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Les politiques publiques dans lUnion
européenne
Laurent Ghékière
- Directeur de lObservatoire Européen du Logement Social
du CECODHAS, France
Le CECODHAS, qui coordonne
les gestionnaires des logements sociaux en toute lEurope, faite aussi
partie du Forum Européen du Logement. Nous sommes intervenus auprès
de la Convention sur la Charte européenne des Droits Fondamentaux
dans le cadre d'une audition publique pour la reconnaissance du droit au
logement. Mais là également, l'argumentaire qui nous a été
proposé, a été que cette Charte étant une Charte
des droits fondamentaux s'adresse aux droits communautaires. Comme le logement
ne fait pas partie des droits communautaires, il n'est pas question que
l'on reconnaisse le droit au logement dans la Charte. Enfin les États-membres
ont proposé comme compromis, que l'on reconnaisse le respect et
le principe du droit à une aide au logement, conformément
aux dispositions du Traité de lUE, c'est-à-dire aux règles
de concurrence et aux aides d'États dans le cadre des politiques
nationales. Aujourdhui, le seul élément qui dans l'actualité
communautaire ouvre une porte nouvelle, c'est dans le cadre des débats
qui ont lieux actuellement entre la Commission européenne et le
Parlement sur la mise en uvre d'un nouvel Agenda social. Jeudi et vendredi
s'est tenue une conférence au Parlement Européen sur ses
propositions pour l'Agenda social. L'idée reprise par la Présidence
française et Martine Aubry - qui est tout à fait intéressante
- est de transposer la méthode développée après
le traité de Maastricht en 1998, en matière de stratégies
pour l'emploi. Les politiques de l'emploi ne sont pas non plus en tant
que telles une compétence de l'Union, mais l'emploi est le problème
le plus important de tous les pays de l'Union Européenne. Il avait
donc été décidé en 1998, après le Traité
de Maastricht, un rééquilibrage entre, en quelque sorte,
le pilier monétaire et le volet social, qui était complètement
secondaire en n'ayant pas une politique commune de l'emploi au niveau de
l'Union Européenne, mais une stratégie commune et intégrée
favorisant l'emploi.
Cette stratégie européenne
était en quelque sorte adossée à des plans nationaux
de lutte contre le chômage, qui relevaient de la compétence
des États-membres. Chaque année ces plans étaient
formalisés sur le papier. Ils étaient sujets à une
évaluation annuelle dans une sorte de grande séance de confrontation
des objectifs et des résultats. Ce que propose actuellement la Commission
Européenne et la Présidence française de l'Union Européenne
c'est que l'on ait le même dispositif en matière de lutte
contre l'exclusion. C'est à dire qu'il y ait ce que l'on appelle
une stratégie européenne d'inclusion, car on appelle cela
au niveau européen, plutôt "inclusion" que « lutte contre
l'exclusion ». Il faut que cette stratégie européenne
d'inclusion sociale soit adossée à des plans nationaux d'inclusion
qui intègrent donc des dispositifs nationaux, régionaux ou
locaux de lutte contre l'exclusion et que, dans ces plans nationaux, soient
précisés, par exemple, des mesures ou des politiques permettant
l'accès aux soins, l'accès à toute une série
de services sociaux mais également l'accès au logement. Tout
cela pour quon retrouve aujourd'hui au niveau communautaire, l'accès
au logement comme l'une des composantes à part entière des
plans nationaux de lutte contre l'exclusion en cours de définition.
Le rôle des ONG est
très important pour faire des propositions aux ministres, à
la Commission et au Parlement sur les contenus de ces plans nationaux de
lutte contre l'exclusion et également pour donner du contenu au
volet accès au logement. Que signifie aujourd'hui l'accès
au logement dans les pays de l'Union Européenne? C'est très
compliqué et très différent entre les quinze États-membres.
Ce que l'on peut observer, d'une façon générale sur
ces politiques d'accès au logement c'est qu'elles sont développées
de plus en plus dans le cadre d'une décentralisation des compétences
de l'État, vers les collectivités locales (c'est une tendance
lourde que l'on peut observer un peu partout en Europe) et c'est vrai que
la mise en uvre de l'accès au logement est le fait aujourd'hui
principalement des collectivités locales dans tous les États-membres.
Les réflexions en France qui portent sur le rôle des agglomérations
en matière de politique d'habitat, s'inscrivent avec un peu en retard
dans ce processus. Des études portant sur l'Allemagne, l'Angleterre,
les Pays-Bas ou encore l'Italie, démontrent que se sont bien les
communes, les collectivités locales qui en sont en charge de
l'accès au logement, avec l'appui des mécanismes d'aide,
de financement, d'aide publique, d'allocation logement, qui sont généralement
de compétences soit de la région dans les États fédéraux,
soit directement de l'État national comme cela est le cas en France.
Ces politiques locales du logement tentent de mobiliser une offre de logements
accessibles pour permettre une mise en uvre effective du droit au logement
au niveau local. Jusqu'à présent, le droit au logement était
principalement mis en uvre à travers la mobilisation du logement
social en quelque sorte, même si cela pose encore quelques problèmes
de stigmatisation d'un parc pour les plus démunis. Ce que l'on voit
de plus en plus afin de lutter contre ces phénomènes de "ghettoïsation"
et d'absence de mixité, c'est que les collectivités locales
essayent d'avantage de mobiliser une offre de logement bien plus diversifiée
pour éviter effectivement d'associer "HLM" à "plus démunis"
et essayer également, pour assurer une meilleure inclusion, que
les populations qui en sont exclues ne se retrouvent pas en périphérie
des villes mais plutôt à l'intérieur. Ils tendent donc
de mobiliser d'avantage l'offre privée de logement par des mesures
très différentes. Cela peut être la réquisition
de logement, on l'a vu en France, mais de façon très marginale,
la taxation des logements vacants, qui est très forte et très
dissuasive dans les pays de lEurope du Nord et Allemagne notamment, ou
tout simplement la confiscation de l'usage du logement à des fins
d'intérêt général, la commune en quelque sorte
venant acquérir un droit d'occupation du logement, même si
celui-ci est la propriété d'une personne privée. Un
droit d'usage permettant à la commune d'assurer l'attribution de
ce logement à des populations qui en sont exclues.
L'enjeu de ces politiques
locales, c'est bien évidemment de disposer des ressources financières
permettant de mettre en uvre ces processus d'acquisition, de droit d'attribution,
de construction de logements sociaux accessibles, etc. Le volet financier
est donc très important et, comme vous le disiez dans votre programme,
on fait face à des contraintes budgétaires assez fortes.
Il y a un re-ciblage de l'action publique en la matière et ce n'est
pas le seul problème à résoudre aujourd'hui. C'est
un problème de "gouvernance" (terme un peu pompeux que l'on utilise
à Bruxelles), c'est-à-dire de régulation au niveau
local avec l'ensemble des acteurs présents et partenaires de ces
politiques. Bien évidemment, les propriétaires de logements,
que se soit des bailleurs sociaux ou des bailleurs privés, tous
les réseaux travaillant dans le milieu associatif, les services
sociaux et les habitants. Et cette question sur la gouvernance urbaine
(ou sur la régulation publique de l'accès au logement au
niveau local) est l'un des thèmes débattus actuellement par
les ministres du logement au Centre Kléber, à Paris. Il existe
donc une évolution, une ouverture ponctuelle qu'il faut absolument
saisir avant le Conseil Européen de Nice, abonder les propositions
de la Présidence française de juin, mieux intégrer
- toujours dans le respect de la subsidiarité et des compétences
nationales - la dimension de l'accès au logement dans les politiques
communautaires actuelles, notamment en matière de lutte contre l'exclusion.
C'est là un rôle pour l'ensemble des acteurs, y compris des
habitants: faire des propositions pour insérer le volet logement
de ces plans nationaux d'inclusion sociale et renforcer ces pratiques de
gouvernance, de régulation partenariale au niveau local. L'agenda
est relativement serré puisque le Conseil de Nice aura lieu début
décembre. Il nous reste deux mois pour boucler des propositions
globales.
Le Parlement Européen
joue un rôle important dans ce domaine, puisque les propositions
qui vont être présentées au Conseil Européen
de Nice, vont lêtre dans le cadre du processus de co-décision.
Celles-ci vont être co-écrites entre la Commission Européenne,
notamment par la direction générale de lemploi et des affaires
sociales et le Parlement Européen. Des messages doivent être
adressés aux parlementaires européens particulièrement
sensibles aux dossiers du droit au logement et de l'inclusion. Mais il
y a également des propositions à faire parvenir aux gouvernements
des principaux États-membres, notamment à la Présidence
française qui sera en charge d'animer ce débat et de piloter
cette action.
Le Forum européen
du logement, y travaille, mais il est important que des propositions complémentaires
viennent des habitants et que l'on arrive à une synthèse
sur des propositions communes à soumettre au Parlement, à
la Commission ou aux États-membres. Sur le deuxième volet,
puisque vous faites mention dans votre programme des fonds européens,
là je crois également, qu'il y a des ouvertures dans ce que
l'on appelle à Bruxelles le concept de « développement
urbain durable ». Ce concept a été développé,
proposé et adopté par la Commission Européenne, en
octobre 98, dans le cadre d'un forum qui a réunit tous les acteurs
de la ville et s'est tenu à Vienne, sous Présidence autrichienne.
Un cadre d'action pour le développement urbain durable a été
proposé et adopté. Il vise à réorienter toutes
les politiques communautaires pour les rendre plus sensibles aux problèmes
des villes. Effectivement, aujourd'hui, les villes sont les principales
actrices à la fois économique et sociale de l'Union Européenne,
alors que tous les efforts de la politique régionale restent majoritairement
orientés vers l'agriculture, qui est le principal poste de défense
dans le cadre de la politique agricole commune.
Ceci dit, un léger
rééquilibrage de cette politique régionale est intervenu
en faveur des zones urbaines. La volonté de la Commission Européenne
est d'avoir une approche intégrée de ces problèmes
urbains. Quatre objectifs ont été définis dans ce
cadre d'action. Premièrement, promouvoir l'emploi dans le milieu
urbain, donc abonder toutes les politiques locales ou nationales de l'emploi
par des fonds européens, principalement le fond social européen,
afin de lutter contre l'exclusion et de corriger le marché de l'emploi.
Deuxièmement, les problématiques de développement
durable des villes, l'approche environnementale, notamment en ce qui concerne
les transports, la pollution et toute une série de thèmes
qui sont d'actualités aujourd'hui. Troisièmement, une intervention
sur tout ce qui est "quartiers en difficultés", c'est-à-dire
des quartiers d'habitat social un peu en périphérie qui font
l'objet d'un phénomène de "ghettoïsation" ou de dérive.
Quatrièmement, la volonté affichée par l'Union Européenne
d'améliorer les processus de gouvernance urbaine, donc d'approches
partenariales entre les pouvoirs publics, les acteurs et les habitants.
Dans le cadre du renforcement de la gouvernance urbaine, il a été
proposé toute une série de mesures appuyées par des
financements européens et des programmes européens, que l'on
pourrait résumer par le terme anglais de capacity building, donner
la capacité aux habitants d'agir, d'être effectivement des
acteurs à part entière dans le cadre de renforcement du travail
en partenariat, en leur donnant, par exemple, des moyens de créer
des associations, de se former pour être au courant des procédures,
des mécanismes de financement, pour être vraiment des acteurs
structurés permettant de travailler avec les collectivités
locales, avec les bailleurs sociaux et avec l'ensemble des acteurs présents
sur un territoire donné.
Cette amélioration
de la gouvernance, ce renforcement de la capacité locale à
agir me paraissent être également une piste à creuser.
Nous sommes actuellement dans une phase d'élaboration des documents
qui vont traduire les orientations des fonds structurels dans les principales
régions de l'Union Européenne. Il y a là un gros travail
qui est quasiment bouclé et qui a été proposé.
Et dans la plupart de ses documents, l'Union Européenne a toujours
affirmé que ces documents ne seraient acceptés par Bruxelles
que s'ils intégraient effectivement cette démarche partenariale
de collaboration avec l'ensemble des acteurs présent sur un territoire
donné, y compris les habitants. Cela pose des problèmes de
structuration et de démocratie locale: «Qui représente
les habitants? Comment sont-ils structurés? Par qui sont-ils représentés?»
Ce sont des questions que vous connaissez, je suppose. Mais c'est une impulsion
communautaire quà mon avis vous devez saisir en terme d'argumentaire
pour être partie-prenante de ces processus et pour tenter effectivement
de mobiliser ces fonds européens qui sont là pour renforcer
votre capacité locale à agir. C'est un peu théorique
mais se concrétise soit par l'intégration de méthodes
particulières de formation, soit par l'appui au monde associatif
à travers le fond social européen. Donc là, je renvois
aux règlements nationaux du fond social européen dans chacun
des États-membres. Il y a des mesures particulières pour
la formation des populations en difficultés, pour le développement
d'associations luttant contre l'exclusion, etc.
Deuxième élément
: les programmes communautaires particuliers identifiés qui permettent
par exemple l'échange dexpériences entre des réseaux
d'habitants de villes différentes, de pays différents, pour
effectivement développer des bonnes pratiques, puisque dans certains
pays la participation des habitants est beaucoup plus ancienne, beaucoup
plus structurée, voire institutionnalisé que dans d'autres,
notamment les pays scandinaves comparés aux pays latins: y a là
des réponses communes à trouver. Mettre en avant et capitaliser
les bonnes pratiques, de façon que tout le monde puisse en profiter.
Une action immédiate en direction des institutions communautaires
en matière d'accès au logement à travers ses plans
d'inclusions, serait dexploiter au mieux les dispositifs du cadre d'action
pour un développement urbain durable en vu de renforcer en quelque
sorte l'action des habitants dans les processus de décision au niveau
des décisions locales, à l'appui de fonds européens,
d'échanges d'expériences ou de constitution d'associations.
Le dernier point, c'est de
se battre jusqu'au bout pour que le droit au logement, le droit à
l'habitat soient inclus dans cette Charte des Droits Fondamentaux. Il est
vrai que l'argumentaire de la subsidiarité peu tenir la route d'un
point de vue strictement juridique. Comme c'est une Charte qui s'adresse
à l'Union Européenne et aux institutions communautaires,
les politiques du logement n'étant pas de compétence communautaire,
il n'y a pas lieu d'y inclure le droit au logement. Je dirais que c'est
l'approche juridique ou technique de cette Charte. Mais celle-ci a une
dimension politique bien plus importante: reconnaître des droits
fondamentaux aujourd'hui, en l'an 2000, aux citoyens européens,
sans y intégrer le droit au logement, me parait être un exercice
un peu difficile à soutenir politiquement. On y a inclus le droit
à l'aide au logement mais, encore une fois, l'aide au logement,
n'est pas suffisante en elle-même pour engendrer un processus réel
d'accès au logement. Il faut des procédures, des acteurs
qui en sont responsables. Il faut que lont aille jusqu'au bout pour que
le droit au logement soit intégré dans cette Charte. Je sais
qu'aujourd'hui et demain la Convention qui a en charge l'écriture
finale de ce projet se réunie à Bruxelles. A priori, il y
a peu de chance que le droit au logement y figure parce qu'il y a des États-membres,
et non des moindres, qui s'opposent totalement que le droit au logement
soit reconnu au niveau européen. Le combat n'est pas terminé
de ce côté-là. Même si la pression que nous avons
pu mettre sur la Convention n'a pas abouti à la reconnaissance du
droit au logement, elle aura quand même abouti à la reconnaissance
du droit à l'aide au logement.
Jean-Yves Cottin
Le sommet qui se tient actuellement
avenue Kléber, n'est que faiblement médiatisé,
et notre contre-sommet, encore moins! Ce nest donc pas avec cela que l'on
va pouvoir faire pression pour que le droit au logement apparaisse dans
la Charte européenne. Il est important qu'il y ait un lien entre
ici et la rue Kléber. Nous pourrions nous y rendre demain et remettre
une résolution en fin de travaux.
Laurent Ghékière
En effet, les ministres
ne veulent pas médiatiser ces réunions annuelles. Elles ont
lieux depuis presque douze ans aujourd'hui. Le logement n'étant
pas de compétence européenne, ce n'est pas un sommet européen
en tant que tel. Donc ce n'était jusqu'à présent qu'une
réunion informelle. Aujourd'hui, à cause de tous les problèmes
de protocole avec l'Union Européenne c'est qualifié de séminaire
de réflexion ministériel. Toutes les précautions sont
prises pour qu'il n'y ait pas de débat avec la rue. C'est clair!
Cela dit, cette réunion est importante, d'abord parce qu'elle est
présidée par la Présidence française et que
Louis Besson est un fervent défenseur du droit au logement y compris
au niveau de l'Union Européenne. Le fait d'avoir inscrit cette réunion,
d'avoir invité les ministres à débattre de l'accès
au logement, et non pas du droit au logement (parce que politiquement il
ne pouvait pas inscrire le droit au logement à cette réunion)
mais l'accès au logement est une démarche très positive.
Mais en même temps,
la plupart des ministres qui sont aujourd'hui en train de débattre
sont très frileux du point de vu du logement dans le cadre de l'Europe.
La plupart d'entre eux défendent becs et ongles le principe de subsidiarité,
au nom duquel l'Union Européenne n'a pas à s'ingérer
dans les problèmes de logement, même si ces politiques du
logement ont de plus en plus d'impact sur les politiques locales. Donc
c'est effectivement peu médiatisé.
Un participant
Quels États-membres
et gouvernements posent problème en ce qui concerne le droit au
logement ? Est-ce que c'est l'Angleterre par exemple?
Laurent Ghékière
L'Angleterre pose des problèmes
sur tout, même sur le principe d'une Charte et des droits fondamentaux
reconnus par écrit.
Un participant
En France, le droit à
l'aide au logement existe mais n'aboutit pas à la possibilité
de logement pour tous. Il ne change rien au problème. De plus, cette
aide existe pratiquement dans tous les pays de l'Union Européenne.
Laurent Ghékière
Effectivement, le droit
à l'aide au logement n'a rien à faire avec le droit au logement
tout court. Il fait que reconnaître l'existence de l'aide au logement
et des politiques locales ou nationales du logement mais en aucun cas,
cela ne met en uvre un processus d'accès au logement et de droit
au logement, qui est fondamental. Les pays qui sont fortement opposés
à la reconnaissance du droit au logement, sont tous les pays d'Europe
du Nord, alors que dans leurs constitutions, le droit au logement est reconnu.
Ce qui est contradictoire. Alors que ceux qui n'ont pas de droits au logement
sont plutôt favorables (pays du sud). Un grand pays bloque, l'Allemagne,
et comme la Convention est présidée par l'ancien président
de l'ancienne République Fédérale d'Allemagne, il
a mis tout son poids pour que le droit au logement ne soit pas reconnu.
Il est appuyé par les pays scandinaves, les Pays-Bas, l'Angleterre.
Les pays d'Europe du Sud comme l'Espagne, l'Italie, la Grèce, la
France - en général les pays latins - ont une approche beaucoup
plus politique de la question qu'une approche juridique et ils ont défendu
la reconnaissance du droit au logement. Cest donc comme d'habitude au
niveau européen un compromis, un consensus minimum entre ce que
certain veulent et ce que d'autres ne veulent pas. Il est vrai que cette
Charte est décevante - toutes les ONG l'ont dit - mais en même
temps vu de l'intérieur (on a suivi beaucoup les travaux de cette
commission) le fait d'avoir aboutit à un texte est quand même
un exploit. La question est posée: « renvoit-on cette Charte
aux oubliettes parce qu'il n'y a rien dedans et laisse-t-on tomber ce processus
» ou « l'accepte-t-on sachant très bien qu'il n'y a
pas grandchose dedans»? Enfin, il existe un corps de droits fondamentaux,
mais il n'est pas intégré. Il faut à lavenir la réviser,
la faire vivre, la compléter, mais ce sera un processus très
long. En tout cas cette démarche a permis aux ONG de s'exprimer
devant la Convention, composée de trois collèges: celui des
représentants des chefs d'État et des gouvernements, celui
des parlements nationaux des États-membres et celui du Parlement
Européen.
Dominique Brunet - APU
- Droit de Cité Métropole Lille, France
N'est-il pas dangereux de
s'inspirer de la loi contre les exclusions et de cette stratégie
d'inclusion qui en fait ne sert à rien au niveau français
pour l'accès au logement ? Cette loi française va beaucoup
plus dans l'aide au logement, que dans la lutte pour le droit au logement
par l'accès au logement. Il y a un paradoxe. Sur Lille, qui n'est
pas un haut lieu, aujourd'hui, en ce qui concerne le droit au logement,
le DAL lutte pour renforcer le réseau existant d'accès au
logement social. Il n'y a rien dans la loi française sur ce point.
Deuxièmement il n'y
a rien dans la loi française concernant un droit à l'hébergement
en cas d'exclusion ou d'expulsion. Même cela a été
enlevé à la loi française. Alors, comment peut-on
s'appuyer sur une loi française qui est mauvaise pour faire avancer
une stratégie d'inclusion au niveau de l'Europe?
Laurent Ghékière
Deux éléments
de réponse. Premièrement, la stratégie européenne
d'inclusion, même si elle a été soutenue par Martine
Aubry, est antérieure à la Présidence française.
Elle a été en quelque sorte validée par la Présidence
portugaise. La stratégie européenne d'inclusion sociale ne
s'inspire pas intégralement de la loi contre l'exclusion, donc ce
n'est pas une photocopie de ce qui se fait en France. On ne va pas faire
cela à Bruxelles. C'est vrai quil y a des failles très importantes
du point de vue du droit au logement, mais l'important dans cette dynamique
européenne, c'est qu'avec l'appui des plans nationaux d'inclusion,
il y aura une évaluation des mesures nationales qui sera faite sur
une base annuelle et contradictoire, entre l'ensemble des parties prenantes.
Elle ne sera donc pas limitée au gouvernement qui dira «on
a tout fait. Tout va bien. Il n'y a pas problème en France».
Il y aura des contributions, un débat public autour de ces rapports
nationaux et chaque année ces rapports seront publiés dans
les quinze États-membres, mis sur internet dans toutes les langues.
Lon pourra donc s'inspirer du plan national d'accès au logement
de l'Allemagne pour se rendre compte qu'en Allemagne les communes ont une
obligation légale d'héberger les populations qui sont à
la rue. Ce qui peut renforcer des argumentaires en direction de la France
où le responsable c'est l'État et lorsqu'il n'est plus là,
il n'y a plus personne. C'est la même chose aux Pays-Bas ou en Angleterre,
où le droit au logement est un droit sanctionnable, où l'on
peut attaquer une commune qui refuse d'héberger une personne qui
est dans la rue par exemple. Ce n'est donc pas une transposition de la
loi française en Europe, mais un processus de monitoring, d'échange,
d'évaluation contradictoire de politiques conduites nationalement.
Il va obliger en quelque sorte la France, non pas à redéfinir
son processus, mais du moins à le clarifier, le rendre plus lisible
et le confronter avec les autres acteurs qui le vivent, voire qui le subissent.
En termes d'échange, d'une meilleure connaissance de la façon
dont le droit au logement, qu'il soit reconnu ou pas au niveau du droit
constitutionnel, en fait cela a peu d'importance. Par exemple, l'Allemagne
ne reconnaît pas ce droit mais c'est certainement le pays qui le
met le mieux en uvre au niveau local. Donc il faut vraiment relativiser
ces problèmes. C'est vrai quil est important de reconnaître
le droit fondamental, mais il est encore plus important de voir qui est
responsable, comment cela fonctionne, quels sont les recours légaux
de ceux qui sont dans la rue quand ce droit au logement n'est pas mis en
uvre. L'intégration de l'accès au logement dans les plans
nationaux permettra cet échange d'information et de mieux comparer
comment ce droit au logement est mis en uvre dans les collectivités
locales de l'Union Européenne et peut-être dans les pays où
cela a l'air moins bien ficelé, comme cela semble être le
cas en France. Il faut avoir un argumentaire en direction de l'autorité
française pour faire des propositions en terme de renforcement du
dispositif et de mise en accusation des limites que vous avez souligné
effectivement.
Marc Uhry - ALPIL,
Lyon - France
Au niveau européen,
existe-t-il des groupes ou des institutions qui plaident pour que le droit
au logement soit un droit opposable dans le cadre de la communauté
? Il serait intéressant pour nous de nous rapprocher de ces mouvements,
afin de plaider non seulement pour une inscription du droit au logement
dans la Charte européenne mais aussi pour que ce droit soit opposable
comme dans l'exemple allemand.
Laurent Ghékière
La seule ONG que je connaisse
est la FEANTSA (Fédération Européenne des Associations
Travaillant avec les Sans-Abri) qui a comparé la mise en uvre du
droit au logement dans l'Union Européenne et publié de nombreux
ouvrages qui décrivent ces processus. Elle demande que ce droit
soit reconnu comme tel, qu'il soit un droit programmatique, un droit d'objectif
à la française (où malheureusement, l'État
veut mettre en uvre le droit au logement, mais derrière il n'y
a pas grandchose) et quil soit un droit effectif sanctionnable par l'individu
avec des pouvoirs de recours. Au niveau de l'Union Européenne, ont
en est très loin. Je ne vois pas aujourd'hui la possibilité
de porter plainte devant la Cour de justice de Luxembourg contre un État-membre
parce qu'il n'a pas mis en uvre le droit au logement. Par contre, il y
a eu des recours très intéressant, notamment contre l'Italie,
qui réservait les logements sociaux aux seuls italiens. Suite à
cela, l'Italie a été obligée d'ouvrir ces logements
à tous membres de l'Union Européenne. Cela dit, la comparaison
européenne est tout à fait éloquente. Quant une commune
allemande met en uvre le droit au logement, ce n'est pas son objectif
réel, mais c'est pour lutter contre les désordres publics
qu'occasionnent le sans-abrisme. Elle a donc un devoir légal de
respect de l'ordre public et c'est à ce titre-là qu'on applique
le droit au logement. Ce n'est donc pas forcément au nom du droit
au logement qu'on agit avec des mesures légales. On peut attaquer
une commune en Allemagne si l'on est à la rue, non pas parce que
l'on à pas de logement, mais parce qu'étant sans logement,
on nuit à l'ordre public. L'argumentaire juridique n'est donc pas
toujours orienté vers le droit au logement, mais parfois vers d'autres
textes de loi ou d'autres préoccupations.
Cesare Ottolini
Laurent soutien qu'il faut
continuer à lutter pour la reconnaissance du droit au logement.
Personnellement, je ne suis pas optimiste. Ce type de débat a déjà
été développé à Istanbul . L'opposition
des États-Unis était forte alors que l'Union Européenne,
loin de nos regards, l'avait soutenu avec force. La conception juridique
contraignante s'opposait à la conception politique. C'est très
dangereux. Laurent dit qu'il faut parler des politiques, des programmes
et des financements et l'on parle de capacity building.
Une autre notion peut-être
encore plus négative: la "subsidiarité". Telle que nous l'entendons,
c'est, par exemple, que chaque euro dépensé par une mairie
doit être accompagné par un euro donné par l'Union
Européenne. Au contraire, lidée de subsidiarité du
législateur européen en général, est que toute
la demande de services sociaux - y compris les logements - que les privés,
les ONG, les associations, ne sont pas capables de satisfaire, ce sera
au pouvoir public de les mettre en uvre. Ce qui imposerait une prise en
charge par les associations de la résolution, entre autre, de la
problématique du droit au logement. Cette subsidiarité signifie
donc la privatisation des problèmes, la coupure de la solidarité
et du pacte social. On ne peut pas être daccord avec cette exploitation
du milieu associatif ! Les expériences innovantes, les bonnes pratiques
des associations, des coopératives, etc., ne sont que des exemples,
des propositions, des moyens d'organiser la demande et de proposer des
politiques. Cela ne se substitue pas au devoir dintervention des politiques
publiques. Le pire danger serait que le modèle européen copie
celui de la Banque Mondiale, qui est: « tu vas faire les choses que
nous ne voulons pas faire » ou « moi, je vais faire le travail
qui rapporte et toi, tu vas gérer la pauvreté ». Ce
serait intéressant de développer le débat sur ces
sujets, mais nous n'avons malheureusement pas le temps maintenant.
Laurent Ghékière
Effectivement, à
Istanbul, l'Union Européenne avait parlé d'une seule voix
et était favorable au droit au logement, contre les USA. De plus,
la plupart des États-membres ont signé la Charte sociale
du Conseil de l'Europe, qui reconnaît le droit au logement et le
développe avec précision. Il va se tenir un autre sommet
"Istanbul + 5" à New-York en juin 2001. L'Union Européenne
devra également définir sa position commune lors de ce sommet.
La Présidence suédoise s'en chargera. Il y a donc, là
aussi, pour les acteurs favorables au droit au logement, une action à
conduire en direction de la future Présidence de l'Union Européenne
pour que la contribution commune européenne au sommet de New-York
contienne cette reconnaissance. Cela ne veut pas dire qu'on le reconnaisse
au niveau communautaire, mais que les États-membres, ensemble, le
reconnaissent quant à leurs propres compétences.
La subsidiarité présente
effectivement un danger. Car il nexiste pas de volonté de l'Union
Européenne de limiter l'intervention des opérateurs nationaux,
des pouvoirs publics dans certains registres alors qu'elle interviendrait
dans d'autres. Quand on voit la reconduction du programme URBAN, par exemple,
le programme IGLOO, ce sont des mesures qui viennent compléter des
politiques nationales, mais pas se substituer à des politiques nationales
ou locales. C'est toujours la logique du cofinancement, il faut que les
pouvoirs publics apportent un financement pour que l'Union Européenne
apporte un complément. Cette logique de partenariat, de complément
met en uvre un cahier des charges très rigoureux en terme de participation
des habitants, qui mérite un développement du programme URBAN.
Surtout, cela permet des échanges de bonnes pratiques qui font évoluer
les mentalités à la fois des acteurs, des habitants, mais
également des décideurs au niveau local. Cela justifie une
approche plus positive des programmes européens, qui ne vont pas
conduire à un désengagement des pouvoirs locaux ou nationaux.
Au contraire, c'est plutôt à travers ces fonds européens
mis à disposition des opérateurs, quil faut trouver une
volonté de les mobiliser en apportant des contreparties nationales.
Comme l'accès aux fonds européens est conditionné
à un cahier des charges important, tant en terme de participations
que de gouvernances, cela peut-être l'occasion d'une prise en conscience
que nos pratiques sont un peu obsolètes et qu'il faudrait développer
de nouvelles pratiques sur des bases neuves, plus en phase avec le discours
actuel de l'Union Européenne. Certes, cela comporte des risques,
mais aussi une richesse d'apports en réflexions nouvelles. Travaillant
beaucoup avec le Parlement Européen et la Direction Générale
Emploi, je constate une volonté de faire évoluer les méthodes
des politiques publiques dans ce domaine du social, du logement et de renforcer
la participation des habitants en la matière.
Le contrôle populaire du
respect du Droit au logement
Han Van Putten
Je vais commencer par faire
le point. J'ai assisté déjà à plusieurs réunions
organisées par des ONG en même temps que des réunions
interministérielles. Quand nous entrions en contact, ils prétendaient
toujours que nous nous trompions d'adresse et qu'ils n'avaient pas de compétence
dans les structures de l'Union Européenne. J'ai été
heureux d'apprendre que Mr. Besson avait déclaré qu'il allait
inclure la question du droit à l'habitat et de ses conséquences
dans la Charte européenne, mais je crains que subsistent plusieurs
obstacles. Il rencontrera l'opposition de ministres qui veulent garder
cette compétence pour leurs gouvernements. Ce serait dommage car
une vraie charte comprendrait un droit au logement, donc plus que les précédentes
déclarations comme l'« Agenda Habitat », adopté
à Istanbul. Il existe beaucoup de documents semblables mais qui
n'ont pas prise sur la réalité. L'an dernier, dans le monde
entier, plus de deux millions de personnes étaient sans logement
ou sans eau courante ni sanitaires. En Europe environ 18 million sont mal
logés. Si le droit au logement était reconnu par l'Union
européenne, elle aurait l'obligation de le garantir progressivement.
Cela ouvrirait un nouveau champ d'action; des normes seraient prescrites
aux gouvernements et des sanctions pourraient même être imposées
par la Cour Internationale, la Cour Européenne de Justice, si les
nations refusent les régulations instaurées dans ce domaine.
Cela ouvrirait la possibilité d'un grand nombre d'actions.
Il ne s'agit pas de se contenter
d'affirmer «chacun a droit au logement»! Il faut une élaboration
précise dans les différentes parties de l'Europe parce que
la situation est différente entre elles. Certains pays n'ont pas
du tout de déficit de logement. S'il existe encore des sans-abri,
c'est seulement du fait de problèmes personnels. Certes, elles ont
elles aussi besoin de logement, mais elles ont aussi besoin de réintégrer
la société, d'une aide personnalisée. Certains pays
ont beaucoup de logements vacants. D'autres obligent par la loi les propriétaires
à louer si leur logement est resté vide pendant un certain
temps. Il existe également différentes situations quant à
l'emploi, qui constitue un facteur important dans les pays européens.
Dans tous, la privatisation, les dérégulations et le jeu
illimité du marché créent des problèmes spécifiques.
Parmi les pires exemples se trouvent ceux des pays d'Europe centrale où
la brutale introduction de l'économie de marché et les principaux
principes économiques ont créé des situations désastreuses.
Un effort spécial
est nécessaire pour réaliser la justice sociale dans le domaine
du logement. Dans tous les pays de l'Union européenne, nous voulons
établir la règle de participation du peuple aux décisions
pour chaque changement important dans le statut de l'habitat ou de l'environnement.
Ce principe devrait faire partie de la Charte. Quelle que soit cette décision,
même si elle est négative en ce qui concerne l'introduction
du droit à l'habitat dans la Charte, nous les ONG devons utiliser
les possibilités existantes dans le champ des politiques de lutte
contre l'exclusion.
Il y a celle qui s'élabore
en ce moment et où nous devrions être actifs. Il existe un
champ d'action pour des groupes - surtout au niveau local - de lutter pour
l'inclusion de tous les habitants dans le processus de décision.
Nous avons besoin d'être informés de la situation dans tous
les pays: la section européenne d'HIC souhaite la création
d'observatoires du logement. Je me félicite de la création
d'un site Internet comprenant des informations utiles: il devrait être
la première étape de ce qu'un observatoire serait capable
d'offrir aux autres organisations comme informations utiles pour l'action.
Ceci parce qu'il est également nécessaire de connaître
de connaître les compétences; les lois et l'histoire européennes.
Nous devons surveiller la façon dont l'Union européenne élabore
réellement ce domaine et construit les normes et les standards et
dont les gouvernements les appliquent.
Il y a beaucoup à
dire sur les situations dans les pays européens en matière
de logement des pauvres. Nous savons bien sûr qu'elle est bien pire
dans bien d'autres parties du monde et que plus d'un milliard n'ont pas
de logement. Comme membre d'un mouvement mondialiste, je veux exprimer
ma solidarité et mon soutien. dans quelques mois, plusieurs délégués
européens prendront part à une conférence mondiale
à Mexico pour les villes et les habitants. Elle décidera
un plan d'action pour les prochaines années. Nous section européenne
avons été priés de faire des propositions. Je propose
que nous centrions nos efforts sur l'infraction la plus grave aux droits
de l'homme dans le domaine du logement: les expulsions collectives qui
continuent de se produire dans bien des parties du monde. Des gens sont
expulsés de chez eux simplement parce que des propriétaires
ou des chefs locaux veulent exploiter leur terre ou pour ce qu'ils appellent
"développement". Nous ne voulons pas proclamer une nouvelle déclaration
solennelle sur ce sujet mais proposer aux gouvernement des règles
de conduite en matière de relogement. Le temps semble être
venu où de telles règles soient acceptées comme parties
de la campagne pour la sécurité en Europe dont les Nations
Unies ont fait la suite de la Conférence pour l'Habitat. En même
temps, nous devrions demander aux ministres européens présents
ici de prendre la résolution d'évaluer à la conférence
des Nations Unies en juin prochain les résultats depuis Istanbul.
Ils devraient également défendre l'idée de règles
de conduite pour le relogement des populations, et insister auprès
de leurs collègues du développement et de la coopération
de respecter leur promesse d'Istanbul de créer un fond pour le logement
et les droits de l'homme. En dépit de toutes les difficultés,
il faut noter que récemment, plusieurs actions d'ONG ont été
couronnées de succès et ont changé des politiques
nationales et internationales.
Jacques Toledano - Éticité
& Débats et Dossier pour un Développement Durable (4D),
France
Existe-t-il des critères
pour évaluer les politiques mises en uvre en matière de
logement social ? Cela permettrait de mobiliser les citoyens et, en même
temps, d'améliorer leurs exigences qui ne sont pas satisfaites par
le secteur privé. Actuellement, la privatisation sauvage de plusieurs
domaines sociaux sont liés au fait qu'il n'y a jamais eu, ou rarement,
des indicateurs de ces politiques. Cela favorise trop facilement, par la
suite, la privatisation.
Quant au développement
durable, les applications territoriales sont les Agendas 21 locaux. Un
certaines communes d'Europe, notamment dans le Nord, commencent à
s'y engager, ainsi que dans les pays du Sud (Espagne, Italie,...), mais
en France, nous avons beaucoup de retard. C'est souvent parce que, parmi
les priorités de ces Agendas 21 locaux, ne figure pas souvent le
droit au logement. Il serait souhaitable que le milieu associatif rappelle
cette obligation, qui est à la base même des collectivités
territoriales, que l'on peut vérifier réellement l'application
du droit au logement.
Han Van Putten
Il existe de nombreux exemples
de pilotage. Le secrétariat des Nations-Unies - plus particulièrement
la section Habitat à Nairobi - a adressé aux gouvernements
des questionnaires pour leur demander comment ils avaient réalisé
leurs promesses d'Istanbul (des questions pratiques sur le nombre de logements
bâtis, les subventions, la participation de la population, les principes
de décentralisation, la résolution des autorités locales...).
C'est un exemple de la façon dont les Nations-Unies conduisent l'Agenda
Habitat. Il existe une grande diversité de règles -peut-être
une absence de règles - dans le champ de la privatisation et autre
chose que nous ne souhaiterions pas être de compétence européenne
dans ce domaine : qu'il devrait exister un critère uniforme pour
la privatisation, par exemple. et elles ne devraient pas être réalisées
parce qu'elles ne rapportent pas aux gouvernements centraux et locaux,
quand elles ne vendent pas de services aux entrepreneurs privés.
Mais il devrait exister diverses conditions, comme celle que les aspects
des services soient poursuivis. Pour l'instant, il existe peu de pays -
si aucun - qui remplissent des règles claires en ce domaine.
Un participant
Les règles et les
régulations sont propres à chaque pays européen car
elles sont si différentes qu'il est impossible qu'ils acceptent
une politique unique. La meilleure approche de ce problème d'un
point de vue international est d'aider les gens eux-mêmes à
obtenir leurs droit à l'habitat, ce qui conduit à la question
de leur «capacity building».
Vada Fillioux - Rêve-évolution,
France
Lorsque le peuple (ceux
qui vivent dans leurs quartiers, leurs villages, leurs communautés,
etc.) décident de se construire une habitation ou de squatter un
habitat vacant, ils ont systématiquement d'énormes difficultés
avec les règles, avec les lois qui sont très strictes et
ne permettent aucune souplesse. Serait-il possible de les assouplir pour
permettre à des individus ou des groupes de faire des expériences
ou des démarches locatives en général ?
Jean-Félix Annic
- DAL Fédération, France
Le sort actuel des populations
déplacées du Tiers-Monde rappelle l'expérience des
bidonvilles dans les pays européens de l'après guerre. Comment
ne pas aboutir aux même excès qui se sont produits en France
avec la création des villes nouvelles ? La réponse officielle
est une politique de l'aide à l'habitat, de l'aide au logement à
l'échelon de l'Europe. Mais elle devient alors une aide financière
à la construction de logements et non pas une aide à la population,
au peuple, aux gens eux-mêmes, aux familles, aux enfants, pour accéder
au toit. À Mexico, dans ce domaine, il faudrait faire ce lien entre
pays riches et pays pauvres pour que les bidonvilles ne soient pas des
prétextes à construire de l'habitat d'urgence, type plan
Marshall, qui seraient des villes nouvelles entraînant des pollutions
écologiques importantes.
Han Van Putten
La question de la «capacity
building» est importante. J'aurais mentionné qu'elle ouvre
aussi des perspectives si l'Union Européenne se sentait plus impliquée
qu'aujourd'hui sur les questions d'habitat. Il ne s'agit pas seulement
de voter des lois ou d'accorder des subventions mais aussi de créer
différents types de bâtiments. Ainsi, la France a une législation
tout à fait acceptable en matière de logement social, mais
les élus locaux ne l'appliquent pas. Ce qui pose la question de
comment agir sur ce point. Cela nécessite une campagne d'information
pour changer l'attitude des gens.
Simplifier les procédures
est nécessaire dans presque tous les pays, mais c'est aussi l'un
des aspects d'une meilleure information des gens et des moyens de lutter
contre la bureaucra-tie. On peut aussi simplifier les démarches
à accomplir. Bien des choses peuvent être réalisées
dans cet ordre d'idées, mais il faut les faire d'une manière
politique. |