| I - A. B. - NOUS ASSISTONS
DEPUIS UNE QUINZAINE D'ANNEES A UNE « LIBERALISATION » ET A
UNE « PRIVATISATION ».
1 - La «libéralisation»,
cest la remise en cause de la situation de monopole national, qui existait
dans tous les pays. Largument est que lévolution technologique
rend nécessaire la mise en concurrence de plusieurs opérateurs
pour optimiser lallocation des ressources. Les consommateurs bénéficieront
alors dune partie de la rente confisquée par le monopole.
En pratique, elle a entraîné
une remise en cause des péréquations tarifaires existantes.
Les tarifs nétaient pas directement alignés sur les coûts.
Cétait une décision politique que certains paient plus (les
gros utilisateurs) et dautres, moins (les usagers domestiques). Le transfert
a été évalué pour 1982 par le Commissariat
du Plan à Å 7 M 2 F. Les groupes financiers le dénonçaient
comme scandaleux.
Cette idéologie de
mise en concurrence, de «dé-règlementation»,
est née dans les années quatre-vingts aux USA. Elle sest
transférée en Grande-Bretagne en 1985. Le gouvernement Thatcher
a supprimé le monopole de British Télécom et a voulu
aider à émerger un nouvel opérateur. Résultat
: 15 ans après, B. T. est toujours en situation de quasi-monopole
(Å 90 % sur le marché résidentiel).
Une réglementation
asymétrique a été mise en place en vain pour aider
le concurrent Mercury à émerger. Car dans les services publics
où le réseau inclut labonné (lusager final: électricité;
eau, télécoms) la situation de monopole naturel rend anti-économique
de dupliquer les réseaux. Cela a existé en France avant 1885
(surtout au niveau local) et aux USA, à Cuba: cétait inefficace.
La décision de lopérateur unique a été une
mesure de rationalisation.
Cette situation de monopole
national est toujours dominante, même si la concurrence est devenue
possible sur certains segments: les mobiles (le raccordement entre le téléphone
et labonné se fait par onde), le marché des entreprises.
La dépéréquation tarifaire a entraîné
des inconvénients sans les avantages supposés.
Un mouvement de re-concentration
entre opérateurs se produit: lidéologie de la concurrence
a cassé les monopoles antérieurs, mais reconstitue des monopoles
de fait, sur dautres bases.
2. La privatisation
- Sauf aux USA où ATT a toujours été privé,
lÉtat était propriétaire des réseaux de communication.
Largument de la privatisation est quil serait incapable de gérer
ces réseaux (ex. du réseau britannique, inefficace; ex. en
France du 22 à Asnières). Ainsi, à la fin des années
soixante, V.G.E. proposait une société nationale du téléphone.
Elle était avancée dès 1923 dans le débat parlementaire
sur le budget annexe des PTT. La décision politique a été
de maintenir la propriété dÉtat et dadopter une
politique différente: investissements massifs dans les réseaux
(sans capital public), construction dune industrie française des
télécoms. Avant les années soixante-dix, tout le matériel
était américain. Le rôle de lÉtat peut être
bon ou mauvais selon le décideur et les intérêts dominants.
Le modèle productiviste a eu quelques aspects positifs et beaucoup
de négatifs: «tout le pouvoir aux polytechniciens et autres
technocrates» nest pas mon slogan!
Nous sommes aujourdhui à
la fin dun cycle: presquaucun opérateur nest plus encore détenu
par lÉtat. Les capitaux privés sont propriété
du réseau, soit totalement (Grande-Bretagne), soit partiellement.
La «mixité» est une formule pour amuser la galerie car
quand le capital privé est présent, il tend à prendre
toute la place. Il est attiré par des occasions de profit considérables.
Ainsi des fonds de pension américains dont le rendement est proche
de 20 %.
En France, lentrée
de capitaux privés nest pas nécessaire: elle ne rapporte
rien à France Télécom puisque lÉtat prend
largent. F.T. sautofinance à 140 %. Il a racheté en partie
les réseaux du Mexique, dArgentine, de Pologne Il a de largent
à revendre, prélevé sur le dos des usagers et du personnel.
Elle aggrave les menaces sur lavenir du service public. Les capitaux privés
exigent une rentabilité à court terme. Cest pourquoi F.
T. baisse ses investissements depuis plusieurs années: pour ne pas
avoir dennuis avec les fonds de pension américains, futurs actionnaires.
Les usagers auront tout à
perdre à la privatisation, surtout ceux dont le coût de leur
ligne est supérieure à ce quils rapportent à F. T.
Les actionnaires privés imposeront une adaptation des tarifs aux
coûts. Cest ce que reconnaissait récemment Michel Bon à
Hourtin. La loi de réglementation de 1996 laisse toute latitude
à lopérateur pour fixer ses tarifs - sauf labonnement.
Elle permet une déconstruction du service public.
II - B.P. - LA RENTE RESULTE
DE GAINS DE PRODUCTIVITE PERMIS DEPUIS VINGT ANS PAR L'ELECTRONIQUE. ILS
N'ONT ETE QUE PARTIELLEMENT REPERCUTES SUR LES PRIX DES SERVICES. ELLE
A ETE UTILISEE PAR LE BUDGET ET PAR DES INVESTISSEMENTS DISPENDIEUX. SON
APPROPRIATION EST UN ENJEU.
1. La politique tarifaire
passée a permis une certaine péréquation. Les
abonnés ne payant pas linstallation de leur ligne, le prix de labonnement
était modeste, mais les communications, surfacturées. Ceux
qui consomment beaucoup ont donc payé davantage. Cela a permis la
dissémination du téléphone sur le territoire national,
le droit dentrée étant bas. Les gouvernements de droite
ont mis en place un service universel de fait. Leur objectif était
la productivité du Æ LP (accroissement des lignes principales).
Par la production de beaucoup de lignes, dautocommutateurs, de matériels,
leur objectif était la croissance de lindustrie des télécommunications.
Elle a reporté le
retour sur investissement très loin: on se paye sur la communication.
France Télécom a aujourdhui des immobilisations très
importantes destinées à une rentabilité à long
terme. Doù une rigidité dans lévolution technique.
Elle ne favorise pas les disséminations technologiques, mais poussera
à la concentration des trafics sur linfrastructure et les services
sur ceux pour lesquels on a investi (téléphone fixe). Ces
investissements ont été concentrés sur le téléphone
et le Minitel, et très tardivement sur le mobile, Internet
2. Les changements actuels
- Nous sortons brutalement dune période technocratique: F. T. propriétaire
dun corps dingénieurs qui monopolise lexpertise et décident
du bien public. Pourquoi?
Un facteur exogène:
la mondialisation (limpérialisme) qui impose une ouverture des
marchés permettant aux entreprises dominantes de pénétrer
les marchés. Un facteur endogène: les importantes évolutions
technologiques récentes ont abaissé les barrières
à lentrée. Le «monopole naturel» sest relativisé
pour le téléphone aux entreprises: placer des fibres optiques
et des commutateurs ATN est facile. Certaines Régions ont décidé
dinstaller des réseaux de télécoms: techniquement,
la barrière à lentrée est faible, même si elles
ne savent pas les gérer ni trouver des clients.
De plus en plus, les clients
(pas uniquement les gros) utilisent des technologies proches de celles
des réseaux de télécoms: ils voient que les effets-prix
diminuent rapidement, mais leur facture F. T., pas aussi vite! Ils prennent
conscience de la monopolisation de la rente. Ils veulent bénéficier
chez eux de lintelligence du réseau. Wordcom sest installé
à la Défense et taille des croupières à F.
T. sur les sièges des grandes entreprises à partir dinvestissements
modestes. Larrivée de concurrents est donc possible. Ils bénéficient
de la banalisation des technologies.
Les combats de lopérateur
sont un peu darrière-garde: il refuse dêtre réduit
au rôle de fournisseur de tuyaux, mais offrir du service pour donner
du travail à ses 160 000 agents. Mais les «services»
offerts par F. T. ne sont quun habillage des infrastructures pour interdire
aux clients de rentrer; mais ils ne sont pas dupes et cherchent à
contourner lopérateur. Une réflexion sur le «service»
est nécessaire: F. T. vend-il aujourdhui réellement du service,
ou nest-il pas plutôt un opérateur de techniques, qui vend
des produits et les maquille en services?
3. La question territoriale
- Service universel et péréquation ont été
posés comme des éléments daménagement du territoire
permettant de réduire les disparités. Mais aujourdhui, les
Régions ne revendiquent plus légalité mais la différence.
La construction européenne
pousse à la différenciation pour attirer le capital, les
investisseurs. Donc à avoir de meilleures infrastructures - en particulier
de télécommunications - et des tarifs attrayants. Les Régions
les prennent en charge pour les PME, mettent en place des téléports
ou lancent des appels doffre pour obtenir les réseaux les moins
chers. Exemple de Rhône-Alpes, au départ pour des réseaux
câblés, mais à vocation de transmission de données,
de téléphone Time Warner la emporté. F. T. était
obligé de répondre par des offres catalogues, mais les niveaux
de prix étaient inférieurs.
4. Le rapport technique-politique
- La mise en concurrence permet aux politique de se dédouaner, alors
quil était jusquà présent monopolisé par
la technostructure, qui lempêchait de faire une politique des télécoms.
Qui imposait à tous les Français ce que devait être
le téléphone. Car il ny a jamais eu de débat démocratique
sur cette question: la technostructure a décidé lobjectif
du Æ LP seule. Une bonne localisation de cabines publiques + un système
de convivialité aurait peut-être été préférable.
Maintenant que le téléphone est partout, les gens sont contents
de lavoir. Mais si quand on leur avait présenté le choix,
on leur avait expliqué le coût des deux solutions, ils auraient
peut-être choisi lautre. Car la note du téléphone
pour tous est très élevée.
On pourrait penser que la
clientèle solvable a aujourdhui saturé ses besoins de télécoms:
pourquoi inventer de nouvelles technologies? Cest parce que cela va permettre
de conforter cette rente de la domination idéologique. Les télécoms
classiques sont de personne à personne avec paiement de la communication.
Ils vont être branchés sur le réseau sans avoir à
payer. Largent vient dopérateurs qui cherchent à développer
des services pour capter de l'audience (comme à la télévision).
À partir de là, on passe des annonces. On en vient même
à offrir des communications gratuites sur le réseau classique
à condition dinsertion publicitaire. Aujourdhui, 50 % des abonnés
au téléphone dépensent plus dans leur abonnement quen
communication: une fois quils sont raccordés, ils nont plus de
quoi téléphoner!
5. Réinventons
ensemble le service public. - Lancienne notion existait surtout dans
nos têtes comme un droit aux télécoms. Ce droit était
réglé par la loi et par des mécanismes techniques.
Mais au-delà du service minimal, toute la sphère des télécoms
ne se définit pas en termes de droits.
Réinventons le service
aux publics: comment leur proposer de réels services? Il faut partir
des besoins alors que jusquà présent, F. T. est partie des
outils techniques quelle mettait en place pour les adapter au marché.
Il faut partir des grandes fonctions (communiquer, sinformer). Cela suppose
un gros effort de lopérateur public. Ainsi, loffre de Bouygues
dans les mobiles suppose une compréhension des besoins: elle vend
du service (renseignement, trouver son chemin, laisser des messages).
-=-=-=-=-=-=-
MOTS-CLÉS DPH
: CONCURRENCE, PRIVATISATION, SERVICE PUBLIC, TECHNOLOGIE GÉO: FRANCE
LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE:
LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE
VOLTAIRE 75011-
A. B. & B. P. |