Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
|
|
QUESTIONS URBAINES |
|
|
|
|
1. La réunion dHabitat II donnait une place plus importante à la recherche. Les textes produits par les délégations insistaient en effet sur limportance du partenariat (la participation) de tous les acteurs urbains, dont les chercheurs. Cette participation devait être envisagée à deux niveaux : au sein des commissions nationales, et lors dun "forum pour les organismes professionnels et universitaires". Une contribution des chercheurs avait été proposée en 1995-1996 à la commission nationale française. Elle esquissait un état de la réflexion française sur les questions urbaines dans les PED Nous avions notamment pour objectif, en tant que chercheurs, daider à une confrontation des travaux sur les ville des PED avec ceux menés sur les villes du Nord et de lEst. Nous regrettions quen France larticulation entre ces deux ensembles de recherche ne soit pas réellement assurée et que la recherche urbaine sur les PED tende à sisoler du reste de la recherche urbaine. Cette tendance semble sêtre confirmée au cours des dernières années. Pourtant, malgré de fortes spécificités, les problématiques sont communes, et les points de vue senrichissent mutuellement. 2. Les chercheurs
français travaillant sur les questions urbaines dans les pays du
Sud sétaient fortement mobilisés aux côtés
des militants associatifs dans la préparation de la Conférence
Habitat II.
3. Cinq ans après, on peut sinterroger : · sur quelle base évaluer les résultats de la recherche, en fonction de quels critères, de quelles attentes ?4. Lune des difficultés et ambiguïtés de la recherche sur la ville et lurbain vient de ce quelle constitue un objet éminemment politique. Les chercheurs qui travaillent sur la ville sont donc conduits à mener une réflexion politique mais sans assumer de responsabilités politiques. Dans le dialogue itératif entre choix politiques et choix techniques, leur rôle est souvent celui dun expert sollicité à la fois par les décideurs et par lopinion, parfois même appelé en consultation par lautorité politique. Cette ambivalence conduit à sinterroger sur lengagement du chercheur. 5. Le rôle de la recherche est de produire des connaissances, de fournir des outils danalyses et des concepts susceptibles daméliorer notre analyse des mécanismes de production et de gestion de la ville , déclairer les décideurs, délargir le champ de rationalité de la décision, en sachant que celle-ci dépend largement de choix de société et darbitrages budgétaires. La relation entre recherches et action (recherche et pratique ont des logiques et des légitimités spécifiques) avait été lun des axes de réflexion dHabitat II, laccent étant mis sur la transmission et léchange des connaissances liés à la production scientifique, à la formation (ex : Université) et à la coopération. 6. Sil est vrai que la recherche nest pas le seul mode de production de connaissances, il convient de souligner le statut spécifique de la connaissance scientifique. Cest parce quelle se soumet à des exigences théoriques et à des procédures rigoureuses que la recherche peut être considérée par les autres acteurs comme une forme de légitimation. Plus que par son "engagement", cest grâce à sa fonction de "passeur" que le chercheur est reconnu comme intervenant autonome. Sil est fréquemment appelé à "accompagner" des projets expérimentaux, il ne sengage quexceptionnellement dans le prescriptif. 7. La recherche sur
la ville et sur lurbain doit intégrer deux échelles : d'une
part, la mondialisation fait surgir des thèmes communs à
lensemble des villes du monde ; d'autre part, la singularité des
territoires continue d'exiger des spécialisations disciplinaires,
théma-tiques ou géographiques qui se perpétuent au
sein des communautés scientifiques nationales à travers des
individus et surtout des institutions.
8. La recherche porte
aussi sur ce qui détermine lévolution de la ville et celle
des politiques de la ville. Dans cette perspective, il est nécessaire
de mener une réflexion sur la construction des concepts et méthodes.
En dehors de cette réflexion, le risque est grand que les effets
des politiques déterminent la recherche, que la politique formule
demandes et commandes.
9. Le dispositif français
de recherche urbaine sur le Sud est aujourdhui sensiblement affaibli par
:
10. Les politiques dappui aux communautés scientifiques du Sud se résument trop souvent à loctroi de quelques bourses ou de quelques crédits de fonctionnement. Ces politiques ne sont pas nécessairement ciblées sur les pays les plus désavantagés dans la compétition scientifique (le dernier appel doffres du ministère de la Recherche pour le financement de séjours détudes en sciences sociales retient prioritai-rement lAfrique du Sud, le Brésil, la Chine, lInde, le Japon, le Mexique et la Russie). Les enjeux nous semblent plus larges : · La coopération scientifique internationale, en particulier dans le domaine urbain, doit constituer un antidote de la mondialisation libérale en créant des formes et des lieux de solidarité, de débats et de confrontation11. Sur tous ces points, le bilan dHabitat II semble limité. Même si certaines avancées doivent être soulignées en matière de décentralisation, il ny a pas eu de soutien résolu à des réseaux internationaux de chercheurs, ni promotion dun véritable programme international de recherche sur la ville. Les campagnes mondiales du CNUEH-Habitat sur la gouvernance, la sécurité foncière et la pauvreté se heurtent aux réserves voire à lhostilité déclarée des Etats-Unis et, faute de ressources, ont dû revoir leurs objectifs à la baisse. Avec linitiative "Cities Alliance", la Banque mondiale sest dotée dun nouvel outil pour produire une " nouvelle " pensée urbaine. Les milieux de recherche français ny participent pas. Les propositions faites au représentant français pour une représentation effective de chercheurs travaillant sur les villes des PED dans les instances décisionnelles de " Cities Alliance " se sont heurtées à une fin de non recevoir. Si, en France, un dialogue fécond est engagé entre chercheurs et élus locaux dans le cadre du pôle Afrique de Cités Unies France et si le Haut Conseil à la Coopération Interna-tionale anime un groupe de travail spécifique sur la question urbaine , le Programme Prioritaire de Développement Urbain na en revanche pas été, comme on pouvait limaginer un cadre de rencontre actif entre chercheurs et milieux associatifs. Le dialogue, entamé il y a cinq ans, dans le cadre de la préparation dHabitat II na pas donné beaucoup de fruits. Le temps est venu de relancer ce dialogue en lélargissant. Dautres forces sociales que les Etats et les Institutions internationales doivent être invitées par la recherche urbaine à nouer dautres alliances. Mars 2001 |
|
Retour |
Accueil |
Début de page |