Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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SERVICE PUBLIC |
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| Comment
apprécier la valeur des services collectifs européens, les
services d'intérêt général ? Pour réfléchir
à ce problème, je propose un dé-tour par ce que j'appelle
une "théorie de la valeur sociale", une théorie politique
de la valeur. En effet, quel que soit notre domaine d'activité,
nous produisons, outre le bien ou le service officiel pour lequel nous
sommes rémunérés, une multiplicité de valeurs
externes que la théorie économique a identifié sous
le nom d'"effets externes". Le prix des biens (sur le marché) ou
le coût (des services non marchands) n'enregistre qu'une mince partie
de la valeur ou du coût réels pour la société;
nous travaillons tous, sans toujours en être conscients, à
pro-duire un bien collectif supérieur, la société
elle-même. Mais quelle société ? Ici, la société
européenne. Mais existe-t-elle ?
Mon parcours antérieur m'a conduit à privilégier une société plus large que celle à laquelle, prisonniers de nos cadres mentaux, nous pensons spontanément, à savoir la société nationale coiffée par un État. Le cadre d'analyse pertinent n'est pas la nation, mais la civilisation. L'Europe est-elle une civilisation spécifique ? L'histoire nous apprend que sa formation a été entièrement extra-déterminée. Elle est née des ruines de l'empire romain qui, en élevant le christianisme à la dignité d'une religion d'État, a indirectement suscité l'Islam, lequel, en conquérant le pourtour de la Méditerranée, a à son tour provoqué la formation, au nord de l'Europe, d'un pôle de développement où fusionnèrent la civilisation romaine et la civilisation germanique, prodigieux creuset d'où est sortie la Chrétienté, autrement dit la société européenne ; et pourtant à l'époque il n'y avait pas encore d'État, ni de nation ! Cette société suscita la convoitise de prétendants, papes romains et empereurs germaniques, qui rêvaient de ressusciter l'empire romain. Ils échouèrent, tous. Cette absence d'autorité politique et/ou religieuse unique sur une Europe pourtant unifiée par la religion explique l'apparition des États-nations et du capitalisme, c'est-à-dire d'une économie-monde dont l'extension couvrait à peu près l'aire de la civilisation européenne. L'Europe s'est institutionnalisée au lendemain de la seconde guerre mondiale, lorsque les États-Unis sont venus à son secours sous la condition qu'elle crée un organisme de coopération. Le plan Marshall était une pièce maîtresse de la guerre froide : sauver l'Europe du communisme, la reconstruire, intégrer l'Allemagne, ce-pendant qu'à l'extrême Est on restaurait le Japon et on nourrissait les futurs dragons et tigres. L'Europe communautaire est née dans un climat de déclin irréversible. Pourtant, les partenaires de l'Europe en voie d'institution sont des entités collectives, des quasi-sujets nationaux qui, tout en voulant l'Europe pour en tirer un surplus de puissance commune, ne sont pas prêts à se suicider pour se fondre dans un ensemble plus vaste. Ils veulent bien renoncer à certains attributs de souveraineté à condition de récupérer leur mise dans le jeu interne des rapports de forces. Ainsi s'explique la lenteur et la médiocrité des compromis, mais aussi leur solidité. Pire, la présence des États-Unis d'Amérique sous la table de négociation, ou directement derrière l'épaule de l'Angleterre, volatilise le fantasme d'une société européenne cohérente et autonome. Il n'est pas certain que tous la veuillent vraiment; sinon, il y a longtemps que la Communauté se serait dotée des services publics dont l'accumulation aurait graduellement construit une forme d'État européen. Nous pouvons en rêver, mais devons savoir que dans l'histoire l'État s'est créé d'abord comme instrument de défense et d'offensive contre les ennemis extérieurs, à savoir les autres États-nations en formation sur l'arène internationale. Or l'Europe communautaire n'a pas d'ennemi. Et de toute façon, sa seule défense militaire crédible, c'est le parapluie nucléaire américain. Par rapport à cet enjeu, il se pourrait que la critique de l'idéologie libérale qui imprègne l'institution européenne soit à côté de la plaque. Le libéralisme affiché depuis le traité de Rome par les pères fondateurs est avant tout une arme de guerre contre les protectionnistes nationaux. Les bureaucrates européens ne seraient-ils pas, au fond, des militants de l'Europe ? N'est-ce pas eux qui, comme le fit Delors avec le plan de relance keynésien et la charte européenne des droits sociaux, proposent sans arrêt des initiatives destinées à réaliser la société européenne par le social et pas seulement par la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux ?
1)
Existe t-il une société européenne ?
2)
La classe administrative européenne
3)
La valeur économique
4)
La société civile
5)
Mondialisation et appartenance locale
6)
Le mouvement importe plus que l'état des faits
7)
La lutte contre la pauvreté
8)
Rôle de la bureaucratie et adhésion populaire
9)
Pourquoi l'Europe ?
10)
Deux théories du service public
par François Fourquet |
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