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Le néo-libéralisme et son impasse |
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| Depuis
la "révolution conservatrice américaine" [Sorman, 1983] et
l'offensive néo-libérale, dont les effets ont été
accentués avec l'écroulement du "socialisme réel"
des pays de l'Est, il est devenu quasi honteux de défendre et de
promouvoir une action publique volontaire. La nouvelle orthodoxie prétend
cantonner le rôle de l'État moderne, et plus généralement
de toute instance publique, à celui d'«État minimal»
et exalte les vertus d'un marché-roi idéalisé. Nombreux
sont ceux qui ont intériorisé le syndrome de l'«État-modeste»
[Crozier, 1987].
Cependant on ne peut se contenter d'une critique globale du néo-libéralisme, car le succès de ses thèses vient de ce qu'elles mettent l'accent sur de réels problèmes. Dans notre pays le vent libéral et les excès de l'«étatisme à la fran-çaise» s'auto-aliment et le néo-libéralisme n'est fort que de la faiblesse de ceux qui s'y opposent, il occupe le vide lais-sé par les échecs et les impasses de ceux qui ont survalorisé l'État comme instrument du changement social. Dans cha-cun des arguments présentés par les thèses libérales il y a une part de vrai, et c'est le fait de refuser d'apporter des ré-ponses qui permet de présenter le libéralisme comme une alternative globale. Il faut donc accomplir deux tâches à la fois : - une critique globale du néo-libéralisme dans toute sa complexité,Ainsi il faut arrêter de considérer que l'action publique est vertueuse par nature et si l'on prend par exemple le cas de la régulation des grandes entreprises publiques, on peut dire que ce n'est pas un modèle à suivre. En effet la tradition française est celle de la "régulation entre-soi" : des ingénieurs polytechniciens des mines ou des ponts qui s'auto-régulent, les uns dans les ministères, les autres dans les entreprises publiques. Dans ces conditions les libéraux ont beau jeu de dénoncer la capture du régulateur par l'opérateur car la dissymétrie d'information entre l'un et l'autre est profonde. Dès lors comment être contre l'invitation de l'Europe de dissocier les fonctions de régulateur et d'opérateur. Est-ce pour autant que les libéraux apportent les bonnes réponses ? Il faut examiner leurs critiques, voir en quoi elles sont justifiées, montrer en quoi leurs réponses aboutissent à une impasse et réfléchir à une refondation de l'action publique. Trois grandes questions peuvent être examinées : I- Intérêts individuels et intérêt collectif Pour les libéraux et encore plus pour les néo-libéraux l'intérêt collectif se résume à la somme des intérêts individuels. Dès lors à partir du moment où les individus respectent les règles de la Justice (ne pas tuer, ne pas voler…), par la recherche de leurs intérêts égoïstes ils concourent à promouvoir l'intérêt de la société. Cette vision repose sur une conception irréaliste d'un marché de concurrence pure et parfaite où tous les acteurs sont égaux. Or tous les acteurs n'ont de cesse de contourner les règles de la concurrence pour établir des zones de monopole et ainsi disposer d'une rente. De plus, la généralité de l'individu évaluateur et maximiseur semble relever d'une nature humaine immuable, quel que soient le temps, le lieu, les conditions concrètes et élimine les sources de conflit sociétal, comme toute forme de mobilisation collective. Comme l'ont montré différents auteurs, l'égoïsme intégral n'est pas la seule expression possible de la rationalité individuelle. Mais, d'autre part, la tradition française de l'intérêt général centralisé, défini par en haut, s'identifiant à l'intérêt national et se réduisant à sa dimension économique est à réexaminer. Il faut reconstruire un "système d'intérêts généraux" à tous les niveaux. Il nous faut réfléchir au processus d'élaboration de l'intérêt général et au fait qu'il n'est pas la somme des intérêts particuliers mais les dépasse sans pour autant les dominer. Il faut établir un rapport dialectique entre eux, à tous les niveaux - et non plus un rapport d'extériorité et de domination. II- Connaissance de la réalité D'une manière générale les libéraux et plus particulièrement Hayek, refusent toute fonction d'arbitrage, d'orientation de fixation d'objectifs, etc. au pouvoir politique, car celui-ci serait intrinsèquement incapable de connaître d'une part la réalité, d'autre part ce qui est bon pour la société, alors que la société se connaît mieux elle-même par le jeu du marché. Certes, bon nombre de promoteurs de l'intervention publique ont prêté le flanc à cette critique en se prétendant les détenteurs d'un savoir "scientifique" sur le social et la société, au nom duquel ils prétendaient définir le bien, l'ériger en lois et l'imposer à une société jugée souvent encore "infantile" ou du moins aliénée. Mais, si tout n'est pas possible et si les conséquences des interventions humaines ne sont pas toutes prévisibles, il ne s'en suit pas que les hommes doivent démissionner de leurs responsabilités pour orienter la société vers un "meilleur". Le débat sur les objectifs et les moyens d'orienter la vie de la société relève du politique. Bien loin de n'être, comme l'avancent en particulier les thèses du Public Choice, qu'un marché (même s'il l'est aussi), le politique est l'instance où les hommes dépassent leurs intérêts individuels ou particuliers pour se poser la question de l'intérêt général du groupe ou de la société auquel ils appartiennent, de la solidarité et du long terme, pour contribuer à sa définition et à sa mise en œuvre. Comme beaucoup de philosophes l'ont montré depuis les Grecs, le politique est alors le sommet de la liberté. III Action publique et libertés L'argument majeur du système de pensée néo-libéral identifie libéralisme et libertés. Hayek prétend lever au maxi-mum les contraintes qui portent sur la liberté des hommes et qui les soumettent au pouvoir d'autres hommes, pour accroître l'étendue de la sphère privée où l'homme, et lui seul, est maître de ses choix. Mais, même s'il met l'accent sur les menaces que font peser les pouvoirs publics sur les libertés individuelles ou collectives, Hayek ne définit la liberté que de manière négative, comme absence de contrainte. Ainsi, l'homme est conçu comme une menace qui vient restreindre la sphère privée des autres, leur liberté, comme un concurrent, un ennemi, un adversaire, mais en aucun cas il est appréhendé comme un partenaire, un concitoyen avec tous ces liens complexes qui forme son interdépendance par rapport à autrui. Le néo-libéralisme méconnaît d'autres dimensions de la liberté, comme le lien volontaire avec d'autres hommes ou la coopération, qui font passer la liberté du groupe avant la liberté de chacun. Ces éléments critiques des conceptions néo-libérales fournissent les bases d'une rénovation de la conception et de la pratique de l'action publique, à condition de rompre, dans le même mouvement, avec l'«étatisme à la française». La place et le rôle essentiels confiés à l'État en France ont jeté les bases d'une survalorisation et d'une instrumentalisation de l'État, qui ont fini par provoquer des pertes croissantes d'efficacité et susciter des rejets croissants. Dans la culture politique française dominante, l'étatisation était considérée comme une condition nécessaire de l'égalité ; l'État était conçu comme l'instance qui protège, qui règle tout, auquel on fait appel pour résoudre toutes les difficultés. Toutefois, l'État n'est pas un instrument placé au-dessus de la société, manipulable à satiété, mais le lieu où convergent les pressions sociales, où s'institutionnalisent et se régulent les différentes contradictions de la société. Il est en interactions étroites et multiples avec l'ensemble du corps social, produit des rapports de forces qui s'y exercent, en même temps qu'il est perméable à ceux-ci. La
perspective est de recaler le système politique par rapport à
la réalité sociale ; de procéder aux transformations
institutionnelles indispensables pour répondre à la crise
manifeste de la participation et de la représentation politiques
; d'articuler les différents niveaux - de la commune ou du "pays"
à l'Europe, en passant par la Région et l'État - de
reconnaissance, d'agrégation et d'arbitrage de la vie sociale ;
de préciser le contenu de l'État de droit, comme reconnaissance
de "valeurs universelles", références pour la régulation
de la société.
- comme toute forme de pouvoir, une instance publique, quelle qu'elle soit, tend à aller jusqu'au bout de son pouvoir et à en abuser pour exercer domination et aliénation sur le groupe auquel elle correspond.D'autres solutions existent que celles proposées par les néo-libéraux, elles relèvent toutes de procédures démocratiques, de l'intervention et du contrôle sociaux, ou plus exactement sociétaux. LISTE DES THEMES DEBATTUS 1)
La remise en cause des formes traditionnelles de l'État
2)
La spécificité de l'État français
3)
La mondialisation
4)
Principes et modalités d'action
5)
Les succès de l'«étatisme à la française»
6)
Mondialisation et solidarité
7)
L'individualisme
8)
L'Europe
9)
La nature de l'État
Intervention de Pierre BAUBY, RSP, CELSIG |
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