Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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SERVICE PUBLIC |
L'Europe, avenir du Service Public ? Le Service public, avenir de l'Europe ? |
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Démocratie et lien social Simona PASCA - Je travaille dans l'association italienne cittanza attiva. On s'occupe surtout de la participation du citoyen. On a une conception plus large que l'usager ou le consommateur. Nous voulons cette participation dans tous les processus de décision qui regardent les citoyens. Nous agissons pour une nouvelle culture et voulons dépasser celle traditionnelle des droits et des devoirs et parler d'une culture de pouvoir et responsabilité. Nous sommes est très intéressés par l'idée de service d'intérêt général liée à l'accession d'un droit fondamental. Ce qui nous intéresse le plus n'est pas comment il est organisé (marché ou non marché) mais en quoi il consiste - surtout quand on constate une diminution des ressources économiques. Le contenu, la qualité et l'accès au service nous intéressent le plus. Philippe Brachet (Université Paris-X) - Après une introduction conceptuelle, je me centrerai successivement sur les apports de Taylor, Hayek et Walzer. On
ne communique qu'à travers des malentendus ! Cette vérité
se confirme à propos des différentes conceptions de la liberté
et de la démocratie dont partent les auteurs libéraux - les
autres aussi, d'ailleurs. Ce qui n'empêche pas de tenter de les dissiper.
Une
autre dialectique est à l'œuvre dans les relations entre démocratie
et lien social : celle entre la fin et les moyens, les seconds étant
au service de la première. Mais la démocratie étant
une utopie concrète, s'apparente à l'horizon, ligne qui recule
à mesure qu'on avance ! Ses formes historiques ont toujours sécrété
un sentiment d'incomplétude, d'inachèvement, comme le montrent
les travaux de Pierre Rosanvallon.
C'est ce que nous avons abordé au cours de diverses séances du séminaire. Je me centrerai ici sur les apports de Taylor, Hayek et Walzer, dont la comparaison illustre bien l'hétérogénéité de la nébuleuse libérale. Au point que parler du Libéralisme en général et au singulier, comme s'il s'agissait d'une sorte de pensée unique, homogène relève pour moi de l'escroquerie intellectuelle. I - Le concept de liberté est l'objet de controverse entre libéraux. Car il comprend deux aspects : la liberté négative (préservation de la sphère privée) et la liberté positive comme autogestion, c'est-à-dire définition en commun. Cette conception socialisée de la liberté peut alors rencontrer la valeur égalité et négocier avec elle des compromis. Dans
sa thèse, Charles Taylor s'oppose radicalement à l'individualisme
comme conception atomisée d'un sujet désengagé. L'homme
n'est pas un être isolé se produisant lui-même par le
choix souverain de ses valeurs et par le calcul rationnel entre moyens.
Les valeurs nous pré-existent comme réalités sociales,
dans l'espace socio-historique dans lequel notre histoire personnelle prend
place. Elle le fait sur le mode de l'apprentissage dans des espaces de
socialisation divers. Même la solitude est un rapport social.
II
- Hayek au contraire, obsédé par les totalitarismes communiste
et nazi, construit un individualisme radical qui définit négativement
le lien social et se méfie de la démocratie. Il combat le
service public comme partie intégrante du socialisme, vision pour
lui totalitaire de la société à laquelle il oppose
la liberté individuelle que procure le marché conçu
comme "ordre spontané".
- Côté
apport, la dénonciation des excès de l'interventionnisme
étatique dont relève le service public quand il se crispe
sur la défense des droits acquis, des corporatismes. Quand, au nom
d'une certaine conception là aussi absolutiste de l'égalité,
il oublie l'adaptabilité - voire la continuité. Car alors,
le lien social qu'il doit assumer enferme au lieu de relier.
- Côté
outrance, l'assimilation d'activités publiques à des obstacles
à l'ordre spontané dès qu'elles dépassent la
fonction d'encadrement de cet ordre. L'exemple de la dérèglementation
des chemins de fer britanniques et de leur quasi-disparition en Argentine
est le plus caricatural quant aux conséquences sociales d'une telle
dérive.
III
- Contrairement à Hayek qui parle toujours de liberté
au singulier, Walzer distingue les libertés selon les sphères
politique, économique et sociale. Comme Rawls et Taylor, c'est un
républicain et un démocrate.
- l'importance de débats démocratiques approfondis qui permettent de réduire la distance entre citoyens et dirigeants,En définitive, l'égalité complexe en politique, c'est la citoyenneté active, principe selon lequel en démocratie, elle doit être distribuée non seulement au sein de la sphère politique mais aussi entre toutes les sphères. Cette
conception de la démocratie moderne ne préjuge pas du niveau
territorial mais suppose une communauté de civilisation. Si l'organisation
des services d'intérêt général en Europe relève
d'abord d'une volonté politique, elle sera un test de la capacité
de l'Union européenne à devenir une démocratie spécifique.
Égalité complexe et art de la séparation constituent
des outils méthodologiques importants à cet effet.
P. BARGE (Université Paris 8) - Beaucoup de choses ont déjà été dites et je vais forcément être redondant. J'ai relu les contributions du séminaire: il est difficile de reprendre tous les éléments et je serai parfois un peu caricatural. Je vais poser des choses comme un débat et comme des approfondissements futurs et je vais me situer beaucoup plus d'un point de vue politique qu'économique. La théorie libérale part de l'hypothèse que le marché est à la fois régulateur de l'économie et de la société. On a beaucoup parlé de l'ordre spontané, du marché comme état suprême. Dans cette vision, des règles juridiques sont censées organiser la société et codifier l'intérêt général. Dès lors, on peut se demander si cette conception juridique de l'intérêt général est compatible avec un État réellement démocratique Le passage de la citoyenneté à la démocratie - La citoyenneté est le droit de l'individu d'agir sur les affaires qui le concernent. Ce droit citoyen est aussi la capacité d'agir collectivement, d'avoir une citoyenneté collective pour la mise en œuvre de droits collectifs. On se situe dans un objet totalement différent de ce que l'on a vu à travers la pensée libérale. La citoyenneté conduit donc à la fois à l'autonomie de l'individu mais aussi à une contrainte qui est l'espace du collectif, de l'intérêt général et aussi de la solidarité. Les
questions des SIG et l'intérêt général - Ce
qui énonce le rapport de l'intérêt général
est le rapport au politique, la capacité de déléguer,
le rôle de produire l'intérêt général
et par voie de conséquence de produire le service d'intérêt
général. C'est une reprise du rapport au droit que fixait
Guss Massiah. La puissance publique est donc le garant de l'intérêt
général et de l'exercice de la citoyenneté et des
droits et non pas le garant des intérêts individuels au sens
libéral du terme.
Les
espaces de régulation - Lors du séminaire, on nous a
dit qu'il y avait EDF en France et 930 producteurs-distributeurs en Allemagne.
Si l'intérêt général, c'est le passage d'une
citoyenneté individuelle à une citoyenneté collective
et à sa représentation politique démocratique, il
faut admettre qu'il y a plusieurs espaces de production de services d'intérêt
général et donc de régulation sociale. On peut schématiquement
distinguer l'espace local, l'espace régional, l'espace de l'État-nation,
l'espace régional comme l'Europe et l'espace mondial. L'espace de
régulation commence donc au niveau de l'espace local. Les autres
espaces seraient dès lors soit des espaces de production de service
comme au niveau local mais aussi des espaces de régulation d'un
niveau supérieur d'intérêt général. Il
y a aussi sur les autres espaces la fonction de solidarité et de
régulation des inégalités, ce qui implique que le
service d'intérêt général ne soit pas vu sur
un modèle uniforme mais aussi comme une réponse à
des situations particulières. Il ne faut pas envisager le service
comme étant uniforme
S. PASCA - La question de la représentativité - Quand vous parlez de représentation des usagers, parlez-vous d'élections? P. BARGE - Sur un territoire, il y a un service d'intérêt général et on peut imaginer que l'ensemble des habitants de ce territoire élise des représentants. Je met cette question en discussion. S. PASCA - Il faudrait alors définir avant le contenu du service. La question de la représentativité est plus compliquée. Elle comprend différents niveaux. J-C BOUAL - Pour des raisons strictement bureaucratiques, en France et au niveau communautaire, on veut enfermer cette représentation dans des organisations structurées. Les choses concrètes sont plus simples et les expériences réelles nous démontrent que c'est plus compliqué. À Porto Alegre au Brésil, une ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants, existe une démarche de consultation, de participation, de définition du budget sur plus de 15 ans avec une population qui est parfois illettrée. Le problème de la représentativité ne se posait pas. Il y avait des assemblées de discussion avec les autorités et on élisait éventuellement des délégués pour faire un travail plus concret et plus technique avec les services de la ville. La participation et la démocratie peuvent se faire dans tous les milieux à condition qu'on le veuille sur le plan politique. Le Mouvement Fédératif Démocratique en Italie rebaptisé Citoyenneté active pense que pour représenter les usagers sur une région donnée sur les problèmes de santé, toutes les personnes vivant sur le territoire (à partir d'un certain âge) peuvent participer à l'élection des dirigeants de l'association. L'absence de conditions d'adhésion donne dans les faits une représentativité plus forte. La légitimité était acquise autrement que par une simple représentativité à travers des cotisations et une organisation bureaucratique interne. Le Comité européen de liaison sur les services d'intérêt général a acquis une légitimité auprès des institutions européennes et globalement sur la problématique service public/Europe en France et au niveau européen par un travail en réseau avec plein d'autres associations (publication de textes, élaboration de texte et de documents et de propositions, débats de ces textes et de ces documents) mais sans qu'il y ait formellement association (pas de statut d'association européenne, c'est une association de fait). Le problème de la représentation des usagers pourrait être pris de façon beaucoup plus large et plus démocratique. Les formes bureaucratiques sont le résultat des formes inventées au moment de la révolution industrielle qui ne sont plus adaptées aujourd'hui. S. PASCA - Je suis d'accord avec vous. En Italie, une nouvelle loi a mis en difficulté les consommateurs et les associations. Vous avez dit «le marché peut réaliser la démocratie». Une bonne réglementation peut corriger les effets du marché portant sur l'exclusion sociale. P. BARGE - Sur la démocratie - Je me suis peut-être fait mal comprendre. Je me demande si la logique libérale poussée jusqu'au bout est compatible avec la démocratie. Au-delà de la construction d'une citoyenneté collective par le vote existe une représentation politique. Je ne me mets pas en reflet avec les espaces existants et avec les représentations politiques existantes aujourd'hui. Une représentation politique édicte le droit en ce qui concerne la représentation de l'intérêt général. Il y a bien, à un moment, passage à l'espace politique, de l'état de citoyenneté collective vers le politique. Ce n'est pas ce que veut nous faire admettre l'école du public choice: d'une part une catégorie d'individus ou d'entreprises qui a des intérêts particuliers et qui ne représente que des intérêts particuliers et en face un État qui est censé défendre les intérêts particuliers des individus et des entreprises, ce qui permet à cette école de réduire la démocratie à un quasi-marché. On a un marché politique où des électeurs défendraient des intérêts individuels et l'espace politique serait le garant de leurs intérêts individuels. Ce n'est pas ma conception ni de la citoyenneté ni de la démocratie, ni de la politique. Ph. BRACHET - Les libéralismes - Il n'existe pas un libéralisme en général et je regrette que Pierre Barge parle de la logique libérale. Il veut faire allusion au libéralisme économique, à l'ultra-libéralisme qui veut généraliser la logique du marché. Mais nous n'avons pas intérêt à amalgamer tous les libéraux en un seul Libéralisme. C'est une erreur à la fois intellectuelle - parce que c'est nier leur diversité, qui est grande - et stratégique, car il vaut mieux isoler l'adversaire! Spécificité de l'étatisme en France - Tu affirmes: «le producteur du service d'intérêt général, c'est en principe la puissance publique». Cela définit bien l'étatisme actuel en France, qui repose sur une confusion entre les trois fonctions d'orientation, de régulation et d'opération: elles sont accomplies en interne, en toute opacité, par l'arbitrage des grands corps de l'État. Les partisans d'un service public démocratique moderne souhaitent au contraire la séparation entre les trois fonctions. Le rôle de la puissance publique est de définir les orientations, donc le cadre de la régulation, mais pas de produire elle-même car «on ne produit pas comme on administre». F. FOURQUET - [À Pierre Barge] Conséquences des effets externes sur la représentation des usagers - D'autres éléments enrichissent ton débat. La représentation des usagers par branche de service public n'est peut-être pas la meilleure car toute activité de service public a des effets externes qui débordent largement la représentation du service. Madeleine Stéfani avait pris l'exemple d'un facteur qui, en allant distribuer les lettres aux personnes âgées, pouvait détecter les problèmes et avertir l'hôpital. Dès qu'un représentant est pris dans un cadre bureaucratique, il perd de sa substance. On en a l'expérience avec les étudiants qui, sauf quand ils veulent faire du "barouf", n'ont pas grand'chose à dire car ils ne sont pas dans leur cadre. Le problème du service public et de la démocratie passe-t-il uniquement par la représentation des usagers? Je n'ai pas cette impression. Des problèmes d'effet externe, de quasi-sujet et d'effets contradictoires existent. Que fais tu de la contradiction dans ton système? Le T.G.V. est bénéfique pour les usagers. Il est question de le prolonger depuis Tours jusqu'au pays basque espagnol en balafrant le pays basque français. Cela va-t-il être pris en compte par la SNCF? Démocratie, lien social et service public sont un champ beaucoup plus large. S. PASCA - En Italie, quand le service oublie ceux à qui il est destiné, c'est un risque. Vous avez le même problème en France. Il faut connaître les besoins des citoyens pour produire un service. Les élus et donc l'État ne peuvent pas le savoir - surtout au niveau local où se pose la responsabilité des citoyens. F. FOURQUET - Il faut que l'intervention des usagers déborde le cadre strict du service. Il faut que la collectivité qui prenne la parole soit plus large que les usagers de ce service-ci. P. BARGE - Il existe plusieurs espaces de régulation, donc plusieurs niveaux d'intervention. Je vais citer l'exemple du référendum local. Faut-il pour le tunnel du Somport, organiser un référendum dans la vallée, ou dans la région Midi-Pyrénées et Aquitaine? Selon les choix de départ, le résultat sera différent. Des niveaux politiques différents sont donc porteurs d'un intérêt général différent. L'autonomie de l'individu se heurte constamment à la contrainte de l'intérêt général. On est toujours à la fois dans l'espace de l'autonomie et dans celui de la solidarité. L'individu est un avec ses droits mais il est en même temps confronté à des droits collectifs. Parce que c'est la forme que l'on a aujourd'hui, la représentation politique est là pour dire quels sont les droits collectifs et quel est l'intérêt général. On s'aperçoit que ce système est perverti. Il faut donc inventer d'autres espaces de participation démocratique de telle façon qu'il y ait des formes de participation et de contrôle qui soient citoyens et qui puissent permettre une meilleure orientation et régulation du SIG. Les espaces de régulation peuvent aller jusqu'à l'espace-monde. S. PASCA - Il est important de considérer les citoyens comme une ressource plutôt que comme un ennui. M.
VAHABI - [À Philippe Brachet] Sur Hayek - Est-ce que Hayek a
constaté que l'ordre spontané de marché exclut les
institutions, les règles juridiques, les conventions? Si oui, où?
[À Pierre Barge] Sur l'École du public choice - Tu dis que l'école du public choice raisonne en terme de quasi-marché, de marché politique. Est-ce qu'elle oublie tout ce qui est des externalités, le théorème d'impossibilité, l'analyse en terme de bien collectif, tout ce qui peut mettre en valeur les intérêts de groupe? Est-ce que la théorie du public choice ignore tous ces aspects liés à l'existence des biens publics, à l'existence de quelque chose qui dépasse la logique de l'intérêt individuel? La façon dont tu as présenté leur position est que se sont des gens qui défendent et suivent les intérêts individuels. N'est-on pas en train de faire une caricature de ces théories-là pour pouvoir les descendre facilement? Ph.
BRACHET - Hayek est passé par plusieurs phases dans ses positions
et dans sa vie. Sa construction de type ultra libéral date plutôt
d'après la seconde guerre mondiale où il a considéré
que le risque dominant était la reconstruction des totalitarismes
du style stalinien ou nazi et qu'il fallait empêcher cela. Même
si lui-même a des positions plus riches, il a été amené
à être le grand prêtre de ce dogmatisme qu'est l'ultra-libéralisme.
On est dans la sociologie de la connaissance, c'est-à-dire la production
d'un dogmatisme. Une idéologie est la restructuration d'un champ
intellectuel qui emprunte des choses à différents auteurs
mais qui est une construction culturelle et de classe. Hayek a été
à la fois objet et sujet de cette construction.
P. BARGE - Je voudrais répondre par une boutade. Penses-tu que tout individu cherche dans sa vie le plaisir et que la satisfaction de ce plaisir se résout dans la consommation de biens et de services, qu'ils soient ou non sur le marché? M. VAHABI - Cela n'a rien à voir avec la question. P. BARGE - À partir de là, on monte l'équilibre walrasien. M. VAHABI - Cela n'a rien à voir avec Walras. P. BARGE - Je t'ai posé cette question par provocation. Cela ne veut pas dire que l'équilibre walrasien ou l'école du public choice ne posent pas de problèmes mais ma question est différente. Par rapport à une conception que j'ai de l'homme, de ses droits et de la société, j'ai le droit de poser comme départ théorique d'autres hypothèses, de poser des problèmes et arriver à des solutions différentes. Ce n'est pas la question de poser ou non les bonnes questions mais d'avoir au départ un point de vue de base d'une conception de la société et de faire un montage théorique par rapport à cela. C'est cela qui m'intéresse. S. PRAVATTO - N'est-on pas en train de créer un marché des services publics ? - Il faut distinguer entre le producteur du service public, celui qui le définit le service public et ceux qui l'évaluent. Ces trois acteurs ont un jeu différent. Certains sont clairement définis comme l'État, chargé de définir le service public. Pour le même service (par exemple en admettant que le T.G.V. rende un service public), on pourrait imaginer une société allemande. On se retrouvera dans une situation assez intéressante et paradoxale: un marché de service public. Dans la mesure où l'Europe et les États-membres fixent des règles nouvelles dans le cadre d'appel d'offre, n'est-on pas en train de créer un marché de services publics ? Le marché ne s'étend-il pas à toutes les activités marchandes ? S. PASCA - Pourquoi pas ? C'est une bonne idée. À la fin, l'important est d'avoir un SIG qui soit de qualité. Qui va le gérer? c'est autre chose. J-C. BOUAL - Cela existe déjà dans le transport aérien. Les lignes sont définies par l'État, il y a un appel d'offre européen. Sur la quarantaine de lignes de service public qu'a définit l'État français sur le territoire français, la majorité est desservie par des filiales de British Airways. Il y a une péréquation où chaque usager de l'aviation d'un aéroport en France verse une contribution pour alimenter et pour financer le service public aérien. Les étrangers participent à un financement du service public français comme le Français (toute proportion gardée). S. PASCA - On peut aussi voir les fonctions de participation des citoyens sur les appels d'offre. On est en train de réaliser une expérimentation sur les formes de participation des citoyens au moment de la définition des appels d'offre et aussi au moment du contrôle. P.
BAUBY - Participation des usagers et contre-pouvoirs - Dans la distinction
de P. Barge entre les trois catégories (producteur, opérateur
et usager), le mot "producteur" est mauvais car employé comme autorité
organisatrice alors que souvent il est compris comme l'opérateur.
Pour éviter cette confusion, il convient de dire soit celui qui
définit, soit l'autorité organisatrice.
S. PASCA - Je suis d'autant plus d'accord que le représentant est souvent une personne bénévole. Ce n'est pas un métier, il faut compter avec les disponibilités et faire en sorte que les organisations puissent utiliser différentes personnes. La transversalité, si on pense à l'écologie, concerne les transports, les déchets.... Les confédérations familiales ou les représentants dans les écoles peuvent s'occuper d'écologie. A. MORDANT - Créer les conditions d'intérêt et d'expression des usagers - Il est difficile d'imaginer une expression quasiment systématique et permanente sans organisation. L'organisation de notre société fait que c'est sur le plan local que les instruments doivent être trouvés, générés et financés. Il y a un préalable. Les outils d'information sont d'une grande ampleur et permettent une distribution à très grande vitesse. Peut-être faut-il définir les premières grilles d'évaluation (même imparfaites) et avoir un accord sur le plan de la structure compétente pour que l'information circule vers des endroits où toute la population peut la consulter (c'est-à-dire sur la plan local)? Lors d'élections (systématiques), on désignerait des commissions qui ont toute autorité dans le domaine de la consultation des usagers. Les locaux, les infrastructures sont mises à disposition et il n'y a pas de tutelle. Tous ceux qui sont détenteurs de l'organisation de services publics doivent fournir systématiquement en temps et en heure des informations définies. La diffusion de l'information doit rentrer dans la culture. Il appartient à des groupes comme celui ci, d'essayer de dire quels types d'information dans un premier temps (à modifier peut-être par la suite) on doit diffuser à toute la population concernant le contenu d'un service public. Ces groupes devront réfléchir aux modalités auxquelles les usagers pourront accéder pour donner leur avis. Cela suppose de la publicité. Il est nécessaire que les autorités signalent et informent sur leurs disponibilités. S'il n'y a pas d'organisation structurée, je crains fort que personne ne soit en permanence intéressé. Il y a une légitimité nécessaire qui ne doit pas être confondue avec l'organisation politique. S. PASCA - Il n'existe pas de participation sans information. Sur l'organisation, on pourrait discuter longtemps. R.
SIMPSON - Sur la représentation - Je suis d'accord avec les idées
de P. Barge sur la représentation. En Grande-Bretagne, les consommateurs
étaient représentés par des bénévoles
étant des gens très réactionnaires. Ce n'est pas simplement
en choisissant les bénévoles qu'on arrive à avoir
un système qui va marcher dans le sens de la solidarité sociale.
S. PASCA - La participation n'est pas liée à un pouvoir. G. MULLIER - Quand des comités d'usagers existent, c'est souvent pour demander la limitation du droit de grève. S. PASCA - Les syndicats peuvent faire des alliances avec les usagers, ils ont a des points commun. Il ne faut pas jouer sur cette opposition que voudrait parfois l'entreprise. P. BARGE - Pour lever l'ambiguïté qu'a soulevée Pierre quand je parle de production publique, parlons de commandes publiques. Quand je dis que c'est une commande publique, j'ai bien le sentiment qu'il peut y avoir des organisations de la "société civile" qui créent elles-mêmes les services d'intérêt général et qui donc ne passent pas par une commande publique. À partir du moment où ces services obéissent aux mêmes règles que les SIG (égalité d'accès, pas de fermeture du service), il n'y a pas de problème. Ph BRACHET - Il existe deux droits d'égale importance: le droit de grève pour les agents et celui à la continuité du service pour les usagers. Ces droits sont concrètement souvent opposés. Il revient précisément à l'organisation de la concertation d'aménager cette contradiction. De la surmonter de manière préventive si possible et déarbitrer les conflits. Ph.
BRACHET - Ce que l'on peut retirer de Taylor et Walzer - Pour les partisans
du service public démocratique moderne, l'apport essentiel de Taylor
et Walzer réside dans leur conception de la démocratie moderne,
de son organisation complexe et de la stratégie pour l'approcher,
qui en font des alliés. Ainsi, nous pressentons que les droits fondamentaux
de la personne vont être une approche permettant la reconnaissance
des SIG en Europe: nous avons intérêt à travailler
le concept de "personne" dans ses différences avec celui d'"individu"
de l'individualisme. Nous rejoignons alors la pensée de Taylor qui
porte sur les problèmes réels du Canada. Taylor est étiqueté
"communautarien" par des étatistes comme Chevènement, ce
qui est trop facile et idéologique. Taylor affirme que l'individualisme
moderne, à travers l'idéal de l'authenticité, cache
en fait des aspirations de socialisation exigeantes. Ces dernières
ne trouvant pas à se satisfaire, sont refoulées et s'expriment
par la violence. Ces hypothèses sont fécondes pour comprendre
par exemple les rapports des jeunes des banlieues aux services publics
comme la RATP.
XX - La question de l'information - Avant de penser que les services publics retiennent l'information, peut-être faut-il se poser la question de savoir s'ils ont l'information. J'ai commencé à travailler aux PTT à un niveau très bas, et j'ai passé toute ma vie d'agent à truander le chef. Quand je suis devenu un cadre de terrain, j'ai passé ma vie à dissimuler au cadre d'au dessus ce qui se passait. Quand je suis devenu un responsable comptable central, je voyais des choses et le chiffre comptable racontait n'importe quoi. Peu de gens au sommet se rendent compte de ce qui se passe à la base. Crozier fait des analyses sur ce sujet, les descriptions sont exactes mais les conclusions sont mauvaises. La compétence n'est pas toujours là à tous les niveaux de l'entreprise. Un usager peut se voir donner une mauvaise réponse par un agent qui ne sait pas. A.
MORDANT - J'invite P. Bauby à ne pas dire que les délégués
sont corrompus dans les entreprises et sont dans la poche des patrons.
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