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SERVICE PUBLIC
 
Dossiers de l'AITEC. Groupe Service Public. Résumé des documents


L'usager du "service public". Partenaire des politiques publiques, nécessités et blocages en France
 

I - Les politiques publiques mettent en uvre des moyens administratifs : les «services». La logique du commandement descendant à travers lapplication hiérarchique dun emboîtement de textes est de plus en plus insuffisante à assumer la complexité des situations et des objectifs. Lusager-citoyen nest plus un administré passif. Pour les organismes publics (administratifs et/ou marchands), respecter les principes du service public ne se limite pas à  respecter ses obligations réglementaires, mais suppose aussi de connaître et satisfaire ses droits, attentes et besoins. Cela implique dorganiser et dafficher des concertations avec les acteurs sociaux représentant à divers titres lusager-citoyen. Parmi ces derniers, les associations sont des partenaires mal commodes mais incontournables: un test du degré de réalité du «service public»  - à la fois en termes defficacité et de démocratie.

II - Le terme dusager a une pertinence générale parce quil désigne celui qui utilise un bien pour satisfaire un besoin. Quant au service, au sens moderne du terme, cest lusage. Celui que rend ladministration, cest lusage de la réglementation quelle applique. Et les services publics marchands, celui de leurs prestations.
Lusage est susceptible dune évaluation directe qui permet de mesurer la qualité du service rendu: il recouvre une chaîne dopérations mesurables en termes de résultats. En même temps, le caractère très général de la notion dusager peut être précisé en y accolant dautres dénominations qui la précisent. Ainsi, dans le cas dEDF pourra-t-on parler dusager-citoyen-client.
Le partenariat est le comportement stratégique que doivent avoir les organismes de service public (administrations et entreprises publiques) pour respecter, dans leurs domaines, les principes du service public : pour remplir leurs «missions» et assumer un management public adapté. Il suppose une certaine institutionnalisation par les organismes publics de leur pratique de concertation ainsi quune stabilité et reconnaissance mutuelle des partenaires.

Si le partenariat est la démarche indispensable au respect des principes du service public, cest parce que lorganisme public nest pas en mesure de satisfaire complètement à lui seul ce besoin de connaissance des usagers. Ceci parce que ces derniers sont produits par les activités des services: elles génèrent bien une certaine connaissance des usagers, mais marquée par le point de vue et les intérêts des services. La qualité du service rendu suppose que le point de vue interne de lorganisme sur lusager accepte de dialoguer avec le point de vue autonome de lusager sur les services. Doù limpératif de participation des usagers à la définition des orientations et à lévaluation des résultats des «services publics».
Le partenariat a pour but doptimiser, dans les organismes de service public lefficacité de la relation agent-usager, à la fois en termes de citoyenneté et de prestation de service. Les droits et obligations des usagers et des agents sont mutuels: les droits des usagers sont des obligations pour les agents, et une partie des droits des agents se traduisent en obligations pour les usagers. Et cest précisément la fonction du partenariat (surtout au niveau local) que de révéler et dorganiser cette mutualité: de faire accepter cette obligation en la concrétisant en respect de lautre par le dialogue.

III - Les organismes publics pratiquent déjà le partenariat, mais surtout avec les professionnels (ou avec les élus-décideurs, qui se comportent en professionnels de la gestion des compétences de leurs collectivités), parce quils ont organisé eux-mêmes leur représentation, quils y investissent des moyens qui la rendent consistante et quils y sont à même niveau général de compétence que les services. En définitive, dans ce partenariat, «tout se passe comme si» ces professionnels représentaient leurs clients, qui nont pourtant pas les mêmes intérêts queux. 
Mais ces deux partenariats expriment des intérêts, des points de vue qui sont distincts de ceux des usagers «finaux» eux-mêmes. Cest pourquoi une évaluation indépendante, distincte de lauto-évaluation des services sur eux-mêmes est indispensable car elle apporte un point de vue irremplaçable: celui de lexpérience directe de la relation de service vue de lautre côté.

IV - Les organismes français de service public ont deux impératifs : la recherche dune négociation stratégique avec leurs différents partenaires (clients, fournisseurs, tutelles, autres organismes) et celle dune éthique publique donnant un contenu au principe dégalité de traitement entre leurs usagers en termes de relations de service. Il nen sont encore quau début de lexpérimentation dune intégration spécifique entre ces deux impératifs.
En particulier parce quelles ont eu trop longtemps à souffrir de larbitraire de leurs tutelles (ce nest pas fini!), les entreprises publiques de service public ont maintenant tendance à idéaliser la notion de client comme modèle de relation à lusager. Certes, la concurrence est un puissant stimulant de la qualité et de la personnalisation des relations avec les usagers, comme de la simplification et la contractualisation des relations de travail dans lentreprise. Mais cette dimension est insuffisante à constituer le management public comme tel: la crise de «Socrate» à la SNCF en 1993 la bien montré. Dans les organismes de service public, si, selon la formule de Michel Rocard, «lusager doit être aussi souvent que possible traité comme un client» (qualité de la prestation), il faut aussi le constituer comme acteur de lespace public défini par lapplication des principes du service public dans le champ dactivité de lorganisme. Et lusager individuel ne saurait être un acteur collectif.

Les associations dusagers sont donc un partenaire mal commode mais incontournable. Il peut seul apporter aux organismes de service public un retour dinformation: alors que les techniques individuelles de communication avec les usagers permettent de connaître les dysfonctionnement des services, elles sont insuffisantes à elles seules à en connaître les causes et à expérimenter leur suppression. Cest par contre ce que permet le partenariat avec les associations. Tout conflictuel quil soit souvent, il est donc indispensable aux deux partenaires. Lenjeu en est lorganisation de la rencontre entre lobjectivité des critères du management et la subjectivité des usagers-clients, dont la satisfaction peut ne pas y correspondre: cette organisation vise à constituer cette rencontre en système dinteraction.
À travers lobjet de leurs activités, les associations acquièrent dune part une expérience des services, et dautre part une connaissance des appréciations des usagers à leur égard qui en font des représentants (tout imparfaits et partiaux quils soient) des usagers et des médiateurs vis-à-vis des organismes de service public. Or lattitude traditionnelle de ladministration à légard des associations revendicatives est de les considérer a priori comme des adversaires et de tenter de neutraliser leurs critiques en les discréditant comme non représentatives. Et celle de ces associations (en miroir, faute de voir leur point de vue pris en considération par les services) est de camper sur une attitude dénonciatrice. 

V - Les relations des associations avec les décideurs publics sont ambiguës et contradictoires. Cela tient sans doute à leur nature: ce sont des acteurs privés mais collectifs, ce qui est source de rivalité avec les collectivités publiques qui ont tendance à monopoliser lintérêt général: à arguer de la nature privée de lassociation, pour  ignorer la dimension sociale du service rendu par elle.

Pourtant, associations et organismes publics sont en même temps complémentaires, la première déchargeant les seconds de rôles quelle remplit mieux car plus directement, leur permettant de se centrer sur leurs missions propres. De plus, elles sont - de bon ou mauvais gré - interlocutrices dans le débat public. Se repérer dans la nébuleuse associative suppose dopérer plusieurs distinctions :

- entre associations revendicatives et gestionnaires. Les premières ont pour objet essentiel soit de contester une décision (ou un projet) publique, soit de promouvoir un point de vue, une conception idéologique. Le plus souvent, un peu des deux. Les secondes gèrent des services publics ou sociaux par délégation dune collectivité publique;

- entre associations para-syndicales (tous les grands syndicats de salariés ont créé leurs associations de consommateurs-relais),  para-administratives (palliatif aux lourdeurs de la comptabilité publique), para-commerciales (production dun bien ou dun service qui ne se rattache pas directement ou qui est très réducteur par rapport à lobjet social annoncé et qui se situe dans un secteur concurrentiel) et associations autonomes dintérêt général (celles qui constituent le champ du partenariat).

VI -  Les limites de la représentativité actuelle des associations sont aussi les conditions de son amélioration et de leur reconnaissance demain :

- 1° le pluralisme : cest la garantie la plus efficace et la plus facile à mettre en uvre contre l«abus de position dominante» dune seule. Même si elle engendre leffet pervers de faciliter aussi la création dassociations factices pour contenir linfluence de celles dont la représentativité gêne. Seul, le débat public contradictoire peut permettre aux citoyens-usagers de décanter leurs audiences respectives selon des critères démocratiques;

- 2° la reconnaissance par les pouvoirs publics de la distinction entre association dintérêt général, para-administrative et para-commerciale, selon des critères objectifs comme ceux proposés par le Centre national de la vie associative (C.N.V.A.). Les subventions seront alors réservées aux premières;

- 3° la répartition des subventions aux associations dintérêt général selon des critères qui soient lexpression aussi directe que possible de lutilité collective de leurs activités (comme les heures de permanences effectivement tenues). Le saupoudrage actuel, sous prétexte dimpartialité, tend à mettre sur le même plan les «vraies» et les «fausses». Et cette confusion justifie à son tour la diminution globale des subventions.


Les activités de service public ont une nature mixte (à la fois économique, sociale, juridique, politique): leurs destinataires sont donc indissolublement usagers, citoyens, contribuables et clients. Or conjuguer ces différentes dimensions suppose que les organismes à missions de service public (administratifs et/ou marchands) dépassent le comportement administratif traditionnel dune part et la modernisation uniquement commerciale de lautre (pour les «services publics» marchands) pour assumer une démarche managériale et stratégique qui sache organiser le partenariat avec les associations dintérêt général de leur secteur.
La nécessité de ce dernier relève à la fois de lefficacité publique et de la citoyenneté active.

Le partenariat constituant la stratégie du service public, son degré de réalité est donc aussi le critère deffectivité du management, dans les organismes de service public. Et plus particulièrement celui avec les associations dintérêt général, où le domaine du partenariat est la participation à la définition des missions de service public et à lévaluation de la qualité (au sens large) des prestations et plus généralement, des résultats.

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MOTS-CLÉS DPH : ASSOCIATION, CONCERTATION, SERVICE PUBLIC, USAGER, GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE
 

Philippe Brachet


 

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