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Poste est l'un des services publics qui est le plus intimement lié
à la vie quotidienne des usagers et dont l'impact sur la pérennité
et la qualité du lien social est essentiel. Si la place de La Poste
est donc importante dans la vie économique, la vie sociale, la vie
de tous les jours des usagers, en revanche la place des usagers dans La
Poste ne revêt pas la même importance. Ce n'est qu'à
partir du changement de statut en 1990 que commence une certaine reconnaissance
officielle, une intensification et une organisation du principe de concertation
et de partenariat entre les différents acteurs (dont les usagers).
La
loi du 2 juillet 1990 précise que les consommateurs sont représentés
parmi les personnalités choisies en raison de leur compétence
au Conseil d'Administration. Elle prévoit un Conseil national des
postes et télécommunications où siègent des
associations nationales d'usagers (ses avis sont relatifs au rôle
des postes et télécommunications dans la vie économique
et sociale, aux principes généraux de la réglementation,
au développement et à la coordination des activités
des exploitants.). La loi crée également des instances de
concertation décentralisées, composées d'usagers,
d'élus et du personnel : les commissions départementales
de concertation postale (CDCP) et les conseils postaux locaux.
Par
ailleurs l'article 23 du cahier des charges, consacré aux relations
avec les usagers, met l'accent sur la qualité du service et les
garanties essentielles en matière de liberté de communication,
de protection de la vie privée des usagers, il précise les
obligations d'information précise et accessible en direction des
usagers et prône un principe de concertation active et régulière
avec les organisations représentants les usagers "grand public"
et professionnels "en vue de recueillir l'avis des usagers sur l'évolution
des besoins et la meilleure façon de les satisfaire".
Enfin
La Poste continue au niveau national une concertation spécifique
avec les associations de consommateurs
Au
bout d'une expérience de neuf ans quel bilan peut-on tirer ?
1°
La participation des usagers au Conseil d'administration de La Poste
Le
rôle des usagers y est négativement affecté par trois
principaux facteurs :
-
leur sous-représentation ; deux membres sur 21 dont un seul représentant
des usagers domestiques,
-
le manque de moyen pour exercer leur mandat
-
leur mode de désignation : ils sont nommés par décret
par le ministre chargé de la Poste
2°
Le conseil national des postes et télécommunications semble
inexistant
3°
La participation des usagers aux structures de la concertation postale
locale
Bien
que la concertation locale ait constitué en 1990 une avancée
véritablement novatrice, aujourd'hui force est de constater que
les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes :
-
l'implantation des instances de concertation reste très insuffisante,
-
les usagers n'ont pas toujours réussi à se faire entendre
dans le débat entre direction et syndicats.
-
les élus, les représentants syndicaux disent s'exprimer au
nom de l'intérêt général et confisquent la parole
des usagers
-
la présence des usagers est aléatoire et fait souvent défaut.
Aussi
les associations de consommateurs veulent-elles maintenant privilégier
une concertation bilatérale dans le cadre de chaque département
et orienter leur action vers le contrôle de la qualité des
services rendus (tarifs, délais d'acheminement, accueil, délais
d'attente aux guichets…)
La
Poste est soumise de plus en plus à la concurrence sur les segments
de clientèles à forte valeur ajoutée, ce qui peut
faire craindre qu'une logique de performance marchande soit privilégiée
au détriment d'une logique de service public considérée
comme résiduelle. Ainsi par exemple le rapport avec les grandes
entreprises (les grands comptes) donne lieu au développement de
réseaux et de produits dédiés, élaborés
à partir d'une écoute et d'un partenariat sur-mesure dans
le cadre de relations contractuelles.
Une
des grandes questions de l'heure reste la fin du moratoire sur les fermetures
des agences postales, qui donne lieu à de nombreux conflits sur
le terrain avec les élus.
Par
ailleurs La Poste a décidé d'orienter sa politique de qualité
vers l'assurance-qualité (normes ISO), ce qui se traduit par des
contrôles plus techniques au détriment de la participation
des usagers, notamment dans la définition des critères de
satisfaction.
Pour
être effective, la concertation et le partenariat avec les usagers-citoyens,
devrait associer les usagers à la conception et à la définition
des missions, à leur mise en œuvre et à leur gestion, ainsi
qu'à l'évaluation des résultats.
par
Madeleine Stéfani
LISTE
DES THEMES DEBATTUS
1)
La représentation des usagers
Si
l'usager est d'abord l'utilisateur d'un service, alors très vite
il devient un client; si au contraire c'est une personne qui a droit à
un service, alors la vision que l'on a de lui est différente, la
conception de sa représentation change. La CSF se prononce pour
l'élection des représentants des usagers pour tous les services
publics, comme cela existe pour les HLM ou les parents d'élèves
2)
L'évaluation
Elle
suppose de qualifier le service que l'on attend. Par exemple, la distribution
du courrier à J + 1 est certainement importante pour un certain
nombre d'usagers; pour d'autres, se sera la qualité relationnelle.
L'évaluation doit découler du débat contradictoire
entre les acteurs concernés pour empêcher la mainmise des
grands corps sur les décisions stratégiques à partir
de leur monopole de l'expertise transversale.
3)
La concurrence
Les
grands services publics sont rentrés dans une problématique
de concurrence et de mondialisation où la notion d'intérêt
général est marginalisée par rapport à celle
de rentabilité. Le système français fondé sur
le monopole public garanti par le Conseil d'État s'effrite sous
la pression de la législation européenne.
4)
Les fondements de l'intervention des usagers
a)
le lien entre l'individuel et le collectif rend nécessaire l'expression
de tous les acteurs concernés, dont les organisations de consommateurs.
b)
dans la mesure où les services publics sont partiellement en situation
de monopole, il leur faut des contre pouvoirs permettant l'adaptabilité
aux besoins exprimés.
c)
l'intervention des usagers-citoyens est le fondement essentiel de la légitimité
du service public comme tel.
Le
débat doit porter sur la définition des missions et leur
évolution en fonction des besoins, sur les modes d'organisation
pour remplir ces missions, sur la régulation et l'évaluation.
Des droits et des pouvoirs doivent être accordés. Par exemple,
le droit de veto suspensif est une hypothèse à creuser.
5)
Les moyens nécessaires
Les
usagers n'ont pas toujours la formation et l'information nécessaires
pour remplir leurs missions. Pour que leur représentation soit efficace,
elle doit disposer de moyens de fonctionnement et de formation. Cela réduira
l'asymétrie actuelle de l'information, la technocratie monopolisant
les compétences.
6)
Quelle valeur pour quel sujet ?
Deux
exemples ont été donnés au cours du débat:
celui du facteur qui s'occupe de la santé d'une personne âgée
isolée et qui peut signaler à l'Hôpital tout problème,
et celui des voyageurs d'une ligne de train se constituant en association
pour lutter contre les retards à répétition. Ces deux
exemples amènent à s'interroger :
-
d'une part sur la notion de valeur externe, la production est globale,
car chaque secteur réagit par ses effets sur les autres. De ce point
de vue le découpage par branche de service public ne permet pas
de mesurer les effets externes (exem-ple de l'impact positif ou négatif
de l'arrivée d'une ligne de T.G.V.). Seule la collectivité
est capable d'évaluer tous ces effets. En rester à une représentation
par branche laisse la représentation générale, la
plus importante, à d'autres.
-
d'autre part il existe plusieurs niveaux de subjectivité. Il ne
faut pas en rester à la représentation de l'usager individuel,
ce n'est qu'un sujet parmi d'autres et pas forcément le plus pertinent.
L'usager du train peut souhaiter un train à grande vitesse, mais
ce n'est pas lui qui peut avoir une vision des dégâts possibles
sur l'environnement.
Donc,
de quel usager parle t-on? De celui qui prend le train ou de l'habitant
de la région traversée, et qui se préoc-cupe du paysage?
Car un besoin n'existe pas en soi mais comme élément d'un
tout. Il faut donc concevoir des arbitra-ges entre les différents
besoins et entre les différents sujets et quasi-sujets que sont
les communautés institutionnalisées.
7)
La concurrence des représentations
Celle
des consommateurs rentre en concurrence avec la celle des élus et
celle des travailleurs. Cette concurrence objective, correspondant à
leurs fonctions sociales respectives, doit être organisée
démocratiquement.
8)
Évolution par crise
Le
schéma dominant en France est le suivant: en période normale,
la logique d'appareil bloque toutes les évolutions; puis quand l'accumulation
de mécontentement débouche sur une crise s'ouvre alors une
petite fenêtre pour le changement.
9)
Une vision systémique
Le
niveau départemental de la représentation n'est pas le seul:
une approche en termes de bassin d'emploi, de pays est également
nécessaire. L'objectif est de réussir à intégrer
l'ensemble des partenaires concernés pour débattre du bien-être
des citoyens sur un territoire donné en relation avec d'autres espaces
et d'autres échelles. Les différents niveaux temporels et
territoriaux doivent donc être articulés entre eux.
10)
La reconnaissance de la consommation comme fonction économique
Depuis
la révolution industrielle, Capital et Travail ont été
reconnus au nom de la fonction de production. Mais le consommateur
individuel reste atomisé. Il n'est pas reconnu comme acteur social
à part entière. Comment sortir la représentation
des consommateurs de sa marginalité actuelle? |