse de
déconstruire un affichage urbain pourtant reconnu par nos
partenaires du Sud comme du Nord. Passée dans la seconde moitié
des années 80 du statut de département à celui de
simple unité de recherche, la recherche urbaine a perdu en visibilité.
Lentreprise de mise en réseau des pôles les plus actifs à
travers le groupement Interurba, initiée et largement soutenue par
lORSTOM au début des années 90, a subi un brutal coup darrêt
en 1996 pour des motifs de nature bureaucratique. Dans la période
récente, les mythes académiques de lexcellence et de luniversalité
de la science ont justifié le rejet de toute démarche pluridisciplinaire
sur le développement et aggravé latomisation du dispositif
dédié à la ville en micro-unités peu enclines
à se fédérer. LIRD risque fort de perdre définitivement,
non seulement toute capacité fédératrice du potentiel
national de recherche sur le sujet mais aussi sa qualité de référent
par rapport à des partenaires du Sud et du Nord pourtant très
demandeurs. Le réseau européen NAERUS, également constitué
à linitiative de lORSTOM dans le cadre de la préparation
dHabitat II, na ni les moyens logistiques dun opérateur de recherche,
ni la stabilité institutionnelle nécessaire pour prendre
le relais. Il faut donc craindre que la France se trouve mise hors jeu
dans une partie où elle occupe une place reconnue depuis deux décennies.
Cette « désertification » du paysage institutionnel allait de pair avec une inquiétante marginalisation des questions de développement et un désintérêt confirmé pour les pays du Sud (en témoigne lérosion préoccupante de laide publique française au développement depuis 1995). On évoquera ici les difficultés rencontrées par lIEDES depuis une dizaine dannées mais, plus généralement, lindice de cette marginalisation est la chute des agréments accordés aux formations doctorales spécialisées sur le développement. La réforme de la Coopération française, amorcée en 1998, aurait pu être loccasion dune remobilisation du milieu de recherche; elle na fait quaccélérer la perte de substance et de qualifications en matière de développement. En renvoyant aux filières multilatérales une part croissante de laide publique, la France sest alignée purement et simplement sur la vision du « développement urbain durable » (compétitivité, habitabilité, bonne gouvernance, bancabilité) produite par la Banque mondiale. On comprend dès lors que, jusquà une date récente, la demande publique de recherche nait guère été stimulée. A quoi bon « chercher » puisquon pense déjà avoir trouvé aussi bien les cadres théoriques pertinents que les modes opératoires adéquats ? Marginalisation Tout se passe comme si la promotion du savoir-faire lemportait sur celle du savoir. Il est significatif que lun des moments fort des « entretiens de Taksim » organisés par la partie française à Istanbul en 1996 ait mis en avant les opérateurs privés, exportateurs du modèle de « gestion déléguée » des services urbains. Les premières versions du rapport national adressé par la France en vue de la session de lAssemblée des Nations-Unies « Habitat II + 5 » (2001) poursuivent dans la même direction et passent complètement sous silence le rôle de la recherche urbaine française dans la coopération internationale au développement. Dun autre côté, une partie significative de la coopération non-gouvernementale conteste de plus en plus aux chercheurs professionnels leur monopole du savoir scientifique. Encore timide dans le cadre du programme « Jeunes-ville-emploi » en 1992, cette contestation sest pleinement manifestée quelques années plus tard dans la conception et lexécution dun programme du GRET et de ENDA sur lexportation en Afrique du modèle de « développement social urbain ». A loccasion de la préparation française dHabitat II, en 1995-96, certains crurent pouvoir diagnostiquer une intériorisation par le milieu des chercheurs professionnels de sa propre marginalisation. La ville étant appréhendée désormais dans le discours international comme analyseur du changement social global, il sest produit un décrochage entre lévolution de la pensée scientifique sur la ville et ce changement global. Certaines initiatives récentes, en particulier au sein du réseau NAERUS, sefforcent de rétablir un accrochage amorcé par les chercheurs français dans le cadre de lappel doffres sur la crise urbaine en 1993. Insuffisamment perméable aux grands modèles de discours - national-identitaire et libéral-mondial - structurant le changement global, le milieu français de recherche urbaine est longtemps resté à lécart dune nouvelle forme dexpertise collective internationale sur des thèmes à forte connotation idéologique (la pauvreté) ou technique (lenvironnement). Ces champs furent abandonnés, jusquà une date récente, à diverses modalités de « recherche-action » manifestant le plus souvent aussi peu de solidité théorique que de rigueur méthodologique. A lintérieur même de la sphère « académique », la marginalisation a emprunté dautres voies. Sous prétexte de surmonter la coupure Nord-Sud, il est aujourdhui de bon ton de banaliser la recherche urbaine sur les PED. A quoi peuvent bien servir des recherches mettant en scène la diversité citadine et la singularité de certains processus durbanisation en un temps où « la globalisation (...) conduit à des transferts des activités commerciales et productives dun grand nombre de centres urbains traditionnels vers de grandes agglomérations et des villes qui peuvent démontrer un avantage sur le marché » (Banque mondiale, Strategy Paper, 1999) ? La thèse de la « ville globale » postule un universalisme du fait urbain et privilégie une mécanique descendante de prise de décision à partir des seuls modèles occidentaux. Dans un numéro récent de la revue Esprit (novembre 1999), il est montré comment la « sécession urbaine » dessine la « ville émergente », cette ville « à la carte » où lon cherche à sabstraire de toute confrontation à laltérité en sétablissant entre soi dans la recherche dune affinité sociale et culturelle » (M.C. Jaillet, in Esprit, 1999). Ce modèle nord-américain de dynamique urbaine serait devenu mondial et appellerait à un renouvellement des catégories fondatrices de la citoyenneté. Or, peut-on sérieusement assimiler le processus dexurbanisation (urban sprawl) africain ou latino-américain à celui décrit en Amérique du Nord ? Les travaux menés au Sud ne semblent devoir trouver leur place dans cette « nouvelle sociologie urbaine » quà condition dépouser le modèle. Enfin, nombre de nos partenaires des PED nous renvoient sans ménagement limage dun dispositif de recherche qui tourne à vide alors que se fabrique « au Sud » quelque chose de radicalement nouveau dans le champ urbain. Nouvelles interpellation du milieu de recherche Sur
les orientations thématiques
Sur
les relations avec les opérateurs
Sur
les relations avec les partenaires du Sud
Le
partenariat scientifique avec le Sud ne peut plus être fondé
sur une relation inégale et univoque. Des initiatives Sud-Sud voient
le jour dans le champ qui nous intéresse et notre coopération
scientifique devra, dans lavenir, y puiser les arguments de son renouvellement.
Cest ainsi que le séminaire tenu en 1999 par le CODESRIA et la
FLACSO (Facultad Latino Americana de Ciencias Sociales) ouvre la voie à
de nouvelles investigations sur le thème « globalisation et
développement local ». Deux axes clés ont été
identifiés pour la poursuite de lexercice comparatif : cest dune
part la question des citoyennetés et, dautre part, la redéfinition
des territorialités dans un contexte de remise en cause générale
de la territorialité nationale.
La recherche urbaine française sur les pays du Sud se trouve donc, avec ses atouts et ses faiblesses, confrontée à un double défi. Le premier est intellectuel et consiste dans la réaffirmation dune liberté de penser la ville dans des configurations singulières et non réductibles à des modèles à prétention universelle. Cette liberté est assortie - et cest bien ce qui fonde la professionnalité du métier de chercheur - dune obligation de démontrer. Il faut donc disposer de tous les moyens nécessaires pour « documenter » les nouvelles hypothèses échafaudées avec nos partenaires du Sud. Le second défi est dordre institutionnel et les chercheurs ne disposent pas de toutes les clés pour le relever. On a assisté dans la seconde moitié des années 90 à des relances ponctuelles du débat sans allocation significative de moyens ni consolidation institutionnelle des acquis : Si le Comité National de Coordination de la recherche en coopération (CNC) a, il y a cinq ans, formulé des analyses et des propositions intéressantes en vue de relancer la recherche urbaine, lécho rencontré dans les ministères concernés a été à peu près nul. La « semaine des villes du Sud » organisée à la même époque dans le cadre de la préparation dHabitat II a eu comme effet presque immédiat la liquidation dInterurba par les institutions parties prenantes. La mission confiée récemment au GEMDEV par le Ministère des Affaires étrangères a comme effets bénéfiques une relance de la réflexion et, vraisemblablement, une allocation significative de moyens incitatifs. Cette relance est malheureusement limitée aux pays de la Zone de solidarité prioritaire et il est à craindre que le donneur dordre agisse en loccurence sans perspective de consolidation structurelle dun milieu de recherche pour le moins sinistré. Emile
Le Bris
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