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SERVICE PUBLIC

 
Coordination pour l'évaluation démocratique dans le service public de santé
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Bulletin n°0
 
Éditorial
Professionnels et usagers de santé peuvent-ils ensemble démocratiser leur service public ?
Pour la création d'une coordination dans le service public de santé
Propositions de création d'une coordination pour l'évaluation démocratique dans le service public de santé

sgqdfg
Retranscription de la rencontre-débat du 5/2/2001
hôpital Georges Pompidou (HEGP)
20 rue Leblanc - 75015 Paris
auditorium
organisée par LAITEC et le département droit des usagers (HEGP)
 

Professionnels et usagers de santé peuvent-ils ensemble démocratiser leur service public ?

Programme :

Accueil
Louis Omnès, directeur de lHEGP
Introduction
Jean-Claude Boual, responsable de la mission Européquipement - ministère de lÉquipement
Conjuguer modernisation et démocratisation du service public de santé
Ph. Brachet, maître de conférences en sciences politiques à lUniversité Paris X
Le partenariat usager-professionnel de santé: une chance pour lhôpital 
Michel Bilis, ancien directeur de lhôpital Broussais, directeur de lhôpital Avicenne
Des lieux et des liens pour faire progresser la citoyenneté
Chantal Deschamps, chargée des droits des usagers, à Broussais et à Avicenne
Les états généraux des malades atteints de cancer: un moment privilégié de démocratie sanitaire
Laurence Potte-Bonneville, chargée de mission à la Ligue nationale contre le cancer
Syndicalisme et évaluation pluraliste à lhôpital
Alain Nicquet, syndicat CFDT - HEGP
Lévaluation des structures médicales peut participer à la démocratisation du service public
J.-Y. Fagon, président du Comité consultatif médical de lHEGP
Projets dévaluation à lHEGP
Tim Greacen, représentant des usagers de lHEGP
Jean Wils, chargé des droits des usagers - HEGP
Débat avec la salle


Accueil 
par Louis Omnès, directeur de lHEGP

Le cadre superbe et très moderne de cet hôpital se prête bien au sujet récurrent que nous traitons ce soir: la modernisation du service public hospitalier, notamment dans sa relation à lusager de la santé.
La surenchère médiatique que nous avons vécue ces dernières semaines et qui portait sur les difficultés de fonctionnement (techniques et organisationnelles) renvoie à la nécessité dune cohésion interne face à ladversité. En tant que directeur, je constate que cela reste un objectif à atteindre, à entendre certains propos tenus par certains médecins ou certains syndicats sur certains médias. Il nous reste du chemin faire pour donner limage dune cohérence interne au sein du service public hospitalier.
Au-delà, la cohérence externe est également importante. Là, les amalgames sont nombreux puisquon a pu comparer lHEGP au porte-avion Charles de Gaulle ou à la bibliothèque Nationale de France. Cela montre quen France, les responsables de tout ce qui est grand, visible, financé sur fonds publics, doivent sans arrêt rendre des compte. Lhabitude voulait que le directeur dun hôpital rende des compte à ses tutelles: au ministre, à la direction régionale dhospitalisation, à la Chambre régionale des Comptes, la DDASS, la DRASS, la Cour de discipline budgétaire. Et aussi en interne, aux médecins, aux syndicats, aux professionnels.

La nouvelle donne est de devoir en plus rendre des compte aux usagers. Plutôt que de se mettre dans cette situation davoir à se justifier pour légitimer lusage des deniers publics, il vaut mieux impulser  - comme cest lobjet de notre rencontre - une véritable démocratisation de lhôpital public, pour créer une ligne de communication active entre lhôpital et son environnement, lusager, le monde extérieur. 
Le champ dexploration met en lumière une contradiction, que je voie en tant que directeur: elle se situe entre dun côté un dialogue interne, historique, entre direction, médecins, syndicats, professionnels. Cest un dialogue archaïque car basé sur des habitudes, des rituels, des commissions et sous-commissions, de nombreux textes réglementaires. Il est dépassé car trop figé, immobile en regard des évolutions de la société.
De lautre côté, le dialogue externe avec les usagers est à imaginer, promouvoir: Cest un espace dinnovation, dimpulsion, de création.
La seule chance de dynamiser le premier ne réside-t-elle pas dans le second - en particulier entre professionnels et usagers? Jespère que notre rencontre apportera une première réponse à cette question. Merci de votre attention.
 

Introduction 
par Jean-Claude Boual, responsable de la mission Européquipement - ministère de lÉquipement

Jai également une mission interministérielle sur cette question, auprès du Premier ministre.
Je participe à de nombreux débats sur le service public - ou service dintérêt général, au niveau européen: il est rare de rencontrer une assemblée aussi féminisée! Mais il sagit généralement des grands services publics de réseau, où la population est en majorité masculine. Janime (avec dautres) plusieurs associations sur cette question.
Nous avons intitulé le débat de ce soir:

Professionnels et usagers de santé peuvent-ils ensemble démocratiser leur service public?

Bien entendu, si nous posons cette question, cest que nous pensons que oui, mais que ce nest ni acquis ni simple et demande beaucoup defforts permanents des deux côtés.

Dabord, entendons-nous bien: par professionnels, nous visons bien sûr les professions de santé dans leur ensemble, comme dispensateurs de soins et organisateurs de ces soins, donc comme agissant pour leur activité professionnelle, mais aussi les professionnels «socialement constitués», cest-à-dire dans leur rapport à leur établissement, à leur travail et à la cité, donc comme direction de lhôpital (management), et comme salariés individuels et collectifs, donc aussi avec leurs syndicats. Il est vrai que - comme vient le dire L. Omnès - leur face à face est devenu relativement infructueux. La seule solution pour avancer est den revenir aux fondements-mêmes du service public: dêtre au service des usagers, de leurs besoins. Et non pas tourné vers lui-même, soit vers sa technostructure, soit dans une approche corporatiste.
De même, nous comprenons le terme dusager au sens défini par un malade de lhôpital Broussais: «les usagers de Broussais, ce sont tous ceux que cet hôpital concerne, où quils soient et à quelque titre que ce soit, dans la mesure où ils ny sont liés par aucun contrat particulier».1

Le programme et la qualité des intervenants essaient de traduire ces conceptions (ou cette philosophie).

Bien sûr, ce soir nous allons parler hôpital, santé, accès aux soins. Mais la nécessité de démocratiser les services publics ne touche pas que la santé, et par delà les spécificités du secteur qui sont indéniables et fortes, la nécessaire démocratisation des services publics est vraie pour tous. Santé, éducation, transports, énergie, eau, administration, prisons, etc.

Laffaire du sang contaminé a été un véritable séisme pour le monde de la santé et ses rapports aux patients et à la société.

À peine né, lhôpital européen Georges Pompidou est, lui aussi, rattrapé par lactualité avec linfection de légionnellose. 
Comment cette crise a-t-elle été gérée?

Nous savons que, face aux risques - et ils sont nombreux - le système de santé doit être de plus en plus transparent. Nous savons aussi que personne nest à labri de ce risque, et que le risque zéro nexiste pas, dans aucun service public.
Alors comment articuler la prise de responsabilité, individuelle ou collective? Comment mettre en uvre le principe de précaution, sans aller à limmobilisme et au blocage, comment permettre une information et une transparence qui permettent le débat, afin de dégager des solutions socialement utiles, responsables donc acceptables par tous?
Lhôpital Georges Pompidou est, pour partie, lhéritier de lhôpital Broussais.

Or à Broussais, des expériences de reconnaissance du malade et au-delà des utilisateurs de lhôpital (effectifs ou potentiels) comme citoyens-usagers avaient été conduites et sétaient concrétisées par des modes de fonctionnement et dorganisation spécifiques:

-création dun département droits des usagers et dune mission Accueil - Séjour des malades - Droits des usagers,

-création dune Maison des usagers au service de lhôpital,

- création dun collectif, puis dune association des usagers (ARDUS ...),

- création dune plate-forme associative dotée dune Charte,

- création dun bulletin Grains de sel.

Ces expériences sont-elles transmissibles et comment perdurent-elles? Comment résistent-elles à une crise comme celle de la légionnellose?

Cela mamène tout naturellement à la question de lévaluation - évaluation pluraliste, avec possibilité dexpertise contradictoire de la part de tous les acteurs- linstitution, les personnels et leurs syndicats et les usagers citoyens - évaluation publique faisant lobjet de débats contradictoires - évaluation basée sur une batterie de critères à définir aussi par le débat.
Évaluation démocratique comme élément dévolution du service public et de démocratie dans la cité, puisquil sagit bien de services publics dans la cité pour les citoyens-usagers.

Cette démarche permettra de progresser vers des formes de transparence qui éviteront le conflit permanent et sa juridicisation. Elle est dautant plus nécessaire face aux enjeux communautaires actuels: les exigences de plus en plus fortes des usagers et les dysfonctionnements des services alimentent les pressions des néo-libéraux pour privatiser - voire remettre en cause - les services publics. Ceci au moment où paradoxalement, lUnion européenne reconnaît désormais les services publics comme élément constitutif de la civilisation européenne comparativement à dautres ensembles. Comme élément de cohésion sociale, économique et territoriale.

En fait, un service public démocratique est un élément de démocratisation de la vie publique et de la gestion de la cité, donc de la politique dans son sens étymologique.
 

Conjuguer modernisation et démocratisation du service public de santé 
par Ph. Brachet, maître de conférences en sciences politiques à lUniversité Paris X

Mon propos prolonge les deux interventions précédentes.
Le et les service(s) public(s) se sont profondément transformés depuis un demi-siècle. LHEGP en est un bon exemple! Les mutations scientifiques et techniques se sont répercutées sur lorganisation du travail comme sur les prestations de service aux usagers. Dès lors, «défendre le service public» comme un en-soi ne peut objectivement que recouvrir - malgré les dénégations - des comportements corporatistes visant à maintenir des droits acquis. Mais lon narrête pas la mer avec ses mains ! Il faut en revenir aux principes du service public (égalité, continuité, adaptabilité), qui déclinent les valeurs de la république, et les concrétiser, par secteur dactivité, dans les conditions daujourdhui et de demain.

Autrement dit, le service public démocratique moderne est à expérimenter.
La réflexion menée depuis 4 ans par lAITEC dans ce domaine, prolongeant celle de la Charte de la citoyenneté de 1993 à 1996 sur les causes de sa crise et des propositions pour la dépasser par la citoyenneté active, nous conduit à désigner les points-clés suivants comme stratégiques  :

- la participation de tous les acteurs parties-prenantes à une définition aussi précise que possible des objectifs et des missions de service public,

- la nécessaire double autonomisation de la fonction de régulation, tant à légard de celle dorientation que dopération,

- la légitimité de lusager-citoyen et de ses associations à être reconnus comme partenaires à part entière. Parce que ce sont eux les destinataires du service public et quils sont les seuls à détenir lexpérience directe du service reçu, de sa réalité et de sa qualité,

- lévaluation démocratique, donc pluraliste, qui constitue le pôle démocratique de la régulation.

Il sagit de sortir par le haut (cest-à-dire par la démocratie participative) de la crise politique et sociale que nous vivons depuis une vingtaine dannées. Et qui est dabord une crise de la représentation (politique, syndicale, associative) parce que coupée de la participation. De par leur importance sociale, les activités de service public ont un rôle essentiel à jouer dans lexpérimentation dun dépassement de la tradition jacobine, qui veut que lélection soit une sorte de sacre qui confère une compétence générale aux représentants du peuple pour décider seuls de toutes les affaires de la nation. Au nom de cette conception monarchique du pouvoir, le processus de décision est aujourdhui trop exclusivement hiérarchiquement descendant et interne aux appareils publics. 
Tant que le dialogue social restera ainsi figé, les risques de blocage et de surenchère seront importants. Car une relation duale est toujours régressive, dans la vie sociale comme dans la famille : de même que lenfant a besoin de ses deux repères identificatoires pour devenir un adulte autonome, de même lexistence dau moins trois acteurs sociaux est nécessaire pour lapprentissage de la démocratie. Dans les organismes de service public, ces trois ac-teurs sont la direction, les syndicats et les associations dusagers. Leur dialogue conflictuel - le conflit est une valeur à condition dêtre assumé entre égaux - est susceptible douvrir un espace démocratique qui les re-légitimise en concrétisant à son tour une dé-marche ascendante de citoyenneté active. Car lau-tonomie de la personne suppose sa participation librement décidée à la vie sociale, et cette dernière concrétise ce contrôle ascendant sur les institutions.

À lHEGP comme ailleurs, les progrès techniques, lautomatisation, linformatique ne remplaceront pas le travail direct, même sils en décuplent lefficacité. Car cette efficacité technique nest rien sans lefficacité sociale, quelle ninstaure jamais delle-même. La phase de mise en route de lHEGP lillustre une nouvelle fois.
Ce sont les conditions de cette efficacité sociale dans nos sociétés de plus en plus complexes quil sagit dexpérimenter. Et la légitimité de la direction, dans les grandes organisations (surtout dans celles qui se réclament du service public) comme dans les institutions, ne peut plus se fonder sur un commandement autoritaire, mais dépend de la qualité des concertations avec toutes les parties prenantes.
Or ces concertations sont comme les relations de couple : elles sont fonction des deux parties ; jamais de la responsabilité dune seule. Mais les relations de travail sont encore souvent dominées par lunivers du commandement hiérarchique. Alors, la direction prétend imposer ses décisions comme les seules possibles. Quant aux personnels, ils obéissent ou cessent le travail.
Une version plus sophistiquée de cette alternative se retrouve avec lévaluation, qui est souvent présentée par les dirigeants comme fondant objectivement leurs décisions, et les indicateurs calculés comme neutres. Syndicats et associations nont alors dautre alternative que daccepter la démarche ou de la rejeter en bloc. Lévaluation étatique, instrument du commandement hiérarchique, est alors rejetée par ses contradicteurs.

Car il nexiste pas dindicateur neutre en ce sens que chacun sinscrit dans la logique dun point de vue, dun intérêt. Lobjectivité ne résulte pas dune soi-disant neutralité a priori, mais de la confrontation des points de vue. Ce qui signifie que si cette con-frontation est assumée, si la direction abandonne la logique du commandement pour pratiquer une réelle démarche managériale, lévaluation peut être un outil qui cadre la concertation, dans la santé comme dans les autres activités de service public.
Car lévaluation est une démarche basée sur des comparaisons entre buts, objectifs, moyens, ré-sultats, impacts. Le rapport objectifs/moyens, cest lefficience; le rapport objectif/résultats, lefficacité. Limpact, ce sont les conséquences pour des grou-pes-cibles. Ces rapports sopérationalisent en indicateurs divers (de qualité, de résultats, notamment).
Dans lévaluation étatique, missions, buts, objectifs sont toujours laissés dans le vague, ce qui permet aux décideurs de les invoquer en général pour justifier leurs décisions quelles quelles soient, sans quils puissent leur être opposables. Cela permet dailleurs aussi aux appareils syndicaux et associatifs de faire de même. Par contre, utiliser lévaluation comme outil de concertation suppose que les partenaires sociaux (personnels et usagers) puissent sapproprier lévaluation en élaborant chacun les indicateurs correspondant à leurs intérêts et points de vue. Alors, les divergences, les oppositions qui restent non seulement inévitables mais nécessaires, pourront prendre le temps de dialoguer entre elles sur le fond. Un jeu à somme positive pourra alors résulter de ce dialogue, au lieu du jeu à somme nulle ou négative qui est une spécificité française et contrevient gravement au principe de continuité du service public. Et la concertation pourra interagir avec les comportement réels des acteurs.
Ne soyons ni naïfs ni angéliques : ce ne sera jamais ni spontané ni automatique mais dépendra de la volonté de dépasser les conflits dans la coopération. Mais si cette volonté est partagée, la démocratisation de lévaluation en sera un instrument efficace car correspondant à la complexité de la société daujourdhui et de demain. Voilà lenjeu  dune pratique démocratique de lévaluation : rien de plus, rien de moins.
Il ma semblé que la situation de mise en route de lHEGP que vous vivez relevait de cette problématique. Et que lexpérience de concertation de Broussais, présentée dans louvrage qui nous réunit ce soir, montrait que la reconnaissance du malade-usager-citoyen comme partenaire - et non plus comme seul objet des soins ou comme matière première de statistiques et de sondages - dynamisait, enrichissait les relations entre tous les acteurs de lhôpital. Quil devait dès lors être inclu aussi dans le processus dévaluation, à côté des personnels, pour que ce processus soit réellement démocratique et efficace pour la concertation.
Cest pourquoi je vous propose, au nom de lAITEC, lassociation invitante à cette conférence-débat, dexpérimenter, à lHEGP et plus largement, lévaluation démocratique. Car je suis convaincu quelle peut, dans sa phase actuelle de mise en route, constituer un atout important pour la réussite de sa modernisation sociale comme de toutes celles des organismes de santé. Cela suppose que syndicats et associations qui sengageraient dans cette expérience reçoivent une formation à lévaluation qui leur permette de sapproprier la démarche en construisant les indicateurs qui correspondent à leurs points de vue. Cette formation devrait comprendre aussi une phase dapprentissage de la négociation collective,pour être capable de négocier des compromis sur des indicateurs communs. Enfin, elle de-vrait déboucher sur un travail pratique : le choix du-ne étude dévaluation déjà réalisée dans le domaine de lhôpital (comme celles de lANAES) pour organiser un débat contradictoire entre lorganisme qui la produite, les syndicats et les associations.
Chaque acteur pourrait alors en tirer ses conséquences pour la suite, pour une éventuelle phase suivante.

LAITEC invite tous ceux qui sont intéressés par cette démarche (à lHEGP ou dans dautres organismes publics de santé) à une réunion exploratoire.
 

Le partenariat usager-professionnel de santé: une chance pour lhôpital 
par Michel Bilis,directeur dhôpital

Je viens dêtre nommé aujourdhui directeur de lhôpital Avicenne où un gros travail est à faire avec les personnels et les usagers. (applaudissements).
Je vais me centrer sur la relation entre malade et soignant. 
Malade, patient, client, bénéficiaire, usager: ces termes ne sont pas neutres et traduisent des réalités à la fois historiques et sociologiques. Limportant est daller vers une relation usager - professionnels de santé. Ceci sans perdre de vue les aspects positifs qui ont pu exister dans la relation malade - soignants. Mais un rapport moderne, déquilibre, dégalité, de dynamique mutuelle doit sexprimer dans la première.
Le malade, cest une personne souffrante, affaiblie, diminuée, inquiète, considérée - et se considérant souvent elle-même- comme ignorante de sa situation. Ne sachant pas trop ce quelle va devenir, et qui sen remettait (sen remet encore) aux soignants auxquels elle confie sa personne.
Le soignant a longtemps été caractérisé par son charisme personnel, son dévouement, sa générosité. Ceci complété de plus en plus par la compétence technique. 
Pourquoi parle-t-on de droits du malade, de charte du patient hospitalisé? Pourquoi pas tout simplement de droits de lhomme à lhôpital? Car quand le citoyen rentre à lhôpital et sadresse à une équipe soignante, ne reste-t-il pas un citoyen?
Il y avait donc - et il y a encore, pour une large part - problème. Nous sommes objectivement et historiquement dans une relation encore largement inégalitaire, préjudiciable tant au patient quà linstitution dans son ensemble.
Certes, les personnels sont bien marqués par les qualités traditionnellement reconnues et quil ne faudrait pas voir disparaître. Mais la relation reste inégalitaire: cest toujours lhomme debout qui commande à lhomme couché. Lon ne me fera pas croire le contraire!
Lémergence dune relation différente, usager-professionnel, sinscrit dans une démarche de laïcisation, de contractualisation de la relation entre une personne et une institution.
Tous les hospitalisés ne sont pas des malades:: les femmes enceintes, les consultants, ceux qui viennent pour une opération orthopédique Bien sûr, ceux qui viennent pour des pathologies lourdes ont besoin dune prise en charge globale. Ils ont besoin dêtre orientés, mais ce nest pas une raison suffisante pour les considérer comme totalement dépendants ou que leur accord naurait pas besoin dêtre recherché.
Du fait de lélévation du niveau général des connaissances et de la médiatisation des progrès de la médecine, le public sinterroge légitimement sur les raisons pour lesquelles on peut greffer un organe sur un embryon et ne pas réussir une banale opération. Ces phénomènes ont fortement influencé lévolution de la jurisprudence, la recherche des responsabilités dans le domaine hospitalier.
Quant à la démocratisation de lhôpital, elle dé-pend de celle de la société dans son ensemble. Le public en général est associé sous certaines formes aux prises de décisions sanitaires. Mais au sein de lhôpital, qui représente le public? En définitive, cest chaque usager qui est son meilleur représentant. Ceci même si les associations sont un élément important de la démocratie, pour faire progresser les causes.
On est passé du malade, patient passif à lusager actif et revendiquant. Des changements importants ont également affecté le monde médical. Il a longtemps été sur un piédestal incontesté. Mais aujourdhui, les «affaires» comme le «sang contaminé» ainsi que lévolution des murs font que personne léchappe plus au questionnement. Que ce soit les politiques, les juges ou quiconque, personne na de compte à rendre quà sa conscience.
La principale revendication de lusager est donc dêtre considéré comme un citoyen majeur et responsable. Cest une revendication de considération, dinformation, dexplication, de compréhension de sa situation, des traitements, de lévolution.
Ce droit à linformation est complexe et constitue un enjeu politique important puisque lun de ses volets (laccès au dossier médical) fait lobjet dune proposition de loi  qui va venir au Parlement.
Le soignant a connu lui aussi une évolution importante: son statut était dominé par le charisme alors que la professionnalisation lamène à donner la priorité à la maîtrise dun savoir technique des actes. Et cette dernière saccompagne de plus en plus dun savoir-faire relationnel: savoir accueillir, écouter, dé-dramatiser, comprendre, transmettre. Il y faut des qualités naturelles, mais cela fait aussi partie de lapprentissage, au même titre que les techniques.
Nous verrons de plus en plus se constituer un duo usager-professionnel, en partenariat conflictuel. Il ny a pas à sen inquiéter car le conflit est positif sil est circonscrit à un domaine précis. Quand deux entités ont chacune leur dynamique et un objectif partagé, il est normal que leur dialogue ait un aspect conflictuel si elles arrivent à le dépasser dialectiquement.
Il est possible dimaginer deux scenarii: celui du pire, que je me refuse à admettre. Il mettrait aux prises un lobby de patients suspicieux, revendicatifs et agressifs, avec des personnels en proie à une crispation corporatiste parce que cherchant à se couvrir à tout prix et ayant limpression dêtre bousculés. Bien sûr, ces deux attitudes salimenteraient mutuellement. Je vous laisse imaginer les conséquences sur la qualité des soins et lavenir de lhôpital!
Celui du meilleur serait un partenariat construit dans léchange - voire parfois dans lantagonisme, mais dépassé - entre un usager présent dans lhôpital et les personnels de santé. Il lest déjà mais il faut aller au-delà. Les personnels retrouvent déjà le public en cas de conflit à caractère revendicatif quantitatif (effectifs, locaux ). Cela a pu aider, mais il faut reconnaître que les personnels sont moins pressés de recueillir lavis du public sur la dimension qualitative, quotidienne de lorganisation du travail. Car sa logique institutionnelle peut se heurter à loptique de lusager, à ce qui serait optimal du point de vue de son confort ou de sa responsabilisation.
Cest sur ce second champ que linvestissement des personnels permettra de construire le partenariat avec lusager.
 

Des lieux et des liens pour faire progresser la citoyenneté 
par Chantal Deschamps, chargée des droits des usagers

La démocratie sanitaire avancera par la création de lieux communs et par le développement de certains liens.
Cest en référence à la cité athénienne quest souvent évoquée la citoyenneté - terme qui est transformé aujourdhui en «espace civique». Sur cette place publique quétait lagora se jouait toute la vie politique de la démocratie athénienne grâce à la rencontre toujours possible et au débat suscité par et pour les citoyens entre eux.
Peut-être la «rue hospitalière» de lHEGP a-t-elle un objet analogue: favoriser les rencontres et les débats.
On se souvient que cette citoyenneté athénienne nétait pas exempte dexclusions (étrangers, métèques, femmes, bâtards) qui restent dune certaine actualité. Mais ce lieu commun malgré tout, démarqué, bien réel facile daccès et approprié aux conditions de vie, avait valeur de symbole. Il libérait des forces dimagination, dinspiration, de remise en cause, de réflexion. Cétait un lieu privilégié de lapprentissage du vivre ensemble.
Ces lieux communs létaient au double sens du terme: appartenant à tous et de ce fait rendant naturelle la rencontre de chacun. Plus encore: légitimant la présence de lun ou de lautre - peut-être exclu ailleurs.
Ces lieux partagés, la cité et lhôpital en ont besoin. La cité parce quelle ne cesse de les perdre ou ne sait plus les créer. Pensons aux banlieues défavorisées dont un journaliste disait récemment que chaque lieu de rencontre qui y naît spontanément et sporadiquement nest en fait quun mauvais lieu. Un lieu vacant investi par les uns au détriment des autres, où la parole ne peut se véhiculer et nest jamais partagée.
Lhôpital en relève parce que ceux qui, au fil du temps, ont forgé lidentité hospitalière nont pas retenu ce concept de lieu commun, partagé par les malades, leurs familles, les professionnels, les citoyens. Même si, dans certains hôpitaux, chapelles et jardins se sont progressivement ouverts au public.

Pourtant, il est une expérience vieille de quinze ans, qui révèle limportance de créer à lhôpital des espaces communs où du moins lusager trouve naturellement sa place au cur de lhôpital: les maisons de parents dont la première sest ouverte à lhôpital Bicêtre en 1975. En fait, la notion était née dix ans avant avec le rosier rouge, toujours aussi vivant que dans les années soixante. Bâti à quelques km de Necker, Broussais et Ambroise Paré, il était et reste un lieu extraordinaire daccueil, découte, dhébergement et de soutien des parents. Ce nest pourtant pas un espace partagé au sein de lhôpital et en terme despaces de citoyenneté hospitalière, cela change tout, comme le font remarquer des parents rencontrés.
Au rosier rouge, si lon noublie pas ces paroles exactes de ces parents, sur enfant malade quand lon revient le soir se reposer et penser avec dautres et grâce à dautres sa charge de souffrance et dinquiétude, on peut oublier lhôpital - ou du moins, il apparaît comme un autre monde.
À Necker, Saint-louis, à Bicêtre et ailleurs, la maison denfants plantée au sein de lhôpital vous rend acteur quand on est parent de malade, même si lon est un acteur passif. Acteur de ce lieu dont limmensité ne cesse de vous questionner. Lon se laisse bon gré mal gré apprivoiser jusquà en connaître les règles pour les accepter ou les refuser.

Les parents, réunis entre eux et dialoguant grâce aux maisons denfants semblent avoir eu un rôle déterminant dans la transformation des règles hospitalières concernant leur présence dans les services au chevet de leur enfant. Comment en effet accepter de quitter la chambre de son enfant à un moment crucial pour aller se reposer à 50 m de là sous prétexte que cétait lheure de partir? Dans le dialogue avec les soignants présents, la contrainte ne leur apparaissait plus comme nécessaire mais plutôt comme absurde. «Cest vrai,, vous habitez maintenant lhôpital,» nhésitaient-ils pas à dire.
Ainsi, le parent passait-il du statut de parent denfant malade à celui dusager, et même à celui dacteur hospitalier avec lequel il était possible de partager. Cela a eu un impact sur la législation et le règlement intérieur. Lexistence même du lieu connu, fléché, changeait la donne, tant du côté des usagers que des professionnels, faisant naître des questions, des débats et aussi des liens.
La maison denfants sestime une pierre vive de lhôpital, par limportance que son poids donne aux parents: le droit dêtre et de coopérer en monde hospitalier pédiatrique. Et aussi par louverture permanente quelle offre aux professionnels et aux autres associations. Ce lieu unique (auquel on peut ajouter la maison des proches en gériatrie) permet de recréer un lien social - au sens large du terme - interrompu. Il permet doffrir une reconnaissance et une dignité aux proches souffrants, de faire entrer le professionnel de santé dans une toute autre dimension que celle du soin. 
À Broussais, la maison des usagers, à la frontière de la cité, a tenté sur trois ans, comme ces maisons de la médiation et de la justice dans la cité, dêtre un lieu dinformation échangée, dopinions débattues, de conflits didées exprimées. Et surtout, un lieu pour nouer des liens - ou les renouer. Car entre lieu et lien, la différence nest-elle que dune lettre. Et encore, cette lettre nest-elle quà retourner.

Dans sa dimension sanitaire comme en général, la démocratie a besoin de développer autant de lieux qui la réveillent que de liens qui la soutiennent. Les associations de malades ou dhumanistes dans lhôpital, sont ces liens privilégiés dans la mesure où elles existent réellement dans lhôpital et ne sont pas cantonnés à lextérieur comme le plus souvent.En Suisse, une cinquantaine dassociations sont présentes dans les hôpitaux; au Canada, entre soixante-dix et quatre-vingts; en France, la moyenne est de cinq - hormis pour la pédiatrie, où il est supérieur.
En monde hospitalier, les associations représentent la société civile qui semble avoir disparu derrière les murs de lhôpital. M. Bilis et P. Brachet ont évoqué la notion de couple: je parlerai de trio. Les associations sont la troisième pointe du triangle qui forge une véritable communauté démocratique: les patients, les professionnels et les habitants de la cité. Plus que jamais, sans elles, lhôpital ne peut allier de manière harmonieuse humanité et haute technicité. Mais pour quelles existent en tant quacteurs, il est indispensable de repenser les règles hospitalières. Et aussi les règles internes aux associations.

À lintérieur de lhôpital, la vie associative ne doit plus être parcellisée, soumise au bon vouloir dun responsable ou dun autre, administratif ou chef de service. Elle doit être considérée comme une réponse de qualité à des besoins insatisfaits. Et même parfois comme un aiguillon porteur de nouvelles questions. Le mouvement associatif hospitalier, organisé, coordonné, ayant une place et des moyens pour exister, peut être alors une force de mobilisation, dengagement, déducation et de responsabilisation. Ceci autant à lintérieur quà lextérieur de lhôpital.
Il est possible dillustrer cette affirmation par lexemple dAid ou de lAssociation de lutte contre le diabète, antérieure. Elles nous ont montré comme prendre en charge léducation des patients en tant que citoyens. Cela suppose évidemment des espaces et du temps pour dialoguer, se confronter, avancer ensemble. Cela signifie que lhôpital donne de son propre temps et de ses propres moyens. Du temps de certains de ses professionnels, tant au niveau global quà celui du service.
À légard des associations, la règle aussi doit être bousculée, donnant place à louverture, à la compétence - bien sûr, pas la même que celle des soignants - à la volonté de dépasser sa chapelle. Car comme le proclame un article sur ce thème, «pas dassociation ruminante, pas dassociation carnassière!».

Les études menées pour le centenaire de la loi de 1901 laissent entrevoir de nouveaux territoires participatifs et de nouvelles manières de sy implanter. Lavenir associatif se jouera à la frontière, la jonction de deux mondes. Dans lentre-temps de la ville et de linstitution hospitalière. Interface et relai indispensable et méconnu.
Le champ associatif regroupé est un lieu de passage qui opère une conversion entre le lien de proximité et le lien social. Il est indispensable à lhôpital, dans lespace tellement long séparant le chevet du malade et les instances hospitalières quelles quelles soient. La démocratie sanitaire a besoin de la confrontation de ces deux champs associatif et institutionnel pour se développer. Comme en ont témoigné les états généraux de la santé qui ne sont pour le moment que des temps danalyse et de proposition (même si elles nen sont pas responsables)
Et comme le chante le poète Sullivan: «sans lien et sans lieu, point dunivers».
 

Les états généraux des malades atteints de cancer: un moment privilégié de démocratie sanitaire
par Laurence Potte-Bonneville, chargée de mission à la Ligue nationale contre le cancer

Nous sommes aussi une association dusagers. la démocratie sanitaire peut senvisager comme une façon de promouvoir les droits des usagers. Ce qui a au moins deux aspects: mieux connaître ses droits et les faire évoluer, les compléter.
Laccesssibilité de linformation sur les droits constitue une vraie problématique démocratique. A fortiori pour les personnes malades,du fait de leur vulnérabilité.
Comment profiter de ses droits, du beau droit qui est celui de la loi? Nous avons tenté de répondre à ces questions à travers la participation des usagers en termes à la fois dappropriation de ce qui existe et dinvention de ce qui nexiste pas encore. Cest à ce double titre que nos états généraux sont et seront un moment privilégié de démocratie sanitaire.

Dabord un bref historique. En 1998, les premiers états généraux ont été un moment privilégié non seulement pour la Ligue et pour la lutte contre le cancer, mais aussi pour le combat plus large en faveur des droits des malades. Ils avaient le soutien encore timide de vingt de nos comités départementaux qui ont décidé de relever le gant, mobilisant environ 3 000 personnes, malades et professionnels. Ils prennent la parole en présence du ministre Bernard Kouchner qui es là, repart et revient. Cette attention du politique sexprime dans sa déclaration: «à partir de maintenant, rien ne sera plus comme avant». À la Ligue, nous navons cessé de méditer cette phrase, qui a eu une onde de choc importante. 
cette irruption des malades du cancer sur la place publique a permis de donner un visage à des gens qui nen avaient pas, montrant que le cancer ne condamnait pas au secret et que la situation de ceux qui y sont confrontés (et au-delà, à la maladie) change. Ces changements sont ceux de la société, de la santé mais aussi de la Ligue. Le président Henri Pujol a dit que la Ligue était née une deuxième fois, à cette occasion. Elle nous a permis dassumer des missions jusqualors discrètes: la prévention, laide au malade et celle à la recherche.
À lissu de ces premiers états généraux, le livre blanc des malades atteints du cancer a été publié. Il est devenu une sorte de best seller et certaines de ses propositions ont été reprises dans le plan gouvernemental de lutte contre le cancer en février 2000.

Pourquoi recommencer deux ans plus tard? Dabord, notre président avait pris rendez-vous dans deux ans et il fallait tenir cette promesse faite à chaud. Toute démarche participative, de démocratie sanitaire opère des changements irréversibles. Les participants à cette démarche nentendaient pas quelle sarrête là. De plus, au bout de deux ans, beaucoup restait à accomplir. Les états généraux 2000 ont réuni 60 comité, une dizaine de régions et ont permis à environ 15 000 personnes de sexprimer - malades, anciens malades, proches et représentants des professionnels en nombre croissant. 2 000 personnes se sont enfin réunis pour une journée nationale en novembre au CNIT. 
Les objectifs étaient multiples. Dabord amplifier la prise de parole. Puis compléter ce qui avait été dit en 98. Veiller à lapplication concrète des mesures prises deux ans plutôt. Ainsi, le plan gouvernemental annonçait la création de postes de psychologues. Mais où, quand, combien? On nous annonçait une enveloppe de 10 M F, insuffisante pour ces créations.
Autre exemple: limportance dune consultation de longue durée pour les malades, au moment de lannonce du diagnostic par exemple, dun choix thérapeutique important, était reconnue. Comment mieux valoriser le temps passé par les soignants? Cette ligne a été inscrite dans le plan gouvernemental, mais sans précision sur les modalités 
Proposer, relevant le pari que les malades, au-delà du témoignage sur leur situation, avaient leur mot à dire en termes de propositions, dinvention de solutions nouvelles. 
Enfin, créer des alliances avec les professionnels de santé. En 1998, la parole était un peu captée par les malades dont cétait la première occasion de sexprimer. Et les professionnels avaient subi cette onde de choc, cette violence de certaines paroles. En 2000 les malades les premiers ont jugé nécessaire de leur laisser une place plus importante pour quils fassent un état des lieu et présentent leurs propositions.

La démarche participative des états généraux présente des risques qui sont inhérents à ses enjeux.
Elle incite les gens à sapproprier la démarche, donc à lorienter dans leur sens propre, puisque cest ce quon leur demande. Cela prend parfois les partenaires de court. Non seulement les soignants mais aussi les «experts»représentants de lassociation, qui se retrouvent parfois en décalage avec ce quexprime les malades eux-mêmes. Parfois, les gens expriment des intérêts ou préoccupations qui nétaient pas perçus. Ainsi, les malades insistaient sur limportance de la prévention, du dépistage et pas seulement du soutien ou de la prise en charge. Ils voulaient éviter autant que faire se peut que dautres passent par lépreuve quils avaient traversée.
Parfois aussi, leurs préoccupations peuvent sembler écran. Ainsi, limportance accordée au soutien psychologique pouvait masquer limportance de la formation, de lorganisation et de la culture médicale. Ou lun des points dinsatisfaction majeur des patients révélé par une enquête dans un CHU était lalimentation, quand ils se trouvaient dans lhôpital. Puis, quand ils revenaient chez eux, cétait devenu linformation! En fonction du cadre, de la culture et du temps passé à lélaboration, leurs intérêts changent. Notre rôle est daccompagner ce changement.
Autre modalité de décalage entre points de vue des usagers «de base» et ceux des experts ou soignants: le temps. Il a fallu au moins deux ans pour que les premiers osent exprimer leurs inquiétudes en matière dargent ou de réadaptation sociale et professionnelle.
Lenjeu du changement constitue en interne une réelle prise de risque: redéfinir nos missions alors quelles sont encore en friche. Mettre en place une démarche participative, cest prendre le risque de créer des décalages parmi nos fédérations entre ceux qui vont suivre, en partie ou pas du tout. Un risque sinon déclatement, du moins de tension. 
La diversité constitue un autre risque. En 1998, nous expérimentions en petit alors quavec soixante fédérations, il était impossible de garder un modèle unique de participation. Nous avons donc lâché les rênes, ce qui est toujours compliqué.
Dernier enjeu: les prolongements. Que faire maintenant? Des troisièmes états généraux? Les malades ont souhaité en tous cas constituer un réseau à la fois dinformation, de vigilance et de pression, ouvert à la fois aux professionnels, aux pouvoirs publics et aussi à la Ligue, pour que les promesses se concrétisent.

Mao affirmait que «la révolution est comme une bicyclette qui roule». Il en est de même pour la démocratie sanitaire: si lon sarrête de pédaler, elle risque de tomber!
À propos du rôle des associations dans la démocratie, on a parlé de lobby et de représentativité, questions qui reviennent souvent. Elles nont pas de délégation de service public: on leur demande dinnover et dinventer. Politiques et professionnels ne sont pas vraiment à laise avec le fait associatif. Leurs demandes sont souvent contradictoires: à la fois ils leur reprochent de faire pression et leur demandent de ne pas être anodines, de ne pas se contenter de revendications catégorielles. Mais ce ne sont pas des lobbys au sens dintérêts privés cherchant à influencer la prise de décision publique. Elles défendent des points de vue précis sur des intérêts collectifs. Mais elles le font du point de vue des usagers, à raz de terre, avec des préoccupations concrètes. Dans notre tradition jacobine, on les soupçonne souvent de rechercher des discriminations positives, le petit plus pour leur clientèle. on se trompe! 
Quand les malades pointent les rigidités ou les incohérences, demandent un assouplissement des dispositifs, les institutions elles-mêmes répondent quelles veulent bien faire un effort à titre exceptionnel, concéder une dérogation. Ainsi, un malade en convalescence avait «piqué sa crise» contre lassurance-maladie: il demandait un assouplissement des règles de sortie.Homme assez jeune, il avait besoin de voir des amis, et de sortir après 20 h. Mais lassurance-maladie la renvoyé dans ses buts comme un gamin! Il a fait une esclandre au guichet et sest vu accorder un assouplissement à titre exceptionnel.
Les associations ne veulent ni de dérogations ni de privilèges mais de nouvelles pratiques, des petites brèches dans lesquelles sengouffrent les bénéficiaires. À produire des droits.
La Ligue, Aid et dautres sont réunis dans un Collectif interassociatif sur la santé (CIS). Elles se sont beaucoup investi dans le projet de loi sur la réorganisation du système de santé. Son contenu est encore en débat quant à la suralit des malades, au lien thérapeutique et à laccès au dossier médical. À supposer ces arbitrages effectués, ce qui pose problème est aussi la place de ce projet de loi dans un calendrier législatif chargé.
Est-il oui ou non une priorité politique?
 

Syndicalisme et évaluation pluraliste à lhôpital 
Alain Nicquet, cadre hospitalier responsable du service de rééducation fonctionnelle de lHEGP,
représentant CFDT à la commission technique locale détablissement et à la commission de surveillance de lHEGP

Louverture de lHEGP constitue, dans bien des domaines, une occasion de mener bon nombre de réflexions. Il en est une, aujourdhui, qui mérite de retenir notre attention: la nécessaire mise en route dune évaluation de nos pratiques et de nos résultats présents et futurs et en quoi cette évaluation participe de la démocratisation du service public hospitalier.

Depuis la réforme hospitalière de 1991, les ordonnances de 1996 et la création de lANAES, le mot-clef de cette décennie est «lévaluation».

Pour quelle soit démocratique, il est nécessaire quelle soit pluraliste, associant les acteurs de proximité que sont les représentants du personnel et les associations dusagers représentatives sur létablissement siégeant dans les Instances de notre hôpital. En effet, lévaluation ne peut être confiée aux seuls experts de santé, même si celle-ci représente un réel progrès. Cette évaluation doit démontrer, avec plus de force sa nécessaire indépendance et son volet démocratique indispensable.
Les personnels, leurs représentants et les usagers ont des droits et des obligations mutuels qui créent des liens directs entre eux et qui pourraient servir à optimiser lefficacité de leur relation conçue comme une aide à le prestation de service de qualité à rendre à nos malades.

En effet,lobligation des hospitaliers consiste à respecter le droit du malade.
Réciproquement, les droits des personnels ne consistent pas seulement en leur statut interne mais aussi au respect par les malades de certaines règles (politesse, concision, respect de la vie privée).
On voit donc bien que les droits des malades sont des obligations pour le personnel et une partie des droits des personnels se traduisent en obligation pour les malades. 
À cela, les partenaires sociaux ne peuvent rester indifférents. La CFDT en général, et la section locale de lHEGP en particulier, se sont déjà engagées dans une volonté de sappuyer sur lévaluation pour faire progresser le service public hospitalier.
Néanmoins, si comme certains laffirment, nous quittons lobligation de moyens pour évoluer vers lobligation de résultats, il nen reste pas moins que ces deux obligations sont et devront rester complémentaires. Les allocations de ressources devront être directement liées à lévaluation de nos pratiques.
Les critères dévaluation économique qui restent classiques nassurent pas une lisibilité de la mesure de lefficacité sociale de nos pratiques. Il nous reste à construire des indicateurs suffisamment pertinents pour mieux connaître le degré de satisfaction des personnels et des malades.

Sous quelle forme, avec quelle méthode et quels outils une évaluation partagée du service hospitalier, associant les représentants du personnel et les associations des usagers représentatives, pourrait se révéler et sorganiser autour de deux ou trois critères choisis ensemble?
Lévaluation institutionnelle, telle quelle nous est présentée, concerne plus les experts que les citoyens. Or, si nous voulons que cette évaluation soit réellement indépendante, il est nécessaire dy associer usagers et personnels en lintégrant dans le management global de lorganisation de lHEGP. À quoi peut bien servir de siéger dans des Instances sil nexiste pas de résultats locaux et ponctuels énoncés autour des deux ou trois thèmes choisis et  proposés à la Direction de lHEGP?
Pour le moment, lincitation vient du haut de la hiérarchie, les expériences les plus abouties ont été impulsées par les Directions ou les tutelles. Or les critiques et les propositions de solution ne doivent pas pour autant venir den haut; pour des raisons diverses, il serait difficile aux agents desapproprier la démarche.
Ces critères dévaluation pourraient être extraits du manuel de lANAES ou bien créées de toutes pièces après une concertation soutenue entre les deux partenaires. Si lANAES est une Instance unique dévaluation, le risque est daboutir à un modèle conforme et exclusif des processus dévaluation. Lévaluation pluraliste pourrait éviter cet écueil. 
Intégrée dans une démarche de management participatif, cette méthode pourrait être considérée comme un véritable partenariat dans lévaluation de la qualité des soins (le patient et sa prise en charge, management et organisation des soins, prise en charge hôtelière). Interrogeons les patients et les personnels sur leur connaissance du service rendu ou à rendre, construisons pour chacun un savoir constitué (formation continue sur les démarches dévaluation offerte aux usagers, au personnel et à leurs réprésentants).
Des choix de thèmes pourraient illustrer le partenariat syndicats-associations. Comme Bernard Laugery le dit avec humour dans son livre Hôpital silence: «je mets au défi un malade hospitalisé, à moins quil ne soit médium, de savoir en se réveillant ce quon va lui faire dans la journée. Pour ma part, je nen ai jamais rien su». Sans tomber dans la polémique engendrée par ce propos, voilà un beau sujet dévaluation que syndicats et associations pourraient partager et proposer: planification des soins / construction de lagenda du patient replaçant le patient au centre de nos préoccupations. Ce thème, surtout à la veille de la survenue des 35 heures, doit interpeller les partenaires sociaux puisquil touche à la fois à lorganisation hospitalière qui par nature a une dimension collective impliquant des compromis et des arbitrages pour lesquels doivent être associés de concert les représentants du personnel et ceux des usagers puisquil touche à la qualité du service rendu.
Cette évaluation pluraliste et innovante, à usage interne, nous permettrait un suivi, un diagnostic, des orientations, des actions correctrices sur lesquelles des négociations précises pourraient être entreprises sur les moyens à déployer, pour des résultats souhaités par les partenaires sociaux et les associations dusagers. Cette expérience permettrait didentifier les attentes et de maintenir un dialogue social permanent sur le sujet.

Ainsi, les personnels et leurs représentants pourraient devenir partie-prenantes de lévaluation pluraliste, les mutations en cours devant nous inciter à nous impliquer dans une participation active animant le débat contradictoire sur les changements. Lerreur serait de ne pas sengager dans cette démarche, nous obligeant et nous poussant toujours plus vers une réaction défensive à lévènement alors quil faudrait peser sur lui. Nous ne devons pas être seulement les défenseurs du service public mais aussi les promoteurs de ce service public.
Dans cette proposition de partenariat entre syndicat et associations dusagers, lacteur syndical devra être attentif à ne pas imposer son point de vue sur ce qui est bon pour lusager. Par contre, il pourra apporter beaucoup grâce à sa connaissance spécifique des services rendus et de la manière dont ils sont conçus et mis en uvre. À terme, des règles du jeu pourraient être instaurées à lHEGP dans le but de défendre le plus efficacement les intérêts des agents, en évitant des les opposer à ceux des usagers.
Certains pourraient redouter que les légitimes revendications soient reléguées au second plan. Or, si le statut qui nous régi est directement lié à un accomplissement de tâches servant lintérêt général, nous pourrons analyser ladéquation entre les moyens et les résultats. 
Lévaluation pluraliste sera alors nécessaire pour éclairer lintérêt du statut pour le meilleur exercice possible du service dintérêt général (quid de la continuité du service public?).
Enfin, si lacteur syndical offre sa participation à lévaluation, il prendra ses responsabilités. Il contribuera à lamélioration du service public dans les deux dimensions damélioration des conditions de travail et de satisfaction des usagers de lhôpital Européen Georges Pompidou. Cette nouvelle forme dévaluation pluraliste structurée et intégrée au management de notre hôpital affirmerait notre attachement aux missions de service public (égalité, neutralité, continuité, adaptabilité) et également aux principes daction tel que la participation, qui implique une coopération active pour rendre un meilleur service .La charte des services publics ne nous incite-t-elle pas à ce que les agents des services publics et les usagers ouvrent des voies de coopération plus active pour lamélioration des services à rendre. Lévaluation pourrait être la pierre angulaire de cet attachement nous permettant non pas dévaluer pour évaluer mais dévaluer pour évoluer.

Voilà quelques pistes de réflexion que je soumets au débat, en espérant que lHEGP puisse être un lieu dexpérimentation afin que lévaluation, lauto-évaluation soit utilisée comme outil démocratique enrichi par le débat contradictoire des acteurs hospitaliers de terrain que sont les personnels, leurs représentants et les associations dusagers.
 

Lévaluation des structures médicales peut participer à la démocratisation du service public
J.-Y. Fagon, réanimateur, président du Comité consultatif médical de lHEGP

Toutes les démarches qui viennent dêtre proposées, les médecins ont bien lintention dy participer, dy être associés.
Les structures de lHEGP sont complexes parce quen tant quhôpital universitaire, il doit être à la fois hôpital de proximité pour un bassin de population assez important et en même temps un hôpital référent, un pôle dexcellence. Les deux fonctions doivent coexister sur le même site, avec les mêmes acteurs. Or elles ne sont pas faciles à combiner pour un même individu.
Un tel hôpital doit être doté de missions claires et il doit élaborer un projet détablissement qui les décline. Cest le point de départ pour que les structures fonctionnent bien. Quel type de malade est-on capable de prendre en charge, quel type dinvestigation et de recherche, quel type denseignement? Et à linverse, quest-ce qui nest pas dans notre champ dactivité?

Nos structures actuelles ne sont pas des modèles de démocratie. Ce sont des services et des départements coiffés par un chef de département nommé et renouvelable tous les cinq ans. Une soixantaine cohabitent à lHEGP. Le seul élément de démocratie, ce sont les conseils de service, lieux de participation de lensemble des acteurs du service. Depuis près de dix ans quils ont été créés, lexpérience prouve quils ne remplissent pas leur fonction.
Le second niveau (la direction) nest pas non plus un modèle de démocratie - mais elle nest pas faite pour cela.
Le troisième, le comité consultatif médical, lest en partie puisque la moitié de ses membres sont élus par leurs pairs, lautre étant les chefs de départements. Il crée des commissions et sous-commissions, qui réfléchissent à des questions stratégiques et aussi aux besoins annuels. Ainsi, il faut évaluer les ressources (donc recruter), réfléchir à la situation financière et lutilisation des ressources par les différents services. Le comité étant consultatif, les décisions sont prises par négociation directe entre chefs de services et de départements et le directeur. Cela arrange dailleurs tout le monde, y compris certains directeurs qui sont les seuls à avoir lensemble des cartes en main.
Ce modèle-là est archaïque. Il a vécu et ce qui a été proposé depuis le début de cette rencontre suppose de modifier aussi les structures. Il faut trouver une logique médicale, imaginer une unité de segmentation des activités médicales: un endroit où se réalise un certain type dactivité médicale, une unité de compétence. Ce pourrait être lunité fonctionnelle. Il faut les regrouper dans une unité plus large: le niveau de cohérence médicale (département)regroupant les activités déclinant le même thème, ce qui rend possible un certain jeu de gestion sur des attributions de ressources entre ces unités fonctionnelles. LHEGP rajoute une strate: les pôles, regroupements dactivités de grande tailles (environ cinquante lits). Cest le niveau de cohérence managériale: lendroit de redéploiement des ressources entre départements et unités fonctionnelles.
Ces pôles doivent élaborer leur projet autour de grands thèmes comme la pathologie cardio-vasculaire, (va-t-on développer à lHEGP la nouvelle thérapeutique innovante à lintersection de la recherche et de lactivité clinique consistant à prélever des cellules dans la cuisse et à les implanter dans le myocarde?) ou cancéreuse et les spécialités médico-chirurgicales ou lurgence fonctionnant en réseau extérieur à lhôpital (environ 150 malades / jour). Ces trois pôles doivent établir leurs priorités pour les trois ans à venir, qui doivent sintégrer dans le projet densemble de lHEGP. 
Avec ce genre de structures de projets et prospectives  à 3-4 ans et en calquant dessus des attributions annuelles de moyens, il sera possible dentrer dans une démarche plus fonctionnelle rendant possibles à son tour des tentatives dedémocratisation. Dès lors, on peut imaginer que les usagers délibèrent sur le projet médical dun pôle, sexpriment sur les priorités des urgences-réseau, sur les malades accueillis, les principes de fonctionnement (pas de transfert ou seulement dans certaines disciplines) sur les interlocuteurs privilégiés, la place des médecins généralistes dans laccueil et la prise en charge
Une fois que ces structures seront en place, il sera possible de les évaluer. Mais aujourdhui, soyons clairs, il ny a pas dévaluation! Dabord parce quil ny a pas doccasion de la réaliser. La conférence budgétaire annuelle consiste à examiner avec la direction les ressources de chaque service, mais elle névalue pas réellement les activités.
Le renouvellement quinquennal des chefs de services, qui pourrait être une occasion dévaluation ne lest pas car ce renouvellement est quasi-automatique sauf exception.
Que devrait être cette évaluation? Dabord celle de ladéquation des activités dune unité fonctionnelle, dun département à leur projet. Puis une évaluation gestionnaire et financière. Puis hospitalière: il faut évaluer réellement lactivité clinique. La satisfaction des usagers peut être lun des paramètre si lon trouve les outils adéquats. 
Elle doit aussi être universitaire (les activités de recherche et denseignement ont-elles répondu au cahier 
 

Projets dévaluation à lHEGP

Tim Greacen, représentant des usagers de lHEGP
M. Fagon vient de dire une chose incroyable, que je nai encore jamais entendu: en tant que président du C.C.M., il a affirmé parler du point de vue des médecins! Or dans toute lhistoire des associations de santé, nous avons été confrontés à des médecins qui prétendaient parler au nom des malades, à des administrateurs qui parlaient aussi au nom des malades.
Ce temps est révolu: je félicite M. Fagon de parler au nom des médecins.

Jai regardé dans le Littré de 1873 la définition de patient. Il y en a cinq:
«celui qui souffre; celui qui tolère; celui qui persévère avec tranquillité [cest moi!]; celui qui est condamné à mort et que lon va exécuter; celui qui est entre les mains des chirurgiens».
En France, on se réfère toujours aux origines latines ou grecques du mot qui signifie souffrir. Je ne suis pas daccord: patient a la même origine que passif, qui contraste avec agent et actif. En acceptant de sappeler patient, on accepte cette passivité qui soppose à dautres, les actifs. 
Comme la dit M.Bilis - que jappellerai désormais M. Avicenne! -dorénavant, les patients doivent être actifs, acteurs de leurs propres soins. 

Car cest le patient qui est lexpert. Il lest dabord des symptômes quil ressent et des façons dont il les vit. Il lest aussi des soins médicaux quil reçoit.
Lexpertise du patient, cest le premier moment de la démocratie sanitaire: la reconnaissance de la légitimité de sa parole lorsquil entre dans cette relation avec le médecin, premier moment de la relation à lhôpital.

Une étude du début des années 80 a porté sur 70 consultation, filmées. Les médecins commençaient à demander des détails sans avoir questionné le patient sur les raisons de sa consultation pour le malade. Sur 51 patients, un seul a pu terminer sa description jusquau bout. En moyenne, les médecins interrompaient les patients après 18 secondes. Seuls 23 % ont pu terminer leur présentation de leur problème sans que le médecin ne les interrompe. Les patients ont parlé en moyenne 60 secondes, et jamais plus de 2 mn 30.
Voilà qui est intéressant quant au droit à la parole pour la première rencontre!

Quinze ans plus tard, létude a porté sur 275 enregistrements de 29 personnes. 25% des médecins ne sollicitaient pas du tout le point de vue de leurs patients.
Seulement 28% des patients pouvaient terminer leur présentation des problèmes avant que le médecin ne commence à orienter la discussion.
Les médecins interrompaient les patients au bout de 23 secondes. [5 secondes de mieux quavant!] Une fois réorienté, il était rare que le patient ait loccasion de terminer sa présentation du problème.
Ils ont réinterrogé les patients après la consultation: pour ceux qui avaient été interrompus, ils invoquaient des soucis supplémentaires alors que le diagnostic était déjà avancé. Ou bien ils ne les évoquaient plus du tout. Dans ces circonstances, les patients quittent la consultation avec leur ordonnance, achètent les médicaments (puisquils sont gratuits en France) et ne les prennent pas. Mais ils nosent pas non plus le dire à leur médecin.

Quant à la revendication associative daccès au dossier médical,cest pour de bonnes raisons. Nous souhaitons que le dossier appartienne aux deux partenaires (patient et médecin) qui prennent les risques ensemble. Nous souhaiterions quils en soient co-auteurs. Méfions-nous de la gestion du dossier par une société tierce car le dossier doit évoluer très vite.
Étudions le bénéfice de laccès au dossier: Médecin et patient sont co-auteurs des informations. Dans cette étude, le patient qui a pu étudier son dossier médical, auquel la terminologie a été expliquée, qui a été encouragé à poser des questions obtient deux fois plus dinformations de son médecin. Il participe à la prise de décision et cela a facilité ses soins par rapport à celui qui navait eu que le soutien en consultation.

Lune de nos revendications en tant quusagers de lHEGP est de profiter de son avancée technologique pour accéder aussi à davantage dinformations sur les soins et la gestion de lhôpital. 
Nous avons le projet de monter avec les médecins des  systèmes dinformation sur laccès à lhôpital, permettant daller ailleurs quà la consultation, dêtre accompagné par un infirmier, un associatif ou un membre du personnel médical,de questionner son médecin sur ce qui va vous arriver sans attendre le prochain rendez-vous avec lui.

Cest là un pari que nous faisons. Je madresse au médecin et au directeur ici présents: nous devons réaliser cela tout de suite, faire bouger les structures avant que lHEGP ne senfonce dans un univers de non-communication. Pour linstant, nos rapports avec les deux hiérarchies sont bons. Ainsi, nous avons réussi à mettre en place la commission de conciliation avant que lhôpital nexiste, avant que le conseil dadministration ne se réunisse. Ceci pour pouvoir étudier ensemble les plaintes et les problèmes rencontrés par les patients dans ce moment critique du déménagement. Sur simple demande des associations entendue par les instances, nous avons pu mettre en place cent lits.

Cest de la démocratie au quotidien: être entendu davantage que les 18 ou 23 secondes, pour que notre expertise soit reconnue, identifiée et respectée dans sa spécificité.

Jean Wils, chargé des droits des usagers - HEGP

Jappuie fortement la «revendication» de Tim Greacen. La mission droits des usagers de lHEGP la soutien. Elle partage ses projets avec les siens.
Dans cette perspective, le partenariat est décisif. Avant de parler dévaluation, parlons projet. Montons-en ensemble, ce qui suppose de nous reconnaître les uns les autres comme co-auteurs à part entière de projets partagés.
Lhétérogénéité entre les positions et les points de vue nest pas obligatoirement un frein à la coopération.
Dautre part, lévaluation nest pas la dernière étape du processus mais la dimension qui va structurer le projet. Nous devons parvenir à réaliser ensemble une évaluation-régulation de nos projets communs.
10. Débat avec la salle [extraits]
- Dominique de Savigny - Je moccupe dune association qui visite des malades dans les hôpitaux.
Le service public, quand il est face à lusager, a généralement toujours la même démarche: tout ce qui nest pas décrété, réglementé, est considéré comme suspect. Il sait toujours mieux que lusager ce qui est bon pour lui.
Exemple: le droit actuel des usagers se résume à participer à des commissions de conciliation ou des comités de surveillance. Cest très limité et cest pourquoi le «droit des usagers» ne mintéresse plus, mais comment faire remonter leurs préoccupations auprès du «service public». Cest très difficile ! Quand ce dernier se préoccupe de faire plaisir aux usagers, il invente des dispositions sans commencer par les écouter. 
Je regrette labsence de ces liens dont parlait C. Deschamps entre usagers et responsables. Alors, à tort ou à raison (à la limite, peu importe) les gens se plaignent de la nourriture. Il voudraient être sûrs que du personnel de service passe tous les jours nettoyer les chambres. Quelles soient plus gaies. Mais cela, on ne lécoute pas. Les agents du service public sont trop souvent là pour penser à la place des usagers.
 

Débat avec la salle

- Basile Karminsky - membre de la commission santé dAttac - 15° - Notre comité a 6 mois dexistence, comme lHEGP. De façon naïve, nous lavons perçu comme un monstre technocratique, arrogant, où le malade serait écrasé par la technostructure.
Ce fut le point de départ de notre exploration de la santé publique, notre objectif étant le contrôle citoyen. Après des explorations concrètes, nous avons constaté que lHEGP était bâti sur lassèchement de la région: trois hôpitaux massacrés. À tort ou à raison il nous a semblé que Pompidou tournait le dos à un contrôle possible du citoyen, le contrôle démocratique sur la santé étant du côté des hôpitaux supprimés. La notion dhôpital de proximité a structuré notre position contre le monstre Pompidou. 
Mais nous avons appris que lHEGP était inséré dans une géographie hospitalière, dans un réseau dinstitutions (la R. H., lAP-HP, le Conseil de Paris et dans un projet de restructuration générale dont il constituait un premier élément. []

- M. Facinelli délégué de lADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité) du 12°
Jinterviens à titre personnel. Je voudrais illustrer les difficultés de compréhension entre patients et médecins évoquées par M.Greacen. Je viens dêtre contacté par un malade en récidive de cancer à Curie, dont lépouse est atteinte à son tour et prise en charge à Pompidou. Il craint de se faire mener en bateau par les deux hôpitaux. Je lui ai suggérer quun médecin conseil de mon association prenne contact avec ses deux confrères. Peut-être quen tant que collègues, ils auront moins tendance à se dorer la pilule.

- Tim Greacen - Vous donnez un bon exemple dun drame en milieu hospitalier qui pour une fois na pas été tu. Dans la plupart des lieux, ces informations sur les maladies nosocomiales ne sont pas disponibles;ici, on a identifié. Linformation vers les malades est venue tard, mais elle est venue.
Qui nomme? Posée comme cela, la question semble agressive. En France actuellement, ce sont nos élus. Cette démocratie permet dinfluencer les critères de nomination.
Qui mentend? Cela relève aussi des devoirs. Les droits positifs ne sont pas spontanés. Les prérogatives communes vis-à-vis des autres, on les a si on les demande. Il faut être vigilant quant à leur application. 
Vous devez être solidaire des usagers de lHEGP Votre association fait partie de son collectif inter-associatif: la décision récente de ce dernier face au report de lexamen du projet de loi sur les droits des malades est de suggérer à chacun de demander à son médecin de voir directement son dossier médical. Cest officiellement autorisé depuis trois jours. Cest une revendication claire, politique.

- Jean Wils - Le membre dAttac a posé une question fondamentale en terme de démocratie: la façon dont les premiers utilisateurs entrent dans un projet de restructuration. Il faudrait reprendre lhistoire de lHEGP pour voir quand, où et comment les usagers de Broussais, Boucicaut et Laënnec ont été associés à ses décisions.
Des malades et des bénévoles se sont exprimés:comment les percevoir et les entendre? Comment lhôpital peut-il se saisir de ces interventions individuelles qui le dérange et le surprend? Les usagers sont là pour poser des questions que les personnels nont pas lhabitude dentendre, sur des sujets qui lui paraissent décalés mais très riches.
Pour établir un partenariat, il faut que ces préoccupations individuelles entrent en résonance avec celles des personnels. Que vous entriez dans nos préoccupations pour que nous puissions entrer dans les vôtres.
Cest une tâche considérable qui viendra de lexpérience que nous acquerrons ensemble à travers lélaboration et la réalisation de nos projets communs.

Retranscription réalisée par Philippe Brachet


 


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