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QUESTIONS URBAINES
 
Forum International sur la Pauvreté Urbaine 


Rapport sur la Ville Inclusive
Note de cadrage
 

Cette note est une introduction à la réflexion sur la ville inclusive qui est un des deux thèmes retenus pour le quatrième Forum International sur la Pauvreté Urbaine (FIPU) organisé à Marrakech du 16 au 19 octobre 2001 par le centre des Nations Unies pour les Etablissements Humains (CNUEH) et le gouvernement du Maroc.

Après un rappel des objectifs généraux du FIPU et des objectifs particuliers du quatrième FIPU prévu à Marrakech, une problématique de la ville inclusive est proposée, puis sont abordées des orientations pour le débat et pour les politiques à mener ; enfin sont indiqués quelques éléments concernant le rapport introductif sur la ville inclusive.

1 . LE FIPU,  FORUM INTERNATIONAL SUR LA PAUVRETE URBAINE.
Ce Forum a été créé pour faire vivre et développer le contenu de la "Déclaration de Recife" issue de la conférence internationale sur la pauvreté urbaine organisée en 1996 dans le cadre de la préparation de la conférence d'Istanbul (Habitat 2).
La déclaration de Recife (mars 1996)
La rencontre de Recife a marqué un tournant dans la façon d'aborder la pauvreté urbaine et de se positionner pour son éradication. La déclaration finale reconnaît en effet la responsabilité des programmes internationaux tel que l'ajustement structurel dans l'aggravation des situations vécues par les classes populaires urbaines et dans la paupérisation tendancielle des classes moyennes. Elle préconise de se départir de la confiance dans des politiques sociales censées suffire à réparer les méfaits de la mondialisation, et de reconnaître le potentiel de création de valeur des quartiers pauvres. Les recommandations concernent notamment: 
- le renforcement du cadre légal du respect des droits humains,
- le développement d'activités à haute intensité de main d'œuvre, 
- l'aide aux petites entreprises du secteur informel à accéder à des marchés élargis,
- la promotion de réformes foncières, 
- la stimulation de la décentralisation et de mécanismes de participation des pauvres et de leurs organisations aux décisions en matière de redistribution, 
- la décentralisation des institutions bancaires et la reconnaissance du droit au crédit pour les pauvres.
Les institutions sont incitées à repenser leurs modes d'intervention, avec une insistance particulière sur le niveau local, réputé avoir un rôle central dans l'articulation et la coordination des intérêts et des compétences des divers acteurs. En même temps, il est conseillé au niveau central de s'assurer que la décentralisation n'entraîne pas de conflits ethniques ; il est en outre souhaité que ce processus ne se résume pas à une simple déconcentration du pouvoir, mais engage des changements culturels dans le système décisionnel.
La déclaration de Recife affirme que la lutte contre la pauvreté est un enjeu majeur du XXIème siècle, qui exige d'en renouveler l'approche en travaillant notamment sur l'intégration de la ville illégale, la récupération et l'usage démocratique de l'espace public, l'inversion de la tendance dominante à la concentration.
Le quatrième FIPU : Marrakech 2001
Le thème retenu pour le quatrième FIPU est celui de "Villes productives et villes inclusives – vers des villes pour tous". Les trois objectifs qui sont mis en avant sont : 
1. Développer une prise de conscience au niveau international sur la finalité de la réduction de la pauvreté dans les villes, et améliorer le niveau de compréhension des mécanismes d'exclusion et de leurs conséquences.
2. Promouvoir des politiques intégrées de réduction et de suppression de la pauvreté urbaine, sur la base des principes de la déclaration de Recife et du Programme pour l'Habitat.
3. Développer parmi ses membres les compétences pour démarrer, formuler, négocier et mettre en œuvre les politiques et les programmes d'action pour la réduction de la pauvreté urbaine.

Deux rapports doivent être présentés et discutés à la conférence de Marrakech, l'un sur la ville productive, l'autre sur la ville inclusive.

II . PROBLÉMATIQUE DE LA VILLE INCLUSIVE

Introduction
"La combinaison d'une urbanisation accélérée, d'une infrastructure négligée depuis longtemps et d'un financement urbain déficient sur de nombreuses années a eu pour résultat un accroissement de la pauvreté urbaine, les pauvres représentant maintenant 49% de la population urbaine des pays en développement. En incluant les pays industriels, le nombre total de citadins pauvres se situe actuellement aux alentours de 1,1 milliard" (document de présentation de la conférence de Marrakech).
La lutte contre la pauvreté urbaine, enjeu majeur de notre siècle, a pour théâtre les villes du monde. C'est là que se joue la dialectique de l'exclusion et de l'inclusion.
Exclusion et pauvreté ne sont pas tout à fait synonymes : en principe, pauvreté réfère à la privation de biens, aux besoins élémentaires, exclusion à un processus sociétal qui englobe tous les aspects de la situation d'un individu ou d'un groupe par rapport au système social dans lequel il se trouve. Mais la déclaration de Recife a pris le terme de pauvreté dans un sens extensif : elle porte une critique aux "réponses institutionnelles qui se focalisent sur la création de revenu sans prendre en considération les facteurs sociaux, politiques et psychologiques qui constituent le caractère indivisible de la pauvreté" ; aussi, elle recommande une prise en compte des aspects contrastés, unitaires et différenciés de la pauvreté, sous peine d'entretenir les problèmes plutôt qu'y apporter une solution.
Etat des lieux 
1 . La ville est avant tout exclusive
La ville s'est construite sur la division – division verticale ou horizontale, selon les lieux et les époques, de l'habitat des différentes catégories socioprofessionnelles et/ou ethniques, division du travail, affectation distincte des lieux de consommation marchande, culturelle, de sport et de loisirs. En ce sens, la ville, les villes, sont des lieux d'exclusion. Elles ne sont pas génératrices d'exclusion per se mais sous l'effet du système dans lequel elles se développent. Aujourd'hui, on peut dire que la civilisation urbaine est productrice d'exclusion, du fait du contexte économique et politique mondial.
La ville, comme projection au sol des rapports sociaux, selon la formule d'Henri Lefebvre, organise la ségrégation spatiale et sociale à grande échelle. La mégapolisation désarticule la ville traditionnelle et tend à exclure des pans entiers de la population urbaine, des services, du logement normé, des transports publics, de l'urbanité.
La mondialisation ne saurait être analysée en dehors de la tendance à l'accroissement des inégalités, de l'élargissement et de l'approfondissement des exclusions (Massiah, 1996). Le mécanisme de l'exclusion fonctionne sur deux registres : d'une part le système économique, en même temps qu'il entraîne la croissance, produit des inégalités ; d'autre part, les discriminations de tous ordres renforcent les inégalités.
Dans l'urbanisation progressive, bien qu'inégale, des différents continents, la ville est le lieu du développement de rapports sociaux dominants – doublement dominants, dans la société dans laquelle ils s'exercent, d'une part, et à l'échelle des rapports de force mondiaux, d'autre part. Un paysan migrant vers la ville, s'y trouve confronté directement à la bourgeoisie urbaine, aux institutions et au pouvoir d'Etat, tandis qu'à une autre échelle mais dans le même ordre d'idées,  les sièges des grands groupes industriels et financiers, qui sont situés dans les "premières" villes de la planète, étendent leur rayon d'action et leur pouvoir sans barrières frontalières, sur les pays, les entreprises, les individus, transversalement aux différents systèmes socio-politiques en place. 
Le terme d'exclusion est corollaire de la généralisation de l'urbanisation et de la mondialisation de l'économie. Dans les sociétés à dominante rurale, de même que dans les premiers âges du capitalisme industriel, il y avait certes des pauvres, mais l'état de pauvreté était congruent avec le statut social, selon une hiérarchie communément acceptée (jacqueries mises à part) jusqu'à la naissance et à la structuration du mouvement ouvrier. Aujourd'hui les sociétés ne sont plus fondées sur la reconnaissance d'une hiérarchie dont les échelons peuvent être gravis par les meilleurs et qui fixent l'horizon de la vie pour les autres. Du coup, on ne parle plus d'ascension sociale : on est (et on naît) inclus ou exclu et l'on peut plus facilement basculer de l'inclusion à l'exclusion que l'inverse. Il s'avère plus difficile de faire son chemin dans une société libérale que dans une société fortement hiérarchisée (Touraine, 1991).

L'exclusion est ainsi inscrite dans chaque ville, d ans chaque société du système-monde, et elle l'est de façon plus massive au Sud qu'au Nord. En effet, les effets de la mondialisation se superposent à l'inégalité préexistante entre pays du Nord et pays du Sud, si bien que ces derniers connaissent des phénomènes d'exclusion renforcée.

2 . Mais la ville peut aussi être inclusive
Historiquement la ville est le lieu de la rencontre de l'autre, de l'échange, de l'affranchissement des féodalités. C'est dans la cité grecque antique qu'est né le concept de citoyenneté. C'est dans la ville médiévale que des serfs apprenaient à vivre libres. C'est dans les quartiers spontanés de Dakar que les "petites bonnes", venues des villages gagner leur vie comme domestiques en ville, entrent dans des rapports sociaux de classe, par leur travail et par leur participation à des groupements de type syndical, à l'écart de la famille et du clan (Bulle, 1997).
Les migrations des campagnes vers les villes ont, de tout temps, été porteuses d'un mouvement d'émancipation par le travail et par une sociabilité choisie, qui n'annule pas nécessairement  les liens familiaux, mais qui s'en dégage au moins partiellement.
Aujourd'hui dans les villes se développent des tendances allant à contre-courant de l'exclusion dominante. Des initiatives se multiplient, par lesquelles des communautés pauvres s'emparent de l'amélioration de leur situation. Les facteurs qui entraînent la consolidation et la possibilité d'essaimage de ces initiatives, sont de plusieurs types. Citons notamment : la création de réseaux intercommunautaires, interrégionaux, internationaux ; la mobilisation de compétences techniques et de connaissances scientifiques sous maîtrise d'ouvrage populaire, l'interpellation des politiques, la coopération maîtrisée avec des acteurs économiques et financiers.
A côté de ces initiatives, des associations et des organisations non gouvernementales développent des pratiques que l'on pourrait qualifier de renouvellement urbain populaire, tandis que depuis Habitat II, des municipalités agissent aussi dans le sens de la régularisation foncière, de développement d'une offre de services accessibles à tous, d'une gestion urbaine adaptée à l'intégration des exclus. D'autre part, des programmes multilatéraux ont été lancés ou soutenus par les institutions internationales : les programmes "Habitat", "de Gestion Urbaine", "pour des Villes plus sûres" des Nations Unies, le programme de développement municipal, la coalition asiatique pour le droit à l'habitat, HIC (coalition internationale de l'habitat).
Dans le cadre de ces démarches, des pratiques innovantes sont repérées, évaluées et leurs enseignements sont largement diffusés. On note ainsi un développement des sciences sociales dans ce domaine.
Le Programme pour l'Habitat du Centre des Nations Unies pour les Etablissements Humains a édité une "Base de données des villes inclusives sur les villes et les pratiques" (CNUEH, 2000) qui recense et analyse 222 initiatives relevant de la gouvernance urbaine, localisées dans 173 viles réparties dans le monde.
Sept critères sont utilisés pour désigner les "bonnes pratiques" à travers les nombreux exemples rassemblés dans la base de données.
1. La prise en compte de la durée dans toutes les dimensions du développement urbain, 
2. La subsidiarité,
3. L'équité d'accès aux processus décisionnels et aux services de base,
4. L'efficience du service public et de la promotion du développement local,
5. La transparence et la fiabilité des décideurs et de toutes les parties prenantes,
6. L'engagement civique et la citoyenneté,
7. La sécurité de tous les individus et de leur cadre de vie.

D'autre part, l'unité de planification du développement de l'Université de Londres a également étudié des projets de lutte contre la pauvreté, dans le cadre d'une réflexion théorique sur l'approche de la pauvreté et de son éradication . Cette étude avance l'hypothèse qu'au cours des deux dernières décennies, l'approche de la pauvreté et de la sécurité a connu une avancée théorique et pratique. Le nouveau paradigme en la matière est défini par la diffusion de la compréhension que la pauvreté urbaine n'est pas une simple agrégation de populations à bas revenus dans les villes, et que c'est un processus complexe, vécu différemment par les pauvres selon leur genre, leur origine ethnique et leur âge. Le paradigme comporte aussi l'idée que les manifestations de ce processus dans le champ urbain sont nombreuses, tant physiques que sociales, économiques, culturelles et politiques (Ramirez, 2000). 
L'étude propose sept catégories d'analyse permettant d'établir si les projets choisis sont cohérents avec le nouveau paradigme.
1. L'intégration d'actions relevant de plusieurs secteurs d'intervention,
2. L'attention portée au genre,
3. Le soin apporté à la participation des communautés concernées par les projets,
4. La création de structures assurant la pérennisation de la participation des parties prenantes,
5. La possibilité pour les communautés concernées de prendre part à la conception et à la réalisation du projet,
6. L'établissement de liens avec les autorités municipales,
7. L'intégration du projet dans la politique municipale.

3 . L'équilibre entre exclusion et inclusion est contradictoire
La dialectique de l'exclusion et de l'inclusion est centrale dans l'enjeu que représente la lutte contre la pauvreté urbaine actuellement. En effet l'élément dominant est l'exclusion : la contradiction joue en faveur de l'exclusion. Or, puisqu'il y a contradiction, il y a aussi des marges de manœuvre. Une stratégie possible est donc d'inverser le sens de la contradiction afin que l'élément dominant devienne l'inclusion.
La loi de l'économie-monde, privée de régulation étatique aussi bien que de régulation inter-étatique (voir les échecs de l'OMC et des rencontres du G8), érige en règle l'inégalité d'accès aux ressources et aux droits, laissant aux politiques sociales la charge d'en atténuer les effets les plus menaçants. Les pouvoirs publics sont alors dans une situation ambivalente, organisant d'un côté un système qui tend à exclure des masses de gens du salariat, de la stabilité de l'emploi, d'un logement décent, des services de base, de l'éducation, mais produisant aussi des correctifs à mesure que se développent, se diversifient et s'aggravent les manifestations de l'exclusion et que tendent à s'effacer les protections familiales et les solidarités de base. Cette dualité s'inscrit à tous les niveaux, du local au national et au global.
Au plan local les pouvoirs municipaux sont obligés de distribuer des aides aux plus démunis, tout en entérinant une division sociale de l'espace qui exclut de fait de la vie urbaine une partie de la population.
Les politiques nationales, soumises aux impératifs du marché mondial, accompagnent les restructurations économiques qui laissent de côté une part croissante des salariés ; en contrepartie, elles mettent en œuvre des mécanismes d'assistance qui permettent à la logique dominante de se poursuivre, tout en évitant des explosions sociales qui la remettraient en cause.
De même, à l'échelle mondiale, les politiques d'ajustement structurel censées favoriser l'émergence économique et politique des "meilleurs élèves", ont conduit à des impasses et à une aggravation brutale de certaines situations, sans que les mesures sociales d'accompagnement ne réussissent à annuler les effets désastreux sur les pauvres et sur les classes moyennes en constitution. Les Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté qui leur succèdent font aujourd'hui l'objet d'observations afin d'en évalauer l'efficacité dans la lutte contre la pauvreté urbaine.
III . ORIENTATIONS POUR LE DÉBAT
La discussion du rôle de la ville inclusive dans la lutte contre la pauvreté urbaine peut être organisée autour de trois orientations : combattre les mécanismes d'exclusion, renforcer les mécanismes inclusifs, placer les stratégies sur la reconnaissance et la défense des droits.
1 . Combattre les mécanismes d'exclusion
L'exclusion étant avant tout d'origine économique, la ville inclusive, pour combattre l'exclusion, doit être productive.
L'enjeu est de ne pas cantonner l'inclusion dans des politiques sociales de réparation, de discrimination positive, et de l'inscrire au contraire au cœur du système productif
- en favorisant par exemple, ainsi que le recommande la déclaration de Recife, les activités à forte intensité de main d'œuvre, tout en y développant la formation et la qualification ; 
- en ouvrant les marchés aux activités et aux biens produits dans le secteur populaire, autrement nommé informel.
2 . Renforcer les contre-tendances inclusives
Dans la période actuelle, il est important de faire avancer la prise de conscience que les actions pour l'inclusion, parce qu'elles vont à contre courant des tendances dominantes, nécessitent d'être appuyées et de ne pas rester isolées. L'exemple du budget participatif de Porto Alegre montre bien comment la diffusion de cette idée et de cette pratique rencontre une exigence de démocratie latente de par le monde ; elle montre aussi comment l'échange qui se produit autour de cette expérience crée une fertilisation croisée entre ceux de Porto Alegre et ceux qui viennent apprendre auprès d'eux.
L'objectif de renforcement de ce type d'action pose la question de la coopération entre des couches sociales et professionnelles différentes. Par exemple, lorsque des habitants de quartiers en difficulté tentent de mettre en place des formes de gestion urbaines renouvelées autour de revendications de maintien sur place (dans les quartiers anciens des villes du Nord soumis à gentrification), ou de  régularisation (sur les terrains occupés par les migrants ruraux à la périphérie des grandes villes d'Afrique ou d'Amérique latine), ou d'accès aux services et aux équipements (partout), ils ne possèdent pas forcément les compétences techniques requises pour monter des projets alternatifs. L'aide que peuvent leur apporter des techniciens ira vraiment dans le sens de l'inclusion si elle sert d'une part à consolider leur projet et d'autre part à le faire connaître plus largement. A ce moment-là, le projet ne sera pas seulement celui d'un groupe quelconque, il pourra devenir un élément emblématique et pédagogique de la lutte contre la pauvreté urbaine. C'est ainsi que des réseaux d'acteurs se sont créés autour du budget participatif et de l'application du droit au logement par les sans-logis.

3 . Mettre le respect des droits au cœur des politiques
La mise en convergence du combat contre l'exclusion et du renforcement des pratiques inclusives réclame des politiques urbaines, économiques et sociales articulées dans des stratégies intégrées de lutte contre la pauvreté urbaine.
Un enjeu fort est dans l'affirmation des droits et de leur inscription dans les politiques urbaines. (Massiah, 1996). Les travaux préparatoires aux conférences Habitat II à Istanbul (1996) et Habitat II + 5 à New York(2001), et certaines dispositions prises dans le laps de temps qui a séparé les deux conférences, augurent de politiques urbaines intégrant l'objectif du droit au logement et du droit à la ville, par exemple. 
Mais il est clair que l'affirmation des droits ne suffit pas à ce qu'ils soient effectivement respectés ni mis en œuvre. Il importe, pour cela, que la revendication de la reconnaissance des droits soit résolument mise en en avant dans les projets populaires, de manière que ces projets aient valeur d'exemple, qu'ils soient des références sur lesquelles appuyer d'autres actions d'éradication de la pauvreté urbaine.
Le débat sur la légitimité du respect des droits s'est déroulé au sommet d'Istanbul. Depuis, le débat a progressé vers la question des politiques à mettre en œuvre pour le respect des droits et la discussion aujourd'hui porte notamment sur l'alternative : respect minimum des droits (filets sociaux) ou égalité d'accès aux droits permise par la régulation publique des politiques sectorielles. (cf le séminaire de Genève de Mai 2001 organisée par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, en partenariat avec le Haut Conseil de la coopération internationale).
IV . LE RAPPORT SUR LA VILLE INCLUSIVE
Le rapport introductif sur la ville inclusive abordera à la fois les aspects théoriques de la lutte contre la pauvreté dans les villes et versera au débat des enseignements et des questions issus d'expériences menées dans différents pays.
Les quatre chapitres, respectivement centrés sur (1) les politiques d'équipement et de communications, (2) les politiques d'emploi et le financement, (3) le logement et les politiques d'intégration sociale, (4) la gouvernance des villes, aborderont des thèmes transversaux et poseront un certain nombre de questions. Ils se référeront aux principaux travaux réalisés ou en cours sur ces thématiques et appuieront leur propos sur des cas concrets.
Ils s'interrogeront notamment sur les situations de pauvreté auxquelles telle ou telle politique a à faire face. La vision homogénéisante de la pauvreté est en effet réductrice, ainsi que la déclaration de Recife l'a mis en évidence, et inapte à en réduire les manifestations. Il est donc nécessaire de confronter des actions, des programmes, des politiques à la nature des problèmes qu'ils combattent.
Les politiques d'équipement et de communications
Cette thématique appelle une réflexion sur les services urbains. 
La définition des services de base de l'OCDE, généralement reconnue et partagée dans les institutions internationales, mentionne l'eau, l'assainissement, le ramassage et le traitement des ordures ménagères, l'éducation, la santé et la sécurité alimentaire. On y ajoute les transports, les communications, l'énergie domestique et la sûreté. Or, ce qui caractérise les pauvres dans les villes du monde, c'est d'être privés de tout ou partie de ces services. Le chapitre examinera donc les conditions d'émergence et de développement d'actions, de programmes et de politiques visant à améliorer l'accès à ces utilités.
Le thème particulier des équipements qui sont les vecteurs des services de base est intéressant à double titre : tout d'abord parce que ces équipements sont les vecteurs d'accès aux services, et ensuite parce qu'ils représentent des biens intermédiaires dont certains peuvent être fabriqués ou assemblés et entretenus sur place, fournissant ainsi de l'emploi et articulant les infrastructures avec le marché intérieur.
Un autre aspect particulier à prendre en compte est celui des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), à propos desquelles deux questions se posent : Comment ces technologies sont-elles utilisées pour la consolidation de l'intégration économique aux échelles nationale et mondiale ? Quelles sont  les conditions de l'égalité de l'accès à ce nouveau service ?
Les politiques d'emploi et le financement
L'importance du secteur informel, ou populaire, est à considérer en sens inverse des politiques normatives et fiscalistes qui, tendant à le réprimer, aggravent la pauvreté urbaine.
En Amérique latine, 84% des emplois créés entre 1990 et 1995 l'ont été dans le secteur informel (Ramirez, 2000). La déclaration de Recife a reconnu que la production informelle des habitants des quartiers pauvres, non seulement est un moyen de  survie, mais est créatrice de valeur. 
Une politique d'emploi en accord avec les objectifs de lutte contre la pauvreté urbaine ne peut que tenter de faire reconnaître cette valeur et organiser des complémentarités entre les grandes entreprises internationales, les entreprises nationales, les entreprises locales formelles et informelles, sans réduire la part des dernières à de la sous-traitance surexploitée.
Le thème du financement implique des réflexions à deux niveaux : l'accès des pauvres au financement repose sur des systèmes de micro-crédits et de mutuelles. Selon les pays, des dispositifs existent dans l'informel ou dans le formel, mais tous n'y ont pas accès. Il s'agit alors de penser et d'organiser la diffusion de ces systèmes d'accès au financement. D'autre part, l'accès au financement réside aussi dans la redistribution opérée par les politiques publiques à propos desquelles la déclaration de Recife insiste sur la nécessaire participation des pauvres aux décisions à prendre en matière de redistribution.
"La croissance n'est pas suffisante, il faut y ajouter l'égalité d'accès et la non-discrimination" (M. Ramcharan, Commissaire adjoint du Haut Conseil des droits de l'homme, au séminaire de Genève, mai 2001)
Le logement et les politiques d'intégration
L'insertion par l'habitat est un axe central de la lutte contre la pauvreté urbaine. En ce sens, la sécurité foncière est une condition première de la tranquillité des migrants urbains et de leurs descendants, puisque souvent plusieurs générations se succèdent dans des habitats de fortune à la périphérie des villes, notamment dans les pays du Sud.
Beaucoup reste à faire pour faciliter le renouvellement de la ville sur elle-même dans ses parties exclues. Au vu des nombreux échecs de traitement des quartiers précaires, des dispositions nouvelles sont à considérer dans les modes d'action et dans l'organisation des acteurs : par exemple, une gestion partenariale des problèmes d'habitat, une gestion sociale des problèmes urbains, une amélioration de la méthode des projets, une gestion urbaine adaptée (Navez-Bouchanine, 2000.
Au Nord, l'habitat précaire est considéré comme résiduel, mais l'utopie de la fin de la crise du logement a fait long feu, car les mécanismes économiques et financiers qui président à la conception, à la vente et à la location du logement tant public que privé, excluent des catégories de plus en plus larges de la population.
La légitimité des mouvements de réquisition et d'occupation a été partiellement reconnue, et des programmes officiels ont été mis sur pied pour tenter d'accroître l'offre de logement pour les populations à très bas revenus. Mais ces programmes souffrent précisément de ce qui a été dénoncé plus haut, à savoir d'être des pansements sur un corps social qui continue d'être malmené par des politiques économiques et financières qui n'ont cure de l'intégration sociale.
La gouvernance des villes
Le concept de gouvernance est maintenant communément admis comme un progrès par rapport aux formes traditionnelles de gouvernement. Mais il faut se demander quel mode de gouvernance est propice à l'éradication de la pauvreté urbaine et quelle place ont les pauvres dans cette gouvernance.
Sur la première question, on ne peut pas simplement considérer que la bonne gouvernance est celle qui entend gérer la ville comme une entreprise : bien que les municipalités soient des entreprises de service, souvent le plus gros employeur de la commune, les villes et leurs habitants ne se gèrent pas en pure rationalité économique.
Les villes ne sont pas non plus des Etats miniature et la déclaration de Recife met en garde les politiques de décentralisation contre la simple transposition des règles du pouvoir central dans un contexte local. Des articulations sont à trouver entre la gestion urbaine des villes, la redistribution des rôles et des responsabilités, l'aménagement et le développement des territoires, dans un contexte qui évolue assez rapidement depuis les initiatives de la Banque mondiale et de ses partenaires dans le cadre de "Cities Alliance" ou des "Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté".
Sur la deuxième question, qui pose aussi celle de la citoyenneté, c'est à travers des actions concrètes, pensées, organisées, reliées et médiatisées, que les exclus sont moins exclus lorsqu'ils sont une force de proposition qui s'impose à l'évidence. Dans le débat entre démocratie participative et démocratie représentative, l'expérience du budget participatif de Porto Alegre opère une sorte de dépassement plus que de synthèse entre les deux conceptions de la démocratie. L'articulation entre le local et le global qui s'y développe, est au cœur de la lutte contre la pauvreté urbaine. 

OUVRAGES ET TEXTES CITES DANS LA NOTE

BULLE S. : Gérer la crise, tisser la ville Solidarités collectives et individuelles dans les situations de pauvreté urbaine (Dakar) in ACT Consultants (Bulle, Fayman, Yengo) Déstructuration des liens familiaux et sociaux dans les situations de crise (programme de recherche de la Fondation de France, 1999)
Déclaration de Recife, mars 1996
FIPU : Note d'information sur la quatrième conférence internationale de Marrakech
MASSIAH G. : Les villes dans le système-monde , in Projet, Mai 1995
MASSIAH G. : De Vancouver à Istanbul, le sens de la transformation urbaine, 1996
NAVEZ-BOUCHANINE F. (coord.): Bilan critique sur les interventions en bidonville, (étude pour le secrétariat d'Etat à l'habitat et l'ANHI du Royaume du Maroc) 2000
RAMIREZ R. : The theory and practice of urban poverty eradication and urban security consolidation. Is there a new paradigm ? Development Planning Unit, University College, London, 2000.
TOURAINE A. : Face à l'exclusion , in Citoyenneté et Urbanité (ouvrage collectif), Esprit 1991


 

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