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| Note : Toutes les phrases
en italiques de ce résumé sont des citations de L. Walras.
Six points :
En son XIX e siècle très scientiste, Walras se considère à lévidence comme le père du libéralisme scientifique car «lemploi du langage et de la méthode mathématiques [lui] a permis dasseoir le principe de la libre concurrence». En loccurrence les deux
méthodes de résolution des problèmes de léchange
ou de la production (la méthode rationnelle qui est la résolution
mathématique dun système déquations adéquat
et la méthode expérimentale qui nest autre que le fameux
tâtonnement walrasien assimilé au mécanisme de la libre
concurrence) conduisant au même résultat, il en résulte
par là même que le principe de la libre concurrence est scientifiquement
validé. Ce faisant Walras espère avoir ruiné du même
coup la doctrine socialiste de lintervention de lÉtat.
Toutefois en son économie politique appliquée quil distingue de son économie politique pure, Walras envisage au moins deux grandes exceptions au principe de libre concurrence : les monopoles moraux ou services publics stricto sensu (sécurité, justice, éducation...) et les monopoles économiques dont une sous-catégorie, les monopoles naturels et nécessaires, définit les services publics lato sensu (communications, distribution deau ou de gaz, mines...). Les monopoles moraux désignent
la production des produits et services dintérêt public dont
les besoins, qui intéressent les hommes comme membres de la communauté,
ne sont bien ressentis que par lÉtat. Et comme il ny aura généralement
pour ces biens et services «quun seul consommateur-demandeur,
lÉtat», il ny aura donc quun seul offreur, lÉtat,
et
Mais parmi les produits et
services dintérêt privé, Walras va admettre une deuxième
entorse au principe de libre concurrence concernant «les produits
ou services dintérêt privé non susceptibles de concurrence
indéfinie» qui doivent être produits en monopole
par lÉtat. Si la première exception posait le problème
de la non-multiplicité des demandeurs-consommateurs, cette deuxième
pose le problème de la non-multiplicité des offreurs-entrepreneurs.
Or Walras attache la plus grande importance à la multiplicité
des entrepreneurs, car elle est une condition du mécanisme de libre
concurrence comme moyen permettant lobtention de léquilibre de
la production dont la caractéristique essentielle est légalité
du prix de vente des produits et de leur prix de revient en services producteurs.
Ce phénomène des monopoles économiques pose problème au libéralisme walrasien. Car si Walras réinjecte la norme concurrentielle (égalité prix de vente-prix de revient) dans le cadre du monopole devenu monopole public, si, de ce fait, son interventionnisme étatique reste un interventionnisme de concurrence, le prix à payer est extrêmement lourd : pour sauver la règle concurrentielle, Walras fait disparaître la liberté de lindustrie. Une renaissance contre une mort, rien de moins. Sinon cest le maintien à tout prix de la liberté dentreprendre et la disparition de la norme concurrentielle au sein du monopole privé. Alternative douloureuse pour un penseur libéral car dun côté comme de lautre il doit samputer dune partie de ses principes. Les monopoles économiques se subdivisent en deux catégories, non exclusives lune de lautre dailleurs, soit dune part les industries à frais généraux fixes considérables qui se situent «en dehors du principe de la libre concurrence, par la raison que cette libre concurrence ne pourrait sy exercer que moyennant des frais multipliés de premier établissement tout à fait inutiles en eux-mêmes» et dautre part les monopoles naturels et nécessaires qui désignent les services publics lato sensu, en dehors du principe de la libre concurrence eux aussi, et dont la logique de fonctionnement savère être une logique planificatrice. Lorsque Walras étudie
les activités faisant lobjet dun monopole naturel et nécessaire,
notamment le chemin de fer, il le fait en pensant effectivement leur existence
et leur développement en termes de «planification».
Pour preuves :
- la volonté déliminer lanarchie que créerait le système de la libre concurrence dans louverture et lexploitation de lignes de chemin de fer, de voies routières, de conduites de distribution deau ou de gaz, etc.,Bref autant déléments tendant à prouver la supériorité du Plan sur le marché. Enfin, dernier test auquel se livre Walras, celui du comportement des hommes dans la gestion comparée (publique ou privée) des services publics. Walras connaît et énumère les griefs traditionnels à lencontre de toute gestion étatique. Quelle ne sera pas la surprise du lecteur de voir Walras retourner contre la gestion privée les griefs évoqués avant de se livrer à une charge rarement égalée contre les dirigeants des compagnies privées : «à qui espère-t-on faire croire que les compagnies privilégiées de chemins de fer soient un type dactivité et dintelligence et non de «mauvais petits États», comme les appelait Dupuit dans lintimité? A qui persuadera-t-on que le népotisme et le favoritisme y sont inconnus ? Qui ne sait combien lesprit dadministration et dexploitation y est médiocre et mesquin? Mal payer leurs employés, traiter le public en matière exploitable, sen tenir aux plus hauts tarifs ; bref, écumer avec lésinerie et nonchalance un fructueux monopole, voilà ce quelles font». La boucle est bouclée pourrait-on dire. Quil sagisse de théorie ou quil sagisse du comportement des hommes, il ny a point déchappatoire vers la privatisation des services publics dans le système de Walras. -=-=-=-=-=-=-
J.-M. D., novembre 1997 |
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