Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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SERVICE PUBLIC |
L'Europe, avenir du Service Public ? Le Service public, avenir de l'Europe ? |
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Mise en perspective historique du service collectif européen Ph. FRÉMAUX (Alternatives économiques) - Il me revient la chance d'être le régulateur de la première séance. Je donne tout de suite la parole à François Fourquet. François FOURQUET (Université Paris 8) - Je suis chargé d'introduire la discussion sur la mise en perspective historique. La difficulté est de ramener ce que j'ai à dire en un quart d'heure. Nous avons eu des débats très vifs sur la question posée pas nos amis de Réseaux Services Publics: savoir quels étaient les arguments que nous pouvions opposer à la doctrine ou idéologie néo-libérale installée depuis une vingtaine d'années - et depuis plus longtemps encore dans les milieux européens. Un repère important a été Frederich Hayek. Je me suis mis à le lire et c'est loin d'être le doctrinaire sec et dogmatique que l'on a l'habitude de considérer. 1.
Le service public comme résultat d'un ordre spontané
2.
Existe-t-il une société européenne ?
3.
S'il
doit exister, le service public européen sera lui aussi le résultat
d'une sorte d'ordre spontané. S'il existe, (je ne me permets pas
de donner un jugement a priori mais cela ne peut pas exister du fait que
le monde anglo-saxon est prioritaire par rapport à la formation
de l'Europe ou à cause de la priorité de la mondialisation)
il sera le résultat d'un ordre spontané, résultat
des conflits sociaux, d'opinions et d'intérêts qui devraient
être arbitrés par un débat démocratique. Cela
est normatif. Qu'est ce que la démocratie? C'est la pacification
au prix d'une institutionnalisation des conflits. Nul ne sait à
l'avance le résultat des courses.
Ph.
FRÉMAUX - Merci. Autant je partage le premier et le troisième
point, autant le second me laisse rêveur. Si on peut partager tes
conclusions, on peut discuter des hypothèses qui les fondent dans
la caractérisation de l'Europe et la façon dont tu traites
les Anglais. On peut aussi considérer que les États-Unis
sont une extension de l'Europe et qu'ils dominent à travers des
produits culturels nés pour la quasi-totalité sur notre continent.
Le problème posé à l'Europe est la façon dont
le capitalisme s'organise sur une base non pas tant mondialisée
mais d'abord transatlantique (pour les flux commerciaux, les flux d'investissements,
les flux de brevets). L'Asie reste dans une situation assez différente
par rapport à cela. La vision franco-française d'une forteresse
est en cause. Dès que Leon Britan parle d'accord de libre échange
transatlantique, c'est comme si l'on avait dit un gros mot alors que de
facto, une grande partie de notre commerce extérieur se fait avec
les États-Unis. L'idée de mettre un cadre n'est pas mauvaise.
Katherine
VARIN (Réseaux Services Publics) - C'est la première
séance de ce séminaire. Je suis amenée à me
demander « de quoi parle-t-on ? » La première chose
qui me frappe est l'abondance de termes utilisés par le programme
du séminaire: il parle de services d'intérêt général
(et mondialisation), de service public (et Europe), de services collectifs,
dans une mise en perspective historique (c'est le thème de cette
séance). Nous avons oublié les services d'intérêt
économique général et le service universel, autres
déclinaisons qui sont apparues récemment dans la langue de
Bruxelles.
1.
Genèse du service public
Peut-on
vraiment parler de paix quand on parle de la construction européenne?
3.
Quel cadre pertinent de raisonnement: Monde ou Europe ?
Cependant, c'est l'idée d'une spécificité européenne historique, fondée sur les services d'intérêt général qui a convaincu la Commission européenne que ces services derniers sont «au cœur de l'Europe» et l'a conduite à prendre, en septembre 1996, une communication intitulée Les services d'intérêt général en Europe, dont je cite quelques extraits: «les services d'intérêt général constituent […] un élément de l'identité culturelle pour tous les pays européens, jusque dans les gestes de la vie quotidienne. […] Cette communauté de valeurs débouche sur une variété de modes d'organisation différents […] (mais) des mission similaires sont remplies […] une telle variété de situations représente un défi pour l'intégration économique européenne. […] Pour autant, loin de constituer un obstacle sur cette voie, elle constitue un réservoir dans lequel il est possible de puiser»… J'ajouterai
que la mondialisation est de tous les temps: l'empire romain, l'empire
espagnol, l'empire britannique, pour ne considérer que des puissances
occidentales. Les empires se font et se défont. Chaque pays intègre
l'héritage de l'empire à sa propre culture et crée
une nouvelle identité qui lui est propre: par exemple les États-Unis,
l'Inde, …
Existe-t-il
une société européenne ? Je répondrai que oui:
la construction de services d'intérêt général
à la dimension de l'Europe est un élément de construction
de l'identité européenne et constitutif d'une entité
européenne capable d'être acteur de la mondialisation.
4.
L'avenir de l'Europe et du service public.
Je vais citer de nouveau A.-M. Thiesse : « l'entité supranationale européenne devient un espace juridique, économique, financier, policier, monétaire: ce n'est pas un espace identitaire. Lui fait défaut tout ce patrimoine symbolique par quoi les nations ont su proposer aux individus un intérêt collectif, une fraternité une protection ». Pour ajouter que selon moi, les services d'intérêt général peuvent offrir ce patrimoine symbolique à l'Europe. Pour que l'Europe ne soit pas perdante, il faut aussi être agissant: • il
faut que les services d'intérêt général interrogent
les nouvelles thématiques auxquelles ils sont confrontés:
• il faut que la société civile continue de se mobiliser pour les services d'intérêt général dans des ensembles plus ou moins formels, comme le Comité européen de liaison sur les services d'intérêt général (CELSIG), par exemple, • et
pour notre part, il m'a semblé ressortir de nos débats que
nous devons continuer à approfondir certains concepts et les relations
qu'ils ont entre eux, comme:
Parce que cela pose la question de la société dans laquelle nous voulons vivre. F. FOURQUET - Une précision sur l'image de l'Angleterre - Je demande au Président l'autorisation de rajouter une phrase : la manière dont j'ai présenté les choses risquerait de faire apparaître les Anglais comme des empêcheurs de tourner en rond et ce n'est pas ce que je pense. L'Angleterre est porteuse d'une mondialité que la France et L'Europe n'ont pas au même degré. Si la City est une place bancaire où est sous traitée la puissance financière américaine, c'est aussi parce que l'Angleterre a toujours préféré le grand large. Ce n'est pas une parole de mépris par rapport aux Continentaux. L'Angleterre est porteuse du fait que la mondialisation prévaut peut-être sur l'européanisation. Jean
MEDAM - Pourquoi devrait-on faire une opposition mondialisation/européanisation?
-
Ne pourrait-on pas plutôt prendre comme hypothèse pour
concilier les deux termes du conflit, que l'Europe, ce serait la manière
dont les Européens perçoivent la mondialisation? Pour l'Angleterre,
la mondialisation n'est pas du tout incompatible avec l'idéologie.
Il n'y a pas les mondialistes et les égoïstes, mais une manière
pour les Européens de digérer la mondialisation. En ce sens,
de la même manière qu'on pourrait dire qu'une économie
crée une information, on peut dire qu'une idéologie crée
un marché ou une économie. Un point de vue sur la mondialisation
crée une économie matérielle.
Anne
QUERRIEN - Il manque à nos débats la dimension urbaine
- Revue des annales de la recherche urbaine - Dans les deux exposés,
il manque la civilisation urbaine, l'Europe des villes, le monde des villes
et les villes-mondes. J'ai été invitée il y trois
semaines par la Banque Mondiale à une réunion à New
York avec toutes les grandes banques américaines et mondiales qui
essayaient de convaincre les représentants des grandes villes du
monde d'accepter de se faire noter (comme on note les entreprises) pour
leur capacité de remboursement et de devenir donc des lieux d'investissement
mondialisé pour les grandes banques. Une bataille financière
a commencé lors de la réunion de l'ONU à Istanbul
en 1995. Pour le capital mondial il s'agit de détacher les villes
qui le méritent de leur État national comme lieu d'investissement
économique et notamment dans les services publics. Il s'agit d'émettre
des emprunts sur le marché mondial pour l'amélioration de
la vie collective des villes en question: S t Petersbourg, Hanoi, Mexico...
P. BAUBY - Sur les trois sources et les trois parties constitutives du service public - Dans les débats lancés, on retrouve trois grandes questions: l'ordre spontané, la dialectique entre spontané et construit, le lien entre civilisation occidentale et civilisation européenne. Cela m'amène à essayer de complexifier ce que disait François dans son introduction. Les trois sources sont la chrétienté; le mouvement local dans lequel on trouve la dimension ville et une source qui permet de voir les liens entre civilisations occidentale et européenne, c'est-à-dire l'industrialisation et le mouvement ouvrier. La rencontre de ces trois dimensions - et pas simplement la linéarité de l'origine (civilisation chrétienne) - fait émerger à la fin du 19 ème siècle le concept de service public. Les trois parties constitutives sont aussi des droits individuels d'accès à tel ou tel bien ou à tel ou tel service. C'est l'intérêt collectif de la collectivité locale, nationale, régionale et c'est une manière de mener une politique volontaire. Quand on fait le lien entre ces trois sources et ces trois parties constitutives, il en ressort qu'il y une originalité qu'on ne retrouve pas de la même manière aux USA. L'Europe de ce point de vue est un échelon pertinent pour être acteur de la mondialisation. Il y a toute une batterie possible de formes de mondialisation dans laquelle l'Europe peut être acteur. J.-C.
BOUAL - Existe-t-il une société européenne? -
La question que nous pose François est venue à la fin de
nos deux ans de travaux. S'il n'y a pas de société particulière
au niveau européen, faut-il en construire une? Quelle volonté
politique avons-nous au sein de l'Union Européenne (élargie
demain) de construire une société européenne réellement
avec des jeux entre les différents pays puisque la vision de la
société européenne n'est pas forcément la même
pour le Royaume-Uni, la France ou l'Allemagne. Cette première question
est donc politique.
R. FARNETTI - Sur l'opposition entre capitalisme anglo-saxon et capitalisme d'économie sociale qu'il faut dépasser - Je suis spécialiste de l'économie britannique. On utilise un peu trop les termes lancés par Michel Albert dans son ouvrage Capitalisme contre capitalisme, certes commodes sur le plan pédagogique avec d'un côté un capitalisme anglo-saxon incarné par les USA et la Grande-Bretagne (essentiellement soucieux de valeur pour les actionnaires) et de l'autre côté un capitalisme d'économie sociale de marché incarné par le Japon et l'Allemagne. Il faut savoir dépasser ce cadre réducteur. Je préfère utiliser un cadre développé par un conseiller de Tony Blair, Will Hutton qui distingue quatre grands types de capitalisme. S'il met bien d'un côté le capitalisme anglo-saxon, américain et britannique, il n'en souligne pas moins des divergences et des oppositions fondamentales entre le capitalisme américain et le capitalisme britannique. Je serai assez provocateur sur la question de la City et sur celle de Vodafone/Manesman. La société britannique Vodafone était inconnue il y a 4 ou 5 ans. Elle a connu une croissance en bourse exponentielle et a été capable de s'emparer d'un des fleurons de l'industrie mécanique allemande Manesman. Qu'y a-t-il de britannique dans Vodafone? Pas grand'chose. Il est constitué de fonds d'investissement des quatre coins de la planète. La City est un offshore island, c'est-à-dire une île qui se balade dans le sud-est de la Grande-Bretagne et où un ensemble de banques américaines, japonaises ou allemandes ont pris place. La raison de l'attitude anglaise face à la construction européenne - On peut expliquer la relation des Anglais à l'Europe à partir de là. Ils ne veulent pas se laisser enfermer dans un périmètre que nous appelons construction européenne parce que ce champ n'est pas assez grand en matière d'extraction de profit. Les capitalismes américain et britannique sont essentiellement orientés dans une direction rentière mais les États-Unis ont encore une substance industrielle. Le tissu industriel de Grande-Bretagne a pratiquement disparu - sauf dans quelques secteurs et quelques niches. La Grande-Bretagne représente la deuxième rentabilité des fonds de pension (environ 20%) après la Hollande (environ 30/40%), alors que Michel Aglietta dans le Capitalisme patrimonial mentionnait le seuil de "dictature" aux environs de 15%. Si cette tendance devait se continuer aux États-Unis, ils vont eux aussi perdre leur substance industrielle. Ce conseiller de Tony Blair est aussi l'un de ses plus féroces critiques. Il connaît très bien la bourse et la City pour avoir été agent de change. Ph.
FRÉMAUX - Sur la société civile européenne
- La destruction de toute possibilité de corporation et d'association
fait qu'entre l'espace du marché et l'espace de l'État, il
n'y a personne. La façon dont on reconstitue du lien social et du
lien collectif se fait à travers le service public, porteur de toutes
les valeurs du collectif. Dans d'autres pays, des formes d'organisations
intermédiaires ont pu exister et même si le marché
perturbe nos formes d'organisation en France, est-ce que ce n'est pas la
redécouverte de formes intermédiaires?
Ph. BRACHET - La reconnaissance des SIG (services d'intérêt général) en Europe sera essentiellement une question de civilisation, d'organisation de l'Europe comme dialogue entre les traditions et les histoires de ses différentes composantes. Ni le rôle du marché, qui tend à dissoudre les activités de service public, ni même des impératifs techniques qui sont très puissants, n'aboutiront à réaliser leur organisation. Ce qui est en jeu sur cette question, c'est l'attitude du politique au niveau européen. On voit la façon dont les États sont au niveau européen semi-paralysés par une situation peu démocratique et opaque - comme d'une autre manière au niveau de chacun d'entre eux. Dès lors, la question est: comment faire percer un débat critique et culturel sur l'organisation des services d'intérêt général malgré toutes les pesanteurs? La prise de conscience européenne de la nécessité d'organiser les services d'intérêt général peut et doit être l'un des principaux leviers de l'organisation de l'Europe comme démocratie spécifique. Cela devrait être l'une de nos pistes d'analyse et d'initiatives pour les mois et les années à venir. G. MULLIEZ - Conflits sociaux et inégalités - Je suis syndicaliste Sud-PTT et agent de maîtrise à La Poste. À la sortie de la deuxième guerre mondiale les conflits sociaux ont joué un rôle important dans la formation des services publics en France. Il y a eu pendant longtemps dans le mouvement ouvrier français deux revendications: un service public égalitaire et des statuts pour le personnel, revendications remises en cause aujourd'hui par les privatisations partielles. On voit apparaître la limitation des conflits sociaux par l'affaiblissement des statuts, de remise en cause des statuts. Les conflits sociaux peuvent beaucoup moins s'exprimer qu'auparavant. Pas encore dans les services publics parce que le processus n'est pas avancé mais un des objectifs de ces privatisations est de mettre en cause des statuts pour que les conflits sociaux soient strictement limités. Le mouvement social de 1995 est celui du service public. Il a posé, pas toujours de façon claire et précise, le problème des services publics en France et peut-être aussi en Europe. L'affaiblissement du secteur public et des services publics est un facteur d'inégalité sociale et de pauvreté. Des catégories sociales ne peuvent plus accéder au service car il n'y a plus d'usager mais un client. Les inégalités territoriales se dessinent de plus en plus: les bureaux de poste de certaines banlieues sont moins bien aussi équipés ceux de Paris. M.
CAVOURIARIS - Une mise en perspective historique - Dans une perspective
historique, il faudrait voir les conditions de l'Europe en termes de vocabulaire
utilisé, de concepts élaborés et de politiques à
travers les différents programmes. Cette histoire a commencé
depuis l'empire romain, mais aussi depuis la deuxième guerre mondiale.
Par exemple aujourd'hui, on peut examiner le modèle européen
par rapport au modèle américain. Derrière le concept
de la convergence, nous trouvons une conjoncture politique. L'Europe n'est
pas un ordre spontané. Il y a une volonté politique, une
voie tracée par des intérêts bien particuliers qui
font qu'il n'y a pas une seule mais plusieurs Europes: l'Europe des villes,
l'Europe des consommateurs, l'Europe des régions, l'Europe des syndicats.
C'est contradictoire, car le but de cette convergence politique est le
besoin de l'élargissement de l'Europe, élargissement difficile
à réaliser.
Sur
la société civile européenne - On verra les programmes
qui existent au niveau de la société civile. Il est très
bon d'avoir une société civile qui se reconnaît à
travers la démocratie, la paix et la connaissance à travers
la participation. M me Varin a soulevé cette question. Quelle est
cette société civile? Les mouvements des Européens
à l'intérieur du territoire des États-membres se sont
presque arrêtés au moment de la création de l'Europe.
Je ne dis pas qu'ils existaient avant de manière extraordinaire.
Quels sont les mouvements de populations à l'intérieur de
l'Europe? Prenons d'autres indicateurs pour les appréhender. Quelles
sont les traductions des livres allemands, anglais en France? La société
civile n'arrive pas à se fonder car ses principes fondamentaux n'existent
pas au niveau de la démocratie, de la paix (qui est morte au Kosovo),
et au niveau de la participation. Les inégalités qui apparaissent
constamment ne laissent pas cette société civile se créer.
M.
HEINTZ (SNCF) - Plusieurs interventions semblent montrer une confusion
entre les organismes de service public et les services publics à
proprement parler. La réalité européenne dessine une
évolution de fond qui a tendance à supprimer progressivement
(ou à faire évoluer) toutes les structures des services publics
vers des notions qui relèvent plus des missions de service public.
La réflexion autour des services publics change complètement.
Ce n'est pas nouveau car il y a eu beaucoup d'ambiguïté autour
de cette notion. Je prends l'exemple des transports ferroviaires. Le chemin
de fer est apparu dans les années 1840 essentiellement sous la forme
de compagnies privées. l'État s'y est impliqué car
les sommes à investir étaient si énormes que les banquiers
n'étaient pas suffisants. Il fallait aussi exproprier des gens là
où le chemin de fer devait passer. Dès 1848, les travailleurs
du rail ont voulu nationaliser le chemin de fer à cause du scandale
financier (une forte tendance du capitalisme à s'emparer de l'argent
qui était considéré par ces travailleurs comme un
bien public). La SNCF est apparue en 1937 ou 1938, prenant la suite des
compagnies privées qui avaient toutes fait faillite. À cette
époque, le premier congrès de la C.G.T. avait bien souligné
que la nationalisation voulait associer les travailleurs et les usagers
à la gestion du chemin de fer, mais le résultat fut par contre
une étatisation. Cette dernière a permis de mettre en place
des conseils d'administration pour gérer la banqueroute des entreprises
privées.
J. MEDAM - Je ne veux pas dire que Vodafone représente un capital britannique, mais bien au contraire que l'expérience de Vodafone montre que quelque chose ayant pour base la City est mondialisé. On ne va pas vers une abstraction croissante du capitalisme. Vodafone n'existerait pas sans le développement du téléphone mobile, donc il y a bien une base industrielle. Manesman a été découpé en petits morceaux. Vodafone en a pris la partie mobile et veut revendre le reste pour en faire du cash. Sur le facteur de production travail - Il existe une spécificité de l'Europe par rapport aux États-Unis: la non-circulation du facteur travail. D'après ce que l'on m'a dit, lorsqu'un Américain n'a pas de travail, il se déplace dans un autre État avec toute sa famille et il le fait plusieurs fois dans sa vie. C'est moins vrai en Europe. Dans l'édition par exemple, un éditeur britannique peut faire imprimer un manuscrit français aux Indes par l'intermédiaire de l'informatique. Ne peut-on pas penser que le moins de mobilité de la main-d'œuvre en Europe par rapport aux États-Unis peut être compensée par les possibilités de circulation du travail sans mobilité physique (par Internet)? Bertrand
de QUATREBARBES (consultant) De quoi le service public est-il le
résultat ? - Les services publics sont un point de convergence
important entre des intérêts contradictoires. Ils sont l'un
des instruments de l'empire ou des pouvoirs (le centre), de leur présence
active et symbolique sur le plan local. Ils répondent aussi aux
intérêts de besoins locaux sur l'organisation de la vie locale.
Il existe une convergence, mais aussi des divergences, entre les besoins
locaux et ceux du centre. Il existe des rapports contradictoires à
un certain moment entre les services publics et le marché. Le marché
peut et veut répondre aux besoins locaux, ce qui revient à
réduire les services publics locaux et les instruments du centre.
Distinguer dans le service public les missions des opérateurs - Dans cette problématique, si l'on veut progresser et compte tenu du fonctionnement des services publics, notamment en France, il importe de distinguer la mission du fonctionnement de l'entreprise. Sur quels critères définir la mission? F. FOURQUET - (à Pierre Bauby et J.-C. Boual) Tout est possible malgré des tendances historiques lourdes - En faisant référence à l'histoire de longue durée, en jouant les positivistes et en indiquant des tendances lourdes, je me situe un peu en dehors de votre perspective. L'idée de société européenne n'est-elle pas déjà périmée? Vous réagissez et c'est normal. L'histoire apporte un éclairage, mais tout est toujours possible. Dans une Europe déjà percée de partout et mondialisée (c'est la tendance lourde), votre action fait partie de l'ordre spontané en train de se faire au même titre que les libéraux qui veulent empêcher la formation de services publics à l'échelle européenne. Tout est toujours jouable. Je
suis d'accord avec Pierre Bauby (sous réserve de discussion) sur
les trois sources. Ta première source (les services publics et l'État)
est très précisément pour moi « le service public
est un appendice de l'État ». L'État national est en
crise, donc la question posée est celle d'un État européen.
Je suis moins convaincu sur la vie locale (ta deuxième source) bien
qu'il y ait le socialisme municipal. Je suis entièrement d'accord
sur le troisième point concernent l'importance du mouvement ouvrier.
Si le mouvement ouvrier est en partie en crise, c'est aussi à cause
de la mondialisation et la question posée est celle d'un mouvement
ouvrier à l'échelle européenne. Pas de service public
sans un vrai mouvement social.
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