Critique
des théories économiques néo-libérales
L.
CARTELIER (Université de Paris 13) - Nous allons entendre Pierre
Bauby sur ce point. Une partie d'entre nous se situe dans une perpective
critique par rapport à ces analyses, mais le débat montrera
que peut-être tout n'est pas à rejeter. Il faut commencer
par établir un socle analytique de cette construction des services
publics. Nous entendrons ensuite M lle le rapporteur sur cette critique
des théories néo-libérales.
P.
BAUBY (Réseaux Services Publics) - J'essaye de relever le défi
d'exposer la critique des théories économiques néo-libérales
en quinze minutes. Cela va être obligatoirement schématique
et ensuite le débat pourra mettre un peu de précision. Je
limite mon champ d'investigation au dernier demi-siècle de manière
un peu arbitraire car la page du néo-libéralisme n'est pas
tournée, elle continue d'être d'actualité. Le vent
néo-libéral continue à être dominant même
s'il existe des contre-offensives. Dans le courant néo-libéral
il y a une grande diversité d'écoles et de thèses:
Hayek, le public choice, les libertariens, etc. J'en recherche les fondements
communs et au risque de simplifier j'ai dégagé cinq idées
principales traitées de la manière suivante: quelle est l'idée
des thèses néo-libérales en la matière? Sur
quoi s'appuie-t-elle? Quelle(s) critique(s) peut-on en faire? Vous voyez
: trois questions x cinq idées = quinze minutes.
1.
Les rapports entre intérêt individuel et intérêt
collectif
Globalement,
la thèse néo-libérale est que l'intérêt
collectif est la somme algébrique des intérêts individuels
et qu'il n'y a pas d'intérêt collectif qui transcende les
intérêts individuels. Cette thèse s'appuie sur un certain
nombre de conceptions qui ont fait de l'intérêt collectif,
général, national une conception d'extériorité
et de domination par rapport aux intérêts individuels. La
critique (en particulier du concept français d'intérêt
général) de ces aspects d'extériorité et de
domination est la base de l'avancée des thèses néo-libérales.
Quels
sont les rapports entre intérêts individuels et intérêt
collectif? Cela ne relève pas de la somme algébrique. Je
ne pense pas non plus qu'il y ait domination d'un intérêt
collectif sur les intérêts individuels mais il faut raisonner
en terme de rapports dialectiques entre intérêts individuels
et intérêt collectif et donc en terme de systèmes d'intérêts
généraux à construire de manière progressive
et point par point.
2.
Les questions de connaissance de la réalité
La
thèse néolibérale est l'incapacité de connaître
la réalité et ce qui est bon pour la société.
La société se connaît mieux elle même par le
jeu du marché. Cette thèse s'appuie sur la critique d'un
certain nombre de promoteurs de l'intervention publique fondée sur
un savoir scientifique au nom duquel on peut connaître la réalité,
définir le bien et l'imposer à une société
par définition immature.
La
connaissance est un processus sans fin (au sens de finalité et de
processus continu) qui est accumulation relative de connaissance et mise
en question permanente. La connaissance n'est jamais absolue mais relative
et pourtant elle a une part de cumulatif. Il faut mettre en jeu le maximum
d'acteurs et prévoir des instances de débat. L'évaluation
pour mettre en cause les acquis antérieurs et progresser vers une
accumulation de la connaissance. On n'aura jamais de connaissance absolue,
complète permettant un déterminisme mais on peut avoir des
possibilités d'intervention relative pour influer sur le cours des
choses.
3.
La question de l'ordre spontané
La
thèse néo-libérale est qu'il existe un ou des ordres
spontanés qui sont le résultat de l'action humaine sans être
le fruit d'un dessein conscient et sans avoir été pensés
et construits par une instance, par un chef d'orchestre. Les exemples souvent
donnés sont le langage, la morale, le droit. Cette thèse
s'appuie sur les critiques du volontarisme étatique et de toutes
les formes de constructivisme qui ont prétendu forger la réalité
à coup de conceptions et mesures imposées. Dans notre histoire,
il a pu y avoir sur valorisation du politique avec la double thèse
«tout est politique et le politique peut tout».
Je
pense qu'il n'y a pas de rupture entre le spontané et le construit
et selon les domaines, il y a plus ou moins de spontané ou plus
ou moins de construit mais il y a toujours les deux. Dans la morale ou
le langage, il y a beaucoup plus de spontané que de construit alors
que pour le droit c'est beaucoup plus partagé. [La résultante
du spontané et du construit n'est pas forcément ce qu'en
attendaient les auteurs du construit]. Le rapport dialectique entre les
deux justifie l'intervention sur le spontané.
4.
Le marché est-il un ordre spontané ?
Les
thèses libérales et néo-libérales nous proposent
la main invisible, le processus de sélection naturelle par essai
et erreur qui amène à la disparition de ce qui est inefficace.
Le marché génère comme ordre spontané le meilleur
pour la société. La thèse s'appuie sur les tentatives
de modifier l'ordre antérieur sur des effets pervers de l'action
publique, de l'action construite. Ces effets pervers ont existé.
La thèse néo-libérale s'appuie aussi sur des distorsions
qui ont pu naître en faveur de groupes de pression.
Le
marché a de nombreuses formes d'efficacité. Mais pour être
efficace, il doit être organisé, contrôlé et
régulé. Il n'y a pas de marché complètement
spontané. On retrouve la dialectique spontané/construit.
Le jeu du marché dans ce qu'il a de spontané conduit au monopole,
c'est-à-dire à l'inverse du marché et alors les rapports
de forces viennent fausser ce que peut avoir de positif le marché.
5.
La liberté
La
liberté est définie comme absence de coercition, comme extension
au maximum de la sphère privée. Cette thèse s'appuie
sur le fait que l'État comme toute instance publique, a tendance
spontanément à outrepasser son rôle. L'État
a tendance à être liberticide s'il n'est pas contrôle
et régulé. Les thèses néo-libérales
s'appuient donc sur la critique de la sur valorisation et de l'instrumentalisation
de l'État.
Il
faut générer de nouveaux rapports entre l'État (au
sens large d'instances publiques) et la société en terme
d'unité contradictoire entre les deux. On ne doit pas concevoir
les rapports en terme de domination d'une instance supérieure (l'État)
sur des instances inférieures (la société civile en
particulier)
Conclusion
Sur
les cinq thèses et leurs critiques, un point commun existe, la question
de la démocratie. Le garant est l'expression de tout les acteurs,
la démocratie, l'intervention, le contrôle de la société.
Ce n'est pas un hasard si Hayek cherche à limiter la démocratie.
Nathalie
RICHEBÉ (Université de Paris 8) - Les organisations,
entre État et marché - Mon rôle, ici, est de rendre
compte des discussions qui ont suivi la présentation des textes
relatifs à la «critique des théories économiques
néo-libérales» et d'en tirer des éléments
de critique, ou plutôt des ouvertures possibles.
Beaucoup
de choses intéressantes ont émergé de ces échanges,
mais il me semble qu'il en est une qui revient avec insistance (même
si ce n'est pas toujours de manière explicite): c'est la question
de la place des organisations dans ce débat qui, traditionnellement,
oppose deux formes de coordination: par le marché ou par les prix
(ce serait le point de vue du "néo-libéralisme") et par l'État.
De
quelles organisations s'agit-il ici? Je reprend, là encore, celles
qui sont apparues au fil des débats: les entreprises bien sûr,
publiques et privées, mais aussi les associations, les collectivités
locales. Disons, pour résumer: ces entités qui sont des collectifs
d'individus et produisent des décisions importantes, pour l'économie
comme pour la société. Des décisions qui, à
l'évidence, ne sont pas réductibles à des décisions
individuelles (elles engagent toujours plusieurs individus) et n'émanent
ni du marché, ni de l'action de l'État.
Le
service public - pour peu qu'on veuille bien lui reconnaître une
marge d'autonomie, ou d'interprétation des règles émises
par l'État et de la mission qui lui est confiée - produit
bien de telles décisions. Les institutions qui font le service public
sont aussi, sont avant tout des organisations.
Alors,
partant de cette omniprésence des organisations dans les débats
critiques sur le libéralisme, ce que je voudrais dire tient en deux
points :
1)
Je
voudrais rappeler, d'abord, que la question de l'articulation entre organisation
et marché, ou si l'on préfère, de la place de l'organisation
dans le processus marchand, n'est pas absente des débats qui opposent
libéralisme et planification (ou étatisme, si l'on
veut reprendre ici l'expression de Pierre Bauby). Il est donc reconnu -
y compris par des libéraux - qu'il n'y a pas de marché sans
organisation(s); ou si l'on préfère qu'il n'y a pas que du
"spontané" dans le marché.
2)
Je
voudrais aussi montrer que l'intégration, dans ces débats,
d'un certain nombre d'analyses de ce qui se passe dans l'organisation (plus
précisément, d'analyses mettant en évidence les limites
d'une réponse centralisée au problème de la coordination
dans l'organisation) pourrait être fort éclairante pour notre
propos. Il y a toujours - et peut-être est-ce nécessaire -
de l'"ordre spontané" dans l'organisation.
Nous
montrons ainsi qu'une critique du libéralisme devrait intégrer
ces deux acquis de l'analyse: il y a de l'organisation dans le marché;
il y a de "l'ordre spontané" dans l'organisation. Le "marché
pur" n'existe pas plus que la "coordination centralisée" pure.
1)
Les
limites d'une analyse purement marchande des phénomènes économiques,
ou l'organisation dans le marché.
Je
vais d'abord revenir un peu en arrière dans le temps en m'appuyant
sur les travaux de quelqu'un qui a au moins trois points communs avec Hayek:
c'est un grand libéral (qui cependant prend beaucoup de distances
avec la méthodologie néo-classique), il est prix Nobel d'économie,
il a fréquenté la London school of economics (LSE) dans les
années 30. C'est Ronald Coase.
Au
début des années 30, Coase est étudiant à la
LSE. Il rédige les premières ébauches de son article
de 37, The nature of the firm. Presque au même moment - en 1928 -
le premier plan quinquennal est mis en place par Staline, en Russie. Évidemment,
on n'a alors aucun recul sur ce que ça pourra donner et la chute
du mur de Berlin est encore loin. A la LSE, les libéraux s'opposent
à ceux qui prédisent la réussite de la planification.
Mais
ces dernier avancent un argument (emprunté à Lénine)
que Coase prend alors très au sérieux: la planification,
ce ne serait rien d'autre que «gérer l'économie comme
si c'était une grande entreprise». Ce que Coase souligne,
à juste titre, (pas dans l'article de 1937, mais dans une lecture
de 1988, dans laquelle il relate la genèse de The nature of the
firm), c'est que les libéraux, à ce moment-là, n'ont
pas d'arguments théoriques solides pour répondre à
ça. Ils ont une théorie du marché et de l'équilibre,
ils ont une théorie des prix, mais ils n'ont pas de théorie
de l'organisation. Ils n'ont pas d'outils théoriques pour rendre
compte du fait qu'il existe, à l'intérieur du marché,
coexistant avec lui et participant même de son efficacité,
des «îlots de pouvoir conscient», lieux d'exercice d'une
forme de planification puisque la coordination, selon Coase, y serait assurée
par l'autorité et non par les prix.
Les
libéraux sont donc dans l'incapacité d'expliquer pourquoi
cette forme de coordination, alternative au marché, ne pourrait
pas croître jusqu'à intégrer l'économie nationale
toute entière, et pourquoi l'État ne pourrait pas être
l'organisateur d'une telle "entreprise". Pour répondre aux arguments
des partisans de la planification, il faudrait - dit Coase - expliquer
à la fois l'existence et les limites de la taille des organisations
au sein d'une économie de marché.
L'apport
de ce débat et l'apport de Coase, c'est donc d'avoir montré
qu'il y a de l'organisation dans le marché et que les économistes
- a fortiori les économistes libéraux - devraient pouvoir
en rendre compte. Coase montre aussi les limites profondes d'une analyse
purement marchande des phénomènes économiques: non
seulement il n'y a pas de marché sans organisations, mais celles-ci
sont nécessaires à son bon fonctionnement. La coordination
par les prix (sur le marché) et la coordination "consciente" (dans
l'organisation), sont deux formes complémentaires (plutôt
qu'alternatives) d'allocation des ressources. On ne peut donc, sans donner
une vision fausse du libéralisme, lui reprocher de ne pas prendre
en compte les formes de coordination non marchandes qui participent à
la vie économique. C'est justement le programme de recherche que
s'est donné Coase et à sa suite, un certain nombre d'économistes
institutionnalistes.
Mais
ce qui est vraiment étonnant dans ces débats, c'est que Coase
(comme d'ailleurs sans doute Lénine quand il fait référence
à la planification dans l'entreprise), ont une conception extraordinairement
autoritaire, centralisatrice et finalement assez pauvre de la nature de
la coordination dans l'organisation. (Coase, d'ailleurs, quand il décrit
ce qu'est la relation d'emploi, se réfère à la relation
maître-serviteur).
C'est
d'autant plus étonnant qu'à l'époque où parle
Coase, les pratiques managériales sont en rupture avec ce modèle
centralisé-autoritaire de l'organisation. (À General Motors,
par exemple, l'organisation de l'entreprise par divisions avait été
mise en place dès les années vingt).
Il
me semble donc que l'ont pourrait, pour notre propos ici, utiliser ce débat
entre les libéraux et les partisans de la planification à
la LSE dans les années trente, mais en retournant, en quelque sorte,
le postulat central des deux parties qui est: l'organisation est ce lieu
où l'allocation des ressources est décidée de façon
autoritaire.
2)
Les
limites de la coordination centralisée, ou: l'importance de la coordination
décentralisée dans l'organisation.
En
effet, de nombreux travaux montrent les limites d'une conception centralisée
et autoritaire de la coordination des ressources dans l'organisation. Il
me semble que cela pourrait alimenter le débat critique sur le libéralisme,
et permettre un dépassement de l'opposition entre État et
marché (comme moyens alternatifs d'assurer la coordination économique
et sociale) en montrant simultanément, comme le suggère d'ailleurs
Pierre Bauby dans son texte, les limites de ces deux modèles extrêmes
que sont le libéralisme et l'étatisme.
Pour
aller à l'essentiel et clore mon intervention: l'étude des
organisations est riche d'enseignements sur au moins trois points:
i)
Elle montre, tout d'abord, les limites profondes d'un pouvoir centralisateur,
qui voudrait tout contrôler et tout réguler "d'en haut", et
ce paradoxe relevé par Michel Crozier (dans Le phénomène
bureaucratique)_ : trop d'autorité tue l'autorité; une autorité
formelle trop centralisée, concentrée au sommet de la pyramide
hiérarchique, peut déboucher sur une autorité réellement
exercée extrêmement faible. Et tous les efforts des gestionnaires
sont orientés vers l'invention de formes organisationnelles qui
assurent une forme de coordination décentralisée de l'organisation.
Car non seulement il est rarement possible, mais n'est pas souvent souhaitable
de tout maîtriser "d'en haut" dans une organisation.
ii)
L'étude des organisations montre, deuxièmement, qu'il est
extrêmement difficile en pratique de distinguer (comme le fait Hayek)
l'ordre spontané de l'ordre créé. Dans une organisation,
il y a évidemment un pouvoir qui émet des règles (plutôt
que des commandements), mais ces règles ne sont jamais appliquées
mécaniquement; elles sont toujours interprétées, souvent
détournées de leur dessein initial. La production et l'évolution
des règles dans une organisation ne sont jamais seulement le fait
d'un pouvoir central. Je me réfère ici, pour l'essentiel,
au travaux de Jean-Daniel Reynaud qui sur ce thème (confère
les notions de "régulation de contrôle" et "régulation
autonome"), sont extrêmement riches.
iii)
L'étude des organisations montre, enfin, les difficultés
et la complexité de l'articulation entre intérêts particuliers
et intérêts collectifs. Dans une organisation, il y a évidemment
des intérêts collectifs. Pour prendre le plus évident
d'entre eux: la viabilité d'une entreprise tient bien à ses
résultats sur un marché. Les intérêts individuels
ne sont évidemment pas totalement détachés des intérêts
collectifs (aucun salarié n'a intérêt à ce que
l'entreprise à laquelle il appartient meure). En même temps,
l'entreprise et les salariés ont aussi des intérêts
contradictoires. On ne peut donc résumer l'articulation entre les
deux par une simple opposition ou bien par l'idée d'un parfait emboîtement
des intérêts. De plus, ces intérêts ne sont pas
statiques dans le temps: ils évoluent, mais sûrement pas de
manière totalement indépendante. La compatibilité
des intérêts individuels et des intérêts collectifs
est donc quelque chose qui se construit, s'apprend de part et d'autre chaque
jour.
Finalement,
cette intervention est une invitation à intégrer, dans les
débats critiques sur le libéralisme, les apports de deux
types d'analyses :
-
celles qui montrent l'importance des organisations, et plus généralement
des institutions dans le déroulement de l'ordre marchand,
-
celles qui montrent que de l'ordre spontané surgit inévitablement
dans les formes les plus centralisées d'organisation et rend imprévisible
ses résultats.
C'est
alors une troisième forme de coordination qui apparaît - et
n'est ni une coordination par l'autorité (comme le suggère
Coase), ni une coordination par les prix (comme le supposent certains libéraux):
c'est la coordination par des règles, présente à la
fois sur le marché et dans l'organisation.
L.
CARTELIER - Théorie économique néo-libérale
et relation avec l'efficience - J'ajouterai qu'il faut intégrer
à ce débat la dimension juridique. Dans cette partie, le
projecteur est plus braqué sur les aspects strictement économiques.
Je
repars de la 4 e thèse énoncée par Pierre sur le marché.
Les économistes libéraux ou néo-libéraux savent
que les services publics sont des configurations industrielles (production
et distribution en réseau) qui présentent des caractéristiques
particulières (externalités, bien collectifs). Ces économistes
libéraux ne proposent pas de rendre au marché la totalité
des fonctions de production et de gestion de ces services publics, car
ils savent bien que le marché doit être encadré. Ils
insistent aussi sur l'autre solution, le tout État, qui n'est pas
totalement efficiente. Ce qu'ils nous proposent - et c'est là-dessus
qu'il faut réfléchir - c'est une autre frontière entre
l'État et le marché: proposer de passer par les droits de
propriété plutôt que par les taxes pour gérer
les externalités. Il faut être vigilant car c'est à
la faveur de cette rectification de frontière qu'on passe insensiblement
d'une conception généreuse du service public à une
conception plus étroite et plus proche des idées d'aide sociale.
Théorie
économique libérale et relation avec l'équité
- Les économistes libéraux ou néo-libéraux
ne son pas fermés à toute idée d'équité.
Ils proposent de traiter les considérations d'équité
par la fiscalité directe et les dons (donner aux agents pauvres
les moyens d'acheter des quantités de service par le biais de bons
ou d'allocation monétaires), ce qui loin de nous satisfaire.
G.
HEINTZ - Ne pas opposer systématiquement État et marché
- J. Attali, il y a quinze ans a écrit que le libéralisme
ne peut se penser que contre l'État et se réaliser qu'avec
l'aide de l'État. Les deux exposés simplifient trop les choses
et opposent le marché et l'État. Cette opposition est fondée
sur un certain nombre de points, mais le marché et son efficacité
sont assurés grâce aussi à l'État et à
l'intervention des États (taux de change, législation du
travail, ... ).
Sur
la notion d'organisation - J'ai découvert le concept d'organisation
en faisant des recherches sur l'histoire des chemins de fer en France,
notamment sur l'apport du mouvement social. De la même manière
que les nationalisations ont fini par devenir une étatisation, le
thème de l'organisation est arrivé lorsque les ouvriers ont
voulu s'organiser face aux autres. On retrouvera ce concept chez Lénine
qui s'est inspiré du taylorisme car il avait compris que les Américains
avaient tendance à être efficaces, ce qui à Moscou
n'était pas encore le cas. La notion a pris une grande importance
chez les syndicalistes. Mais n'est-elle pas dépassée? Je
ne sais pas ce qu'a apporté dans la compréhension du débat
(sauf peut-être pour les managers) la sociologie de l'organisation
dont on a parle depuis vingt ans. Je m'interroge pour savoir si c'est le
bon concept.
G.
WIRTZ - Deux voies de redéploiement pour le service public - La
notion d'espace public de communication me paraît importante. Il
appartiendra au service public d'organiser et de faciliter des espaces
de communication, la rencontre entre les individus acteurs et créateurs
pour qu'ils créent ensemble des activités nouvelles. On rejoint
deux théoriciens de la vie: Albert [Mass] et son histoire de l'espace
public de la communication et Amartya Sen sur la capacité des individus.
Un État doit permettre aujourd'hui à chaque individu non
seulement de bien manger mais aussi de passer au stade de la réalisation
de biens dits supérieurs. C'est sur ces deux indices de recherche
importants que les services publics pourraient se re-déployer.
M.
CAVOURIARIS - J'aimerai ajouter trois éléments aux cinq
que nous a présentés avec une grande clarté P. Bauby
: l'équilibre, le coût de production et le social. L'économie
de marché a l'avantage de prendre en considération tous les
coûts (analyse coût-avantage).
Les
frontières entre les libéraux et les néo-libéraux
sont à chercher au niveau du social: existe-t-il dans les travaux
d'Adam Smith ou de Stuart Mill des travaux sur le social? Vous avez utilisé,
M me la présidente, le terme d'équité et non celui
d'égalité. Ce n'est pas un hasard. Dans le marché,
l'équité existe: chacun apporte quelque chose et reçoit
quelque chose. Où faut-il placer la frontière? Il faut la
placer encore dans la satisfaction des besoins fondamentaux. On demande
aujourd'hui à l'État de garantir les besoins fondamentaux.
Gustave
MASSIAH - Quelles sont les questions et critiques pertinentes pour notre
débat ? - De quelle(s) critique(s) avons-nous besoin ? Comment
identifier et ordonner les questions à soumettre au débat
? À quelle ligne directrice cela peut-il correspondre ? Nous avons
un débat international dans lequel la pensée néo-libérale
est sur le devant de la scène mais aussi en crise. Ce qui nous importe,
c'est le débat sur la réforme des politiques économiques
et les fondements qu'il y a derrière. L'idée aujourd'hui
dominante est que l'ajustement structurel est une nécessité.
Il faut éliminer la pauvreté et il faut de la bonne gouvernance.
Ce ne pas très cohérent et c'est une réponse aux critiques.
Le dernier rapport du PNUD met en avant l'idée de biens publics
internationaux et la banque mondiale répond que la libéralisation
est le premier des biens publics internationaux. Le paradigme de la libéralisation
est le suivant: le marché et la concurrence fondent l'efficacité
(et on disait même: la démocratisation - ce n'est plus le
cas). La libération des initiatives des entreprises est considéré
comme le moteur essentiel de la libéralisation. L'investissement
international est le seul porteur de modernité et le marché
des capitaux permet le développement de l'investissement international.
Quelles sont les questions que nous devrions mettre en discussion ?
-
Le problème de la rente : elle permet de mieux comprendre le fonctionnement
des marchés et de l'économie - notamment le secteur de la
nouvelle économie,
- le
bien public,
- la
régulation. Nous fonctionnons dans une représentation avec
deux acteurs, les entreprises et l'État. Nous voyons l'émergence
de deux nouveaux types d'organisation: les collectivités locales
et les associations. Quand elle n'est pas une entreprise ou un substitut
de l'État, l'association est porteuse d'une autre logique. Le problème
n'est pas alors la conquête des pouvoirs ou des contre-pouvoirs mais
celui des droits, ce qui introduit une nouvelle perspective par rapport
au croisement entre l'économique et le juridique. Les collectivités
locales portent les idées de démocratie de proximité
et de participation. Ces deux nouveaux acteurs, bien que n'étant
pas en position dominante, modifient la représentation et correspondent
à des formes de régulation nouvelles. Nous rentrons dans
un modèle plus complexe, transitionnel ou non et sur lequel il faut
s'interroger. Est-ce que les droits économiques, sociaux et culturels
représentent ou non une possibilité de régulation
du marché (et l'on converge vers des mouvements sociaux qui portent
ce type de revendication) ?
La nouvelle
façon de penser les services publics est liée au problème
de l'accès aux droits. Comment les garantir et les respecter ? Comment
organiser les marchés par rapport à cet accès aux
droits ? Comment rendre ces droits opposables ?
P.
BARGE - Démocratie et pauvreté - Je vais avoir l'occasion
d'intervenir sur les questions abordées par Gustave Massiah (la
démocratie et la régulation). Les libéraux n'ont pas
la même conception de la démocratie que ceux qui se mettent
dans l'autre camp. Le néo-libéralisme nous a entraîné
dans une conception plus moderne que celle de Malthus où il fallait
laisser les pauvres de côté. On constate un retour de l'ordre
moral d'aide aux pauvres sous des formes d'aides socialisées et
non individualisées (revenu minimum, voucher). Quelque chose de
dangereux émerge dans le discours commun, qui n'est pas une reprise
de l'ensemble de la théorie libérale par la société
et le discours politique mais de certains éléments qui fondent
une partie du libéralisme dans son idéologie profonde et
qui nous donnent une alternative: proposer aux pauvres une petite solution
parce que les affaires se passent ailleurs. Les pauvres sont exclus mais
on ne veut pas qu'ils fassent tache dans la réalisation du marché.
Ce
qui se passe dans les organisations est intéressant - pas le processus
de construction qui est à l'intérieur. S'il y une construction
citoyenne, il faut alors passer par des organisations, des modalités
et des formes de construction.
F.
FOURQUET - Conséquences de la dimension mondiale du marché
- Je reprends le 4 e point exposé par P. Bauby. De quel marché
parle-t-on: du marché intérieur ou du marché mondial?
Le marché intérieur a très souvent été
institué par les autorités politiques au Moyen-Âge.
Les attributs de la souveraineté étaient l'impôt, la
monnaie et le marché. Le marché mondial est spontané,
il est coextensif à la guerre. Aujourd'hui il y a bien une instance
de régulation, l'OMC. Pourquoi? La crise des idées non libérales
est liée à l'effondrement du communisme, un évènement
mondial politique et pas seulement économique. Les idées
interventionnistes de Keynes visent à répondre à la
crise et à développer l'emploi sans recourir à des
méthodes totalitaires. Cela est possible à condition que
l'État continue de susciter et d'orienter l'investissement. Aujourd'hui,
on est dans une autre époque. Le monde est mondialisé. Les
libéraux contre lesquels Polanyi s'insurge sont dans un univers
libéral composé d'États-nations. Le communisme s'est
effondré car il a été rongé par la mondialisation.
Pourquoi le commerce mondial fait-il l'objet d'une régulation ou
d'une organisation? Il existe déjà une société
mondiale et la société européenne est un élément
en pointillé dans une telle société. Parce qu'il existe
une société mondiale et un nouvel ordre mondial, il y a des
organisations mondiales et toutes nos réflexions sur le service
public doivent être pensées au niveau mondial.
R.
SIMPSON - Attention aux critiques trop faciles - On risque de s'engager
dans une chasse aux sorcières en citant les auteurs les plus extrêmes
du libéralisme comme Hayek, Friedman ou Crozier et en dénonçant
des modèles qui ne sont pas pratiqués en réalité
dans les services publics.
Le
système américain de réglementation des prix est plus
strict que les systèmes européens. Les marges de profit du
secteur électrique sont de moins de 10% (voire 1 à 2%), ce
qui crée un danger de sous-investissement. Pour cette raison, les
Américains sont arrivés au Royaume-Uni pour acheter notre
secteur électrique.
L.
CARTELIER - Merci de recentrer le débat. Le sujet est compliqué
et n'allons pas chercher des problèmes qui ne se posent pas. La
plupart de ces réseaux de service public restent gérés
d'une manière qui fait très largement intervenir la puissance
publique mais dans la plupart des expériences nationales, concrètes,
on se dirige ce sont des solutions de marché parce qu'elles nous
sont proposées comme meilleures que les solutions historiquement
empruntées.
Quelles
sont ces solutions libérales? Elles vont de la privatisation de
tout jusqu'à la délégation à des entreprises
privées de la gestion d'un service et des solutions intermédiaires
qui passent par une ouverture plus ou moins grande à la concurrence.
Que valent ces solutions qu'on nous propose comme modèle (en se
focalisant sur le double terrain de l'efficience et de l'équité)?
Michel
CAPRON - Sur l'intérêt général - Je m'interroge
et je vous interroge sur l'utilité du positionnement par rapport
aux théories économiques néo-libérales sur
la définition d'un fondement théorique de l'existence des
services publics aujourd'hui.
La
notion d'intérêt général figure dans l'intitulé
de la journée mais on en parle peu. Elle semble admise par tout
le monde mais elle n'est pas évidente, même si on ressent
comme l'a dit Pierre Bauby que l'intérêt général
n'est pas la somme des intérêts particuliers. Comment peut-on
définir l'intérêt général aujourd'hui
à la fois théoriquement et pratiquement? La force de la défense
du service public ne sera réelle que si on est capable de définir
ce qu'est cet intérêt général. Ce n'est pas
évident pour un certain nombre de raisons. L'intérêt
général est le plus petit dénominateur commun entre
des intérêts qui sont divergents et contradictoires, c'est
le résultat de compromis entre des forces plus ou moins dominantes
qui s'affrontent et trouvent un terrain de consensus. On a longtemps pensé
que l'État était l'expression de cet intérêt
général. On ne peut plus défendre cette thèse
sachant que l'État est balancé entre des forces antagonistes
et qu'il n'est qu'un des organismes de régulation dans les États-nations
et dans le monde. Peut-on considérer que l'intérêt
général est un principe supérieur commun? Dans ce
cas, qui en décide ? Comment est-il élaboré ?
Tout
le monde dit qu'il faut penser à l'échelle de la mondialisation.
Mais l'intérêt collectif commence dès que quelques
individus se rassemblent pour faire quelque chose ensemble. Ce peut être
le cas d'une communauté de proximité, d'une mutuelle, de
l'État-nation, d'un continent, de la planète. À quel
niveau doit-on placer l'intérêt collectif ?
L.
CARTELIER - Qu'est-ce que l'intérêt général
? Nous avons actuellement deux réponses insatisfaisantes. La réponse
de l'économie standard est que l'intérêt général
est l'optimum. On sait pourquoi elle est insatisfaisante. La deuxième
réponse est donnée par le courant keynésien: l'intérêt
général est un principe supérieur commun. La tradition
keynésienne répond que l'État omniscient et bienveillant
décide de cet intérêt. L'État s'est souvent
trompé. La question reste posée, surtout qu'aujourd'hui le
véhicule classique de l'intérêt général
qui était la nation disparaît avec l'Europe ou la mondialisation.
On reste dans le vide.
F.
FOURQUET - Il y a bien le niveau de l'humanité.
L.
CARTELIER - Oui, mais il faut en faire la théorie.
Ph.
BRACHET - L'utilité de la notion d'organisation - Robin a le
mérite de nous rappeler aux faits, sachant que dans le séminaire,
nous nous sommes surtout centrés sur les modèles théoriques
ultra libéraux. La question-clé étant le rapport des
deux: faits et modèles théoriques. On pourrait mieux intégrer
dans le séminaire les faits et les réalités. Dans
quelles mesures les notions théoriques sont-elles capables de rendre
compte des réalités et dans quelles mesures les réalités
infirment-elles les modèles théoriques?
La
notion d'organisation est stratégique sur ce point car elle n'est
pas qu'une notion courante ou officielle mais aussi un concept. Contrairement
à Hayek qui selon moi a failli à construire scientifiquement
le concept d'ordre spontané, celui d'organisation est critique par
rapport aux réalités institutionnelles officielles des organisations.
Il montre que les fonctions latentes sont très distinctes des fonctions
officielles et que le jeu réel des acteurs n'est pas celui qu'en
présente l'organigramme officiel. Les travaux de Crozier et de son
école mais aussi celui de Jean-Daniel Raynaud dans son livre Les
règles du jeu présentent un intérêt pour notre
perspective.
P.
BAUBY - Pourquoi se positionner par rapport au néolibéralisme
? Toute théorie s'élabore toujours par opposition à
un paradigme dominant antérieur. Les thèses néo-libérales
du dernier demi-siècle se sont élaborées en opposition
aux thèses socialistes communistes de la période antérieure.
Les thèses néo-libérales mettent le doigt sur de vraies
questions (ce qui ne veut pas dire que se sont des réalités
immédiates) qui nous amènent à réinterroger
notre culture, notre histoire, nos positionnements antérieurs pour
les faire évoluer.
Sur
l'intérêt général - La conception traditionnelle
française pose le sommet de l'État comme décideur
de l'intérêt général et cela et cela sans discussion
possible. Il suffit de l'appliquer et de la mettre en valeur. La critique
des néo-libéraux est ici pertinente. La question qui nous
est posée est de définir une autre conception du contenu
et du mode d'élaboration de l'intérêt général
fondé sur l'intervention de tous les acteurs à tous les niveaux:
du micro au mondial, l'intérêt de groupe est un intérêt
collectif. Le problème est de faire émerger ces intérêts
collectifs à tous les niveaux par des processus démocratiques.
C'est cela qui sous-tend l'existence de services d'intérêt
général. Le terme européen de service d'intérêt
général est adéquat et riche car il met l'accent sur
les finalités, c'est-à-dire l'intérêt collectif.
Mondialisation
et re-territorialisation - Les questions d'environnement et de développement
durable sont du service public mondial à construire. F. Fourquet
nous dit que la nouveauté est que le monde est mondialisé.
Il a raison mais ce n'est pas suffisant. En même temps qu'il y a
une mondialisation du monde, il y a re-territorialisation. L'un ne va pas
sans l'autre et il y a réancrage sur le micro, le local et sur des
enjeu très concrets. Les acteurs forts de la mondialisation sont
ceux qui sont ancrés sur le territoire local, régional et
national. D'où l'importance de la dimension européenne dans
cette problématique.
N.
RICHEBÉ - Ma proposition va dans le même sens que celle
de François Fourquet. Pour élargir et ouvrir le débat,
il faut déplacer le niveau d'analyse de l'opposition entre étatisme
et libéralisme. Tu proposes d'aller au-delà et moi de le
recentrer sur des formes mésoéconomiques. Nos deux propositions
sont complémentaires et vont dans le même sens.
Je
réponds à M. Heintz sur le concept d'organisation. J'ai utilisé
le terme d'organisation et je n'en connais pas exactement l'origine. Je
l'ai utilisé car il est ambigu: une organisation désigne
à la fois un contenant et un contenu (institution et coordination).
J'aurai pu utiliser les termes de coordination ou d'institution.
G.
MULLIER - Sur la notion d'intérêt général -
La
notion d'intérêt général évolue. Il y
50 ans les gens n'avaient pas besoin d'avoir un compte courant et pouvaient
être payés en argent liquide. Le système bancaire est
ouvert à la concurrence. Il existe des banques nationalisées,
mais il n'y a pas de main mise de l'État comme dans les transports.
On constate une exclusion des services bancaires. On ne peut pas payer
un loyer en liquide, et pourtant, certain n'ont plus de compte courant.
Le livret A fait office de compte courant et le nouveau besoin n'est comblé
par personne. Est-ce de l'intérêt général? La
pauvreté ne doit pas être comblée par la charité
publique mais par un système de redistribution. L'un de ces systèmes
est un accès égalitaire à des équipements minimums,
par la péréquation tarifaire. Je ne suis pas particulièrement
attachée à cette notion de péréquation tarifaire
mais il faut trouver d'autres outils sans la remplacer par la charité
publique.
Les
entreprises publiques ont beaucoup utilisé la rationalité
économique de l'organisation taylorienne. Or elle est destructrice
des capacités humaines d'initiative et d'autonomie Cela s'est vu
particulièrement au moment des restructurations dans les entreprises
publiques. Comment alors les individus peuvent-ils être des acteurs
d'un débat économique et démocratique?
A.
DRIVAS - Pourquoi le libéralisme exerce-t-il une fascination
depuis un certain temps ? J'ai l'impression qu'on fait l'amalgame entre
libéralisme économique et libéralisme politique. Si
l'on regarde l'histoire, on voit que le libéralisme au 19 e siècle,
à peine arrivé à son apogée, se trouve confronté
à une contradiction: l'État qui se constitue peu à
peu. La question de la justice distributive est centrale. Le libéralisme
se trouve devant deux réalités : il a besoin d'une autorité
de type étatique pour s'imposer et l'État ne contrôle
pas si bien que ça. Ne sommes-nous pas confrontées à
des formes d'autorités dépassées ? Le terme de démocratie
revient souvent mais c'est plus un problème d'autorité que
de démocratie.
T.
KLEIN - Proposition pour la recherche future - Il faut préciser
ce qu'on appelle organisation. Il vaut mieux partir des approches néo-institutionalistes
ou des théories des conventions et approfondir la question de l'institution,
qui peut recouvrir l'État et le dépasser. Il faut reconnaître
les asymétries informationnelles et les rapports d'autorités
dans les organisations. L'organisation peut être aussi porteuse d'autres
problèmes. Je rejoints Lysiane Cartelier dans sa conclusion: attention
au côté manichéen, notre critique à la théorie
néo-libérale n'est pas claire. Il faut donc se servir des
éléments les plus pragmatiques chez les néo-libéraux
mais aussi dans d'autres courants.
M.
CALLA - Existe-t-il une théorie économique (libérale
ou non) qui puisse expliquer que les buts financiers sont devenus les principaux
instruments de destruction des services publics ? Les services publics
vont être privatisés afin de satisfaire le besoin de «
chair à boursicotage ».
La
mondialisation n'est pas irrémédiable. La Malaisie s'est
fermée pendant 18 mois (20 millions d'habitants, 4000 dollars de
revenu par tête). C'est le seul pays d'Asie du sud-est où
le revenu par tête n'a pratiquement pas baissé. Leur dictateur
nationaliste a fermé le pays. Je me pose la question de savoir si
la mondialisation est aussi prégnante qu'on le veut ou bien c'est
simplement parce qu'on a bien envie de l'assumer.
L.
CARTELIER - Proposition pour la recherche future - Le programme de
travail sur la question du service public à l'heure de la mondialisation
est très lourd. Je retiens de ce que vous avez dit que la première
étape pourrait consister à approfondir la notion d'organisation
en s'aidant pour cela d'une approche néo-institutionnelle.
Un
autre point pourrait être de réfléchir à la
notion d'intérêt général. Que signifie-t-il
à l'ère de la mondialisation ? Comment sinon l'atteindre,
du moins s'en rapprocher ? De nouveaux risques d'exclusion existent aujourd'hui.
Le service public est-il encore une bonne réponse pour gérer
ou diminuer ce risque d'exclusion ? J'ai encore tendance à penser
que oui. La Poste est tenue d'ouvrir un compte à tout agent rejeté
par le système bancaire traditionnel. Aujourd'hui on étudie
le principe d'un service bancaire universel, ce qui montre que le service
public constitue une bonne réponse à une série de
nouveaux risques D'autres solutions plus libérales sont à
étudier et on ne peut que se féliciter d'avoir un terrain
aussi riche aujourd'hui. |