Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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QUESTIONS URBAINES |
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Déclaration des associations françaises de solidarité internationale pour Habitat II+5 Le droit et l'accès pour tous à la Ville |
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Préambule 1. Depuis Habitat II, à Istanbul, en 1996, la situation sest aggravée pour les urbains pauvres. Force est de constater que, malgré toutes les déclarations enthousiastes et les engagements des gouvernements et des institutions internationales, la précarité sest accrue dans les villes. Des mouvements de plus en plus résolus se dressent contre cette situation et font état de lexistence de solutions. Mais une volonté politique réelle de la plupart des Etats et de la communauté internationale va à l'encontre de la mise en uvre de ces solutions. La
préparation d' Habitat II+5 est significative dune évolution
négative. Certains Etats, dont les Etat Unis, la Chine et lIran
ont remis en cause les accords péniblement négociés
à Istanbul et après, particulièrement sur la reconnaissance
du droit au logement et la Charte de lautonomie communale. Par ailleurs,
les Etats Unis ont refusé violemment la participation des associations
et des autorités locales au débat international.
2.
Les
sommets et conférences du système des Nations Unies se succèdent,
abordant d'année en année les grandes questions qui agitent
la planète et son devenir : Vienne et les droits de lhomme, Le
Caire et la population, Rio et l'environnement, Copenhague et le développement
social, Pékin et les femmes et Istanbul et les villes.
3. Néanmoins, ces conférences sont l'occasion d'échanges, de débats, de rencontres parallèles, entre les nouveaux acteurs de la scène internationale. Elles renforcent les mouvements sociaux dans la réaffirmation de leurs revendications. Elles contribuent à la construction d'une opinion mondiale. Elles ont progressivement entériné la place croissante d'autres partenaires aux côtés des Etats, plus particulièrement les associations et les municipalités. Il paraît donc important que les Associations de Solidarité Internationale (ASI) explicitent leurs positions afin de jouer un rôle d'interlocuteur, et si nécessaire de contrepoids, face aux Etats. Par ailleurs, ces conférences ont l'intérêt de réaffirmer la place des institutions des Nations Unies, fondées sur la déclaration universelle des Droits de l'Homme, vis à vis de celles de Bretton Woods. 4.
La
première conférence sur l'habitat et les établissements
humains a eu lieu à Vancouver en 1976 et a donné naissance
à la CNUEH de Nairobi. En vingt-cinq ans, le discours international
sur l'urbain a profondément évolué. Du logement et
des techniques appropriées, on est passé à la ville;
de la politique urbaine à la gestion urbaine; d'une franche opposition
Nord-Sud (nantis-démunis) à la montée des difficultés
sociales au Nord dont l'expression est particulièrement vive dans
les villes et leurs banlieues. Le discours aujourd'hui s'est complexifié
et technicisé en même temps qu'il perdait une grande part
de son contenu politique.
5. Nous ne pouvons accepter un monde à irresponsabilité illimitée. L'argument d'une pénurie de ressources pour investir dans les logements et l'habitat pour les secteurs non solvables n'est pas acceptable. En réalité, le monde est progressivement plus productif, plus riche. Depuis 1960, la production mondiale de biens a augmenté deux fois et demi plus que la population. Ce n'est pas la masse des richesses produites qui est en régression, mais leur distribution et affectation qui est de plus en plus inégalitaire. La situation du logement et de l'habitat est dautant plus préoccupante quil sagit dinvestissements hautement productifs, tant du point de vue social qu'économique; ils sont une des conditions fondamentales de la poursuite de l'activité des hommes; ils intègrent et socialisent. 6.
Nos
sociétés sont aujourd'hui soumises à une pensée
économique présentée comme la meilleure et la seule
possible: le néo-libéralisme. Certes, l'économie de
marché est extraordinairement performante pour développer
la productivité. Mais elle se traduit par une logique d'ajustement
structurel imposée à toutes les économies, du Nord
comme du Sud. Ouverture des frontières, mouvements de capitaux,
priorité à l'exportation, réduction des déficits
budgétaires, et notamment des dépenses de santé et
d'éducation... Chaque société doit se soumettre aux
exigences du marché mondial. Mais avec les richesses, ce système
produit des pauvretés; avec le bien-être de quelques-uns,
le déracinement et la perte de sens pour beaucoup d'autres.
7.
Bien
que travaillant le plus souvent avec les exclus et les laissés pour
compte, les ASI se distinguent clairement des associations d'habitants.
Ces dernières se constituent le plus souvent en réponse à
des difficultés quotidiennes bien identifiées (groupes d'envahisseurs
de terrain, associations pour la collecte des ordures ménagères
ou la revendication de services auprès de la municipalité...
). Elles sont représentatives des habitants d'un point de vue territorial
ou communautaire.
Principes 8.
Cinq
principes ont été définis, par les ASI, au cours des
rencontres de la communauté internationale: ce sont les principes
de liberté, d'égalité, de citoyenneté, de solidarité
et de durabilité. Les ASI réaffirment leur adhésion
à ces principes et pensent que leur traduction dans les stratégies
et programmes de développement urbain pourrait permettre d'atteindre
les deux principaux objectifs énoncés par les Nations Unies
en vue d'Habitat Il: un logement convenable pour tous, des établissements
humains viables. Ces principes permettent aux ASI de construire leur analyse
spécifique des situations et des contextes, de définir leurs
positions par rapport aux politiques nationales et aux institutions internationales,
d'avancer leurs critères d'évaluation pour ne pas se laisser
enfermer dans des a priori implicites, de fonder leurs propositions et
leurs méthodes d'intervention.
Libertés 9.
La
ville a souvent, dans lhistoire des sociétés, été
porteuse de libertés ; libertés des villes et libertés
dans les villes. Les libertés dexpression et d'initiatives associatives
sont des préalables pour la participation des habitants et la démocratie.
La conquête de la liberté de circulation des personnes, dans
un monde qui reconnaît toutes les autres circulations, reste à
faire. La garantie des libertés ne peut pas être réduite
à la régulation de marché, même si, dans certains
cas, les économies de marché ont pu être considérées
comme des alternatives à des régimes totalitaires. Il s'ensuit
logiquement pour, les ASI, une liberté d'initiative qui est l'expression
associative de la liberté d'entreprendre.
Egalité 10.
Il
ne peut y avoir de liberté sans égalité, de liberté
d'exercice de droits sans organisation d'un accès égal à
ces droits.
11.
Dans
le cadre de la transformation des rapports socioculturels entre les sexes,
l'objectif d'égalité et de non discrimination doit devenir
le fil conducteur privilégié de la redynamisation des méthodes
de travail et de gouverner et susciter un débat sur de nouveaux
choix en matière d'aménagement et de gestion des cités.
Si les femmes représentent 50 % de la population, alors qu'elles
assurent une place centrale dans l'économie et dans la gestion des
quartiers, elles ont été tout particulièrement absentes
des instances politiques de décisions ayant trait au développement
et à la gestion des villes. En la matière, la problématique
femme reste encore trop méconnue. Une nouvelle lecture transversale
de la ville avec l'expertise de femmes s'impose. Elle offre l'avantage
d'aborder de façon qualitative des préoccupations essentielles
pour l'ensemble des citoyens , en vue de favoriser un changement en profondeur
et une meilleure qualité de vie pour tous. La charte européenne
des femmes dans la cité (1994) en est un bon exemple.
Citoyenneté 12.
La
citoyenneté est, au-delà de l'affirmation des droits, la
reconnaissance et la mise en uvre de la responsabilité de chacun
dans la vie présente et future de la cité. Chacun doit pouvoir
agir sur les décisions qui le concernent. Ainsi la participation
populaire est au centre du processus de développement urbain dans
tous les secteurs de la vie économique et sociale. C'est elle qui
permet aux exclus, aux urbains pauvres et aux femmes d'être reconnus
comme acteurs de leur développement. Pour les ASI, l'affirmation
du principe de citoyenneté va de pair avec la démocratisation
des instances de décision et la participation de tous les habitants
au processus de développement de la cité. Elles revendiquent
de nouvelles relations entre démocratie représentative et
démocratie participative. Les organisations et associations de quartier
sont des lieux de participation effective à la vie urbaine et, de
ce fait, doivent être soutenues. Au cas où la citoyenneté
serait inaccessible du fait de conditions de nationalité, la citadinité
- participation des citadins à l'administration de la cité
- est à garantir dans son effectivité quotidienne.
Solidarité 13.
Le principe de solidarité renvoie à la conscience d'une communauté
d'intérêts qui entraîne l'obligation morale de ne pas
desservir les autres et de leur porter assistance. Pour les ASI, le principe
de solidarité se traduit par le partenariat qui est à la
fois un objectif et un moyen de leur intervention.
Durabilité 14.
Le développement durable, entendu comme le droit des générations
futures, s'applique avec une acuité particulière à
la problématique urbaine, d'autant plus que la temporalité
économique s'est considérablement contractée alors
que la ville s'inscrit normalement dans la longue durée. Il signifie
que la gestion des villes doit tenir compte de la durée et des besoins
des générations présentes, tout en préservant
les possibilités des générations futures. L'urbanisation
s'accompagne de nuisances : extension foncière qui menace les sites
et les ressources naturelles, émission de rejets et de déchets,
etc. Celles-ci sont d'autant plus difficiles à gérer que
la
ville est dense et étendue et que le niveau de développement
économique est bas. Elles nécessitent des politiques urbaines
intégrées (logement, transport, hygiène, production),
une réglementation des politiques industrielles et énergétiques,
en relation avec l'environnement régional et planétaire.
Etat des lieux 15.
L'état
des lieux dressé par les ASI résulte des constats qu'elles
sont amenées à faire à partir de leur pratique locale
et au regard de leurs principes. De leur travail quotidien, dans les quartiers,
auprès des habitants, elles ont sur le monde et ses mutations un
point de vue original. Un état des lieux aujourd'hui sur le logement
et l'urbain se décline à quatre niveaux : local, national,
régional et mondial.
Au niveau local 16.
Nous sommes témoins, au Nord, comme au Sud, de la difficulté
à vivre la ville au quotidien: insuffisance des infrastructures
de base, chômage ou sous-emploi, progression de la délinquance
et du crime, sans-abri, pollution, faiblesse des ressources locales...
Plusieurs "villes" se juxtaposent ainsi dont le niveau d'équipement
et d'intégration sociale s'opposent.
17. Depuis Habitat II, une transformation en profondeur est sensible au niveau local. Elle sappuie sur un nouvel équilibre des pouvoirs qui valorise le local. Cette évolution, qui nest pas sans danger, met en avant la démocratie de proximité et le développement local. Les ASI ne peuvent que se féliciter de cette attention nouvelle à une démocratie participative comme le démontre l'émergence des autorités locales et les initiatives telles que le budget participatif de Porto Alegre, les agendas 21 locaux, les coalitions locales du Programme de Gestion Urbaine la relance des économies locales du Programme de Développement Municipal. 18.
Face à ces réalités, la position des ASI est de:
Au niveau national 19. Les ASI constatent un désengagement progressif de l'Etat qui se voit sommé de céder ses fonctions productives, mais aussi de se débarrasser de ses fonctions de prestation de services, y compris publics, au secteur privé. Or, la ville ne peut se passer d'une intervention publique, : elle génère des externalités que le marché ne peut réguler (pollution, spéculation foncière et immobilière... ). En outre, il ne peut y avoir de consensus sur la " meilleure ville " possible : la ville la plus souhaitable pour les entreprises n'est pas forcément la ville la plus souhaitable pour ses habitants ... La ville reflète les choix politiques, économiques et sociaux des gouvernements. On constate aujourd'hui un certain nombre de lacunes qui contribuent à développer la marginalisation et l'exclusion : une absence de coordination entre les institutions ; des mécanismes juridiques inefficaces pour faire reconnaître et appliquer le droit au logement ; l'impact des réglementations sur le marché du logement, et particulièrement du logement social; les politiques de transfert des ressources publiques (entre l'Etat et les collectivités locales, entre collectivités locales, etc.). 20.
Depuis Habitat II, la décentralisation sest imposée comme
un mouvement général. Ce mouvement est contradictoire: il
résulte de la mise en cause des Etats par le haut, la mondialisation,
et par le bas, une revendication de démocratie de proximité.
Il y a eu davantage de réformes de décentralisation impulsées
de l'extérieur (IFI notamment) que du niveau local. La décentralisation
n'est que l'alibi à une ingouvernabilité du centre.
21.
Pour les ASI, l'Etat tire sa légitimité de sa fonction de
garant du bien-être collectif. Il lui revient de définir le
mode et l'ampleur de la redistribution des richesses et de mettre en uvre
le cadre institutionnel et réglementaire d'une politique de la ville
à la fois plus juste et plus durable.
Au niveau géopolitique régional 22. En même temps que se développe la mondialisation des échanges, on assiste à l'émergence de blocs régionaux plus ou moins structurés (l'Union européenne, l'ALENA, le Mercosur, l'ANASE, les "triangles de croissance" asiatiques...). La plupart de ces organisations régionales visent en premier lieu l'abaissement des barrières commerciales et une plus grande fluidité des échanges et des mouvements de capitaux. Ce sont, dans un mouvement contradictoire, des vecteurs de la mondialisation néo-libérale et des contre-tendances à cette évolution. Bien que peu d'entre elles se soient données dans leur mandat des fonctions politiques et sociales, elles pourraient être des lieux d'apprentissage de la coopération entre les Etats et contribuer en ce sens à consolider la paix. C'est à leur échelle que peut se définir une politique concertée d'aménagement des territoires, dans la mesure où elles s'attachent à favoriser un développement viable, responsable et équitable pour tous à long terme. 23. Depuis Habitat II, la discussion sur les régions géoculturelles sest poursuivie. Elle a malheureusement pris surtout laspect de la promotion des zones de libre-échange encadrées par les accords de lOMC. De même, les fondements des propositions de plus grande autonomie des banques régionales restent à discuter. 24.
Les ASI voient dans cette progression de la régionalisation des
possibilités intéressantes. Les ASI ont déjà
adopté cette dimension régionale, d'abord en développant
des réseaux d'échanges d'expériences et de formation
mutuelle, ensuite en élaborant des propositions communes qu'elles
défendent devant les instances compétentes (par exemple,
la Asian Coalition for Housing Rights qui lutte contre les expulsions,
ou la Charte européenne pour le droit à habiter et la lutte
contre l'exclusion). Les réseaux de villes qui se développent
à l'échelle internationale, parallèlement à
l'intervention des États, oeuvrent à une plus grande autonomie
des autorités locales et à une meilleure expression de la
société civile.
Au niveau planétaire 25. Le 20e siècle restera sans doute dans l'Histoire comme celui qui aura initié la mondialisation : celle des guerres, de l'économie et de la communication. C'est aussi le siècle de l'urbanisation rapide et massive, avec notamment l'apparition de mégalopoles multimillionnaires. L'expansion, à l'échelle de la planète, d'une même logique économique génère, au Nord comme au Sud, les mêmes types de réponses, dont les villes et leurs dysfonctionnements renvoient une image exacerbée. Il devient nécessaire de repenser les migrations internationales dont l'importance est liée aux disparités économiques, aux droits des minorités et au respect des droits de la personne. Il devient également nécessaire de repenser les fonctions et les formes d'organisation des villes. 26. Depuis Habitat II, les disparités dans la distribution des richesses au niveau mondial se sont encore accentuées. La logique de lOMC, la marchandisation du monde, sest imposée. La logique du marché mondial simpose aux institutions financières internationales. Le modèle de développement combine lajustement structurel avec la pauvreté et la gouvernance. 27.
Les ASI constatent que la maîtrise de l'urbanisation exige de renouveler
la réflexion sur les relations villes/campagnes, sur la démographie
et les migrations internationales. Nous reconnaissons que les villes jouent
désormais un rôle moteur dans le développement
économique. Mais la maîtrise de l'urbanisation passe par l'adoption
et la mise en uvre de politiques permettant de corriger les externalités
négatives créées par la concentration urbaine. Nous
travaillons à une prise de conscience universelle et à une
vision planétaire.
Propositions 28.
Nos propositions en tant qu'ASI sont organisées autour de neuf thèmes:
29.
Nous concevons toute relation de coopération comme devant nécessairement
être fondée sur la reconnaissance mutuelle des acteurs qui
la nouent. Elle doit être établie sur la base d'un intérêt
mutuel. Elle doit enfin s'inscrire dans la durée. Compris comme
relation fondée sur ces principes, le partenariat doit constituer
la base et la méthode de construction de rapports de coopération
renouvelés entre les mouvements associatifs d'une part (associations
d'habitants, de citoyens ou de producteurs et leurs regroupements), et
entre ceux-ci et les ASI d'autre part. Dans ce but, nous demandons que
le mouvement associatif soit reconnu en tant que représentation
des intérêts directs des habitants, complémentaire
de la représentation par délégation issue des élections.
30. La nature du développement que nous voulons défendre est fondée sur le respect et l'approfondissement des droits de la personne humaine. Cest notre conception du développement durable. Nous défendons la complémentarité des droits civils et politiques et des droits économiques, sociaux et culturels. Nous soutenons les efforts de la communauté internationale, réaffirmés à la Conférence de Vienne pour un protocole additionnel pour les droits économiques, sociaux et culturels. Particulièrement la justiciabilité de ces droits, qui est une forme de garantie de leur respect et la possibilité de recours judiciaire, ouverte aux citoyens, pour juger de la responsabilité de ceux qui les violent. 31.
Le cadre institutionnel et juridique doit garantir l'existence et les formes
de fonctionnement du mouvement associatif, et notamment la liberté
d'expression et le droit d'association. Aux niveaux local et national,
les administrations doivent accepter l'autonomie et l'indépendance
de ces associations. Elles doivent notamment reconnaître à
celles-ci le droit et le pouvoir de nouer des relations avec les personnes
et les institutions de leur choix. Elles doivent enfin accepter de travailler
avec le mouvement associatif.
De leur côté, les ASI s'engagent à considérer la cohérence territoriale et nationale de leurs actions, en termes de politique de développement économique, social et spatial. Toutefois, il est nécessaire qu'il y ait coopération négociée avec les autorités locales en vue de la construction d'un espace public. Cette reconnaissance de limportance des autorités locales ne signifie pas lacceptation des orientations municipales ou nationales et ne saurait conduire à un contrôle a priori de leurs actions. C'est dans le cadre de leur partenariat avec le mouvement associatif du Sud qu'elles entendent définir leur position par rapport à ces orientations. 32.
Nous revendiquons l'égalité de l'accès pour tous à
l'habitat et à la ville. Constituer ceci en référence
pour l'action exige aujourd'hui de réaliser un effort particulier
pour les groupes vulnérables en tenant compte de leur potentiel
de résistance, de réflexion et de force de proposition. Une
attention particulière devrait être portée à
l'accès des familles monoparentales au logement social. D'une manière
générale, l'accès à l'Habitat et à la
ville devrait être accompagné de mesures assurant la pérennisation
de cet accès et des conditions de vie décentes.
33.
De façon à ce que chacun puisse effectivement participer
aux décisions qui le concernent (principe de citoyenneté),
que soient pris en compte les intérêts de tous (principes
d'égalité, et de solidarité) et que les actions engagées
intègrent le temps long de l'éco-développement (principe
de durabilité), nous demandons que les politiques nationales du
logement, de l'habitat et de la ville soient débattues publiquement,
notamment au niveau des programmes d'ajustement structurel. Nous sommes
prêts, sous ces conditions, à intervenir en appui à
des politiques respectant les principes qui nous guident.
34. Nous accordons une place stratégique à l'action par projet. Les projets sont un moyen privilégié de tester, évaluer et valider des méthodes et des dispositifs innovants d'intervention. Ils offrent l'opportunité de développer en pratique des synergies entre les acteurs. Ils permettent enfin d'alimenter les débats d'orientation générale, tant du point de vue des projets urbains que des formes et des méthodes de coopération. Dans ce sens, les ASI demandent à être reconnues comme des acteurs à part entière des processus de développement urbain et à être associées, dans le respect de leur autonomie et des principes qui les guident, à l'action et à la réflexion collective dans ce domaine. Elles s'engagent, à ce niveau, à définir et mettre en uvre leurs projets dans le cadre de partenariats avec les mouvements associatifs du Sud et à prendre en compte la cohérence territoriale et nationale de ces projets. 35. Il appartient aux institutions nationales de définir des stratégies et des interventions fondées sur ces mêmes principes. Respecter le principe de citoyenneté exige notamment d'intégrer la participation populaire dans l'élaboration et la conduite des interventions ; respecter celui d'égalité exige notamment de mettre au point des systèmes de péréquation, permettant l'accès de tous à l'habitat et à la ville. Dans les différents domaines d'intervention, et principalement dans les domaines du logement et des services urbains, nous demandons que soient définis et garantis des services économiques d'intérêt général. Ces services ne sont pas, de notre point de vue, des filets sociaux destinés aux pauvres. Ce sont des mécanismes permettant de garantir légalité daccès pour tous aux services fondamentaux ; ce qui implique des mesures et des programmes spécifiques pour ceux qui en sont exclus par la logique de marché. 36. Nous demandons que les institutions internationales soient tenues de respecter les accords internationaux signés par leurs membres, et tout particulièrement les protocoles pour les droits qui sont un des fondements du droit international. Nous demandons quune instance de recours internationale puisse juger de laction de ces institutions et que les mouvements citoyens puissent y avoir accès sils estiment que le droit international nest pas respecté. Nous demandons quune évaluation des interventions des institutions financières internationales et de lOMC soit confiée à un organisme indépendant situé dans le système des Nations Unies. Nous demandons aux institutions internationales de définir des orientations qui tiennent compte des principes de liberté, d'égalité, de citoyenneté, de solidarité, et de durabilité. Nous attendons de ces mêmes institutions qu'elles reconnaissent lautonomie des associations et ne les subordonnent pas à leurs projets. Nous demandons que les conditions d'application du principe du droit au logement soient définies, notamment sur le plan financier, et que des programmes de logement des sans-abri soient mis en uvre. Nous nous engageons à participer aux projets cohérents et fidèles à ces principes. 37.
Nous entendons travailler avec ces différents acteurs dans un cadre
général de respect des intérêts des uns et des
autres et sur les bases suivantes:
Nous sommes disposés à contribuer à l'organisation du dialogue et de la concertation entre l'ensemble de ces acteurs, à travers deux modalités principales : la mise en uvre de projets communs d'une part, le débat sur les programmes et les politiques d'autre part. Assurer l'effectivité de droits libres et égaux à l'habitat et à la ville, nous semble constituer l'essentiel de la mission des ASI. Mars 2001
Associations signataires : ACAD (Associatiuon de Coopération entre Acteurs du développement), Acroterre, Aitec, Architecture et Développement, CARI (Centre d'actions et de réalisations internationales), CEDAL (Centre de recherche et d'information pour l'Amérique latine), Cedetim, CRID (Centre de recherche et d'information sur le développement), Cedidelp, EAST (Eau, Agriculture et Santé en milieu Tropical), Femmes & Changements, Forum de Delphe, Gret (Groupe de recherche et d'échanges technologiques), Solagral, Ritimo, Villes en Tansition...
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